de Rabih Mroué
Beyrouth / Berlin l durée 75’ l spectacle en anglais, surtitré en français
La main
et l’entre-doigts.
Pour chaque doigt, un corps
et l’entre-corps.
La main s’articule, se décompose
les corps esquissent un membre,
les membres dessinent le corps
d’un vieil homme qui a vécut,
d’une jeune femme.
« Je vis dans mon corps. Je me nourris, je dors, j’embrasse, je baise, vis et meurs dans mon corps. »
Corps-hôte, il en abrite d’autres, plus jeunes, plus grands, plus petits. Tout à la fois. Tout trop étroit. Tout s’éparpille, se perd.
Un à un, les os disparaissent.
Sans visage, devant sa glace, que voit–on ?
Les pages noircies s’effacent.
Qu’avait-on écrit ?
Un carnet rappelle des figures imposées dont le sens s’échappe et surgit par à-coups.
Beyrouth, l’âge d’or avant la nuit sur France Culture
A l’écoute, l’émission Métronomique par Amaury Chardeau sur France Culture : http://bit.ly/2rHN3hI
Retour sur le foisonnement artistique et culturel qui irrigue la capitale libanaise dans les années 1950-60 jusqu’à l’éclatement de la guerre civile en 1975.
Image de couverture : pochette d’album Elias Rahbani – Mosaic Of The Orient Label: Parlophone – Voix De L'Orient Series – Format: Vinyl, 1972 •
“L’art très politique des pays arabes”, article de Le Monde. “Dans le monde musulman plus qu’ailleurs, les créateurs contemporains s’emparent de sujets politiques, avec un réalisme cru.”
[Critique Théâtre] Braises, ou une opposition frontale entre la tradition et la modernité
“Braises”, un portrait de deux sœurs d’origine maghrébine opposant frontalement la tradition à la modernité. Pleine de bonnes intentions, la pièce dresse cependant un portrait trop manichéen pour être convaincant de deux jeunes françaises issues de l’immigration maghrébine.
L’histoire
C’est le soir, la mère plantée dans la cage de l’immeuble hèle des passants imaginaires, sa douce folie la préservant à peine du drame qui l’a frappée. Leïla supplie sa mère de rentrer. Demain est un jour important : elle se marie.
Devant la glace, Leïla ajuste un voile crème autour de son visage. Derrière elle, la mère s’affale sur le canapé, et commence un monologue à mi chemin entre le français et l’arabe. Soudain, la sœur aînée, fantôme du passé, débarque.
Le contraste est criant entre les deux sœurs, issues de l’immigration maghrébine. Neïma, surnommée la “française”, amoureuse de Jérémy et fervente défenseur-e du droit de disposer de son corps vient hanter Leïla, qui s’apprête à se marier à un homme que sa famille a choisi pour elle. Soumises aux mêmes injonctions contradictoires, elles ont choisi deux chemins opposés : l’une l’amour, l’autre le respect de la famille. L’une en mourra, l’autre pensera faire oublier ses écarts à la tradition en sacrifiant son propre bonheur (”Je me marie dans tes ruines”, reproche-t-elle à sa sœur aînée).
Des charbons ardents
La pièce, librement inspirée de celle d’une jeune fille brûlée vive*, a le mérite d’aborder deux sujets sensibles (le mariage forcé et la double emprise traditionnelle et familiale qui pèse sur certaines femmes) mais manipule des charbons ardents.
L’écriture de Catherine Vernaguet est belle et poétique et les trois comédiennes occupent le plateau de leur énergie débordante mais leur performance manque légèrement de spontanéité et donc d’une certaine sincérité. Pour autant, Leïla Anis, qui interprète le personnage du même nom, est particulièrement remarquable tant elle se donne à son rôle ; et Aïni Iften a intelligemment construit son personnage dans la subtilité de ses mimiques et ses tics de langage.
Le récit déconstruit, mêlant passé et présent, repose en partie sur un jeu d’enfants auquel se livrent les deux sœurs “je joue moi tu joues toi”. Au risque de perdre le spectateur au moment où la disparition de Neïma, l'aînée, est annoncée -et interprétée- par sa sœur Leïla. La fin surprend, si le spectateur ne connait pas l’histoire qui a inspirée la pièce.
Aussi, la mise en scène est portée par des incrustations vidéo. Le reflet désobéissant de Leïla dans le miroir souligne la dualité du personnage que l’on perçoit déjà comme tiraillé, l'agression de Neïma - mise en images par le corps filmé d’une danseuse- projetée sur le panneau du fond permet de faire apparaître des corps masculins agressifs sans qu’aucun d’eux n’investisse physiquement le plateau. Mais le potentiel de cette forme aurait gagnée à être plus approfondie. Les comédiennes auraient pu faire corps avec les images, danser avec elles, etc.
* “[Le 4 novembre 2008], une lycéenne de 18 ans d’origine algérienne a été victime de violences aggravées de la part de sa famille, la semaine dernière à Toulon, parce qu’elle refusait d’être mariée en Algérie à un homme de 30 ans et entretenait une relation avec un jeune homme non musulman. La jeune fille, qui a été enlevée et séquestrée quelques heures, a eu le visage et l’abdomen lacérés par un couteau.” [extrait d’un article de Libération, datant du11 novembre 2008.
Braises, par la Compagnie Artefact
Ecriture Catherine Verlaguet, Mise en Scène Philippe Boronad, Comédiennes Manon Allouch (Neïma), Aïni Iften (la mère), Leïla Anis (Leïla).
Credit Photo Francesca Torracchi
Plus d’informations :
- Sur le site du théâtre Joliette-Minoterie http://www.theatrejoliette.fr/spectacle/braises
- Dossier pédagogique de la pièce : http://www.aggloscenes.com/fileadmin/fichiers/Jeune_public/dossiers_pedagogiques/Braises_Dossier_Pr%C3%A9sentation.pdf
Détente et bonnes vibes, Hammam Disco débarque à Marseille
Ecouter du bon son aux senteurs orientales, vos panards à l'aise étendus sur le carrelage humide par la chaleur ambiante, une serviette nonchalamment nouée autour de la taille, les yeux embués mi-clos tel un pacha, un makroudh dans une main, un thé à la menthe dans l’autre ?
Après le festival Nuits Sonores en mai dernier, Hammam Disco arrive au bord de la Méditerranée ! Dimanche 5 février à partir de 13h, le Hammam Rafik de Marseille (1A rue de l’Académie à Noailles) se transformera en lieu des délices par excellence, grâce aux petites mains de Sidi&Co.
Fusion : scène indé disco-orientale et hammam traditionnel
A mille et une nuits des réjouissances habituelles des clubs, boîtes de nuit et autres lieux nocturnes, l’équipe de Sidi&Co apporte sa touche personnelle au paysage festif marseillais. Hammam Disco se déroule un dimanche après-midi et les mots d’ordre sont détente et programmation musicale exigeante.
« Hammam Disco reflète notre volonté de mettre en avant une scène indépendante au sein de cette mouvance disco-orient, » explique Meïssa, membre de Sidi&Co, « le tout dans le cadre singulier du hammam, où tout le monde n’a pas l’habitude d’aller. »
Expérience immersive : bienvenue au Hammam Rafik !
Installé au début de la rue de l’Académie, face à la mosquée de Noailles, le hammam Rafik se fait discret. Le gris délavé de sa devanture ne te laisse rien présumer des 250 m2 de surface et de la beauté intérieure du bâtiment.
Tu pousses la porte du hammam et atterris dans l’entrée, où le personnel t’invite à enlever tes chaussures. Puis tu pénètres dans un grand espace dédié aux vestiaires, où tu peux te changer dans la petite mezzanine à l’étage. Tu avances de quelques mètres, et sur ta droite, tu trouves le bar sans alcool avec ses boissons détox, de la citronnade, du thé à la menthe, des pâtisseries orientales… Si tu te tournes de façon à ce que le bar soit derrière toi, tu découvres sur ta gauche une salle assez grande où sont allèchement disposés coussins et chichas ; et sur ta droite, les musiciens d’AYMA ambiancent le dancefloor.
Tu poursuis ta déambulation en te faufilant entre le bar et les artistes, d’où semblent venir les volutes de fumée caractéristiques du hammam. Tu descends lentement le petit escalier en colimaçon qui te conduit dans les entrailles du hammam. D’abord, tu atterris dans un petit salon marocain, et tout de suite à ta droite, tu pénètres dans la pièce chaude du hammam, où tu t’installes tranquillement. Les douces mélodies entamées par les DJs et musiciens installés plus haut parviennent jusqu’à tes oreilles… Profite !
Raï digital, set oriental et performances live
Dès 13h, Waaterproof, spécialiste du Raï digital issu du collectif Phono Mondial fait vibrer le hammam !
Waaterproof à l’écoute
Puis c’est à trois DJs de Tropicold, de balancer leur son un peu pop, paré de couleurs orientales pour l’occasion. Trois des membres du collectif ambianceront le hammam : l'Amateur, Edouard soirée loisirs et Why Pink ?
Ecouter Tropicold
Un live pour clore la journée : l’équipe d’AYMA (anciennement Jaysper Family) présente "Thé à la Menthe", arrangements savoureux composés par un guitariste, un joueur de 3oud, une clarinettiste-chanteuse en turc, un percussionniste et pour couronner le tout, Jaysper mixe l’ensemble. Ceux d’entre vous qui ont participé à la session lyonnaise d’Hammam Disco seront agréablement surpris par cette performance, véritable valeur ajoutée de la version marseillaise ! Le groupe sortira son premier EP dans peu de temps.
Mixtape de bienvenue, par AYMA
Des oreilles, un maillot, une serviette
Tenue correcte exigée : la nudité n’est pas invitée et le costard est fortement déconseillé ! Dress code : maillot, serviette de bain ou paréo passé au choix autour de ta taille ou par-dessus ton épaule.
L’âme d’Hammam Disco
L’association Sidi&Co a à cœur de mélanger les publics lors des événements qu’elle organise. Avec Hammam Disco, elle souhaite que les amateurs de musique électronique puissent rencontrent les friands de hammam, que les fêtards du samedi soir croisent les tranquilles du dimanche. « C’est un peu la rencontre entre le chaud et le froid, » explique Meïssa. « D’un côté le froid du club où tu ne fais pas forcément de rencontres, où tu es dans ton trip solo, de l’autre la pratique du hammam dont tu fais plutôt l’expérience en famille ou entre amis. Notre objectif est de réussir à concilier les deux et par là, à toucher des publics variés sur tous nos événements. »
Le melting-potes Sidi&Co
Il était une fois, la naissance d’Hammam Disco dans les senteurs du festival Nuits Sonores à Tanger. Titillées par les mélopées jouées, les narines de Sidi&Co ont immédiatement été séduites par les promesses vertigineuses d’un mélange house-sonorités orientales.
Sidi&Co est une association à but non lucratif loi 1901 qui fonctionne grâce à la bonne volonté de cinq amis (Charles, Claudia, Hugo, Meïssa et Nina) dont l’objectif est d’offrir un moment de détente aux petits portemonnaies. Pour un hammam privatisé et trois groupes de musique, l’entrée à 23€ (pour les "oiseaux tôt" qui se pointent au hammam avant 14h, s’ils ont du retard une majoration de 7€ est appliquée sur place) ou à 26€ pour ceux qui n’ont pas d’horaires, est plutôt une performance. Sur place, le coin restauration est chiffré à 2 € la consommation, au choix pâtisseries orientales et boissons détox.
Les potes à Sidi&Co ne font que s’échauffer !
Pour sûr, vous entendrez encore parler de la bande Sidi&Co ! En vrac, leurs prochaines dates :
- País Tropical au Sucre à Lyon le 24 février, dédié au carnaval et à la culture brésilienne, gratuit.
- L’ouïe à la bouche, Lyon, performance électroacoustique live et repas. Plus d’infos à venir. Avez-vous déjà imaginé la rencontre entre un chef de cuisine et des musiciens ? L’ouïe à la bouche, c’est une performance transdisciplinaire autour de la gastronomie et de la musique électro-accoustique. Samplés en live, les ustensiles deviennent instruments et résonnent au rythme des machines. Après la performance, public et artistes se retrouvent à table pour déguster les plats préparés par notre chef invité
Et bientôt, dès septembre 2017, Sidi&Co se lancera également dans l’organisation événementielle au service des entreprises, des collectivités et des festivals.
Parmi les Extra ! du festival lyonnais Nuits Sonores, les effluves du Hammam Disco nous ont guidé tout droit vers une bande d’amis à suivre, Sidi&co.
L’idée est ingénieuse : allier une séance de soin et du bon son venu d’orient. Le concept du Hammam Disco a germé dans les têtes de ses créateurs lors d’un autre festival Nuits Sonores, à Tanger au Maroc. Tombés sous le charme du mélange house-sonorités orientales, les membres de l’association Sidi&co décident d’organiser un concert à Lyon, qui aurait pour particularité de prendre place dans un lieu décalé, un hammam. L’événement, qui réunira une centaine de personnes vendredi 6 mai, s’étalera en deux sessions de trois heures, entre 13h et 19h30. Les Sidi&co avaient pour objectif d’offrir un moment de détente ouvert aux petits porte-monnaies, l’entrée a été fixée à 20€ et les places sont déjà toutes parties. Mais nous vous invitons à guetter les bons plans à venir de la bande à Sidi !
Poussez les portes du Hammam La Septième source
A l’origine du projet Hammam Disco, l’envie de « créer des passerelles vers d’autres cultures, par la musique », explique Claudia co-fondatrice de Sidi&co. Ce que Hammam Disco propose aux participants, ce n’est pas un simple temps de détente en musique mais une expérience à part entière : un décollage pour l’Orient, les deux pieds ancrés au sol lyonnais. Pour concilier l'ici et l'ailleurs, l’univers clôt du hammam La septième source, situé en plein cœur de la ville, paraissait idéal.
Aperçu de l’expérience Hammam Disco.
Passé le hall d’entrée, tu entres dans une salle aux plafonds bas, aux murs très décorés, qui te plongent dans une ambiance intimiste. Les DJs jouent depuis une mezzanine qui court le long de la pièce principale. Là-haut, des gens sont installés en mode détente, à portée de platine. Tu redescends dans la salle, d’autres personnes se déhanchent en rythme près du bar détox, tandis que sur ta gauche, les banquettes moelleuses calées dans un couloir te lancent un irrésistible appel au confort. En poussant la petite porte devant toi, tu entres dans les pièces surchauffées et moites du hammam où des enceintes diffusent la musique des DJs. Au programme pendant trois heures, vapeurs, gommage, musique houso-arabo-orientale, dégustation de pâtisseries et de thés à la menthe bien sucrés et bar détox.
Une expérience pluri-sensorielle en toute détente…Le seul impératif, ne pas oublier son maillot, sa serviette ou son paréo !
Hammam en ébullition sonore
Pour offrir un dépaysement tout en enflammant le dancefloor, les Sidi&co ont décidé de convier la musique house orientale à La septième source.
Aux platines tour à tour, Mehmet Aslan, DJ basé à Berlin qui mêle sonorités folkloriques turques et rythmes électro modernes, et Patxi la moitié du duo de DJs lyonnais les Sheitan Brothers, qui mixe de la disco brésilienne à l’électro tunisienne. Et Hammam Disco oblige, le 6 mai, la boule à facettes tournera au dessus de la piste de dance !
Un aperçu sonore : "Hammam House 1" du DJ d’origine turque Mehmet Aslan
Un mix des DJs lyonnais les Sheitan Brothers "Allo le Bled"
Au détour d’une phrase, pour information, les Sheitan Brothers passent à Marseille le 26 mai pendant l'Édition festival !
Sidi&co, encore et ailleurs
Pour un premier jet, le Hammam Disco est prometteur, et déjà les membres de l’association lyonnaise Sidi&co se voient décliner l’expérience dans d’autres villes, d’autres endroits, avec d’autres arts que la musique ! Le leitmotiv : des événements multi-genres, pluri musicaux, et multiculturels dans des lieux atypiques.
Pour ce qui est du voyage proposé, pas de focus en particulier, les membres de l’association ne souhaitent pas se cantonner à l’Orient : « [On pense] par exemple à l’Amérique Latine, à la Chine, à l’Europe de l'Est, etc. », énumère Claudia. Pourquoi pas inviter un musicien indépendant venu de l’underground chinois se représenter dans le sud de la France ? Ou reproduire l’expérience Hammam Disco à Marseille ? Une chose est sûre, Ustaza guettera les événements en Paca, si Sidi descend jusqu’ici ! Affaire à suivre…
La page Facebook de l’événement Hammam Disco : https://www.facebook.com/events/1015298335221684/
Sidi graphisme : Charles Sinz https://www.behance.net/Charles-Sinz
Triptyque : Entretiens avec des réalisatrices méditerranéennes
Entretiens avec trois réalisatrices venues de la Tunisie, d'Israël/Palestine et du Liban. Réalisés avec Clémence Mc Aluso de radio Grenouille, ces interviews sonores sont à retrouver sur Vues sur Mer !
Entretien avec Sonia Ben Slama à propos de son documentaire "Maktoub"
« Ce n’est pas l’amour des cœurs, tout est écrit », énonce la grand-mère Hena. « Parfois le cœur désire une chose, mais son contraire est écrit. » Une jeune femme s’échappe de la maison de son mari, et tente de contrarier le destin. « Mais si une chose t’est destinée, tu ne pourras y échapper ». Et la jeune femme revient.
Digressions autour de "This is my land" de et avec Tamara Erde
« This is my land » nous plonge au cœur du système éducatif israëlo-palestinien aujourd’hui. Comment les enseignants parlent-ils du conflit aux jeunes ? Quelle place est laissée à l’enseignement d’une histoire alternative à celle dictée par les institutions politiques ?
Clés pour déchiffrer "Trêve a time to rest" de Myriam el Hajj
هدنة « Trêve », un temps d’arrêt dans une bataille, une pause, une respiration dans un moment difficile. Sorti en 2015, le documentaire nous immerge à Beyrouth, en 2013. A coup de questions d’apparence ingénues, Myriam taquine son oncle Riad et ses amis dans leur routine amnésique de vétérans des milices chrétiennes libanaises. Des fragments de mémoire, des souvenirs resurgissent, et devant nos yeux apparaissent par à coup les massacres de Sabra et Chatila et toutes ces batailles livrées pendant la guerre civile libanaise, qui a duré de 1975 à 1990.
Lorsque l’on parle des critiques de cinéma, on imagine des hommes aux cheveux blancs, éloquents et passionnés, qui connaissent l’histoire du 7ème art sur le bout des doigts, dissertent sur Eisenstein ou Truffaut et débattent de manière docte de la mise en scène ou des choix de cadrages dans le dernier film d’Olivier Assayas.
Les « jeunes reporters » d’Aflam ne correspondent pas vraiment à cette image. Ils ont entre 18 et 25 ans, ont grandi en Algérie, au Portugal ou aux Comores, et n’ont pas eu souvent l’occasion d’aller au cinéma. Ils sont actuellement stagiaires dans les centres de formation Tétraccord et Cieres, dans des cycles de « remise à niveau » concernant les savoirs fondamentaux, et en particulier en français. Mais ils ont pourtant bien voulu jouer, pendant quatre mois, les critiques de films, malgré leurs difficultés en français ou leur timidité à prendre la parole ou la plume.
L’atelier s’est articulé autour du cycle« Résistances en Méditerranée » des Ecrans d’Aflam, soit trois films projetés entre décembre 2015 et février 2016, qui évoquent chacun à leur manière le thème de la résistance : Les 18 fugitives de Paul Cowan et Amer Shomali, Et maintenant on va où? de Nadine Labaki et Les jours d’avant de Karim Moussaoui, précédé du court-métrage Light Horizon, de Randa Maddah.
Pour chaque film, Imen, Sofia, Djelloul, Vanessa, Hassani et quelques autres se renseignent d’abord sur le sujet traité et sur le réalisateur ou la réalisatrice, assistent à la projection à la Maison de la région, sur la Canebière, puis interrogent un spécialiste du pays dans lequel se déroule le film – Palestine pour le premier, Liban pour le second et Algérie pour le troisième. Ils écrivent ensuite une petite chronique, pour un journal ou pour la radio, et font la retranscription ou le montage de l’interview réalisée.
Jusqu’en mars, les différentes productions des jeunes critiques seront diffusées simultanément sur les sites Ustaza Paca et Vues sur mer.
Le point d’orgue de cet atelier, ce sera une émission de radio, préparée et enregistrée avec et par Radio Grenouille, et dont les jeunes seront eux-mêmes les animateurs. Cette émission sera enregistrée le 21 mars, en présence du réalisateur Régis Sauder, et diffusée sur les ondes de la radio marseillaise quelques jours plus tard. Stay tuned !
En attendant voici quelques-unes des productions des « jeunes reporters » d’Aflam…
Texte par Nina Hubinet, journaliste et animatrice de l'atelier "Jeunes reporters"
Beit Sahour, un modèle de résistance pacifique
Après chaque projection, les « jeunes reporters » d’Aflam font l’interview d’un spécialiste du pays où se situe le film. Pour Les 18 fugitives, Sofia, Imen, Abderazzak, Vanessa et Djelloul ont interrogé Bernard Botiveau, directeur de recherches à l’Iremam (Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman) et spécialiste de la Palestine.
Le film Les 18 fugitives raconte une histoire qui se passe dans le village de Beit Sahour, en Cisjordanie, pendant la première Intifada, à la fin des années 1980. Quel était l’état d’esprit des Palestiniens à ce moment-là ?
Quand commence la première Intifada, en 1987, tous les Palestiniens ne sont pas logés à la même enseigne : leur situation est très différente selon qu’ils vivent à Gaza, en Cisjordanie ou à Jérusalem. Ils n’ont pas la même vie quotidienne. Mais il y a une constante : les gens qui déclenchent le soulèvement ont moins de 20 ans. Ils étaient à peine nés lors de la guerre de 1967, quand Israël a occupé l’ensemble du territoire d’Israël et Palestine. Ils ont grandi en éprouvant ce qu’était l’occupation directe par un pouvoir politique totalement étranger, alors qu’avant la Cisjordanie était administrée par la Jordanie, et Gaza par l’Egypte. Donc en 1987, il y avait un réel épuisement. D’abord en raison du manque total d’autonomie : les Palestiniens dépendaient du pouvoir israélien pour tout. Par exemple, comme on le voit dans le film avec le lait, presque tous les produits vendus dans les magasins étaient importés d’Israël… Et puis il n’y avait plus d’argent, pas assez de travail, et surtout on ne pouvait pas bouger comme on voulait, on était contrôlé en permanence. Donc il y a eu une sorte de ras-le-bol général chez les Palestiniens qui s’est exprimé par l’Intifada.
Quelle est la différence entre la première et la deuxième Intifada ?
La première Intifada vient en conclusion d’une première phase d’occupation totale de la Palestine. Tout le territoire est contrôlé par les Israéliens, mais aussi la police, les impôts, l’administration... Si on veut un papier pour un acte médical, ou pour inscrire ses enfants à l’école par exemple, on est obligé de passer par un fonctionnaire israélien. Donc il y a une révolte contre cette situation. Lors de la seconde Intifada, en 2000, c’est différent parce que ça se passe après les accords d’Oslo, qui ont été signés en 1993. A partir de là, on est entré dans une nouvelle période, une période d’autonomie qui est censée déboucher sur la proclamation d’un Etat palestinien cinq ans plus tard. Ce qui a totalement échoué… Mais en 2000, sept ans après les accords d’Oslo, une nouvelle négociation commence pour essayer de mettre un terme à cette situation d’incertitude et pour avancer vers la proclamation d’un Etat palestinien. Donc Israéliens et Palestiniens se retrouvent notamment aux Etats-Unis tout le mois de juillet 2000 pour discuter, mais c’est un échec, pour différentes raisons. Et à ce moment-là on sent qu’il n’y aura pas d’Etat palestinien dans l’immédiat… Au même moment, en septembre 2000, Ariel Sharon, une figure de la droite dure israélienne, vient prier sur ce qui est le mont du Temple pour les juifs – l’esplanade des mosquées pour les musulmans, au milieu d’une troupe d’un millier de soldats israéliens. Et c’est évidemment considéré comme une provocation, étant donné que les lieux saints ont été « répartis » et réservés aux différentes communautés par des accords internationaux, qui n’autorisent pas les Israéliens à venir prier à cet endroit. Donc cette action déclenche tout de suite une révolte palestinienne, qui est de plus grande ampleur que celle de 1987. Et cette fois ce n’est pas une « révolte des pierres », mais une révolte armée, qui fera plusieurs milliers de victimes dans les années suivantes.
En 1987, la résistance du village de Beit Sahour est-elle une exception ?
Ce n’est pas du tout une exception. Comme on l’a vu dans le film, il y avait un commandement national unifié qui organisait toutes les opérations de résistance lors de la première Intifada. Donc on pouvait trouver différentes actions de rébellion à Naplouse, Bethléem, Ramallah, Gaza… Mais cette forme-là de résistance choisie par Beit Sahour semble avoir été originale. La désobéissance civile existait dans d’autres villes de Palestine, mais Beit Sahour a été une sorte de laboratoire d’expérimentation dans ce domaine. Il y avait une sorte de réflexion sur comment la société peut s’organiser dans un contexte de guerre, quand on est cerné, encerclé, et qu’il faut survivre dans ces conditions. L’importance des vaches et du lait devient une sorte de métaphore de ce dispositif dans le film, mais il n’y a pas que ça, on voit aussi des gens qui font des potagers, commencent à élever des poulets… Ils s’organisent de façon à être presque autarciques. L’autarcie totale est une utopie, mais on peut devenir autonomes sur beaucoup de points, et ils ont plutôt bien réussi cette opération, puisque l’expérience de Beit Sahour demeure aujourd’hui un modèle en matière de désobéissance civile.
Ce type d’organisation globale a-t-il perduré après la première Intifada ?
Non, les comités de résistance ont disparu avec les accords d’Oslo. Ils étaient l’expression de l’OLP dans les territoires palestiniens, mais ils avaient en même temps une autonomie très importante vis-à-vis de l’OLP qui ne plaisait pas beaucoup à Yasser Arafat et ses dirigeants. Cette structure-là a disparu avec les accords d’Oslo et elle a été remplacée par l’administration de l’Autorité palestinienne. La base de cette administration s’est d’ailleurs bâtie à partir de ces comités locaux de résistance et en s’appuyant sur un ensemble d’ONG palestiniennes qui avaient un rôle social très important. Et les gens qui étaient actifs dans ces comités ont continué à agir dans les ONG qui ont continué leurs activités ou alors au sein de partis politiques qu’ils ont créés à ce moment-là.
Selon vous, pourquoi le réalisateur a choisi de représenter les vaches comme des êtres humains ?
C’est probablement une métaphore : les animaux permettent de poser des questions de manière plus directe, plus imagée, et des situations complexes deviennent alors plus faciles à comprendre. Cette forme de représentation mobilise plus l’attention aussi. Il n’y a évidemment pas de comparaison directe avec les humains : les vaches restent les vaches mais c’est un moyen de suggérer des choses. Ce procédé a aussi beaucoup été utilisé en littérature. Comme dans le livre de Georges Orwell, La ferme des animaux, dans lequel les animaux représentent les humains, et qui pose le problème du débat politique pluraliste dans une société démocratique, et de la dérive possible vers le totalitarisme.
Pourquoi les habitants de Beit Sahour ont voulu acheter des vaches alors qu’ils avaient des chèvres et des moutons, et donc du lait ?
Il est vrai que dans le mode d’alimentation des Palestiniens, on utilise beaucoup plus le lait de chèvre et de brebis que le lait de vache, comme dans beaucoup de pays méditerrannéens. Mais la société et les modes de consommation ont évolué, et les besoins en lait de vache ont augmenté, ne serait-ce que pour faire des yaourts commercialisables… Donc déjà à cette époque, les Palestiniens, qui traditionnellement n’élèvent pas de vaches, étaient obligés de s’approvisionner via la compagnie israélienne de production de lait. Et c’est pour mettre un terme à cette dépendance que les habitants de Beit Sahour ont décidé d’acquérir des vaches. Le paradoxe c’est qu’ils ont dû acheter ces vaches à un kibboutz israélien, ce qui montre une nouvelle fois l’interdépendance des deux économies.
Après les accords d’Oslo, les Israéliens ont réussi à reprendre le contrôle sur ce commerce du lait. Mais l’élevage de vaches existe encore en Palestine aujourd’hui, donc ça reste une réussite de la lutte menée par les Palestiniens à cette époque.
A Beit Sahour, la majorité de la population est chrétienne. Est-ce que cela a joué un rôle dans ces actions de résistance pacifique ?
Je pense que cela n’a rien changé, puisque des musulmans ont tout autant participé à la désobéissance civile, comme on le voit dans le film. Simplement, il a probablement été plus facile d’organiser certaines actions parce que les gens se connaissaient. Mais ils ne se connaissaient pas parce qu’ils étaient chrétiens, mais parce qu’en Palestine on est toujours apparenté à une famille élargie. Shomali, Andouni, Nassar, ce sont des noms que l’on entend tout le temps, ils font partie des 8 ou 10 grandes familles auxquelles tout le monde appartient. Donc on se situe par rapport à ces familles-là, dont certaines sont musulmanes et d’autres chrétiennes. Evidemment il y a des solidarités à l’intérieur de ces familles, et il est plus facile de mettre en place des actions clandestines en s’appuyant sur ces réseaux familiaux. Mais cette désobéissance civile était vraiment l’émanation de l’ensemble de la population, les chrétiens comme les musulmans. On le voit d’ailleurs avec l’épisode des « drapeaux » palestiniens formés avec du linge qui sèche aux fenêtres : c’est vraiment la cause nationale qui fédère tout le monde.
Et d’ailleurs jusqu’à aujourd’hui, il n’y a pas cette distinction communautarisée dans la population qui existe davantage dans les pays voisins. Même si la montée de l’islamisme au niveau régional fait changer les choses, et que la situation n’est pas la même à Gaza et en Cisjordanie bien sûr… Mais globalement l’élément national reste extrêmement important pour les Palestiniens, y compris à Gaza.
A la fin du film, le réalisateur imagine que le seul veau « rescapé » du troupeau de Beit Sahour vivrait aujourd’hui en ermite dans le désert… Faut-il y voir une métaphore de la jeune génération palestinienne actuelle, beaucoup plus désabusée et désespérée qu’en 1987 ?
Oui certainement… D’autant plus qu’Amer Shomali, le réalisateur, doit être désabusé lui-même. Il correspond à une génération de Palestiniens qui ne croit plus à des solutions au conflit. D’autre part, comme il le raconte dans le film, sa famille s’était réfugiée en Syrie en 1948, et vivait dans le camp de Yarmouk, à Damas. Or ce camp a été ravagé par la guerre civile syrienne, 90% de ses habitants ont fui, ils sont redevenus des réfugiés… C’est donc une raison supplémentaire pour lui de ne pas croire dans les politiques des régimes arabes – a forciori celle d’un régime sanguinaire comme celui des Assad, qui pour beaucoup n’ont fait qu’amplifier les problèmes des Palestiniens.
Propos recueillis par Sofia et Djelloul, mis en forme par Nina
Imen est une jeune Algérienne, arrivée en France il y a deux ans, qui suit actuellement un stage de remise à niveau sur les savoirs fondamentaux - dont le français - au centre de formation Tétraccord. Ecrire en français est loin d'être facile pour elle, mais elle a fait l'effort de produire ce premier article sur le film "Les 18 fugitives".
Beit Sahour à la rencontre des vaches
Les 18 fugitives est un film documentaire qui nous raconte comment les habitants de Beit Sahour, un village de Palestine, ont décidé d’acheter des vaches pendant la première Intifada. Cela leur a permis de produire leur propre lait et d’être plus indépendants par rapport à Israël.
Dans le village de Beit Sahour, les habitants aiment boire du lait de vache alors qu’ils n’ont que des chèvres et des moutons. Un jour, ils décident d’acheter des vaches et ils les cachent dans un endroit secret pour que l’armée israélienne ne les voit pas. Mais les soldats l’apprennent et ils décident de les chercher. Ils rentrent dans toutes les maisons, et ne trouvent rien.
Puis des affrontements éclatent entre les Palestiniens et les soldats israéliens. Alors les habitants lancent des pierres sur les soldats pour qu’ils partent et qu’ils arrêtent de tirer. L’armée continue à tirer et à courir derrière les Palestiniens qui sont obligés de se cacher. Mais certains se font tuer.
A la fin du film, les quatre vaches rescapées sont amenées dans un autre village et les activistes palestiniens qui n’ont pas été tués se cachent dans la campagne pendant plusieurs mois.
L’histoire de Beit Sahour est un exemple de résistance face à la colonisation israélienne. A l’époque les Palestiniens avaient l’espoir de chasser les Israéliens de leur terre. Malheureusement ils n’ont pas réussi et peu des choses ont changé jusqu’à maintenant. Alors le peuple palestinien est triste, il rêve toujours d’être libre comme les autres peuples qui ne sont pas en guerre, et que leurs enfants puissent aller à l’école normalement, pour apprendre à lire et à écrire. Ils rêvent aussi que l’armée israélienne fasse la paix avec eux et que leur pays soit reconnu par tout le monde. Le pire, c’est qu’ils ont le sentiment que personne ne les aide à combattre l’injustice qu’ils subissent.
Article rédigé par Imen Himeur
Merci à Nina Hubinet
A propos d'Aflam
Aflam est une association née en 2000 de l’intérêt commun de Marseillaises et de Marseillais pour les cultures arabes à travers l’image et le cinéma.
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Interview réalisé en partenariat avec Radio Grenouille, publié sur Vues sur Mer.
A l’occasion de « Génération Tahrir » à Marseille, l’artiste égyptien Ammar Abo Bakr a réalisé une fresque sur les murs de la Friche Belle de Mai. Le sujet de son dessin : l’arrestation d’un homme par des policiers, qui le sortent à demi-nu dans les rues de Saint-Denis, au moment des attentats en novembre.
Sarcastiquement, Ammar a inversé les rôles et enlevé tous les pantalons des policiers. Dans un coin de la fresque, un tag « Police nationale, nos héros, nos demi-dieux » rappelle les chants pro-policiers scandés lors des rassemblements après l’attaque de Charlie Hebdo.
Ustaza l’a rencontré, entre deux coups de bombes. Entretien sonore en français et en arabe.
Ammar Abo Bakr est familier du street art. Ancien assistant aux Beaux-Arts, il quitte Louxor pour Le Caire lorsqu’éclate la révolution égyptienne en janvier 2011. Depuis, ses immenses portraits rue Mohammed Mahmoud, près de la place Tahrir, ont fait sa renommée. Un article en anglais sur le travail d’Ammar.
L’art de rue est celui qui « met l’art en mouvement », selon Ammar, « comme une manifestation, mais sur un mur ». Radio Grenouille l’a rencontré et cherché à savoir ce qu’être artiste en Egypte signifiait aujourd’hui, alors que le régime militaire d’Abdel Fattah al-Sissi mène une répression systématique de toute forme d’expression.
La version originale de l’entretien, en arabe :
Quelques uns des travaux d’Ammar Abo Bakr
Le portrait, réalisé à l’IMA à Paris, représente le Cheikh Sufi Amin El-Dishnawi
Graffiti fait au Caire, de Mohamed Anwar et Sanna Seif, condamnés à 2 ans d’emprisonnement
La fresque d’Ammar pour CityLeaks 2015. Credit photo: Fabian Heerbaart.
La fresque d’Ammar à la Friche Belle de Mai, près des locaux de Radio Grenouille et du restaurant Les Grandes Tables.
Détail de la fresque d’Ammar à la Friche, on lit : “Je suis contre les tribunaux militaires pour les citoyens”.
Pour cet agenda à fréquence côte à côtienne, Ustaza en Paca vous a préparé une sélection d’événements culturels arabes, un concentré de ce qui se fait de mieux à l’échelle de la France, du Festival Arabesques à Montpellier & ses environs au Festival "La Première Fois" au Vidéodrome 2 de Marseille, en passant par l'incontournable programmation du MuCEM... Tesma3 el sout ya 5uya wa u5ti !
L’émission Côte à côte de Radio Grenouille en partenariat avec SouriaLi est à écouter dans son intégralité sur le site de la Grenouille, Vues sur Mer ! Cette fois-ci, on y parle Antigone(s) de Shatila, de Tahrr et d’ailleurs...
10 minutes avec Abbas Fahdel "Homeland : Irak Année Zéro"
Nous avons rencontré Abbas Fahdel au MuCEM fin janvier à l'occasion de la présentation de son nouveau documentaire Homeland : Irak année zéro à découvrir en salle depuis mercredi 10 février.
Avec Homeland, Fahdel signe un chef-d'oeuvre d'ores et déjà incontournable, un témoignage saisissant sur le bouleversement de la vie d'irakiens ordinaires par l'invasion nord-américaine. La caméra à la main, Fahdel dresse des portraits bouleversants de ses proches, de ses voisins et amis, et donne la parole à ceux qu'on entend peu.
Interview réalisé en partenariat avec radio Grenouille !
Abbas Fahdel est réalisateur, scénariste et critique de cinéma. Né en Irak, il vit en France depuis ses 18 ans. Il est notamment l'auteur de deux documentaires, Retour à Babylone, un film qui prend le pouls de l'Irak au lendemain de la guerre avec l'Iran, sorti en salle en 2002, et Nous, les irakiens, qui sort en 2004, et dans lequel Fahdel filme cet Irak du quotidien, celui que l'on connait moins, celui des familles qui subissent la guerre et l'occupation nord-américaine tous les jours. Puis Abbas Fahdel s'est tourné vers la fiction avec l'Aube du monde tourné en Egypte en 2008 avant de revenir au documentaire avec Homeland : Irak année zéro, un film en deux parties, "Avant la chute" de Saddam Hussein et "Après la bataille".
Quelques dates pour Homeland : Irak année zéro dans le sud-est :
A l'Institut de l'Image – Cité du Livre à Aix-en-Provence
Dimanche 14 février : Partie 1 à 14h Partie 2 à 17h
Suivi d'un débat à 20h en présence de Manel ZNAIDI, doctorante à l'IREMAM
Lundi 15 février : Partie 1 à 20h
Mardi 16 février : Partie 2 à 20h
Samedi 20 février : Partie 1 à 14h Partie 2 à 17h
Au cinéma l'Alhambra à Marseille
Samedi 20 février : Partie 1 à 14h Partie 2 à 17h
Samedi 27 février : Partie 1 à 16h15 Partie 2 à 20h
Suivi d'un débat à 23h avec Édouard Méténier, agrégé d'histoire, rattaché à la chaire d'histoire contemporaine du Moyen-Orient arabe du Collège de France
Les inscriptions pour la 20ème édition du PriMed - Prix International du Documentaire et du Reportage Méditerranéen - Marseille 2016 sont ouvertes ! Date limite d'inscription des films : 31 MARS 2016.
Le PriMed est ouvert à tous les auteurs, réalisateurs, producteurs et diffuseurs qui, par leurs programmes ou leurs œuvres participent à une meilleure connaissance des pays du bassin méditerranéen au sens large, des côtes de l'Atlantique à la Mer Noire. Les œuvres audiovisuelles présentées traitent de sujets relatifs à la culture, au patrimoine, à l'histoire, aux sociétés et à la vie des hommes et des femmes des pays méditerranéens. Elles ne doivent revêtir aucun caractère publicitaire ou de propagande. Chaque œuvre ne pourra concourir que dans une seule catégorie, ce choix devra être clairement exprimé dans la fiche d'inscription.
L'inscription des œuvres au PriMed est gratuite.
La compétition se déroule en trois étapes: - Janvier 2016 : appel à candidatures - Date limite pour l'inscription et l'envoi des films : 31 mars 2016 - Mai 2016 : sélection des films nominés pour la phase finale par un Comité de Sélection international - Décembre 2016, phase finale du PriMed : travaux du Jury International qui décerne les prix, projections pour le public, rencontres, cérémonie de remise des prix.
En savoir + : http://primed.tv/wp-content/uploads/2016/01/PriMed-2016-reglement-rules-and-regulations-regolamento.pdf
Autour de “Made in Algeria” avec Zahia Rahmani, commissaire de l’exposition
Depuis mercredi et jusqu’au 2 mai prochain, le MuCEM accueille l’exposition temporaire “Made in Algeria, généalogie d’un territoire”.
Des cartes aux personnages fabuleux datant d’avant la conquête du territoire algérien, aux clichés anthropologiques de Mohamed Dib, l’exposition “Made in Algeria” propose de découvrir la transformation de l’objet cartographique au fil des siècles, et l’évolution de la description picturale de l’Algérie.
Ustaza s’est entretenue avec Zahia Rahmani, commissaire de l’exposition et responsable du domaine Arts et mondialisation à l’Institut National d’Histoire de l’Art.
- Comment vous est venue l’idée de travailler sur cette exposition avec Jean-Yves Sarazin, directeur du département des Cartes et plans de la Bibliothèque nationale de France, qui est lui cartographe ? Quel intérêt voyiez-vous en tant qu’historienne de l’art, à exploiter le sujet de la cartographie ?
Zahia Rahmani - La carte est un objet d’art, et de plus en plus, les artistes travaillent sur la carte dans le champ de l’art contemporain. C’est un sujet qui est très présent parce qu’ aujourd’hui, nous questionnons énormément la manière dont le monde a été découpé au XIXè. Ce qui nous a intéressé dans cette exposition, c’était de montrer comment la carte a évolué à travers cette histoire algérienne, qu’on peut appeler coloniale. Il était important de montrer l’évolution d’une carte et de la cartographie à partir d’un territoire, et l’Algérie est un laboratoire cartographique.
- Vous disiez que la cartographie est un objet d’art comme les autres. Votre rôle dans l’exposition, en tant qu’historienne de l’art, a été justement de mettre en valeur la carte comme objet d’art ?
ZR - La carte est d’abord un objet visuel et puis un espace de subjectivation. C’est un espace qui dit une certaine subjectivité, et donc une certaine connaissance du territoire. Par exemple, la ville d’Alger, jusqu’à une certaine période, est un peu représentée comme toutes les formes urbaines de l’époque. […] Vous pourriez penser que c’est Venise tellement les représentations des villes se ressemblaient alors entre elles. Après, en fonction de la connaissance qu’on en a, ces images évoluent.
- Ensuite, comme vous le montrez dans l’exposition, il y a une sorte de phénomène d’appropriation à travers la carte...
ZR - Quadriller les territoires sert à tracer, à maîtriser, à connaître. Il y a appropriation du territoire par la carte.
Oeuvre de Mohamed Kouaci - Made in Algeria
- Dans l’exposition, vous faites toujours rebondir les cartes avec de l’art contemporain, pour quelles raisons ?
ZR - C’est une manière de questionner la présence du peuple qui est concerné par cette captation territoriale, un peuple qui va être représenté vers la fin de l’exposition par le travail de Mohamed Kouaci et Mohammed Dib, et d’autres artistes.
- Les représentations questionnent donc l’identité du territoire, il y a ce qu’on montre et ce qu’on écarte…
ZR - Parfois on fabrique aussi, on nomme. On dit « des tribus », on dit « des musulmans », etc. Peut-être ces modalités de dénomination sont-elles issues de l’anthropologie, et donc d’un discours qui est plutôt porté par l’Europe à ce moment-là. C’est une forme d’indexation aussi.
- Pour la dernière œuvre de l’exposition, vous avez choisi de présenter, « Map Monde » de Hellal Zoubir. Cette œuvre donne l’impression d’une réappropriation de l’objet « carte » par l’imaginaire, un phénomène que l’on trouvait plutôt dans les cartes plus anciennes, montrées au début de l’exposition.
ZR - C’est une réappropriation de la carte par la pratique artistique. Elle n’est plus là un objet scientifique, un objet de vérité qui fait du tort au monde. Parce que selon le tracé et selon l’endroit où vous êtes, votre vie bascule en fonction des états-nations.
- Ce qui ressort beaucoup de l’exposition, c’est le thème sous-jacent de l’identité.
ZR - Nous n’avons pas voulu faire ressortir frontalement cette question de l’identité, mais la science la fabrique au XIXè s. Dans l’exposition, on trouve une « carte des tribus » qui date de 1948. […] D’un seul coup, pour des raisons qui sont propres à celles de l’état-nation, [il y a le désir d’] unifier, d’une seule langue, d’un seul modèle. Donc l’Etat fait de l’autre quelque chose qui est tribal, ramené à un « en-deçà » d’un modèle culturel cohérent, en quelques sortes. Suivant cette idée, penser l’autre en tant que tribu et société atomisée ne permet pas d’envisager une gouvernance entre eux.
Autour de Tlemcen, Mohamed Dib
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En complément et en prolongement de l’exposition Made in Algeria :
- du 26 au 28 février, hommages au poète Kateb Yacine par Brigitte Fontaine, à Frantz Fanon, figure majeure de la guerre de libération nationale, et séance projection-débat du film “Fort Saganne”.
- du 10 au 13 mars, une série de trois conférences montre comment les nouvelles techniques cartographiques permirent l'exploration, l'exploitation et la surveillance des terres et des peuples de l’Algérie coloniale. En contrepoint, la projection de films algériens récents constitue autant de fenêtres sur l’Algérie contemporaine.
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Retrouvez tous les détails de l’exposition Made in Algeria sur le site du MuCEM
Tous les événements autour de l’exposition sont répertoriés par Ustaza
Séance pour “Homeland”, film du franco-irakien Abbas Fahdel
Le film en 2 parties du cinéaste irakien Abbas Fahdel nous plonge pendant 2 ans dans le quotidien de sa famille peu avant la chute de Saddam Hussein,puis au lendemain de l’invasion américaine de 2003.
Un film d’Abbas Fahdel, séance au MuCEM en présence du réalisateur et de Myriam Benraad, Chercheure spécialiste de l’Irak et du Moyen-Orient à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (Iremam) et à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS).
HOMELAND : IRAK ANNEE ZERO ” du cinéaste irakien Abbas Fahdel nous plonge pendant deux ans dans le quotidien de sa famille peu avant la chute de Saddam Hussein, puis au lendemain de l’invasion américaine de 2003.
Ce documentaire est découpé en deux parties - l’avant et l’après.
I - AVANT LA CHUTE
La première partie décrit les instants de vie d’une famille qui se prépare à la guerre. Elle va être terrible, mais il y a quand même l’espoir de voir une démocratie s’installer après la chute de la dictature. Que peut-il leur arriver de pire ?
II - APRES LA BATAILLE
La seconde partie, après la chute du régime, est davantage tournée en extérieur. Les langues se délient et on découvre un peuple anéanti, un pays mis à feu et à sang où dans les rues, les incidents éclatent, les bandes rivales s’affrontent…
Au cours des deux parties, nous partageons les joies et les craintes de cette famille irakienne qui nous montre à quel point toutes les familles du monde ont les mêmes aspirations : travailler, éduquer leurs enfants, rire, aimer, s'impliquer dans leur société…
Avant-première nationale en présence du réalisateur.
DURÉE :
Partie I : 2h40 / Partie II : 2h54
Pays: Irak
Année de réalisation: 2015
Artiste(s) et collaborateur(s):
Possibilité de se restaurer sur place.
En partenariat avec Nour Films distribution, La Villa Méditerranée/AVITeM et Aflam.
Petite nouveauté, la version sonore de l'agenda hebdomadaire Ustaza en Paca est sur Soundcloud, grâce à l'aimable soutien de Radio Galère !
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L'agenda d'Ustaza en Paca est en direct de Radio Galère, tous les samedis à midi 30 ! Site de la radio marseillaise "Galère" : http://www.radiogalere.org/