Un regard en biais échangé au détour d'un couloir, un sourire affleurant à mes lèvres, preuve fugace que, quelque part, tu ne me laisses pas indifférente. Mais personne ne doit le savoir, je veux encore et toujours garder cette saveur d'interdit à chaque fois que je te croise, à chaque fois que ta peau brûlante entre au contact de la mienne ; c'est certainement la plus intime des caresses. Tu as beau me parler, je ne retiens que le ballet gracieux de tes lèvres aspirant chacune de mes expirations. Y a-t-il tentation ? Y a-t-il danger ? Tu m'entraînes loin à chacun de tes éclats de rire et je sais qu'il n'en faudrait pas plus pour que je me perde dans tes iris profonds ; ne me propose jamais d'allez y faire un tour. Je sais d'ores et déjà que je n'aurais pas la force d'en revenir.
Les bouches s'entrouvrent, appel au baiser inconscient. Ne m'attire pas ainsi, je serais trop tentée de succomber à tes mots, à tes gestes. Peu importe ce que me crie ma conscience, ce que me crie toute ma raison, j'ai juste envie de me fondre et de me perdre en toi. Nous sommes des amoureux solitaires, sans aucun mot pour nous désigner, nous sommes des amoureux pas ordinaires à repousser toujours l'amour au lieu d'y céder.
A ton parfum, à cet effluve de toi qui exalte chacun de mes sens, me rend folle à m'en déchirer la peau. Cette empreinte de toi qui partout me suit, me prends et m'aliène comme pour me rappeler douloureusement que je t'appartiens déjà.
Nous sommes des évadés, nous luttons contre l'amour, contre le désir, contre le plaisir lui-même, afin de s'infliger encore et toujours ces blessures délicieuses. Aucune protestation n'est envisageable, ta simple présence me comble de bonheur même si je nage dans un océan de peine. Mon amour, tes passions auront raison de moi, auront raison de nous, elles se consumeront comme notre amour nous consume.
Et dans nos dernières expiations, alors qu'arrive le temps des remords et des regrets, je sens ma bouche aller vers toi. Nos deux êtres s'effleurent et se tournent autour, nous ne sommes plus que les pantins de notre amour, maintenant que j'ai cédé, impossible de revenir en arrière. Tes bras m'enlacent alors que mes mains parcourent ton torse sporadiquement ; il n'y a plus de limites. Et les lèvres se caressent, se poussent et se repoussent, se mordent et luttent l'une contre l'autre. Plus d'instinct que de prudence, plus de sauvagerie que de raison.
Le jeu a duré longtemps, trop longtemps pour qu'on puisse faire volte face et fermer les yeux sur ce qui nous ronge. Explosion de sentiments. Jamais je n'aurais cru être tant capable d'aimer, mon cœur déborde, se tord et implose sous les coups du tien. Je suis à l'agonie de toi, tu es mon crépuscule, ma décadence, ma mort et jamais je n'aurais imaginer une aussi belle fin. Ta peau incandescente me brûle, me dévore, m'embrase ; est-ce que je dois comprendre que tu es habité par la même fièvre ? Au rythme de mes pulsions, au rythme de ton amour ; nous ne faisons qu'un, mon cœur, ta main au creux de ma nuque et ton souffle tremblant d'impatience à mon oreille. On s'envole vers des hauts chemins, celui de la volupté et de la jouissance là où aucun être humain n'est encore allez.
J'aimerais ne jamais en sortir, ne jamais ressentir mais le refaire encore et encore, sans jamais s'arrêter, sans jamais s'essouffler et te regarder jouir et t'anéantir en moi en un plaisir divin. Mais en sommes-nous seulement capable, mon amour ? Survivrons nous à nous-même et à nos instincts qui nous font graviter l'un autour l'autre ? Résisterons-nous à la vie, et à ces tortures que nous nous imposerons, parce que nous ne sommes que des êtres de douleurs. On s'est retrouvés dans la souffrance, on s'est aimés dans le secret le plus absolu, d'un amour obscur à lui-même. Nous courrons toujours côté à côte mon amour, nous courrons vers nos désirs, sans jamais assouvir notre rage et notre châtiment naîtra de nos plaisirs. Avons-nous un avenir commun ? Devons-nous en désirer un ensemble ? Faisons nos destins, mon amour, en pauvres âmes désordonnées et fuyons à jamais l'infini que nous portons en nous.
Je t'aime d'un amour sans comparaison, j'hanterai toujours tes pas, sombre et exquis souvenir de notre union, de ce lien sans explication qui nous relie. Choisi de vivre sans moi si tu le désir, mon cœur, je ne pourrais m'y résoudre et je veillerai toujours sur toi avec bienveillance. Je t'aime tant que rien ne pourra se mettre entre nous, ni une autre femme, ni la pudeur, ni la haine ou la jalousie, encore moins la colère ou les faux semblants. Fait ce que tu veux de moi, rien n'a plus d'importance qu'être avec toi. Frappe moi et je ne verrais que la chaleur de tes caresses, violente moi, je n'y verrais qu'un empressement maladroit de m'aimer ardemment. Rien ne nous séparera, rien ne desserra nos mains, rien n'éteindra la flamme de mes sentiments, rien ne précipitera ma chute, tous les chemins mènent à tes yeux. Tu es le seul à pouvoir me détruire, fais le si tu le veux, fais le si tu en a besoin, mourir de ta main sera la preuve ultime de notre alliance, jusque dans la mort, et je fuirais alors ce séduisant enfer que tu as fait de ma vie pour rester à jamais avec toi.