Les montagnes magiques 🏔🏔 pt. 10
Comme extirpée d’un rêve, les rayons dorés du soleil viennent se glisser à travers le jour des lourds rideaux. Et comme la veille, le silence est toujours aussi présent à l’intérieur du gîte. Seuls les bruits de la faune au dehors viennent interrompre cette troublante mais enivrante quiétude.
L’odeur des croissants chauds vient chatouiller mes narines et je la laisse me guider jusqu’à la salle de restaurant, toujours aussi vide.
Quelques réjouissances gustatives et un espresso et je reprends la route pour la destination incontournable de la région, Venise. Pour y arriver assez tôt, je prends pour la première fois l’autoroute italienne, que j’éviterai d’emprunter pour le reste de mon séjour en raison des tarifs rédhibitoires.
A Venise, les voitures sont évidemment interdites, la circulation se faisant exclusivement à pied ou à bord de vaporetti ou de gondole. Alors, en tant que touriste d’un jour, je suis dans l’obligation de laisser Harriett sur un parking situé sur la baie et de prendre le tramway pour rejoindre le coeur de la ville. Au fur et à mesure que le train s’éloigne de la terre ferme, Venise se dessine au loin. Mais face à l’étendue d’eau qui l’encercle, la vulnérabilité de Venise et ses voisines apparaît évidente et leur destin inéluctable. Au terminal de la ligne, une nouvelle vague de touristes se déverse sur la “Cité des Eaux” et je ne peux m’empêcher de penser qu’elle est définitivement condamnée. Alors je profite le plus possible de cette opportunité de pouvoir découvrir cette cité mythique qui fait tant parler d’elle.
Venise est un carnaval à elle toute seule. Les couleurs des bâtiments s’entrechoquent mais s’harmonisent dans une joyeuse excentricité. Les masques pailletés virevoltent dans les échoppes de toutes les ruelles. Les gondolent glissent à vive allure sur les étroits canaux. Et les visiteurs de passage embouteillent les moindres recoins. Mais il est toujours possible de s’extraire de la foule, de sortir des sentiers battus et de découvrir la “vraie” Venise. Une Venise authentique où les habitants font leurs emplettes à l’épicerie du coin, se rejoignent, un journal à la main, aux terrasses des cafés, ou finalisent la livraison de la pêche matinale.
Au fur et à mesure que la journée avance et que le ciel se dégage, le flot de touristes s’intensifie, rendant la ville de moins en moins agréable à arpenter. Et encore, en ce moment, les paquebots de croisière brillent par leur absence dans la baie, révélant ainsi un panorama d’autant plus subjuguant.
Mais après quelques heures dans ce labyrinthe, un sentiment de vertige m’envahit. Tout ce dédale, cette succession de pierres, de murs, de ruelles, de ponts et de canaux me donnent le tournis. Alors en fin d’après-midi, je prends le bus en sens inverse et laisse Venise à ses démons et à son avenir incertain. Après cette journée tourbillonnante, le retour au domaine de Borgoluce me fait l’effet d’une bouffée d’oxygène et en contemplant ce vert à perte de vue, je reprends enfin mon souffle.











