Isabelle a 68 ans. Depuis 1988, elle ne plus que des subsides de l’État.
Je me souviens très bien. Ça a commencé avec mon mari. Très tôt, il s’est mis à ne plus vivre que d’argent public. Je lui disais : « Ça suffit Patrick ! Tout le monde nous regarde ! » Mais, pensez-vous, il était déjà totalement accro. Et puis, il m’a initiée.
C’était il y a combien de temps ?
1988. Il m’a dit : « Allez, un petit mandat de conseillère générale, tu m’en diras des nouvelles. » J’ai dit oui. Et depuis, je n’ai jamais décroché. Aujourd’hui, je cumule des petits boulots pour avoir ma dose : première adjointe, conseillère générale…
Il y a eu des conséquences ?
Allons ! Nous sommes en France ! J’ai même eu droit à la Légion d’Honneur.
Vous regrettez, parfois ?
Jamais. Et pourtant, on n’y est pas allés de main morte. Quoique… si, j’avoue : j’ai pris beaucoup d’argent public pendant que j’étais enceinte. Mon fils est lui aussi accro maintenant. On a essayé plusieurs fois de le sevrer, rien à faire. Il se coupe de la réalité, il veut un paradis…
La recherche d’un paradis artificiel ?
Ah non : fiscal. Les paradis artificiels, c’est pour les pauvres.
Nous laissons Isabelle à son rude quotidien, et allons trouver, à quelques pas de là, un autre habitué à l’argent public.
Jean-François a 52 ans. Une brillante carrière d’avocat s’ouvrait à lui. Aujourd’hui, il peine à s’acheter ses chocolatines en cumulant difficilement les mandats de député et de maire.
Pour moi, tout a commencé en 1993, lorsque j’ai rencontré Jacques…