Petite revue de presse autour de l’émergence d’un sujet
2014
Le 21 mars 2014, publication sur le blog d’Isabelle Alonso d’un texte d’une sage-femme, Agnès Ledig concernant le point du mari.
http://www.isabelle-alonso.com/le-point-du-mari/
Cet acte est vu comme un possible mythe (24 mars 2014) :
http://www.20minutes.fr/sante/1332062-20140324-point-mari-mythe
mais dont l’existence est « heureusement » confirmée par d’autres dans la profession :
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1164169-point-du-mari-apres-l-accouchement-je-n-y-ai-pas-cru-jusqu-a-ce-que-je-le-voie.html
le 19 novembre 2014, le hashtag #payetonutérus lancé sur twitter par une étudiante en pharmacie remporte rapidement une flopée de témoignages
https://twitter.com/hashtag/payetonuterus?lang=fr
2015
En février 2015 ce sont les touchers vaginaux sur patients endormis qui prennent le relais et créent la polémique :
http://www.lemonde.fr/sante/article/2015/02/06/une-tribune-denonce-le-toucher-vaginal-sur-patientes-endormies_4571810_1651302.html
http://www.liberation.fr/societe/2015/06/05/medecine-des-internes-a-touche-touche-avec-l-ethique_1323921
Encore une fois la profession minimise l’existence d’une telle pratique, ou la légitimise. Niant du même coup la parole des internes ayant apporté leur témoignage et l’existence de documents pédagogiques attestant de cette pratique. Et faisant fi de la loi en vigueur qui permet à tout un chacun de disposer de son corps, y compris dans un CHU.
Septembre 2015, on observe l’émergence de la notion et de la prise de conscience du phénomène lors de la première émission de radio de France culture Sur les docks traitant des maltraitances gynécologiques par Mélanie Déchalotte, suivi de nombreux témoignages en réaction.
https://www.franceculture.fr/emissions/sur-les-docks/collection-temoignages-maltraitance-gynecologique
https://www.franceculture.fr/sciences/il-me-fait-un-bisou-sur-un-sein-maltraitance-gynecologique-vos-temoignages
Ainsi, en creux il n’y a pas eu de réelle condamnation des faits de façon ferme par les représentants de la profession ou de prise de mesures.
Sont plutôt évoqués tous les accouchements qui se passent bien et toutes ces personnes soignantes qui sont respectueuses, sont soucieuses du bien-être et de la santé de leurs patients, malgré des conditions de travail difficiles. Une réponse sans rapport finalement.
2016
Aout 2016, face à cette libération de la parole progressive, le sujet a également été traité par Charlotte Bienaimé dans sa série Grande traversée : Women's power, les nouveaux féminismes, et fait le point sur la situation des combats féministes concernant le droit à l’IVG et l’émergence d’une prise de conscience concernant les conditions de l’accouchement en 2016.
https://www.franceculture.fr/emissions/grande-traversee-womens-power-les-nouveaux-feminismes
2017
Janvier 2017, le sujet sur les violences obstétricales a été traité en tant que tel dans l’émission les Pieds sur terre de France Culture. Il a été fait en deux volets vu l’affluence et la richesse des témoignages.
https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/accoucher-dans-la-violence-12
https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/accoucher-dans-la-violence-22
En mars 2017, une rencontre-débat sur le sujet est organisée à Paris et permet de présenter la création de l’Institut de Recherche d’Action pour la Santé des Femmes (IRASF) et de confronter les points de vue en présence notamment de Mélanie Déchalotte, Chantal Ducroux-Schouwey (Ciane) et Martin Winkler.
http://www.parents.fr/accouchement/psycho/les-femmes-ne-sont-pas-des-uterus-sur-pattes-164613
Juin 2017, en parallèle les prises de paroles de la profession et de leurs représentants se positionnent en porte à faux. Tel le Dr Nisand, représentant du syndicat des gynéco qui affirme très récemment encore que les expressions abdominales n’avaient plus cours :
http://www.elle.fr/Societe/Interviews/Violences-gynecologiques-selon-le-Pr-Israel-Nisand-les-femmes-devraient-davantage-porter-plainte-3494222
Alors même que ce sujet était traité il y a seulement 3 ans par le Quotidien des médecins et signalait des chiffres plutôt alarmants (près d’1 primipare sur 3 la subissait) :
https://www.lequotidiendumedecin.fr/actualites/article/2014/03/14/accouchement-lexpression-abdominale-pourtant-deconseillee-perdure_698631
Il s’est vu opposer des réponses argumentées et documentées :
- du Ciane qui effectue une enquête en continu sur le déroulement et le vécu de l’accouchement depuis février 2012.
https://ciane.net/2017/06/lexpression-abdominale-toujours-en-vigueur/
- de l’IRASF qui compulse plus de 2000 témoignages sur la page facebook Stop à I’Impunité des Violences Obstétricales (SIVO) depuis sa création en janvier 2015
https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSfZp-qGgwxeXQASB2M0wKmumGXmZkVZpNF-pMdDHSeSmKYR-g/viewform
Restées lettre morte.
Naissance d’une prise de conscience politique ?
Dernier épisode en date, la prise de parole remarquée de Marlène Schiappa, maladroite dans sa formulation mais fondatrice sur le fond. Le 24 juillet 2017 dans un communiqué » de presse elle a demandé un rapport au Haut Conseil à l’Egalité sur les violences obstétricales.
http://www.huffingtonpost.fr/2017/07/25/marlene-schiappa-denonce-les-violences-obstetricales-les-gyneco_a_23046600/
https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=9&cad=rja&uact=8&ved=0ahUKEwiiy4SJ7sfVAhUMLsAKHTQ5CwcQFghPMAg&url=http%3A%2F%2Fwww.lci.fr%2Fsociete%2Fpolemique-marlene-schiappa-episiotomie-pourquoi-l-expression-violences-obstetricales-fait-elle-autant-debat-2059583.html&usg=AFQjCNGGra9R7-MFPUxLZTZSBNR3WtL9xg
Face aux nombreux témoignages cette mesure était devenue nécessaire, appuyer le propos sur les épisiotomies était en revanche dangereux, dans la mesure où elle a apporté des chiffres basés sur un sondage fait au sein du réseau maman travaille en 2013 et, surtout, que cela ne constitue peut-être pas le volet majeur des violences obstétricales. La méconnaissance du sujet était là, malgré sa réelle existence et le besoin impérieux de prendre la question au sérieux.
Par ailleurs, aucune des personne montée au créneau n’a noté que pour les primipares, le chiffre était de plus de 44%, ce qui fait une part quand même énorme de bébés en grandes détresses lors d’une première naissance. Passons.
En substance, la violence gynécologique et obstétricale cristallise des attitudes condamnables car elle est au croisement de deux types de violences, la violence institutionnelle (liée à l’organisation, aux protocoles) et à une violence de genre, deux notions développées par Marie-Hélène Lahaye sur son blog.
On observe un pathologisation de la capacité reproductrice des femmes qui la soumet aux protocoles destinés à la soumettre. Conscient de ce phénomène, les dernières recommandations vont dans le sens d’un allègement des interventions. Sur le papier. Priver un soignant de son rôle interventionniste pour au contraire aider et guider une femme n’est pas aisé et ne se fait pas en un jour.
Tel qu’énoncé par Françoise Buisson, gynécologue, lors de son intervention sur France Inter encore dernièrement, le fait que l’accouchement soit considéré comme un évènement violent, justifie au regard d’une certaine partie de la profession la violence de certains actes (vus également comme nécessaires). Le problème est que lever ce levier psychologique du côté soignant est extrêmement pénalisant car il repose encore une fois sur un fait établi, qui autorise un certain nombre de déviances.
https://www.franceinter.fr/emissions/le-debat-de-midi/le-debat-de-midi-17-juillet-2017
On peut prendre par exemple la réalisation de l’épisiotomie, la plupart du temps de routine, dont on considère que l’acte est tellement anodin qu’il ne nécessite pas d’en informer la patiente. Ou qu’elle risquerait de se crisper ce qui gênerait le geste tel qu’expliqué par une sage-femme[1]. Sa mention dans les dossiers est d’ailleurs, hors complication, assez anecdotique ou sommaire.
On pourra noter que certains praticiens osent prendre la parole sur leurs pratiques :
http://www.leparisien.fr/laparisienne/societe/des-gynecologues-et-des-femmes-se-mobilisent-contre-l-episiotomie-21-02-2017-6697542.php
http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/sur-le-radar/20170315.OBS6647/il-etait-une-fois-une-maternite-ou-on-ne-coupait-pas-le-vagin-des-femmes.html
Et publient des résultats d’études en fonction, peut-être le moyen le plus doux de faire de la pédagogie sans trop de heurts.
En creux, apparaissent donc en vrac l’information vitale et nécessaire des patientes encore bien trop succincte, l’évolution des pratiques, et la formation des soignants.
Pour l’instant très axée sur la technique, la formation présente de grosses lacunes en droit et psychologie vis à vis du patient. Il y a la communication, mais pas seulement, car dire les choses n’affranchit pas d’avoir le consentement éclairé du patient, de façon à intégrer que cela fait partie d’un tout dans le parcours de soin.
En parallèle les pratiques concernant les recours évoluent également, avec le souhait qu’ils soient vecteurs de réparations pour les victimes mais aussi d’évolution pour les institutions et les soignants.
Le Ciane a mis en ligne des explications fournies et exhaustives concernant les différents recours possibles :
https://ciane.net/vecu-experience-difficile/
Les commissions des usagers au sein des établissements de santé ont aussi fait l’objet de remaniements suite à un décret de juin 2016 et visent à renforcer la place des usagers dans le secteur sanitaire[2].
Le conseil de l’ordre a mis à disposition une infographie informative sur le circuit d’une plainte.
https://www.conseil-national.medecin.fr/en-cas-de-litige-1216
A.L.P.
[1] http://www.lexpress.fr/actualite/societe/payetonuterus-quand-les-femmes-se-lachent-contre-leur-gyneco_1623785.html
[2] https://www.iledefrance.ars.sante.fr/commissions-des-usagers-cdu












