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@a-fleur-de-vers
L’évidence des astres
Je portais des ruines sous la peau,
des promesses éventrées comme des cathédrales vides,
et des souvenirs qui hurlaient encore
dans les couloirs de mes nuits.
J’avais cru l’amour un mirage –
un conte sans fin,
une chandelle soufflée
par le vent de l’indifférence.
Je me croyais maudite,
cœur percé d’épines,
âme exilée dans l’attente inutile.
Et puis
il est entré dans ma vie
comme un poème oublié
par les dieux eux-mêmes.
Sans fracas,
mais avec l’évidence des astres.
Il a posé ses mains sur mes blessures
comme on touche une rose
sans craindre les épines.
Il m’a vue –
entière,
brisée,
et il a aimé chaque morceau.
Je ne croyais plus en rien
et pourtant il a ravivé la flamme
d’un espoir en cendres,
offrant à mon cœur
le miracle de battre à nouveau.
Nous étions deux morceaux d’univers
séparés par mille naufrages
et pourtant taillés l’un pour l’autre,
comme deux étoiles jumelles
réunies par la gravité du destin.
Pour la première fois,
je reçois l’amour que je donne.
Sans calcul, sans peur.
Un amour inconditionnel,
un amour qui ne mendie rien,
mais qui donne tout.
Je prie –
même sans croire –
chaque souffle, chaque nuit,
chaque lumière dans le ciel
pour que cette histoire
ne s’arrête jamais.
Qu’elle danse encore
quand nos corps seront courbés par le temps.
Tu es le sens que je cherchais,
la musique dans mon silence,
le feu dans mes hivers.
Tu es ce miracle que peu rencontrent,
et que je n’échangerais pour aucun empire.
Et s’il faut affronter les vents contraires,
les orages et les gouffres,
je marcherai à tes côtés
même pieds nus,
même dans la nuit.
Car ensemble,
nous sommes invincibles.
-Laura Murgia
Peinture de Franz Von Stuck, "falling stars"
LE DÉSESPÉRÉ - Gustave Courbet
Je suis la fracture dans le silence,
la gorge béante d’un cri qu’on n’a pas laissé naître.
Mes doigts fouillent mon crâne
comme s’ils pouvaient en extraire l’oubli,
arracher le ver
qui ronge la pensée.
J’ai vu mon reflet dans l’œil du gouffre
et il m’a supplié de rester vivant.
Mais tout est trop
trop bruyant
trop blanc
trop réel
trop moi.
Il n’y a pas de beauté dans la panique,
juste le tremblement
sous la peau qui se souvient,
et mes pupilles dilatées
comme deux trous vers l’ailleurs.
Je suis la toile.
Je suis l’éclat.
Je suis le foutu battement de cœur
qui ne veut pas s’éteindre
et qui hurle dans le cadre
pour qu’on l’écoute.
Laura Murgia, 18 Mai 2025
Déchirement - Laura Murgia, 16 mai 2025
Tête de Meduse - Pierre Paul Rubens
Méduse délire sous la peau
On a lacéré ma peau avec des doigts de dieu
ils riaient, les piliers, les colonnades, les silences.
La mer n’a rien lavé —
elle a applaudi.
Moi, offrande jetée aux monstres invisibles,
j’ai hurlé dans le ventre des pierres.
Et les serpents sont nés.
Tu les entends ?
ils sifflent mes souvenirs.
Chaque mèche est un cri étranglé
chaque écaille, une morsure du passé
— offerte à la déesse cruelle qui punit les blessées.
Athéna !
Tu m’as fait temple et tombe à la fois.
J’ai avalé le miroir,
j’ai mordu la lumière,
j’ai mangé mes propres yeux
jusqu’à ce que mon regard fende les âmes.
Ils tombent — les hommes —
ils tombent dans la statue de leur orgueil
pétrifiés de s’être crus invincibles.
Je ne suis pas un monstre.
Je suis la douleur qui a appris à parler.
Je suis le ventre retourné de l’univers,
le spasme noir d’une nuit sans pardon.
J’entends encore les rires,
ils me piétinent de l’intérieur.
Le silence est une bête qui bave dans mon crâne.
Mes pensées tournent, tournent,
elles s’emmêlent aux reptiles,
elles saignent,
elles dansent.
Je ne guérirai pas.
Le mot "guérison" s’étrangle à mes lèvres.
Je suis un gouffre avec des dents.
Et mon cœur bat en dehors de ma poitrine
sous forme de malédiction.
Approche.
Viens goûter à l’agonie millénaire
viens te mirer dans mes pupilles fracturées
viens te noyer dans la mer acide de mon rire.
Je suis Méduse.
Pas la punie.
Pas la victime.
La mémoire.
La vengeance.
Le poème sanglant que les dieux n’ont pas pu effacer.
Laura Murgia, 15 mai 2025
Je t'aime.
Laura Murgia, 14 mai 2025
La naissance de Vénus - Sandro Botticelli
Elle est née du silence
et des coquilles ouvertes.
Une écume de désir
sur les hanches du monde,
les vents haletants pour habiller son absence.
Elle ne marche pas,
elle flotte entre les regards,
dévore les yeux sans bouger les lèvres.
Fleur sans racine,
déesse au ventre d’eau salée,
elle ne connaît pas la honte —
juste l’attente
d’être adorée
jusqu’à la déchirure.
Et déjà,
elle s’ennuie d’être parfaite.
Laura Murgia, 14 mai 2025
L'Ange déchu - Alexandre Cabanel
Il ne dit rien.
Il se tient là, dans la lumière mourante, les muscles tendus, les yeux déchirés par une colère qu’il ne sait plus nommer. Ce n’est pas la haine qui le consume — c’est la perte. La chute. La morsure d’un monde qu’il a quitté à moitié, trop fier pour supplier, trop brisé pour continuer à briller.
Ses ailes, encore splendides, se plient comme des souvenirs.
Il n’est plus ange,
pas encore démon.
Juste un être abandonné entre le ciel et la cendre,
avec pour seule compagnie son propre silence.
Et dans ce silence…
une larme qu’il refuse.
Un cri qu’il retient.
Une lumière qu’il maudit,
mais qui lui manque.
Laura Murgia, 14 mai 2025
Échos pâles
Laura Murgia, 11 mai 2025
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