À la base, il s’agissait juste de compiler les textes du blog dans un zine, parce que c'est bien pratique. Puis, évidemment, j'ai pas pu m'arrêter à un truc simple. J’ai ressorti l’aquarelle du placard, passé beaucoup trop de temps à chercher LA bonne typo, eu des grands débats avec l’imprimeur… Bref, y a des réflexes qui partent pas.
Ce bien bel objet est donc désormais disponible à prix libre. Ce qui veut dire que chacun·e paye ce qu'iel veut ou peut.
Où le trouver?
Première option :
Il suffit de m'envoyer un message privé en précisant sa commande, le prix qu’on veut payer, son mail & selon le mode d'envoi : une adresse. Sauf grosse commande, les expéditions sont faites une fois par mois.
✉️ Pour la poste, le coût d'envoi est à partir de 2,90€ selon le volume (1€ pour le reste de l'Europe).
Les sous, en plus de la marque de soutien symbolique que ça représente, me permettront de continuer à faire ce que je fais sans que les finances soient un obstacle. Ça prend la forme de frais d'impressions, d'hébergement web, de déplacements, tisane, et autres projets décadents 💅 (et j’en ai pleins).
Le zine fait une cinquantaine de pages, imprimé en papier recyclé, il est agrafé avec une couverture couleur en papier texturé 250g pour le protéger.
Deuxième option : Une version imprimable est disponible ici et ici en version livret.
Ces textes sont faits pour vivre leur vie, jamais pour faire de la thune, alors si l’envie vient de les diffuser : c’est toujours gratuit ou à prix libre. Merci à celleux qui pourront y contribuer 🤍
Dans le futur, peut-être qu’une troisième option sera de répertorier les endroits où ces zines passent, n'hésitez donc pas à transmettre le mot aux bibliothèques autogérées, kiosque ou autres librairies alternatives. De façon générale, tout ce qui peut permettre de partager l’info est vraiment bienvenu.
Ps : Et si c’est pas une évidence, le fait que je ne mettes pas de prix sur ce que je fais ≠ ça n’a pas de valeur donc que c’est ok de s’approprier ce travail sans en citer l’origine. Nope nope.
Du droit des personnes Handicapées à la lutte anti-validiste.
[Vous pouvez retrouver ce texte dans sa version imprimable ici !]
Voici la Traduction du texte D'Hailey Hudson « Moving From Disability Right To Disability Justice » avec l'accord de l'autrice . Le texte d'Hailey est une version plus didactique des textes de Patty Berne. S'il constitue une bonne introduction sur le sujet, certains points importants sont abordés de façons plus succinctes. Plusieurs références seront indiquées à la fin du texte (en anglais), en attendant d'autres traductions.
Ici, le terme « Disability Justice », littéralement « Justice pour le handicap » est traduit par l'expression « Justice pour toutes les personnes handicapées ». C'est en effet la façon dont on le retrouve le plus souvent traduit dans d'autres langues. Néanmoins pour des questions de lisibilité, le terme sera parfois remplacé par « lutte anti-validiste ». Pour la traductrice, cette expression reflète en effet autant ses enjeux, qui vont bien au-delà de la question de l’obtention des droits, en faisant plus de sens dans le contexte militant français. Il s'agit évidemment d'un choix, qui faisait sens à la période de publication du texte et que j'avais développé plus longuement ici
La Lutte pour le Droits des Personnes Handicapées a établi des droits civils pour celles-ci, leur ouvrant des opportunités de participer plus pleinement à la société.
Ce mouvement s'est accéléré dans les années 1960 et a conduit à l'adoption de l'Americans with Disabilities Act (ADA) en 1990. Le Royaume-Uni adoptera une législation similaire : la Disability Discrimination Act (DDA) en 1995. De nombreux autres pays à travers le monde ont emboîté le pas avec une législation similaire tout au long des années 1990.
Mais la Lutte pour le Droits des Personnes Handicapées n'a pas réussi à examiner comment des aspects tels que les intersections de la race, du sexe, de la classe et de la sexualité jouent un rôle dans l'oppression des personnes handicapées. C'est là que la lutte anti-validiste entre en jeu.
Qu'est-ce que la Justice pour Toutes les Personnes handicapées ?
La Justice pour Toutes les Personnes handicapées est une expression qui a été inventé en 2005 par un collectif de femmes queer racisées handicapées, dont Patty Berne, Mia Mingus et feu Stacey Milbern. La lutte anti-validiste s'appuie sur le mouvement des droits des personnes handicapées, en adoptant une approche plus globale pour aider à garantir le droit de celles-ci en reconnaissant l'intersectionnalité des personnes handicapées qui appartiennent à d'autres communautés marginalisées.
Son cadre implique que nous devons inclure les expériences de personnes handicapées multiplement marginalisées, telles que :
Les personnes racisées
Les personnes migrantes
les personnes LGBTQIA+
Les personnes sans abris
Les personnes incarcérées
Les gens qui se sont fait voler leurs terres ancestrales
La Justice pour Toutes les Personnes Handicapées examine toutes ces questions, reconnaissant comment divers systèmes d'oppression interagissent et se renforcent mutuellement. En raison de cette orientation plus large, ce mouvement est le moyen le plus complet de créer un changement durable pour les personnes handicapées et marginalisées de diverses façons.
La lutte anti-validiste a 10 grands principes pour examiner l'inclusion des personnes qui sont marginalisées à plusieurs endroits:
1. Intersectionnalité
L'intersectionnalité est un terme fondé par la juriste Kimberlé Crenshaw en 1989 pour expliquer comment les femmes noires existent aux intersections du racisme et du sexisme. De même, le cadre de la lutte anti-validiste applique ce concept en expliquant que les personnes handicapées ont chacune une expérience et des antécédents différents en matière de race, de classe, de sexualité, d'âge, de statut d'immigration et d'autres problèmes. Reconnaître l'intersectionnalité signifie reconnaître que des idéologies odieuses telles que le validisme, le racisme, le sexisme, la xénophobie, l'homophobie et la transphobie fonctionnent souvent ensemble et se renforcent mutuellement.
2. Leadership1 des personnes les plus touchées
La Justice pour toutes les Personnes Handicapées tient à centrer le leadership sur les personnes les plus touchées par le validisme plutôt que sur les universitaires et les chercheur·euses, ou sur d'autres personnes handicapées mais qui bénéficient toujours d'autres types d'oppression. La Lutte pour le Droits des Personnes Handicapées a été critiqué pour donner la priorité aux voix des personnes blanches, qui ont souvent continué à renforcer le racisme et l'oppression que subissent les personnes racisées. Par conséquent, il est impératif de veiller à ce que le leadership, le pouvoir et les opportunités soient donnés aux personnes les plus négativement touchées par tout le spectre du validisme afin de lutter plus efficacement contre ces problèmes.
3. Politique anticapitaliste
Ce principe dit essentiellement que notre valeur en tant que personne ne dépend pas de ce que nous pouvons produire. L'anti-validisme combat les exigences de productivité auquel s'attend une culture capitaliste, ainsi que la pauvreté systémique dans laquelle les personnes handicapées sont contraintes si elles ne peuvent pas travailler. Toutes les personnes méritent que leurs besoins soient satisfaits, quelle que soit leur capacité à produire.
4. Solidarité inter-mouvements
La Justice pour Toutes les Personnes Handicapées se combine avec d'autres mouvements en quête de libération - telle que la justice raciale, la justice environnementale, la lutte contre les violences policières, etc. Parce que chaque groupe démographique comprend des personnes handicapées, les personnes handicapées ne seront pas libérées sans le succès de chacun de ces mouvements. Cet effort aide les personnes handicapées à devenir plus unies et compréhensives dans notre activisme.
5. Reconnaître l'entièreté
Ce mouvement soutient que les personnes handicapées sont des personnes à part entière. Elles ne le sont pas moins à cause de leur handicap. Les personnes handicapées ont une vie intérieure riche et des expériences précieuses.
6. Durabilité
Un autre principe vital du mouvement de Justice pour Toutes les Personnes Handicapées est la durabilité. Les militantEs et les défenseureuses handicapéEs doivent être en phase avec leur corps pour suivre leur rythme à long terme et continuer à travailler régulièrement pour la justice au fil du temps sans s'épuiser. De plus, la durabilité du mouvement dépend de la communauté et ne peut être engagée par des individus seuls.
7. Engagement de Solidarité Inter-Handicap
La lutte anti-validiste met l'accent sur toutes les personnes handicapées, y compris celles qui sont souvent laissées pour compte. Toute personne qui fait l'expérience du validisme est incluse, qu'elle soit atteinte d'une maladie chronique, neurodivergente, sourde, aveugle, mentalement, intellectuellement, cognitivement handicapée, physiquement handicapée ou ayant tout autre handicap.
8. Interdépendance
L'interdépendance nous permet de travailler côte à côte, créant une communauté plus forte alors que nous travaillons à libérer tous les individus opprimés. Au lieu de promouvoir uniquement l'indépendance, qui était au centre du mouvement pour les droits des personnes handicapées et pour la vie autonome2, l'interdépendance reconnaît qu'aucun d'entre nous ne peut prospérer sans soutien. Ce principe s'articule autour de la construction d'un sentiment de communauté parmi les personnes handicapées et de l'organisation pour parvenir à la libération.
9. Accès collectif
Le principe d'accès collectif explique que la Justice pour Toutes les Personnes Handicapées crée des méthodes pour faire les choses en dehors de normes valides neurotypiques. Dans le mouvement de justice pour personnes handicapées, les besoins d'accès sont accueillis, respectés et reconnus.
10. Libération collective
La libération collective implique que les personnes handicapées progressent ensemble en tant que personnes aux "capacités mixtes, multiraciales, multigenres, de classe mixte, à travers le spectre sexuel, avec une vision qui ne laisse personne derrière". Ce principe reconnaît le travail de plusieurs décennies de celleux qui se sont déjà battus pour la libération tout en reconnaissant également ce qui reste à faire. La libération collective signifie envisager un monde qui peut être créé lorsque des personnes handicapées d'origines et d'expériences de vécus divers se réunissent pour mettre en œuvre un changement.
Aller de l'avant avec une Justice pour Toutes les Personnes Handicapées
Lorsque nous nous concentrons sur les principes de Justice pour Toutes les Personnes Handicapées, nous donnons la priorité aux liens entre le validisme et d'autres systèmes d'oppression. l'anti-validisme reconnaît que le handicap n'est pas monolithique - le validisme est différent pour les personnes ayant divers handicaps ainsi que pour les personnes de races, de classes et de sexes différents. Ainsi, Justice pour Toutes les Personnes Handicapées est le moyen le plus convaincant et le plus efficace pour assurer la libération des personnes handicapées et marginalisées.
Référence :
Disability Justice - a working draft by Patty Berne
The History of the Independent Living Movement
What is Disability Justice? Adapted from Patty Berne’s “Disability Justice - A Working Draft”
Intersections of Disability Justice and Transformative Justice
source de l'image.
1« la capacité d'un individu à mener ou conduire d'autres individus ou organisations dans le but d'atteindre certains objectifs. »
2 Sur ce point, le mouvement pour la vie autonome a pris diverses formes mais considéraient à la base l'entraide entre les pairs et l’interdépendance comme essentiels.
L'autisme invisible n'existe pas, mais ce n'est pas ce que vous pensez
Les polémiques qui enflent ne sont pas nouvelles : Masking, faux autistes, surdiagnostic, haro sur l’autodiag : Ce qui crispe, c’est la visibilité croissante de profils éloignés de l’image historique du “vrai autiste”, et le fait qu’on ose s’affirmer autiste sans l’aval de la Sainte Psychiatrie. Mais utiliser les dérives des réseaux sociaux pour nier l’existence du masking, et invalider les…
La notion d'intersectionnalité est importante dans les luttes contre les inégalités. Malheureusement, ce concept est de plus en plus vidé de son sens originel, de sa substance et volé aux femmes et personnes assignées femmes noires précaires pour devenir un terme fourre-tout duquel on peut les exclure pour les remplacer par des précaires blanc-he-s par exemple ou encore, comme il sera question ici : par des animaux. Le but de cet article est donc de rappeler ce qu'est l'intersectionnalité et d'entamer une réflexion sur la façon dont on peut penser le véganisme de façon véritablement intersectionnelle.
I. Qu’est-ce que l’intersectionnalité ? Le terme « intersectionnalité » désigne une notion de sociologie créée en 1989 par Kimberlé Crenshaw [article complet posant les bases du concept ici] et décrivant l’interdépendance des oppressions raciales, de classe sociale et de genre que subissent les femmes noires. Kimberlé Crenshaw Bien que le terme soit récent, les réflexions sur le…