ENTRE-DEUX, SELF-HYBRIDATIONS - 1997
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ENTRE-DEUX, SELF-HYBRIDATIONS - 1997
Orlan, Drawing Done in Blood during the Surgery-Performance of December 8th, 1993, 1993
ENTRETIEN AVEC LâARTISTE ORLAN : LE NU DANS LâART
Le nu est un des genres majeurs de l'art europĂ©en, mais ne s'est constituĂ© comme une catĂ©gorie de la critique d'art qu'au dĂ©but du 20e siĂšcle. Quelle est lâapprĂ©ciation du genre par les amateurs dâart dâaujourdâhui ? Comment tracer une ligne de partage entre « art » et « pornographie » ? Artchipel interroge sa communautĂ© dâart Tumblr qui sâexpriment sur le sujet :
âą La distinction entre le moyen artistique et la finalitĂ© crĂ©e la distinction pour 41%. Tout est dans l'intention, le contexte et la rĂ©alisation. âą La distinction entre un nu pornographique ou un nu artistique dĂ©pend seulement du regard du spectateur pour 37%, car le nu dĂ©passe normalement les frontiĂšres, les cultures, les modes. âą 9% pensent que la distinction repose sur le type d'excitation provoquĂ©e : physique, elle sera pornographique ; spirituelle, Ă©motionnelle ou intellectuelle, elle sera artistique. âą 8% considĂšrent qu'il n'y a pas de frontiĂšres, que l'art lui-mĂȘme doit ĂȘtre une perversion pour exister. âą 5% n'aiment pas le nu dans l'art, il est de trop.
Pour approfondir la question, Artchipel invite ORLAN, artiste engagĂ©e et figure emblĂ©matique de lâart contemporain français, pour partager son point de vue sur la reprĂ©sentation de corps (nus) qui Ă©meut et interpelle !
Quelle utilisation faite-vous du nu dans votre travail ? Jâai utilisĂ© le corps plutĂŽt que le nu Ă proprement parler dans mon travail. TantĂŽt habillĂ©, tantĂŽt nu. MĂȘme actuellement, je vais jusquâĂ lâĂ©corcher puisque jâai fait une image 3D de moi en Ă©corchĂ©e mais qui est en mĂȘme temps trĂšs Cyborg. Elle a non pas un corps, mais mon corps ; elle me ressemble et fait les mouvements que je fais dans mes performances. Mais le nu en lui-mĂȘme ne mâintĂ©resse pas. Ce qui mâintĂ©resse câest ce quâon peut dire Ă travers lui, comment on peut parler du corps. Tout mon travail câest lâinterrogation du statut du corps dans notre sociĂ©tĂ© via toutes les pressions religieuses, politiques, traditionnelles, idĂ©ologiques quâil y a sur le corps. Ce qui est Ă©trange, câest que souvent quand on parle du nu dans lâhistoire de lâart, on parle de corps jeunes, donc de corps qui peuvent Ă©veiller les sens. Ce nâest pas le propos, chez moi, de mon travail, ni dâĂ©veiller les sens, ni de les endormir. Il se passe ce quâil se passe. Câest en fait le spectateur qui fait lâĆuvre. Que des personnes crient « Ă la censure » parce quâon montre un sexe dâhomme, ou de femme, câest vraiment ce qui ne mâintĂ©resse pas mais qui en mĂȘme temps met en Ă©vidence toutes ces pressions sociales que lâon a dans nos tĂȘtes et influencent notre regard.
Quel est le regard portĂ© sur le nu dans lâart selon vous ? Au fil du temps, notre regard a changĂ© sur le nu. Auparavant on ne voyait des corps que dans les musĂ©es et les Ă©glises oĂč le propos Ă©tait de raconter lâhistoire de la religion. Mon Ćuvre lâOrigine de la Guerre, rĂ©fĂ©rence Ă lâOrigine du Monde de Courbet et qui a le mĂȘme cadre que lâĆuvre exposĂ©e au MusĂ©e dâOrsay, montre ce quâon a fait de pire aux femmes en leur coupant la tĂȘte, les bras et les jambes, pour quâil ne reste plus quâun ventre, un sexe. Donc jâai voulu voir ce quâil se passait quand on faisait le deuxiĂšme versant de lâhumanitĂ©, et de lâart. Que se passe-t-il quand on met en avant un homme, et quâon voit son cul et un sexe. Les rĂ©actions ont Ă©tĂ© vives, Ă©tonnĂ©es, agressĂ©es. LâOrigine du monde de mĂȘme avait Ă©tĂ© cachĂ©e derriĂšre une autre toile. LâOrigine de la Guerre, montrĂ©e Ă la Fiac, a Ă©tĂ© elle aussi prĂ©sentĂ©e derriĂšre un mur, comme cachĂ©e encore. Cela est toujours Ă©tonnant pour moi, par exemple notre position sur le mariage homosexuel. Câest toujours une Ă©gide religieuse qui prĂ©side Ă la censure et dicte ce qui doit se faire ou ne doit pas se faire. Et moi je veux ĂȘtre libre, que ni lâĂ©glise ni le gouvernement ne me dicte ce que je dois faire. Si je montre un homme, un nu, ce nâest pas pour la provocation. Cette peur du sexe et du corps me surprend rĂ©ellement. Alors que nous avons tous un corps et tous un sexe. Câest dâune hypocrisie incroyable. Et sur le mariage homosexuel⊠Comment se fait-il que nous nous posions encore cette question et ce problĂšme. Chacun fait ce quâil veut de son corps et de sa sexualitĂ© et vit sa vie amoureuse comme il lâentend.
Câest donc le corps qui vous intĂ©resse ? Les critĂšres esthĂ©tiques du corps qui en font des corps plus ou moins beaux sortent des idĂ©ologies dominantes. Car toutes les civilisations ont voulu fabriquer le corps. On le voit chez les prĂ©colombiens, on le voit chez les Africains. La beautĂ© est donc une pression de lâidĂ©ologie dominante quoi dĂ©cide ce qui doit ĂȘtre vu comme Ă©tant beau. Je suis sur un autre terrain : quâest-ce qui se dit, quâest-ce qui se perçoit Ă travers le corps.
Lorsque je travaille sur « lâĂ©corchĂ© », cela sâinscrit dans lâhistoire de lâart. Il y a beaucoup dâĂ©corchĂ©s dans lâhistoire de lâart. Jâai voulu montrer que dans la vie, on a pas quâun corps, mais des corps. En enlevant la peau, jâai voulu retirer ce qui, soit disant est le plus profond. On peut revenir lĂ -dessus. Cela mâintĂ©resse de montrer encore plus que dĂšs quâon parle de corps, plusieurs possibles sâouvrent : son ouverture, la pornographie. Lâhistoire de lâart sâen est repue : ces peintures avec les suppliciĂ©s, les Ă©corchĂ©s, les Ă©tripĂ©sâŠ
La peau pour moi cache et rĂ©vĂšle : elle contient et permet un rapport au monde et Ă lâautre. La peau est une interface entre le monde et la personne.
Y a-t-il une distinction entre le nu artistique et le nu pornographique selon vous ? Pas de distinction pour moi. Ce sont les spectateurs qui lâinstallent : ce quâon ne veut pas voir. Un Ă©corchĂ© serait peut-ĂȘtre ce quâil y a de plus pornographique, puisque câest montrer de maniĂšre directe lâintĂ©rieur. Câest le regard qui constitue la pornographie.
Lâart Ă partir du corps peut produire autant de choses intĂ©ressantes quâinintĂ©ressantes.
Lâart doit interroger de toutes part, tantĂŽt dâune maniĂšre ou dâune autre, mais que tous les possibles soient acceptĂ©s. Lorsquâune Ćuvre me plait câest celle qui Ă©veille le plus dâinterrogations, et que câest une Ćuvre que je nâaurais pas pensĂ© Ă faire, il nây a donc pas de limites.
Lâexposition de « lâOrigine de la Guerre » aurait-elle Ă©tĂ© diffĂ©rente si vous aviez Ă©tĂ© un homme ? Probablement. On est toujours dans lâidĂ©e quâil ne faut pas montrer le sexe des hommes. Dans les films, lorsque lâon montre un sexe dâhomme, on passe dans le porno, alors quâune femme nue dans un film est presque systĂ©matique. La situation nâa pas Ă©normĂ©ment Ă©voluĂ©. Il en va de mĂȘme des artistes qui produisent lâart. Il y a Ă©normĂ©ment dâĂ©tudiantes dans les Ă©coles dâart, 75/80% et au final ce sont les hommes qui vont passer. Par exemple mon travail est dans les 100 chefs dâĆuvres dâun livre du Centre Pompidou. Il nây a que 6 femmes parmi les 100 artistes, dont 4 mortes et 2 vivantes dont je fais partie. Câest Ă©trange que lâon continue avec ce mauvais regard sur les femmes qui fait quâelles sont toujours dĂ©prĂ©ciĂ©es, discriminĂ©es.
Interview réalisée par Artchipel | Nathie Nakarat Photo par Samia Babaci - Graph. par Artchipel | Rery
orlan
THE REINCARNATION OF SAINT ORLAN, 1993.
âArt is not mere decoration for your walls - it must be political, be activist, and change consciousness.â - Orlan
âI am doing a woman-to-woman transsexualismâ
Orlan (via hannahlefeuvrebog)
Voglio cambiare da A a Z per assomigliare alla fine allâimmagine che ho di me stessa. E rompere con lâimmagine di mia madre e il nome di mio padre. Ă la mia psicanalisi che prende corpo
OrlanÂ
Waiting for #MDLSX
*un ricordo #Orlan. Refiguration-Self Hybridation, 1998
(via sguardimora)
âJe veux changer de A Ă Z pour ressembler Ă la fin Ă lâimage que jâai de moi-mĂȘme. Et rompre avec lâimage de ma mĂšre et le nom de mon pĂšre. Câest ma psychanalyse qui prend forme.â
Dans les annĂ©es 90, elle commence âLa rĂ©incarnation de Sainte Orlanâ, une sĂ©rie dâopĂ©rations avec lesquelles elle voulait copier les caractĂ©ristiques physiques de certaines peintures de lâhistoire de lâart. Son objectif : atteindre lâidĂ©al de beautĂ© suggĂ©rĂ© par les grands artistes. Toutes les interventions on Ă©tĂ© filmĂ©es et projetĂ©es en direct au Centre Pompidou de Paris; pendant quâils lâopĂ©raient, elle lisait des courriers et rĂ©pondait aux questions posĂ©es par le public depuis le musĂ©e grĂące Ă un intercom.
Orlan
The Reincarnation of Saint-Orlan, a new project that started in 1990, involves a series of plastic surgeries through which the artist transformed herself into elements from famous paintings and sculptures of women. As a part of her âCarnal Artâ manifesto, these works were filmed and broadcast in institutions throughout the world. Orlanâs goal in these surgeries is to acquire the ideal of female beauty as depicted by male artists. When the surgeries are complete, she will have the chin of Botticelliâs Venus, the nose of Jean-LĂ©on GĂ©rĂŽmeâs Psyche, the lips of François Boucherâs Europa, the eyes of Diana (as depicted in a 16th-century French School of Fontainebleu painting), and the forehead of Leonardo da Vinciâs Mona Lisa. Poetry is read and music is played while she lies on the operating table fully conscious of the events taking place.
Self-hybridations Opéra de Pékin, 2014
«Les masques sont des caractÚres formels qui parlent avant de parler aux spectateurs par les couleurs et les signes. Pour mon «opéra» je dis d'emblée je suis Orlan avec mon visage transformé avec deux bosses. Je me présente et je joue avec les couleurs, les signes et les masques. Dans l'univers de la photographie qui ressemble à de la peinture sur la toile, le maquillage est la peinture sur la peau qui devient masque.»
âOrlan accouche dâelle mâaimeâ - 1964
En 1978, ORLAN prĂ©pare un discours sur la vidĂ©o et la performance lorsquâelle doit ĂȘtre transportĂ©e en urgence Ă lâhĂŽpital : elle est opĂ©rĂ©e Ă cause dâune grossesse extra-utĂ©rine.Â
Elle fait filmer toute lâopĂ©ration et insiste pour pouvoir rester consciente, ne sâoccupant pas de la douleur.Â
Câest cet Ă©vĂ©nement qui lui a inspirĂ© de nombreuses autres performances.
âArtiste transmĂ©dia et fĂ©ministe. MĂ©tĂ©orite narratif du BIO ART. Son oeuvre questionne le statut du CORPS dans la sociĂ©tĂ©. Ses sculptures, HYBRIDATIONS et autoportraits rĂ©interprĂštent le rĂŽle des nouvelles technologies.âÂ
http://www.orlan.eu/
ORLAN
Mireille Suzanne Francette Porte, 30 mai 1947, Saint-Etienne, France
Elle adopte le nom ORLAN en 1971
Elle vit et travaille entre Los Angeles, New York et Paris
âI no longer recognize myself in the mirror.â Recognition: the act of knowing involves doubling, repetition, re-creation. The agency of the ego is founded in a fictional direction; subjectivity is not only fractured, but based on misrecognition. Narcissism, Lacan argues, is ontological, which illuminates Orlanâs numerous comments about her own image: âIâve worked with my own image for twenty years,â she tells me. âBeing a narcissist isnât easy when the question is not loving your own image, but of re-creating the self through deliberate acts of alienation.â Although many feminists have taken issues with Freud for equating femininity with narcissism, Orlan performs that equation with a Medusian vengeance. She documents each step of the process, photographing her bruised and bandaged face every day for forty one days. She emphasizes the plasticity of her body as an aesthetic and technological medium. Since psychoanalysis involves âworking throughâ old materials (dreams, fantasies, traumas), it seems fitting that Orlan recycles every material thing. (one of the defining traits of the fetish is its untranscended materiality, its status as a material object)⊠. As gruesome as this all sounds, Orlan actually transforms the operating room into a carnival of campy humor. She and the medical team don costumes designed by Paco Rabanne or other couturiers. She brandishes a skullâs head, pitchfork, or crucifix, delighting in absurd juxtapositions, like the Surrealists âexquisite corpseâ projects, collaborative art works in which one artist designs the head, another the torso, a third the feet for a single painting. It almost seems as if she wants to transform the famous Surrealist image of an umbrella and a sewing machine on an autopsy table into a tableau vivant. Orlan shares Peter Greenawayâs and Jeffrey Deitchâs view that âthe body is obsolete.â Orlan herself is the âexquisite corpse,â the body merely a costume. She sheds one costume after another, staging femininity literally as masquerade. She is a relic in both senses of the word â a religious relic, and a relic of an age that will soon seem long ago and far away.
Cutups in Beauty School / Bad Girls and Sick Boys (via arabellesicardi)
ORLAN, Self-Hybridization, In-Between, 1994