welcome to pinepoint : les objets multimédias sont-ils modernes ?
Un essai interactif de Mike Simons et Paul Shoebridge (The googles) produit par l’ONF (Office National du Film)
Les objets multimédias sont par essence difficiles à nommer. Web-documentaires, documentaires interactifs, fictions interactives, les mots s’agglutinent. Quel qu’en soit le nom, l’utilisation de l’écran comme mode de diffusion nous oblige à nous poser les mêmes questions que lorsque l’on est en présence d’un objet filmique : De quelle manière est mise en œuvre la narration, autrement dit quel est son rapport au récit, comment opère l’interrogation sur l’image, et quels sont les rapports entre les images et les sons ?
Or, formellement, c’est bien à une déconstruction de la narration filmique à laquelle s’attache ces nouveaux objets. Mais pas seulement : l’espace dans l’image est aussi bouleversé par l’interaction. En perdant son cadre et son statut fixe, l’image peut jouer sur les écarts, les décalages et se libérer d’un côté du réalisme informatif et de l’autre du discours auquel l’art contemporain l’a assujetti. Opposer une pratique qui interroge le réel et une autre (plus noble ?) qui interroge l’image, devient alors obsolète. Si la modernité se trouve dans les ruptures et l’état transitoire permanent, on doit s’interroger sur ces objets autant hybrides que multimédias.
Avec « Welcome to Pine Point », Mike Simons et Paul Shoebridge (The googles) ont réalisé il y a plus d’un an, un objet qu’ils ont dû nommer « liquid book » faute de trouver un vocabulaire adéquat dans les néologismes du multimédia. D’emblée, ce qui saute aux yeux (et débouche les oreilles), c'est l'intelligence sensible avec laquelle la connexion entre les différents éléments (sons, archives, textes, etc...) opère. Tout se joue dans ces petits écarts qui permettent à la narration de faire son chemin dans les documents.
Les auteurs n’ont pas souhaité supprimer complètement la structure classique du récit afin de permettre aux spectateurs de rester engagés dans une histoire. Il y a bien un début, un milieu et une fin dans « Welcome to Pine Point ». Il ne s'agit pas d'une narration linéaire imposée aux spectateurs, mais d'une narration ressentie par les spectateurs à partir des éléments documentaires. Chaque chapitre permet de s'emparer de manière personnelle d’une histoire.
Dans une interview donnée au diffuseur (ONF) Paul Shoebridge explique comment ils ont abordé cette question cruciale de la narration : Venant de l’édition, nous étions intéressés par quelque chose qui contiendrait l’activité de la lecture du livre. Lorsque vous êtes en face d’un écran, vous abandonnez le contrôle de l'expérience. Vous êtes passif. Avec un livre, vous êtes le narrateur.Vous devez lire les mots vous-même et leur donner un sens dans votre tête. Vous devez peindre les murs dans l'histoire vous- même, pour ainsi dire. Dans « Welcome to Pine Point », nous avons choisi de ne pas avoir une narration en voix off, mais de laisser les gens être leur propre narrateur.
Mike Simons précise :
Pour nous, une partie du processus était de minimiser l'interactivité aux seuls éléments qui servent à transmettre le récit. (Interview de Carolyne Weldon : http://blog.nfb.ca/2011/02/03/welcome-to-pine-point-an- interview-with-the-goggles/)
http://pinepoint.nfb.ca/#/pinepoint













