François Durif, First view of the installation “We Ghosts”, Open Space of Experimental Art, Tbilisi, 10.05.19 HOTEL EUROPA: THEIR PAST, YOUR PRESENT, OUR FUTURE, co-curated by Théo-Mario Coppola and Livia Tarsia in Curia Photo: Vincent Lemaire
seen from China
seen from United States
seen from United States

seen from Czechia
seen from Russia

seen from Germany
seen from United States

seen from T1

seen from Switzerland
seen from Germany
seen from United States
seen from Netherlands
seen from Malaysia
seen from Ireland
seen from United States

seen from United States

seen from United States

seen from United States

seen from United States
seen from United States
François Durif, First view of the installation “We Ghosts”, Open Space of Experimental Art, Tbilisi, 10.05.19 HOTEL EUROPA: THEIR PAST, YOUR PRESENT, OUR FUTURE, co-curated by Théo-Mario Coppola and Livia Tarsia in Curia Photo: Vincent Lemaire
François Durif, We Ghosts, Open Space of Experimental Art,Tbilisi, 17.05.19 HOTEL EUROPA: THEIR PAST, YOUR PRESENT, OUR FUTURE Curator Théo-Mario Coppola and Associated Curator Livia Tarsia in Curia
François Durif, We Ghosts, Open Space of Experimental Art, Tbilisi, 17.05.19 HOTEL EUROPA: THEIR PAST, YOUR PRESENT, OUR FUTURE cura. Théo-Mario Coppola & Livia Tarsia in Curia
François Durif, Comme si Tbilissi, 11.05.19
Force diagonale
Ces derniers mois, je me suis éloigné de l’Abri, comme si ce travail de déblaiement était arrivé à sa fin, ou plus simplement, comme si je n’avais plus l’envie de partager au fur et à mesure bribes de lecture et images qui ne m’appartiennent plus dès lors que je les ai publiées. Une lente désaffection qui a fait tache d’huile sur mes recherches du moment. Comme à l’arrêt. Une perte de sens. Moins d’appétit. Et aussi une difficulté à me concentrer. À quoi bon vouloir se faire le microjournaliste d’une existence appauvrie, secouée de temps à autre par des événements extérieurs. Dès le lendemain de l’incendie de Notre-Dame de Paris, je m’en suis voulu d’avoir ainsi réagi, en cherchant à coller à l’événement, en publiant sur-le-champ des images et un texte qui n’exprimait que sentiments refroidis, pensées mortes. Le fait est que j’ai le sentiment de faire de moins en moins de choses dans une journée, tout me prend du temps, le désir est moins fort qu’auparavant, j’ai l’impression de ne plus savoir m’orienter dans le réel. Alors je me cramponne à la figure du colporteur que j’avais imaginée déambuler dans les rues de Tbilissi, avec son ballot rempli de confettis. Finalement, le ballot est devenue baudruche remplie de particules de calage, et c’est aux abords du Stade de Saint-Denis que nous avons enregistré les images, samedi dernier, avec l’ami Christian-Louis. Je présenterai cette vidéo muette dans une installation, vidéo-projection au mur avec une banderole au sol, écriture au scotch rouge sur toile cirée blanche. Deux citations accolées, la première de Duchamp, la seconde de Joë Bousquet : IF « A GUEST + A HOST = A GHOST », THEN WE ARE GHOSTS WHO WANT TO ACT. Artiste-fantôme dans le troisième volet de l’exposition curatée par Théo-Mario Coppola – HOTEL EUROPA – à Tbilissi. Une phrase qui trouve écho au titre qu’il a élu pour celle-ci : THEIR PAST, YOUR PRESENT, OUR FUTURE. Une phrase qui coïncide à l’état du moment, rend compte des forces contraires qui m’animent. Avec, toujours présent à l’esprit, ce parallélogramme de forces que décrit Hannah Arendt : poussé en avant par les forces du passé, retenu en arrière par les forces du futur, c’est au point d’intersection de celles-ci que nous devons saisir la force diagonale. « Nous sommes des fantômes : nous nous souvenons que nous avons rêvé. » C’est précisément au moment où je me sens moi-même à l’arrêt que je choisis de brandir cette phrase pour produire un télescopage des temps et me remettre en mouvement. GHOST-PEDDLER, c’est ainsi que j’ai nommé cette nouvelle figure. Invité à présenter une vidéo-performance, je me présente telle une forme évidée dans le paysage urbain. Une bourrasque pourrait m’emporter comme un fétu de paille ; une figure qui n’est pas même lestée comme je l’avais d’abord fantasmé. Pendant le tournage, un incident technique est survenu : au moment où je suis entré dans le stade en miniature en contre-bas du Stade de France, Christian-Louis a enregistré à son insu les images au ralenti. Au moment de visionner celles-ci, nous avons décidé de construire le film à partir de cette séquence, comme un rêve dans le rêve. La veille du tournage, j’étais tombé par hasard sur un texte de Pasolini, dans son recueil de poésies. Texte intitulé « Les beaux drapeaux », extrait du chapitre « Une vitalité désespérée » et qui se termine ainsi :
« Et sur tout cela, le volettement, l’humble, le paresseux volettement des drapeaux rouges. Dieu ! les beaux drapeaux de ces Années Quarante ! Voletant l’un sur l’autre, drus, avec leur pauvre toile rougeoyante, d’un rouge profond, qui s’entremêlait à l’éclatante misère des édredons de soie, des lessives des familles d’ouvriers – et au feu des cerises, des pommes, violet par trop d’humidité, et qu’un brin de soleil teignait de sang, rouge enflammé, noué en bouquets et tremblant, dans la tendresse héroïque d’une immortelle saison. »
Oui, il semblerait que j’appartienne à cette microcommunauté d’artistes esseulés dont le moteur intime relève d’une « vitalité désespérée ». À défaut de saisir la force diagonale par le courage de la pensée, se laisser ballotter par des forces contraires, et faire, cependant, ce que l’on a à faire, avec le mince filet d’énergie qu’il nous reste. Forme gonflée de rien.
François Durif, Comme si Tbilissi, Open Space, 10.05.19 with Vincent Lemaire, Joseph Perez and Théo-Mario Coppola
François Durif, We Ghosts, Open Space of Experimental Art, Tbilisi, 17.05.19
François Durif, We Ghosts, Open Space of Experimental Art, Tbilisi, 17.05.19