Star outre-Atlantique, la thĂŠrapeute de couple dâorigine belge bouscule les AmĂŠricains avec son nouveau livre, Je t'aime, je te trompe. Alors que certains Etats puni
Avant elle, Frank Sinatra, les Beatles, et mĂŞme Ronald Reagan ont eu ce privilège de star. Ils ont empruntĂŠ les passages dĂŠrobĂŠs du lĂŠgendaire hĂ´tel Omni Shoreham, Ă Washington, afin dâĂŠchapper Ă la foule de leurs admirateurs. Mais Esther Perel, flanquĂŠe dâun gorille de la sĂŠcuritĂŠ et de deux assistants fĂŠbriles, semble voir en cette faveur un raccourci commode plutĂ´t que la rançon du succès.ÂŤ
Cinq minutes plus tĂ´t, ce 23 mars, dans un prestigieux symposium rĂŠunissant 3 000 psys, la gourou internationale de la thĂŠrapie de couple ĂŠvoquait, dans un anglais trahissant lĂŠgèrement ses origines francophones, les tyrannies de la monogamie ĂŠlevĂŠe au rang de dogme. Cette joviale thĂŠrapeute parsème de toniques gros mots et de rĂŠfĂŠrences ĂŠrudites des discours intitulĂŠs ÂŤ A tous ceux qui ont un jour aimĂŠ Âť ou ÂŤ Lâavenir de lâamour, du dĂŠsir et de lâart dâĂŠcouter Âť. Elle rejoint maintenant au petit trot la table de dĂŠdicace de son nouveau best-seller, consacrĂŠ aux arcanes de lâinfidĂŠlitĂŠ, oĂš lâattendent dĂŠjĂ une centaine de fans serrant leur exemplaire du livre, bientĂ´t publiĂŠ dans 26 langues. La version française vient dâailleurs de paraĂŽtre chez Robert Laffont sous le titre Je tâaime, je te trompe (Robert Laffont).
La pire phobie amĂŠricaine
L'ex-stagiaire Ă la Maison-Blanche Monica Lewinsky, le 8 mai 1996, face au prĂŠsident Bill Clinton, Ă Washington. (WTN Pictures/AFP)
ÂŤ Vous avez vu, quand jâai demandĂŠ qui avait dĂŠjĂ ĂŠtĂŠ touchĂŠ, directement ou indirectement, par lâinfidĂŠlitĂŠ ? A chaque fois, plus de 80 % des mains se lèvent, sâexclame-t-elle dans le couloir. Ce sujet concerne tout le monde, toutes les gĂŠnĂŠrations, tous les milieux sociaux. Il suit depuis toujours le mariage comme son ombre. Âť Douze ans après le succès planĂŠtaire de son premier livre, LâIntelligence ĂŠrotique, dĂŠcrivant la transformation du couple et prĂ´nant le retour de lâenthousiasme sexuel dans la vie conjugale, cette icĂ´ne de la rĂŠvolution en chambre, pĂŠtillante psychologue belge installĂŠe aux Etats-Unis depuis plus de trente ans, sâempare maintenant de la pire phobie amĂŠricaine et de lâun des tabous les plus rĂŠpandus. Pour elle, le sujet est moins le ÂŤ cocufiage Âť en lui-mĂŞme que le point de vue quâil offre sur le mariage, ÂŤ opĂŠra de toutes les passions humaines Âť. ÂŤ Je suis allĂŠe chercher la plus grosse crise que puisse connaĂŽtre le couple pour savoir ce que devrait faire le âbonâ couple dâaujourdâhui Âť, explique-t-elle. Pour bien connaĂŽtre la vie des entreprises, on ne peut pas se contenter de lire les splendides bilans dâApple ou de Google. Il faut aussi sâintĂŠresser Ă celles qui cafouillent. Âť
NĂŠe Ă Anvers en 1958 de parents juifs polonais rescapĂŠs des camps de la mort, Esther Perel, ĂŠlevĂŠe en IsraĂŤl, Ă Boston et Ă New York, et sâexprimant couramment dans neuf langues, incarne une certaine ouverture dâesprit. ÂŤ Je dĂŠtonne, dans une culture ambiante axĂŠe sur les solutions immĂŠdiates, concède-t-elle. Les psys dâici sâempressent de requinquer la victime et dâobtenir la contrition de la partie dite fautive. Moi, je ne prescris pas. JâenquĂŞte avec eux, presque en sociologue, sur leur mariage, une institution qui a bien changĂŠ : hier un arrangement Ă but ĂŠconomique, le couple est aujourdâhui fondĂŠ sur le libre consentement romantique. La stabilitĂŠ dâune famille, son existence mĂŞme, repose sur cette promesse de bonheur. On peut comprendre quâune tromperie ne soit plus seulement une douleur, mais un terrible traumatisme. Tout en sachant quâune grave maladie peut aussi conduire une personne Ă reprendre goĂťt Ă la vie. Âť Et son discours fait mouche ! Depuis 2006, ses deux mĂŠmorables ted talks (concept de confĂŠrences internationales nĂŠ aux Etats-Unis, au cours desquelles lâintervenant a dixhuit minutes pour exposer sa vision) ont ĂŠtĂŠ vus par plus de 20 millions dâinternautes. Quatre millions de personnes, aux Etats-Unis et dans 150 pays, suivent son podcast intitulĂŠ ÂŤ Par oĂš on commence ? Âť qui diffuse des sessions enregistrĂŠes avec des couples volontaires et anonymes. Les titans de la Silicon Valley la sollicitent pour des colloques⌠professionnels. Elle sĂŠduit ĂŠgalement la foule des millennials (nĂŠs entre 1980 et 2000) quâelle a rencontrĂŠs en mars durant un festival rock gĂŠant, au Texas.
Initialement, Esther et son mari, le psychologue Jack Saul, traitaient des couples de migrants dĂŠsorientĂŠs par le choc culturel. Mais, en 1998, lâaffaire Lewinsky a amenĂŠ la thĂŠrapeute Ă sâintĂŠresser Ă la sexualitĂŠ des AmĂŠricains eux-mĂŞmes. Lâaffaire Weinstein et le phĂŠnomène #MeToo lui apportent une nouvelle inspiration. ÂŤ Le XXe siècle a vu progresser la cause et le statut des femmes, rappelle la psychologue. Au XXIe siècle, ce sera au tour des hommes, car il les verra sâadapter Ă ce grand changement. Câest mon prochain sujet. Âť
Je t'aime, je te trompe, d'Esther Perel, Robert Laffont, 414 p., 21 âŹ.
Street-express
Pour vous, lâinfidĂŠlitĂŠ peut-elle avoir du bon ?
Mario, 25 ans, ĂŠtudiant en urbanisme
ÂŤ Quand on est infidèle, câest que son couple ne va pas bien. Il faut parler de ce qui ne va pas, ou rompre avant, ĂŞtre honnĂŞte. Si j'ĂŠtais trompĂŠ, jâessaierais de comprendre, je ne fermerais pas forcĂŠment la porte. Je serais dÊçu, câest sĂťr ! Âť
Molly, 21 ans, ĂŠtudiante en psychologie Ă Berkeley
ÂŤ Elle peut ĂŞtre positive si les deux partenaires sont dâaccord. Elle permet de se rendre compte de lâimportance de lâautre. Parfois, les conjoints se sentent piĂŠgĂŠs dans le couple, câest une bonne manière de se sentir plus libre, ouvert sur le monde. Âť
Victor, 26 ans, employĂŠ du paramĂŠdical
ÂŤ Cela creuse le fossĂŠ dans le couple au lieu de le combler. Quand cela se produit, câest quâil y a de lâincomprĂŠhension ou un sentiment de solitude. LâinfidĂŠlitĂŠ, câest une ultime bouĂŠe pour sauver un couple. Mais ça ne marche pas. Âť
Eric, 37 ans, responsable de boutique tĂŠlĂŠcoms
ÂŤ LâinfidĂŠlitĂŠ nâa rien de positif. Je suis en couple depuis seize ans et mariĂŠ depuis neuf, et je nâai jamais ĂŠtĂŠ infidèle. Si ma femme me trompait, ce serait la fin de notre relation. Ce serait un coup de canif dans le contrat de mariage. Âť
Et si l'infidĂŠlitĂŠ ĂŠtait racontĂŠe, simplementâŚ
L'infidĂŠlitĂŠ n'est pas toujours un drame. LâinfidĂŠlitĂŠ raconte quelque chose d'intime. Et est-ce si grave que cela ?Â
Questions d'amour et de dĂŠsir ? Je vous rĂŠpondsâŚ















