Station de ski rime avec empilement de cages à poules et touristes bariolés. Aménagements hôteliers qui se veulent fonctionnels mais qui se révèlent juste inconfortables et anti-pratiques. Des pistes à perte de vue, des moniteurs de l'esf habillés de leur sempiternel rouge carmin, autorités montagnardes au nez tout aussi rouge que leur combinaison qui passent leur journées à assommer de recommandations dignes des bronzés des bandes de gamins au bord des larmes. La neige est de plus en plus rare et si on les écoute on finira par skier sur les cailloux. Les navettes bondées passent et repassent devant notre balcon avec leur lot de glisseux, skis armés et bâtons prêts à planter. Ça sent fort le gasoil et ça parle fort dans tous les coins. Ça s'engueule dans les couloirs et ça cherche désespérément le wifi dans le hall d'entrée. Les vacances au ski sont un luxe quand on voit le prix des forfaits. On profite comme on peut de la montagne mais les chances d'apercevoir des animaux sont bien minces tant le moindre chemin est fréquenté à outrance par des hordes de vacanciers chaussés de raquettes, skis de randonnée ou de fond. On mange mal, on grignote, on se gave de fromage et de sandwiches, de gâteaux apéro et de chips. On brûle ces calories sur les pistes verglacées toujours trop damées de nos belles Pyrénées et on aspire à une montagne vierge de toute trace, une nature qui reprendrait sa place. Le loup est en Ardèche - on le voudrait déjà à Biarritz, pour que tous réalisent que la montagne c'est avant tout un espace naturel, bien avant d'être un bien commercialisable, utilisable et oh combien périssable. Chaque vallée a sa station, chaque village sa remontée, chaque lacet de montagne ses panneaux publicitaires, chaque berger son boulot d'hiver tout trouvé, chaque flocon de neige sa place et son utilité. Mais est-ce que tout a réellement besoin d'être utile à quelque chose ou à quelqu'un ? Ne pourrait-on pas de temps en temps laisser la nature libre de reprendre ses droits, laisser les isards brouter en prix, les marmottes roupiller sans être dérangées par ces fous du hors-piste. On a perdu nos ours, nos loups, nos lynx, nos loutres et nos castors. Remplacés dans ce grandiose tableau qu'est la montagne par des wagons entiers d'humains estampillés de marques de sportswear, avides de sensations fortes et de pistes lisses comme des autoroutes, labellisées et fléchées comme les menus d'un fast-food. Sus à l'urbanisation des sommets, vive la neige libre, poudreuse et pure.