Yunmeng Duo Days - Jour 7
Prompt: Reconciliation (Attempt the impossible)
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Un cerf-volant s’élevait dans le ciel rougeoyant de Yunmeng, et Wei Wuxian ne put s’empêcher d’agripper la manche de Lan Wangji pour le lui désigner de la main:
Répondit-il simplement en hochant la tête. Il ne laissait rien montrer, mais il ne pouvait rien cacher à son compagnon. Si bien que la légère lueur tendre dans ses yeux ne passa pas inaperçue.Wei Wuxian sourit franchement et expliqua:
-On les utilisait pour s’entraîner au tir à l’arc. Mais les enfants qui ne sont pas des disciples s’amusent aussi avec quand il y a assez de vent.
Il avait déjà raconté cette histoire des dizaines de fois, mais Lan Wangji continua de hocher la tête et de l’écouter avec attention. Et comme à chaque fois, son attitude patiente et ce regard doux serrèrent le coeur de Wei Wuxian comme il réalisait une fois de plus la chance qu’il avait d’avoir quelqu’un de si aimant à ses côtés.
Ils avaient traqué un feral ghost dans les environs, et quand ils avaient compris qu’ils se trouvaient non loin de la ville marchande à proximité du Lotus Pier, ils avaient décidé de s’y rendre pour flâner et se reposer. Et puis, Wei Wuxian savait qu’il n’avait pas eu besoin de le dire pour que son compagnon le comprenne, mais il avait été soudain envahi par une vague de nostalgie qui lui avait donné envie de se promener dans les rues illuminées de la ville bordée de canaux. Il avait craint un instant que la nostalgie ne se transforme en douleur, mais Lan Wangji était à ses côtés, et il savait qu’il pouvait compter sur lui. Qu’il n’était plus seul face à ses démons.
Et en effet, la douce nostalgie se muait en véritable bonheur. Il était véritablement heureux d’être revenu ici. Et bientôt, bientôt le soleil serait couché et les lanternes seraient allumées. Alors, tout deviendrait réellement magique. Alors, il pourrait dire à Lan Wangji qu’il avait vu l’une des plus belles choses qu’on pouvait trouver à Yunmen-…
Un aboiement non loin (trop proche, bien trop proche!) fit courir des frissons horrifiés le long de sa colonne vertébrale et se dresser ses cheveux dans sa nuque. Il bondit dans les bras de son compagnon sans même s’en rendre compte, poussé uniquement par l’instinct et par sa peur panique qui avait pris le contrôle de ses mouvements:
-Lan Zhan!! Sauve-moi!! Sauve-moi, Lan Zhan! Ne le laisse pas me mordre!!
Malgré la main rassurante que Lan Wangji passait dans son dos, malgré le fait qu’il se trouvât maintenant loin du sol, il ne pouvait empêcher son coeur de battre à toute vitesse et ses mains de trembler. Sa phobie était telle que, même quand le monstre canin apparut et s’assit à une distance plus que raisonnable d’eux, la queue battant le sol avec bonheur, il ne parvint pas à desserrer les bras qui entouraient la nuque de son compagnon:
-Fais-le partir! Pitié, fais-le partir!!
Un cercle de curieux s’était formé autour d’eux, mais Wei Wuxian n’en avait absolument rien à faire. Il voulait juste que ce maudit chien disparaisse de sa vue et qu’il soit de nouveau en sécurité. Pourtant, quand une voix familière s’éleva en un cri outré, il ne put s’empêcher de rouvrir les yeux:
-Fairy! Fairy, reviens ici!
Fendant la foule, un jeune garçon aux longs cheveux sombres apparut soudain face à eux. Le chien jappa en direction de son maître avant de de nouveau se tourner vers Lan Wangji et de l’homme qui continuait de trembler dans ses bras. Alors, le garçon les reconnut et il laissa échapper un petit rire moqueur comme il croisait les bras:
-C’est fou comme dès qu’un chien entre dans l’équation tu perds absolument tout charisme!
Wei Wuxian aurait aimé pouvoir répondre avec une pique bien sentie, mais il ne put que claquer des dents et souffler d’une voix tremblante et de plus en plus pressante:
-Lan Zhan fais-le partir, s’il te plait, pitié fais-le s’en aller.
Ce fut comme si Fairy avait accompli une mission: dès que son maître reconnut les hommes qu’il avait retrouvé parmi la foule, il se leva, la queue toujours en mouvement, et il alla se glisser derrière les jambes de son propriétaire, les oreilles basses comme pour s’excuser d’avoir effrayé l’un d’entre eux. Ce ne fut que quand le chien fut assis et maintenu immobile par un simple ordre de son maître que Wei Wuxian accepta, bien qu’à contrecoeur, de descendre de son perchoir, non sans placer Lan Wangji comme rempart entre l’animal et lui. Alors, il osa s’exclamer d’une voix encore un peu tremblante:
-Qu’est-ce qu’il y a? Pourquoi tu nous pourchasses comme ça?
Jin Ling fronça le nez et poussa un reniflement dédaigneux tandis que la foule se dispersait:
-Je ne vous pourchasses pas: c’est Fairy qui est parti à toute vitesse. Moi je me promenais juste avant de rentrer.
Wei Wuxian ne put s’empêcher de déglutir et la pression de ses mains sur la manche immaculée de Lan Wangji se fit un peu plus forte:
-Est-ce que… Est-ce que ton oncle est avec toi?
-Jiu Jiu? Non, il est resté au Lotus Pier pour régler quelques affaires.
Wei Wuxian ne put s’empêcher de laisser échapper un soupir soulagé. Même s’ils avaient enterré la hache de guerre (ou plutôt: même si son frère avait enfin mis des mots sur ce qui l’avait blessé au point de le rendre fou de rage), il ne se sentait toujours pas à l’aise à l’idée de croiser Jiang Cheng. Même s’ils avaient fait un premier pas l’un vers l’autre et même si des choses avaient été éclaircies, il se sentait encore trop coupable. Ne se sentait pas capable de soutenir le regard devenu si sombre de son frère.
Il devait donc avouer que ne pas tomber sur Jiang Cheng le rassurait. Et ce même s’il savait que, un jour ou l’autre, ils devraient bien s’assoir face à face et parler. Crever l’abcès était un énorme pas en avant, mais il fallait continuer sur cette voie sous peine de laisser la plaie s’infecter à nouveau. C’étaient les non-dits et les silences qui avaient empoisonné leur relation, et Wei Wuxian savait qu’un jour, il faudrait bien qu’ils soient adultes et mettent fin à cette sensation de malaise.
Mais il était rassuré que ça ne soit pas aujourd’hui, au milieu d’une ville où il avait tant de bons souvenirs. Des souvenirs partagés avec son frère.
Alors, tentant d’empêcher ses jambes de trembler comme Fairy poussait un petit jappement, il demanda:
Jin Ling haussa les épaules, les bras toujours croisés sur sa poitrine:
-Comme à son habitude. Il est toujours de mauvaise humeur et continue de râler pour rien, mais j’ai l’impression qu’il est plus tranquille. Enfin, autant que possible.
Malgré le ton désintéressé et nonchalant du garçon, ils savaient tous les deux qu’il devait veiller sur son oncle sans que ce dernier ne s’en rendre vraiment compte. Bon sang, eux aussi devaient prendre le temps de se parler, de s’ouvrir à l’autre. Si seulement Jiang Cheng cessait d’être aussi bourru et se contentait d’avouer à son neveu qu’il voulait le protéger, qu’il s’inquiétait pour lui même s’il lui faisait confiance. Si seulement Jin Ling avait l’opportunité de dire calmement à son oncle qu’il comptait énormément pour lui et qu’il voulait le rendre fier.
Si seulement Jiang Cheng pouvait faire tomber les murs qui entouraient son coeur.
Mais Wei Wuxian n’en dit rien, se contenta de hocher la tête:
-Tant mieux. Tu pourras le saluer de notre part à tous les deux, pas vrai, Lan Zhan?
Lan Wangji hocha la tête, accompagnant son mouvement d’un éloquent “hm”, et Wei Wuxian sourit, reconnaissant. Mais comme ils s’attendaient à pouvoir reprendre leur route, Jin Ling détourna le regard et passa une main distraite, comme s’il agissait par instinct, sur la tête de Fairy (qui ferma les yeux de bonheur) en hésitant soudain, cherchant ses mots
-Vous… Tu pourrais venir pour… Pour le lui dire toi-même… Je crois que ça lui ferait plaisir, et puis comme ça vous pourriez… Enfin, vous pourriez peut-être parler. (Il se secoua et leva la tête) Pas que j’en ai quelque chose à faire, c’est juste que j’en ai marre de son tempérament. Quitte à ce qu’il s’énerve, autant que ça soit sur toi.
Pendant une folle seconde, Wei Wuxian ne sut pas quoi penser, ne comprit pas ce qu’il venait d’arriver. Puis, les mots parvinrent à son cerveau et il sentit une légère angoisse lui serrer le coeur:
Il évita le regard empli d’espoir de Jin Ling, sentit le regard de Lan Wangji sur lui et il redressa la tête. Ils n’eurent besoin d’échanger aucun mot pour qu’il comprenne parfaitement ce que son compagnon pensait:
-Quoi que tu choisisses, je te soutiens. Je suis avec toi.
Il ne pouvait pas fuir éternellement. Il devait affronter cette situation qu’il avait voulu repousser. Ils avaient déjà perdu assez de temps comme ça. Si Jin Ling leur offrait l’opportunité de parler et pet-être même de se réconcilier, il n’allait pas refuser. Et puis, il n’était plus seul. Avec Lan Wangji à ses côtés, la tâche semblait moins insurmontable. Wei Wuxian trouva sa main sans qu’il se préoccupe des gens qui continuaient de parcourir les rues, et quand leurs doigts furent entremêlés, il hocha la tête:
-Tu as raison. Nous te suivons.
Il espérait juste que son frère serait ouvert à la discussion et qu’il accepterait de le recevoir.
-Je peux savoir ce qui t’a pris?!
Gronda Jiang Cheng quand il se retrouva seul avec son neveu. Il avait à peine terminé de rédiger plusieurs lettres pour des affaires intérieures que des coups avaient été frappés à la porte de ses appartements. Il était tard, mais il s’était douté qu’il s’agissait de son neveu, alors il s’était levé et avait ouvert…
Pour se retrouver nez à nez avec Wei Wuxian, un large sourire teinté d’inquiétude sur les lèvres:
Il avait violemment refermé la porte qui avait claqué avec une telle force que si Wei Wuxian avait été un centimètre plus près, le bois lui aurait très certainement cassé le nez. Le souffle court et les poings tremblants, Jiang Cheng avait un instant cru qu’il était en train de rêver. Ca ne pouvait tout bonnement pas être réel. Mais la voix outrée de son neveu et les coups frappés à la porte s’étaient élevés, il avait compris qu’il s’agissait plutôt d’un cauchemar:
-Jiu Jiu! Ouvre! Wei Wuxian est venu te dire bonjour!
Jiang Cheng avait alors compris et il avait ouvert la porte le temps d’agripper son neveu par le col pour l’attirer dans la chambre. Et quand un nouveau claquement avait résonné, il avait donc grondé:
-Je peux savoir ce qui t’as pris?!
Agacé d’être traité de la sorte, Jin Ling haussa le ton à son tour, les poings sur les hanches:
-J’ai rien fait! Je l’ai croisé en me promenant avec Fairy et il a demandé à te voir!
-Ne me mens pas, A-Ling, tu sais bien que je ne supporte pas les menteurs!
Le jeune garçon pinça les lèvres, puis il baissa les yeux et croisa les bras en grommelant:
-Tu ne me crois jamais de toute façon.
-Pas quand je sais que tu mens! Alors dis-moi ce qu’il fout ici ou je te casse les jambes!
Jugeant inutile de continuer cette mascarade, Jin Ling éleva de nouveau la voix:
-D’accord, je lui ai proposé de venir! Et tu devrais avoir honte, parce que c’est moi qui ai dû intervenir alors que ça fait des mois que tu aurais dû le contacter pour enfin régler vos différends!
-Parce que tu sais mieux que moi ce que je dois faire?! C’est la meilleure! Occupe-toi de survivre pendant une night hunt sans que je ne doive intervenir et on en reparlera!
-Tu vois, tu fais toujours ça! À chaque fois qu’on parle de ça tu te braques et tu m’attaques!
-Alors contente-toi de te mêler de tes affaires!
Non mais, il ne parvenait pas à y croire! Comment osait-il faire preuve d’autant d’audace et d’insolence? Et depuis quand se mêlait-il de ce genre de choses?
Jin Ling soutint son regard, les joues rougies par la colère et ses poings se serrèrent:
-Absolument pas! C’est uniquement entre Wei Wuxian et moi! Alors reste en dehors de ça!
-À partir du moment où tout ça t’empêche de te concentrer et de t’occuper de mon entraînement, ce sont mes affaires!
-Tu as un problème avec ma manière de t’entraîner? Tu n’as qu’à rentrer à la Koi Tower si je suis un si mauvais professeur! Vas-y, je ne te retiendrai pas!
Jiang Cheng savait qu’il était allé trop loin. Il savait que parler de la Koi Tower impliquait logiquement de penser à son oncle paternel. Et il savait que Jin Ling ne s’était pas encore remis de la trahison et de la mort de Jin Guangyao. Il savait qu’il aurait dû se taire, il le sut avant même de commencer à parler, mais sa colère l’empêchait toujours de se taire avant qu’il ne soit trop tard. Alors, quand les yeux de Jin Ling se voilèrent légèrement, quand ses lèvres se mirent à trembler imperceptiblement, il dut lutter pour ne pas s’excuser et le serrer contre lui.
Jiang Cheng ferma les yeux, se maudit pour son agressivité et se pinça l’arête du nez en soupirant. Il n’avait pas la force de s’excuser, n’avait pas la force de demander pardon: sa fierté l’en empêchait. Alors, comme son neveu baissait les yeux et que ses yeux devenaient brillants de larmes contenues, il souffla:
-Allez, va dans ta chambre. On en parlera demain.
-Bien sûr que non. On n’en parlera plus jamais parce que tu vas continuer d’éviter le sujet.
-A-Ling, ça ne te regarde pas.
-Ca me regarde, parce que tu as l’air de souffrir et que ça me rend malade.
Jiang Cheng sentit son coeur se serrer dans sa poitrine et il secoua la tête, les sourcils froncés:
-Tu exagères toujours, inutile de dramatiser et de-…
-Tu sais qui d’autre refusait de parler de ses sentiments? Tu sais où ça l’a mené?
Long silence empli de réponses silencieuses. Long silence pendant lequel Jiang Cheng comprit alors que son neveu avait pris le risque d’amener Wei Wuxian au Lotus Pier pour l’aider lui. Il savait qu’il provoquerait la colère de son oncle irascible, mais il avait déjà perdu un membre de sa famille et il refusait d’en laisser un autre sombrer dans un silence néfaste. Il exigeait une réconciliation, mais Jiang Cheng ne pouvait pas la lui offrir:
-Je sais que tu ne penses pas à mal, mais je ne vais pas lui parler. Nous nous sommes déjà tout dit, et je ne peux pas tourner la page ainsi.
Jiang Cheng sursauta quand ces mots franchirent les lèvres de son neveu. Et quand Jin Ling releva les yeux vers lui, il sut qu’il ne pourrait pas fuir le regard que Jiang Yanli lui avait légué:
-C’est la devise de la secte. Alors je crois que même si tu n’en as pas envie, même si ça fait peur, il faut que tu essayes de l’appliquer au monde des émotions et pas uniquement à celui de la cultivation.
Le souffle coupé, Jiang Cheng soutint le regard du jeune garçon, puis, au bout de ce qui sembla être une éternité, il fronça les sourcils et grogna:
-Tu peux être vraiment infernal quand tu t’y mets.
Jin Ling ne répondit pas, se contenta de garder la tête haute, si bien que finalement, ce fut Jiang Cheng qui détourna le regard en poussant un soupir agacé mais touché à la fois:
-Je vais aller le voir, mais tu dois me promettre de ne plus te mêler de mes affaires.
Le jeune garçon renifla, frotta le bout de son nez avec le dos de sa main et il quitta les appartements de son oncle sans un mot ni un regard. Jiang Cheng passa une main sur son visage et poussa un long soupir. Il savait depuis la dernière fois qu’ils s’étaient vus au temple qu’il devrait parler avec Wei Wuxian pour régler leur histoire. Il savait que tout n’avait pas été dit… Mais il n’avait jamais trouvé la force ou l’envie de le faire. La fierté mais aussi l’inquiétude l’en avaient empêché.
Et Jin Ling s’en était douté.
Il devait faire un effort, il devait rassurer son neveu à tout prix, lui qui avait déjà tant souffert. Bon, il ne pouvait plus fuir. Il allait sortir, hausser la voix, et avec un peu de chance, Wei Wuxian partirait rapidement. Oui, il allait faire ça. Il n’avait pas le temps pour ces conneries sentimentales: il avait une secte à mener, lui!
Quand il sortit de ses appartements, plus personne n’était dans le couloir. Il trouva Wei Wuxian et Lan Wangji debout sur un ponton qui entourait la chambre, en train de contempler l’eau parsemée de lotus, et il se racla la gorge avant de gronder:
-Tu voulais parler? Alors parlons.
Wei Wuxian se retourna lentement et soutint longuement son regard, en silence, brisé uniquement par le soupir de Lan Wangji:
Wei Wuxian hocha lentement la tête. Il le rassura d’un regard tout en posant la main sur le bras de son compagnon et en lui adressant un sourire tendre. Pas besoin de mots, pas besoin de plus. Lan Wangji comprit et hocha la tête à son tour. Il salua respectueusement Jiang Cheng (qui lui rendit vaguement son salut) et s’éloigna, les laissant seuls sur le ponton dans la nuit tombante.
Les deux frères restèrent longuement ainsi, en silence, se regardant en chiens de faïence pendant de longues minutes. Puis, ils inspirèrent et commencèrent d’une même voix:
Wei Wuxian laissa échapper un léger rire amusé: enfants, ils terminaient les phrases de l’autre, mais adultes ils semblaient être trop impatiens. Malgré le parallèle évident, Jiang Cheng ne sourit pas, se contenta de terminer sa phrase:
-Marchons. On ne va pas rester ici comme des plantes vertes.
Son frère hocha la tête et lui emboita le pas, en silence. Un vent doux dessinait de petites vagues sur l’eau claire et les lanternes se reflétaient sur le lac qui entourait le Lotus Pier. L’atmosphère était paisible, et pourtant les coeurs des deux hommes étaient serrés par la nervosité qu’ils tentaient de ne pas laisser paraître. Et pourtant, Wei Wuxian remarqua que Jiang Cheng chipotait machinalement à l’anneau passé à son index, signe marquant de son état. Ils s’arrêtèrent d’un même mouvement, sans avoir eu à se concerter. Alors, Wei Wuxian s’accouda à la rambarde et contempla le lac devant lui sans parvenir à retenir un soupir:
-Cet endroit est toujours aussi beau…
-Tu n’es pas venu ici pour parler du paysage. Contrairement à toi, je n’ai pas de temps à perdre, alors parle et finissons-en.
Wei Wuxian ferma les yeux un instant et hocha la tête:
-Tu as raison. (Il ne se retourna pourtant pas, continuant d’observer le lac) Tu sais, je n’avais pas envie de venir. Je cherche à éviter cette conversation depuis la dernière fois qu’on s’est vus, pourtant…
-Jin Ling peut être assez persuasif quand il veut.
-Ne me dis pas que tu fais ça pour lui, je ne te le permets pas.
Nouveau soupir, accompagné d’un mouvement d’épaules devenues basses:
-Au fond de moi, je savais que je ne pourrais pas fuir indéfiniment. Il fallait que je vienne te faire face, que j’arrive à te parler et à t’écouter… Que je m’excuse sans présence d’un public ou d’une menace de mort qui plane sur nous. Je crois qu’il est temps que nous parlions à coeurs ouverts, que nous mettions les choses au clair. Est-ce que tu es d’accord?
-Contente-toi de me dire ce que tu as à dire puis va-t-en.
-J’ai besoin de savoir si tu vas m’écouter et que tu parleras aussi honnêtement que possible.
Jiang Cheng fronça les sourcils et serra les poings, son coeur hésitant entre colère furieuse et une sorte de soulagement amer, mais il hocha la tête et Wei Wuxian commença:
-Je tenais à m’excuser de ne pas avoir pu mieux te protéger quand les Wens ont pris le Lotus Pier.
-Tu en as fait assez. (Sa gorge se noua une nouvelle fois quand il passa une main machinale sur sa poitrine) Plus qu’assez.
-C’était naturel. Yu Furen m’a demandé de te protéger, tu avais perdu ton golden core à cause de ma négligence, je me devais de te le rendre.
Il y eut un léger silence, mais il continua, comme s’il ne pouvait pas s’arrêter sans risquer de perdre ses mots:
-J’aurais dû te dire ce qui s’était passé. Je n’aurais pas dû te cacher ce stratagème, mais je savais que tu m’en empêcherais, et je ne pouvais pas supporter de te voir dans un tel état alors que c’était de ma faute… Mais j’aurais dû t’en parler, comme j’aurais dû te parler du Burial Mounds et du Stygian Tiger Seal. J’aurais dû te parler de ce qui m’attendait. Et j’aurais dû t’expliquer pourquoi je ne pouvais plus rester à tes côtés.
-Tu voulais protéger les Wens, tu avais fait ton choix.
-Je voulais protéger ces innocents, oui, mais je voulais aussi te protéger, ne pas te mettre dans une situation plus inconfortable qu’elle ne l’était déjà.
-Ne joue pas aux vertueux, pas avec moi. Tu avais choisi ton camp et ce n’était pas le mien.
Jiang Cheng avait serré les poings, comme si les souvenirs du jour où son frère l’avait abandonné lui revenaient d’un coup. Wei Wuxian continua, se forçant à lever la tête pour soutenir son regard:
-Mon camp a toujours été le tien, je te le promets.
-Je connais la valeur de tes promesses, ne joue pas à ça avec moi parce que je n’en ai pas la patience.
Ils savaient tous les deux de quelle promesse il parlait, et les mots flottèrent dans les airs autour d’eux sans qu’ils puissent les prononcer. Alors, au bout de quelques secondes, Wei Wuxian continua:
-Je n’ai jamais été très clair sur ce point, mais je voulais vraiment te protéger. Je savais que je ne pouvais pas regarder Wen Ning, Wen Qing et les autres innocents se faire massacrer sous mes yeux, mais je savais aussi que je ne pouvais pas les protéger sans risquer de te mettre en danger. (Bref silence, puis il jeta un coup d’oeil à son frère qui serrait les poings si forts qu’ils en tremblaient) Tu peux intervenir si tu en as envie.
Jiang Cheng sembla hésiter, ou non, lutter pour garder son calme. Il inspira longuement, expira et gronda:
-Tu aurais pu abandonner cette folie. Tu aurais pu me choisir et survivre. Je t’en veux à mourir d’avoir choisi des inconnus plutôt que d’avoir tenu ta promesse. C’est comme ça que tu voulais me protéger? En m’humiliant devant les autres chefs de secte? En me laissant seul avec un neveu et une secte à gérer avant même d’être considéré comme un adulte? (Il laissa échapper un rire sans joie) Ta définition de “protection” laisse à désirer.
Wei Wuxian baissa la tête et soupira:
-Je sais que j’aurais pu mieux faire, mais il faut que tu comprennes que mon sort était déjà scellé. Peu importe ce que je choisissais, Jin Guangshan et d’autres sectes avaient déjà décidé que je représentais un nouvel ennemi, tout ça parce qu’ils voulaient s’emparer du Stygian Tiger Seal. Quoi que je choisisse, j’étais condamné dès que la lutte contre les Wens avait pris fin. Je suis resté à tes côtés aussi longtemps que possible, mais quand j’ai compris que ma présence te mettait petit à petit en danger, j’ai décidé de m’éloigner pour te protéger. Et je sais que je t’ai blessé, que je t’ai fait du mal, mais j’ai vraiment cru faire au mieux. Je voulais rester loin de toi pour ne plus prendre la parole en réunions importantes… Mais surtout pour éviter de vous mettre en danger, la secte, Shijie et toi. Crois-le ou non, mais c’est la vérité.
Un nouveau silence suivit sa déclaration, mais il se sentait soudain incroyablement léger, soulagé même. Il avait tout dit, son frère savait tout, maintenant, ils pouvaient aller de l’avant. Alors, Wei Wuxian sourit et se tourna vers lui:
-Maintenant tu sais tout. Je te remercie de m’avoir écouté. Je crois qu’il était temps qu’on parle ouvertement, tous les deux.
Jiang Cheng ne voulait pas le croire, ne parvenait pas à comprendre. Il savait que s’il acceptait les excuses de son frère, s’il acceptait de prendre cette main qu’il lui tendait, la colère disparaitrait… Mais… Sans colère, que restait-il de lui? Qu’était-il avant de n’être fait que de remords, de regrets et de haine? Il sentait que s’il pardonnait, s’il laissait la colère partir… Alors il serait simplement vide. Mais il ne pouvait plus se mentir à lui-même, ne pouvait pas nier la main que lui tendait son frère et celle de son neveu qui le poussait en avant.
Se libérer de la haine et pardonner.
-Est-ce que tu as des questions? Ou bien est-ce qu’il y a d’autres choses que tu me reproches?Je serais réellement heureux de te soulager de ce poids.
-Je n’ai pas perdu mon golden core à cause de ta négligence.
La voix de Jiang Cheng était dure, glacée, et ses yeux étaient voilés par une longue mèche sombre. Mais Wei Wuxian secoua la tête, hésita à poser une main sur son bras, renonça:
-Si, je t’ai laissé seul alors que tu avais besoin de soutien et de protection. Tu n’as pas à te reprocher quoi que ce-…
-Je me suis laissé capturer pour ne pas que tu sois pris.
Pendant une folle seconde, le silence se fit, un silence empli de surprise choquée. Puis, Wei Wuxian souffla, la voix rauque:
-Tu étais allé chercher à manger, des Wens avaient retrouvé notre trace et se rapprochaient de toi. (Léger silence, le temps de prendre son souffle) Tu te souviens de ce qui est arrivé? Tu te souviens de ce qu’ils ont dit quand ils se sont éloignés?
Wei Wuxian se liquéfiait littéralement face à lui, mais étrangement, il n’en tirait aucune satisfaction:
-J’ai attiré leur attention pour te sauver. Je ne pouvais pas… Je ne pouvais pas supporter qu’un autre membre de ma famille meure.
Comme c’était dur de dire ces mots, ils étaient semblables à des couteaux plantés depuis des années dans sa poitrine mais qu’il devait enlever. Et en même temps… En même temps, même si ça faisait si mal de les arracher si violemment… Il se sentait soulagé.
-J’ai perdu mon golden core pour te protéger. Alors de savoir que pendant toutes ces années, celui qui battait dans ma poitrine était le tien… (Bref silence, le temps que sa main effleure de nouveau son torse) Mais au fond, je crois que je l’ai toujours senti. Je sentais que tu n’étais pas mort. (Sa voix se brisa un instant mais il se reprit) Que tu étais toujours là. Je ne savais juste pas que tu étais si proche… Que tu avais en fait tenu ta promesse…
Les yeux de Wei Wuxian se remplirent de larmes émues et il hocha la tête:
-Que tu étais toujours avec moi même quand tu ne le pouvais pas…
Jiang Cheng prit le temps d’inspirer, de souffler, d’empêcher ses lèvres de trembler. Sans colère, c’était comme si toutes les émotions retenues dans son coeur depuis des années se libéraient trop vite, trop fort, trop trop:
-Je ne t’ai pas encore remercié d’avoir fait tant de sacrifices pour moi, d’avoir tant souffert pour moi. Mais je t’en veux d’avoir tout porté sans rien me dire. J’étais là pour toi, je t’aurais aidé,… Tout aurait été différent.
-Je sais… Je suis désolé…
-Je t’en veux de ne pas t’être confié à moi, je t’en veux de m’avoir laissé seul… Mais je me déteste encore plus pour ce que j’ai fait.
-Tu ne dois rien te reprocher, Jiang Cheng.
-Si, si parce que je ne t’ai pas soutenu. Je n’ai pas osé tenir tête aux autres chefs, je n’ai pas osé prendre ouvertement ton parti. Je t’ai condamné, je les ai regardé faire et je n’ai rien su dire pour te défendre.
-Tu n’y es pour rien, je ne t’en ai jamais voulu.
La voix de Wei Wuxian était rauque d’émotion, mais aucun des deux n’osait en faire plus, en dire plus. S’ils disaient un mot de plus, ils savaient qu’ils allaient s’effondrer. Alors, quand Wei Wuxian laissa échapper un rire noyé de sanglots et ouvrit les bras, Jiang Cheng sentit son coeur se serrer sous le coup de la reconnaissance et du choc:
-Qu’est-ce que tu attends pour embrasser ton grand frère?
Jiang Cheng secoua la tête et grogna sans faire mine de bouger d’un pas:
-Je ne te permets pas, je t’en veux encore.
Il hésita quelques secondes, mais son bras s’était levé par réflexe, trouvant celui de son frère pour le serrer de toutes ses forces dans une étreinte qu’il n’avait plus pratiquée depuis plus de treize ans. Puis, sans qu’ils sachent qui avait lancé le mouvement, ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre. Maladroitement, dans la retenue, mais avec tellement moins de colère et de regrets qu’avant. La voix rauque et les yeux brillants de larmes bravement contenues, le coeur encore légèrement brulant de ressentiments qui ne tarderaient plus à disparaitre, Jiang Cheng souffla:
-Il était temps que tu rentres à la maison, salopard.
Wei Wuxian hocha la tête et ferma les yeux:
Je suis désolé d’avoir tant tardé.
Puis, après un léger silence, il osa:
-Tu devrais aussi parler avec Jin Ling, peut-être t’excuser pour ce que tu lui as-…
Un sourire amusé étira les lèvres de Wei Wuxian mais il ne répondit pas. Il savait que le plus dur était fait, il ne restait plus qu’à accompagner son frère dans ce chemin vers le pardon.
Le pardon envers lui-même et envers le monde entier.
À l’autre bout du ponton, un sourire satisfait sur les lèvres, Jin Ling laissa échapper un soupir soulagé. Debout à ses côtés, les yeux posés sur son compagnon enfin apaisé, Lan Wangji hocha la tête.
Maintenant, tout était bien.
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Et voilà, c’est déjà la fin des Yunmeng Duo Days :) J’espère que ces textes (aussi disponibles sur https://www.fanfiction.net/s/13396627/1/ ) vous aurons plu! ;) Et n’oubliez pas: vive Mo Dao Zu Shi! *^*