HEYYY dus op 30 november is er om 2 uur 's middags op het Malieveld, Den Haag een protest voor (en door) PAIS-Patiënten. (PAIS = Post-Acuut Infectiesyndroom):
Ook is er een online protest, een livestream, en rolstoelgangers die niet kunnen komen worden visueel vertegenwoordigd in een installatie (doe hier mee).
Dit geluid is hard nodig, want niet alleen kan bijna geeneen van de honderden duizenden tot miljoenen Long covid patiënten in NL terecht bij specialistische klinieken, die bizar genoeg gepland zijn om te sluiten; maar ME- en andere PAIS-patiënten, die met veel van dezelfde klachten kampen, mogen daar zelfs niet eens zorg krijgen.
Veel "zorg" die geboden wordt, houdt echter ook in dat dokters en fysio's de patiënt niet geloven en "lui" of "geestelijk ziek" vinden en ons steeds meer pushen om zich uit te putten. Om zo zgn. te "revalideren", maar in werkelijkheid verslechteren we hier door (door PEM klachten; zoek het op). Een boel patiënten verdwijnen uit het leven, door de ziekte, maar bovenal door het ongeloof en gaslighting, nieuwere besmettingen, medische mishandeling, door zelfmoord en euthanasie.
Maar kom vooral ook als je niet zo'n patiënt bent! Er is nog vraag naar sterke mensen die kunnen helpen met dingen sjouwen en voorbereiden. Maar iedereen die solidair is in antivalidisme, is welkom.
Mondkapjes (FFP2/FFP3) worden sterk aangeraden om te dragen op het protest. Vrijwilligers hebben er een paar extra, maar draag je eigen als je die hebt. Blijf thuis bij griep- of verkoudheidsklachten.
Je kunt meer over het protest lezen op de website of op de socials (Insta, twt, bsky) of Iinktree van #NietHersteld.
Dat was 'm! Hopelijk zie ik je daar en heb ik een handige zine om uit te delen!
not to mention the law for assisted suicide nobody cares about. In this context, with this government, when disabled people receive barely any decent help it does not feel right and I can’t help but think of eugenics
Lien de la lettre ouverte : https://blogs.mediapart.fr/elena-chamorro/blog/220525/aide-mourir-lettre-ouverte-du-front-de-gauche-antivalidiste-fga-aux-depute-es
On avait le temps de désirer les choses, la trousse en plastique, les chaussures à semelles de crêpe, la montre en or. Leur possession ne décevait pas. On les offrait à l'admiration des autres. Elles recelaient un mystère et une magie qui ne s'épuisaient pas dans leur contemplation et leur manipulation. Les tournant et les retournant, on continuait d'attendre d'elles on ne savait quoi après les avoir eues. (P.45)
Ce passage me rappelle ma lecture du Refus du travail (2015) de David Frayne, où le sociologue britannique décrit le rapport aux choses de celles et de ceux qui ont refusé le travail aliénant (ou travail salarié). La recomposition existentielle et politique du temps de vie se trouve au cœur de ma démarche. C’est le 4 avril 2023 que j’ai commencé la lecture de cet ouvrage de Frayne. À ce moment-là, nous venions de créer la CdM quelques mois plus tôt.
Dans son livre, Frayne avait interrogé des gens qui, volontairement, ont quitté le monde du travail au profit d’un mode de vie alternatif en se fondant sur une critique de l’idéologie productiviste. Il expliquait que ces gens s’étaient installés dans un temps ontologiquement autre, un temps hors du temps, ce que Bergson appelle « une durée ». Cela rejoint Le Fugitif dans le sens où notre jeu produit un milieu, c’est-à-dire un temps habitable. À vrai dire, ce jeu doit beaucoup à Frayne, puisque Le Fugitif procède lui aussi à une reconfiguration du politique à travers la « critique artiste » (Luc Boltanski et Ève Chiapello).
La critique artiste, comme nous l’avons développée dans le jeu, comprend une critique sociale et une critique du pouvoir. Il s’agissait pour moi d’accompagner les membres du GSB vers une réelle autonomie. Aussi, la création de la Créativité dans les Marges (CdM) constituait une première étape dans ce sens. Mais je savais que, pour des gens psychiatrisés, la critique de la psychiatrie à travers la critique de l’État-providence n’était pas une mince affaire. Cela a commencé par une politisation de la vie quotidienne: identifier ce qui, au quotidien, produit une humiliation, une souffrance, pour des gens considérés par la société comme « invalides ». Le café littéraire, puis le café philo allaient dans ce sens en offrant un espace de parole. Par là même, cet espace permettait de créer du lien social et de briser la solitude de personnes polymédiquées.
Ce que nous disions déjà en 2023, c’est que nous cherchions à mettre en place un accompagnement social en milieu ouvert. C’est que, face à la spéculation immobilière, nous avions déjà pris conscience que le parapublic était plombé par des charges fixes importantes, dont le loyer constitue le poste de dépense principal. L’accompagnement social en milieu ouvert devenait ainsi une solution à l’aporie du système, une aporie largement identifiée par les universitaires à travers la critique du New Public Management (NPM), mis en place à partir des années 1980. L’optimisation des dépenses publiques, paradoxalement, externalisait le service public et opérait la bascule de l’Etat-providence vers une biopolitique néolibérale, que nous cherchons à prolonger ici avec la proposition d’un revenu universel (RU) financé par la monnaie numérique de banque centrale (MNBC). Avec la désindustrialisation de l’Europe, nous pensons effectivement que l’époque nous offre l’opportunité d’opérer la transition écologique et numérique que nécessite une consommation éthique et respectueuse de la Nature.
Le Fugitif s’est conçu à l’origine comme un wargame suisse, car la Suisse, à travers la Genève de Calvin, a érigé le travail en religion. Il fallait donc déconstruire le travail comme religion, notamment le travail aliénant, en s’appuyant sur la critique formulée par Marx, puis par l’École de Francfort. La sociologie de Max Weber, à mon avis, constitue un pivot intéressant entre la critique du capital de Marx et la Théorie critique d’Adorno et d’Horkheimer. Car la question du politique se trouve au cœur de la problématique, ce qu’Axel Honneth, représentant de la troisième génération de l’École de Francfort, a bien compris, même si je suis peu convaincu par la solution qu’il propose. En effet, Max Weber montre bien comment l’État moderne repose sur un soubassement religieux: la théologie politique. Le désenchantement du monde que formule Weber et que prolonge Marcel Gauchet explique comment le christianisme opère une sortie de la religion au profit d’un rationalisme sec ou ce qu’Adorno et Horkheimer appelle « la raison instrumentale » (instrumentelle Vernunft), dans la Dialectique de la raison (1944), en parlant du pragmatisme américain. Le risque auquel conduit ce désenchantement se situe, en effet, au niveau de l’atomisation de la société. Gauchet, en outre, en prenant le contrepied de Michel Foucault, voit dans cette atomisation un risque qui ne se réduit pas à l’individu, mais qui poursuit la division à l’intérieur de celui-ci. D’où l’enjeu que constitue la schize et à laquelle il associe à juste titre la psychanalyse de Jacques Lacan. Lorsque Eugénie Mérieau débat avec lui, le rôle central qu’elle donne à l’imagination est emblématique de ce qui se joue avec l’Internet immersif, le métavers. En effet, si nous y voyons une réactivation du rôle politique de l’imaginaire que formule Cornelius Castoriadis, notre époque nous fait prendre encore plus conscience de la centralité de l’imagination comme ressource socio-économique et politique. D’où Le Fugitif comme mobilisation politique de l’imaginaire.
Finalement, pour ne pas donner un sentiment d’inachevé à ce mouve, Le Fugitif s’inscrit explicitement dans l’École de Lausanne en tant que théorie politique. Plus précisément, il reprend la théorie de la circulation des élites de Pareto qu’il radicalise à travers le jeu en tant que simulateur (wargame). En effet, d’après moi, la théorie de la justice de John Rawls ne constitue pas la théorie politique manquante de l’École de Lausanne, car elle ne reconnaît pas le rôle centrale de la circulation des élites chez Pareto. De plus, l’impasse que constituait le free-rider chez Rawls montre bien que l’exclu représente en quelque sorte un ennemi politique pour l’État-providence, ce que problématise le jeu à travers la figure du fugitif.
La manière dont Le Fugitif s’inscrit dans l’École de Lausanne repose également sur l’économie abordée non pas du point de vue de la production (économie politique classique) mais du point de vue de la consommation (économie politique néoclassique), notamment la consommation de biens culturels, où le consommateur est aussi, de par son style de consommation, un producteur, un producteur de style de vie (distinction). Consciemment développé, ce style peut constituer un devenir-artiste (dandysme).
Cependant, il manquerait un mot sur Carl Schmitt, qui reprend le problème de la circulation des élites chez Pareto et qui explique par là le problème de l’ennemi politique et sa criminalisation avec le pacte Briand-Kellogg (1928). En effet, Pareto a montré que le conflit est constitutif du social, c’est-à-dire structurel. La démocratie représentative ou le libéralisme parlementaire deviennent ainsi un adversaire commun pour Schmitt et Pareto. Il y a là une critique explicite du procéduralisme, qui caractérise la philosophie politique de Rawls. Les prétentions d’objectivité du droit positif sont ici remises en question, en dénonçant le statu quo déguisé sous les habits du moralisme. Le Fugitif, en s’appuyant sur la blockchain, cherche à promouvoir la démocratie participative et une autonomie axée sur la singularité. Il reprend à nouveau frais la distinction qu’opère Ferdinand Tönnies entre la Gemeinschaft et la Gesellschaft, la communauté et la société.
👉 Milo Renn m’a rejoint. Interruption du mouve. Nous avons discuté de l’art comme résistance.
I’m definitely not the first to be thinking about this, but because I don’t know who is working on it I’m writing without adequate citations.
As I’ve been spending more time in French crip spaces and preparing to write my memoire, I’ve been thinking again about the terms we use for disability and anti-disability sentiment.
I dislike ableist less than I dislike able-bodied, as I dislike validiste less than I dislike valide. However, I still am not content with either term.
I propose the term “handiphobic” and “handiphobe,” which I believe to have already seen, either on tumblr or in an academic text elsewhere.
I came to these after considering the social model of disability that frames disability as a problem of access, and not as a problem of capacity (to choose a word that translates directly into French). But a term like “accessist” / “accèsiste” doesn’t feel specific enough. There are many components of identity that limit access and, after all, the subject here is the constructed class of disability.
On provocation – I wanted a term that wasn’t defanged. I think naming the hate, the discrimination, the disliked nature of the identity lends power to the fight against it (this could easily have a citation). Handicap is disfavored in the US, but it’s the popular term in France. Due to the societal exclusion, I believe the French handi/handicap•é•e remains provocative enough.
Et je vais témoigner de ma propre expérience, Tw : Validisme, comportements abusifs et foutage de gueule complet.
Je crois pas avoir déjà songé à VRAIMENT faire un poste complet pour expliquer ça, mais en traînant un peu sur la toile après 4 ans d'absence, force est de constater que j'en ai, des choses à dire. Ironiquement, le temps est passé depuis mes débuts et j'ai pris une bonne claque à mon retour. J'ai réalisé un truc auquel je m'étais pas trop préparée.
Je fais partie d'une génération d'RPGistes d'AVANT. (?? Sérieux ?) Dans cet entre-deux où on se foutait un peu de tout et où c'était yolo, mais où on déplorait déjà le 'bon vieux RPG'. J'en aurais des choses à dire, bonnes ou mauvaises. J'en ai, des mauvais souvenirs, des moments qui m'ont fait trembler en voyant simplement le header d'un forum sur lequel j'étais incapable de revenir et qui aujourd'hui encore, me font carrément grimacer. D'après mon titre, vous vous doutez que je veux en venir à un élément super important : Les RPGs qui ne sont pas sûrs pour chacun-e-s. j'ai donc connu cet entre-deux, où le RPG avait déjà un peu changé mais pas trop. À l'époque, on reprochait surtout au forum une tendance à se complexifier, tant au niveau du contenu que de l'apparence. Y a bien entendu des trucs qui me manquent, mais c'est totalement normal d'avoir de la nostalgie et personne n'a à reprocher ça à quique ce soit. (Du moment que c'est pas des trucs crasseux et mauvais)
En revanche, je vais vous dire cash ce que je regrette pas, ce qui m'a dégoûtée au point de me tirer quatre ans en pensant ne jamais revenir. (J'ai pas arrêté d'RP, j'ai arrêté de relationner avec le monde du RPG.) J'ai arrêté par dégoût d'une ingratitude crasse de certaines personnes qui m'ont prise pour acquise. J'ai beaucoup grapher, pour pas mal de personnes, et certain-e-s d'entre elle-eux ont su tirer sur la corde, faire pression, me repprocher de ne pas être pile à temps pour un délai, d'écrire 'plus avec truc qu'avec elle-eux', de pas avoir vu telle ou telle truc alors que j'étais pas admin, mais graphiste. Je regrette pas les blagues sur mes étourderies orthographiques très nombreuses à ce moment-là et les vannes validistes, je regrette pas les coups bas, les séances de bitching en coulisse quand on pensait que j'allais rien voir. Tout ça, je le regrette pas.
Ici, mon objectif n'est pas de poser un pugilat et de taper sur une personne en particulier, parce que je m'en fous complet aujourd'hui. Non, le but de ce poste c'est de vous dire un truc, à vous, la "nouvelle génération" d'RPGiste. C'est pas parfait, mais au moins vous le faite. Vous tentez des trucs. On n'échappera pas aux types d'individus qui ont fait ce que j'ai cité plus haut, on n'échappera pas aux abrutis validistes, aux joueur-ses un peu envahissant-e-s et culotté-e-s ou aux plagieu-ses-rs éhonté-e-s. Mais vous faite de votre mieux, chaque jour, pour rendre une activité géniale aussi sûre que possible, pile comme elle devrait l'être. Je vois des gens faire des publications pour inspirer les créateurices de forum à optimiser leurs forums pour qu'ils soient ok pour chacun-e. Y a des sources, des options intégrées par FA. (Il était temps.) On pense enfin à prévenir les gens lorsqu'un sujet risque d'être dur, on arrête enfin d'en faire des blagues sans prévenir au coin du flood, on laisse les Dys tranquilles et MIEUX, on les aide. De plus en plus de gens pigent que le RPG est un jeu et qu'il faut arrêter de stalker les joueur-ses. C'est pas partout, mais ça se développe. C'est pas toujours parfait et tout le monde n'y trouve pas toujours son compte, mais c'est là. Parce qu'on est juste là pour ça, à l'origine, inventer des univers à plusieurs mains sans devoir galérer, se justifier où subir du Gaslighting de la part d'un Staff démissionnaire lorsqu'on pointe un problème du doigt. (Sérieux, arrêtez de faire ça.)
« Il n'est à mon sens pas possible d'être anti-validiste, de critiquer les institutions d'enfermement tout en défendant le système carcéral (sans voir les liens évidents). »
Harriet de Gouge.
Quel lien y’a t’il entre la prison et la psychiatrie, au-delà du fait que ce soit toutes deux des institutions ?
Entre récidives et réhospitalisations, privatisations et investissements de la part de groupes privés, exploitation de la mains d’oeuvre dans les ESAT ou en prison à moindre coût, conditions de vies handicapantes voir mortelles (violences psychologiques et/ou physiques, promiscuité, environnement pathogène, espérance de vie réduite et taux de suicide élevé) la psychiatrie et la prison partagent bien plus que de simples similitudes ; elles sont en réalité les deux faces d’une même pièce qui souvent se substituent l’une à l’autre.
Ces institutions qui dans un cas comme dans l’autre promettent réhabilitation, réinsertion, correction ou soin, peuvent difficilement cacher leur véritable motif : celui d’éloigner du système les personnes les plus en marge afin de maintenir un ordre social capitaliste, supremaciste et blanc.
L’hypothèse de Penrose
Les liens entre le milieu carcéral et la psychiatrie sont étudiés depuis quelques années déjà, notamment dans les pays anglo-saxons dans le cadre des disability studies et/ou disability justice par des activistes anti-validistes et/ou abolitionnistes, noir.es et/ou handicapé.es (Talila Lewis, Jamelia Morgan, Stella Akua Mensah, Liat Ben Moshe…).
Mais déjà bien avant l’avènement d’une sociologie du handicap et des mouvements de lutte anti-validistes, une étude publiée en 1939 mettait en lumière la relation étroite qui lie les populations des hôpitaux psychiatriques et des prisons.
Avec ce que l’on nomme aujourd’hui "L’hypothèse de Penrose" le mathématicien et psychiatre eugéniste Lionel Penrose démontrait il y a plus de 84 ans déjà que la population carcérale dans une localité donnée augmentait ou diminuait en fonction du nombre de lits occupés dans les établissements psychiatriques.
Pour faire plus simple : d’après les résultats de cette étude, lorsque les populations des hôpitaux psychiatriques sont réduites, le nombre de personnes incarcérées augmentent et vice versa.
Aujourd’hui en France alors qu’environ la moitié des lits en psychiatrie ont été supprimés en moins de 40 ans, le nombre d’incarcération à augmenté de 88% dans le même intervalle de temps.
Pour l'anthropologue Didier Fassin : « Ce n’est pas l’augmentation de la criminalité qui explique que l’on enferme plus, mais la moindre tolérance de la société française et la plus grande sévérité de son système punitif [... ] : on criminalise des faits qui ne l’étaient pas auparavant et on sanctionne plus durement les délits et les crimes. »
Les noir.es et racisé.es handicapé.es en prison.
« Le complexe industrio-carcéral renforce le colonialisme, le racisme et le validisme, ce qui conduit à des arrestations ciblées, à la criminalisation et à des taux d'incarcération plus élevés pour les personnes racisées, les personnes handicapées et les personnes racisées handicapées. » Syrus Ware, Joan Rusa et Giselle Dias.
Si le système judiciaire durcit sa politique en matière de délinquance et de criminalité, il vise évidemment certains groupes en particulier.
Ainsi en France «77 % des personnes détenues appartiennent à des minorités ethniques, se répartissant en 35 % de noir.es, 32 % d’arabes et 5 % de Roms.» et la majorité des détenu.es sont des hommes* présentant dans 55% des cas au moins un trouble psychiatrique et dans 45% des cas un handicap psychique à leur arrivée.
Pour la chercheuse américaine en justice sociale Leah Pope « Si les noir.es et racisé.es sont plus susceptibles d'être impliqué.es dans le système de justice pénale, il est prouvé qu'iels sont moins susceptibles d'être identifié.es comme ayant un problème de santé mentale. De plus, iels sont moins susceptibles d'avoir accès à un traitement une fois incarcérés. »
Les noir.es et racisé.es handicapé.es se retrouvent davantage en prison qu’en psychiatrie tout d’abord parce qu’iels ont moins accès au service de soins psychiatriques et donc au diagnostic que les blanc.hes.
L’incarcération massive de noir.es et racisé.es handicapé.es, s'explique aussi par le fait que certains comportements ou délis, alors qu’ils seront pathologisés chez les blanc.hes handicapé.es seront criminalisés et pénalisés chez les noir.es ou racisé.es handicapé.es.
De plus ces personnes -du fait du racisme systémique- se trouvent placées (ghettoïsation, gentrification, discriminations sur le marché du travail et de l’immobilier, ZEP, centre de détention pour migrant.es…) dans des environnements ou situations accentuant la précarité, la marginalité, l’exclusion et les menant sur la voie de la délinquance.
Ce sont aussi des populations davantage surveillées et controlées (concentration de l’action des forces de l’ordre dans les quartiers populaires et banlieues , politiques strictes sur l’immigration des personnes non-blanch.es, profilage racial…) et les délits qu’elles commettent sont plus sévèrement punis. Ainsi elles ont plus de chance de se voir condamner à une peine de prison ferme que d’avoir accès à des soins adaptés et réguliers ou un suivi psychiatrique.
La violence de la prison et de la psychiatrie.
« La prise en charge institutionnelle est de par sa conception même une forme de violence. » Kate Rossiner et Jen Rinaldi
Au-delà des violences policières parfois mortelles qui peuvent précéder l’incarcération, le milieu carcéral est un lieu qui contribue à créer, entretenir ou accentuer les handicaps psychiques (anxiété, dépressions, addictions, troubles psychotiques…) et/ou physiques (violence, négligence des soins, innaccessibilité ) et/ou les maladies (VIH, hépatite C, tuberculose, diabète…). La promiscuité, l’insalubrité et la surpopulation des prisons, en font des lieux extrêmement pathogènes et les conditions de détention jouent sur la santé mentale et physique des prisonnier.es
En psychiatrie aussi les conditions de détention (isolement, contention, soins sans consentement, violences physiques/psychiques/sexuelles…) accentuent les maladies, les handicaps et/ou la détresse psychologique des populations incarcérées.
Les noir.es et racisé.es sont davantage vulnérables face à ces violences institutionnelles. Puisqu’en plus du classisme propre à la prison et de la psychophobie inhérente aux hôpitaux psychiatriques, ces dernier.es expérimentent aussi le racisme. Iels ont par exemple plus de chances que les blanc.hes d’être placé.es en psychiatrie sans leurs consentements et d'être catégorisé.e comme «personne à haut risque» mais aussi moins de chance de recevoir des soins adaptés (cf syndrome médittéranéen).
Enfin, ces lieux de détentions en plus d'être handicapants et propices au développement de maladies et troubles, sont aussi mortels : l’espérance de vie y est réduite et les morts par suicide y sont extrêmement fréquentes.
Récidives et réhospitalisations.
Pour les défenseur·euses de l'institutionnalisation, la prison et la psychiatrie permettraient d'offrir un contexte et des ressources aux individu·es marginalisé·es et inadapté·es, afin qu'iels puissent se (ré)insérer dans la société. Mais la réalité est tout autre.
La réhabilitation, la réinsertion ainsi que le soin qui devraient être des priorités, sont délaissés au profit de pratiques violentes et punitives.
D’après les chiffres, la prison crée des conditions (précarité, isolement, handicap…) propices aux récidives : 63 % des personnes condamnées à une peine de prison ferme sont à nouveau condamnées dans les 5 années suivant leur libération.
La psychiatrie est elle aussi un lieu propice aux réhospitalisations ( cf syndrome de la porte tournante). Plus on passe de temps en psychiatrie plus on à de chances d’être à nouveau hospitalisé.e : après trois mois de détention un·e patient·e à une chance sur cinq d'être à nouveau hospitalisé·e, au bout de vingt-quatre mois, la probabilité est de une chance sur deux.
Les institutions participent à la reproduction et même l’aggravation des inégalités, en contribuant à la stigmatisation, le développement de handicaps, de troubles et/ou de maladies, la précarisation et l’isolement des populations incarcérées.
Alors pourquoi donc entretenir et renforcer des institutions aussi inefficaces en termes de réhabilitation/réinsertion ?
Privatisation et exploitation
« L’emprisonnement de masse génère des profits en même-temps qu’il dévore la richesse sociale. » Angela Davis
Au-delà de la condamnation des conditions d'incarcération appauvrissantes, handicapantes et violentes qui sévissent au sein des institutions, le lien entre la lutte anti-validisme (pour la désinstitutionnalisation) et la lutte anti-carcérale repose aussi sur la volonté d’en finir avec l’exploitation des personnes institutionnalisées.
Car avec l’émergence des complexes carcéro-industriels et médico-industriels, les institutions sont en passe de devenir de véritables entreprises. Entre la privatisation des hôpitaux psychiatriques et des prisons et la sous-traitance de la main d'œuvre dans les prisons et ESAT par des entreprises publiques et/ou privées, les populations institutionnalisées sont envisagées comme un véritable marché propice aux investissements.
« L'objectif a toujours été de faire du profit sur le dos de celleux qui sont jugé·es sans valeur, par tous les moyens. Le profit ne provient pas seulement de l'extraction de la main-d'œuvre, mais aussi de la marchandisation de leur incarcération, institutionnalisation […] » Talila TL Lewis
C’est aussi pour ces raisons que le système à tout intérêt à ce que ces institutions ne désemplissent pas.
Ainsi 30% de la population carcérale travaillent pour un salaire mensuel moyen de 280 euros alors que les frais de vie en prison s’élèvent en moyenne à 200 euros par mois.
En psychiatrie, il n’y a pas de travail à proprement parler, mais bien des frais d’hospitalisation qui peuvent monter jusqu'à 450 euros dans le public et encore davantage dans le privé auquel s'ajoutent des frais de vie. Même si le travail en psychiatrie n’existe pas, le travails des psychiatrisé.es lui existe : une partie des patient·es ayant été incarcéré·es pendant une longue période bénéficient du statut de travailleur·euses handicapé·es et sont orienté·es pour travailler au sein d’ESAT, où le salaire moyen est de seulement 750 euros.
La main-d’œuvre carcérale et psychiatrisée en plus d'être bon marché ne bénéficie pas de droit du travail, ce qui avantage encore les entreprises.
« Le fait que de nombreuses entreprises présentes sur le marché mondial s’appuient aujourd’hui sur la prison en tant que source non-négligeable de profits explique la rapidité avec laquelle ces prisons se sont mises à proliférer alors que les études officielles montraient un taux de criminalité en baisse. » Angela Davis
La lutte anti-validiste doit être anti-carcérale et anti-raciste.
Alors que la désinstitutionnalisation est défendue par pratiquement l’ensemble des militant.es handi.es et anti-psychiatrie (et soutenue par l’ONU), le cas de la prison n'est ni compris ni discuté au sein des luttes anti-validistes blanches en France.
La prison, qui compte un nombre extrêmement élevé de personnes handicapées et poly-handicapées se trouve dans l’angle mort de la lutte anti-validiste française.
Et il y a une explication simple à cela : l'écrasante majorité des détenu·es sont des personnes noires, racisées, des migrant·es, des roms, des sdf et le mouvement anti-validiste français est sans surprise blanc, raciste et classiste.
Prôner la désinstitutionnalisation sans soutenir l’abolition de la prison, c'est promouvoir la criminalisation du handicap, la transinstitutionnalisation** et l’incarcération d’un nombre toujours grandissant de personnes noires/racisées/pauvres et/ou handicapées.
Les oppressions systémiques créent et/ou accentuent la précarité et donc par découlement le handicap et la criminalité.
Ainsi les luttes anti-validistes doivent se dresser contre toutes les formes de discriminations (racisme anti-noir.es, classisme, putophobie, transphobie, grossophobie, psychophobie…) et d’exploitations capitalistes (emplois précaires, institutionnalisations, écocides, colonialisme, traite d’êtres humains…) qui amènent les individu.es (en particulier noir.es et racisé.es) à subir la précarité et/ou le handicap ou à se diriger par défaut vers la voie de la délinquance.
*Le terme homme est utilisé ici en tant que catégorie sociale
** Un processus par lequel des individu.es, soi-disant désinstitutionnalisé.es en raison des politiques de soins communautaires, se retrouvent dans des institutions différentes. Par exemple, les personnes qui sortent des hôpitaux psychiatriques ou qui n'y sont plus admis.es se retrouvent fréquemment dans des prisons, foyers, établissements médico-social, maisons de retraite...