Exclusion dans Yokai Watch
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S'il est beaucoup question de traditions dans Yokai Watch, la licence ne fait pas abstraction du monde moderne. Ainsi, les traditions vont servir une satire de la société japonaise. Claquille n'est-il pas au fond une caricature du business man poussant à la consommation?
On a une société dépeinte comme une société de l'exclusion. Nombre de Yokai sont des exclus. C'est très présent dans les jeux, mais développé davantage dans l'animé.
Exclusion des êtres vivants
Plusieurs victimes de discriminations. En raison d'une appartenance sociale, avec Komasan et Komajiro, des campagnards. Ou en raison de l'âge, avec Granpapéti, qui souffre d'avoir été oublié par sa petite-fille. Il va se poser devant la supérette où ils avaient l'habitude de se rendre, dans l'espoir de l'y retrouver. Ce problème de l'exclusion des personnes âgées est très présent au Japon, dénoncé par exemple dans le manga Last Hero Inuyashiki. Avec l'apparition d'un phénomène portant le nom de kodokushi: de plus en plus de vieux meurent dans la solitude. Sans compter qu'une majorité de sans-abri sont des personnes âgées. Notons que la posture de Granpapéti, posé devant une supérette, peut évoquer celle d'un sans-abri. S'il a faim, n'est-ce pas le signe qu'il n'a pas accès à la nourriture qu'il convoite ? Le but de l'animé, éduquer le jeune spectateur.
Mais la principale victime d'exclusion, c'est Corniot. Chien à tête humaine, il est inspiré d'une légende urbaine. C'est un des rares Yokai à pouvoir être vu par les humains, leur faisant involontairement peur. Ainsi, il se fera arrêter pour trouble à l'ordre public. En somme, il porte le poids d'une caractéristique physique qui ne dépend pas de lui, et qui justifie son exclusion. Caractéristique qu'il doit indirectement à un licenciement, qui constitue un premier acte d'exclusion. Devenu Yokai, cherchant à se réaliser ici et là, il s'en verra empêché. Incapable de s'accomplir, il n'en est pas libre, et quand bien même il en serait libre, gagné par ses pulsions canines, il ne sait pas faire.
La société japonaise comme dépeinte dans les jeux aspire à la perfection, rejetant de ce qui est imparfait, Corniot ou Granpapéti par exemple. Obsédée par la performance, elle est opposée à la faiblesse. Il faut noter dans l'épisode 2 la crainte de Katie de révéler à sa mère n'avoir pas eu la note maximale. Avec pour impératif de sembler inébranlable, ce que ne sont pas les accidentés de la route, on pense à Jibanyan - renié par sa maitresse après s'être fait écraser par un camion, qualifié de minable. Si Yokai Watch 2 vient corriger le tir en prétendant que Jibanyan avait mal entendu, c'est par fan service. Derrière l'esprit revanchard de Jibanyan, avec l'obstination de renverser un camion, aux risques et périls des habitués du carrefour qu'il hante et de Jibanyan lui-même, il y a cette obsession de l'excellence, qui se révèle absurde et dangereuse. A noter qu'elle est également présente chez Komasan: puisque c'est le grand frère de Komajiro, il doit sembler le plus expérimenté, quitte à baratiner.
Exclusion des objets
L'exclusion touche les êtres vivants, mais des objets en sont aussi victimes. Si du côté des êtres vivants, on pointe du doigt des discriminations, du côté des objets, on critique la société de consommation.
Les tsukumogami sont des objets qui, après un certain temps, ont pris vie. Si certains mythes rapportent qu'il suffit aux objets d'avoir atteint leur centième anniversaire, d'autres ajoutent une cause, qui est la rancœur d'avoir été abandonné, c'est le cas de Chaipô. Chapeau passé de mode, il a voulu se venger d'avoir été oublié par son ancienne propriétaire.
Parce qu'il est question dans Yokai Watch de la société japonaise actuelle, la licence va adapter les traditions à la modernité. Or on n'est pas, dans une société comme la nôtre, tsukumogami comme dans une société où l'on prend soin des choses. Chaipô victime de la société de consommation. Observons qu'il n'a pas eu besoin de cent ans pour devenir tsukumogami. C'est que nous sommes dans un monde où les objets sont vite délaissés. Il sont aussi plus fragiles, c'est l'obsolescence programmée, on pense à Pleurapluie, délaissé pour s'être cassé.
A. Corzoma








