Comme de nombreux êtres humains, je passe par des phases. Lorsque j’étais plus jeune, j’en ai eu … beaucoup. Garçon manqué, rock star, pseudo-lesbienne etc… Au jour d’aujourd’hui, et heureusement pour mes cheveux et mon dressing, ces phases ne concernent plus mes looks vestimentaires mais plutôt les films que je mate et la cuisine.
Il m’arrive donc souvent de tomber par hasard sur un acteur ou un réalisateur, pour ensuite regarder tout ce qu’il a pu faire au cours de sa carrière. Parfois certaines phases s’essoufflent, alors que d’autres restent. Je préfère d’ailleurs parler de phases plutôt que d’obsessions… Sain ou malsain ?
Joaquin Phoenix en est le parfait exemple (et reste à ce jour une obsession permanente pour moi). Ses personnages à l’écran possèdent en général une fragilité à vous faire fondre le cœur, et il est parfois difficile de savoir s’il joue vraiment ou s’il est simplement fidèle à sa propre personne, brisée et mélancolique - si brut. Bon j’avoue qu’il a aussi joué dans des films que l’on peut qualifier de “bouze” mais il faut se l’avouer: en majorité, ce qu’il a fait reste regardable, ne serait-ce que pour ses sensibles et hypnotiques yeux performances...
Mes phases gastronomiques sont beaucoup plus simples. Je tombe par hasard sur un légume ou un ingrédient de saison et paf! Rien à faire, j’en tombe amoureuse et ne serais tranquille que lorsque j'aurai épuisé son répertoire.
Récemment, mes expériences gastronomiques comprenaient les prunes, le riz arborio (à risotto) et les champignons. A l’heure où je vous écris, c’est le modeste Poireau qui est au centre de mon attention. Pauvre de lui ! Proche du sous estimé Céleri, le Poireau se voit doué d’une qualité sans pareil : il a le goût de la terre (ou presque). Par conséquent on peut l’utiliser dans sa forme la plus pure, pour une soupe par exemple, mais on peut aussi s’amuser à le combiner à d’autres ingrédients pour un rendu plus sophistiqué.
Alors que j’entamais le « poireau-test », je me mis à regarder « The Yards ». Film de 1999, avec Joaquin Phoenix (évidemment) tourné par James Gray (qui a aussi fait « La Nuit nous appartient » et « Two Lovers »). Si je puis me permettre, ce monsieur Gray à l’air d’avoir eu le coup de foudre pour Joaquin, m’enfin qui pourrait lui en vouloir ?!
Bats les pattes quand même Gray, il est à MOI
Après avoir lu que le film s’engageait dans la lenteur et le drame, je me suis dit qu’il serait approprié de cuisiner quelque chose qui se compléterait avec celui-ci: un plat « slow » tout en étant fort et chaleureux pour me motiver à regarder le film en entier, au cas où je m’ennuierais.
Pour commencer, il me restait pas mal de dinde rôtie dans le frigo – reste du dîner de Thanksgiving. Quelques poireaux, des lardons, du thym, un peu de crème fraîche, de la pâte feuilletée et le tour était joué.
1. Dans une grande poêle, faire frire les lardons (pancetta) dans du beurre jusqu’à ce qu’ils soient presque cuits.
2. Incorpore les 2-3 poireaux finement coupés ainsi que les feuilles de thym. Ajoute un verre de vin blanc. Laisse mijoter (à couvert) 30 minutes à feu doux, tout en remuant de temps en temps, jusqu’à ce que la mixture ressemble à une jolie plâtrée de verdure.
3. Ensuite, ajoute la dinde découpée et la crème fraîche. Mélange le tout pendant 5-10 min en attendant que le surplus d’eau s’évapore.
4. Fais passer ta mixture par une passoire – s’il y a encore trop d’eau, pour ensuite la verser dans un plat à tarte ou à lasagnes pourvu qu’il soit assez profond.
5. Déroule ta pâte feuilletée et pose la sur ta mixture pour te faire une jolie tourte comme dans Blanche Neige. Sur ta pâte, passe au pinceau un œuf que tu auras préalablement mélangé dans un bol puis fais un joli damier au couteau sur ta pâte pour éviter qu’elle ne gonfle de trop.
6. Et hop on enfourne à 180°C pendant une trentaine de minutes jusqu’à ce que la pâte soit « golden brown » AKA dorée et croustillante.
La Tourte « The Yards » te remplit bien le bide, donc pas besoin d’autre accompagnement que des petits pois mélangés à du beurre et du citron, voire de la purée de pommes de terre pour les plus ambitieux. Retour à notre petite histoire. Enfin, ma tourte était prête et je pouvais m’asseoir tranquillement pour regarder le film et dîner.
« The Yards » c’est l’histoire de Leo Handler (Mark Wahlberg), une âme en peine, qui à sa sortie de prison – pour un crime qu’il n’a pas commis, essaye de se remettre sur les rails. Son BF (Best Friend ndlr) Willie Guttierez (Joaquin) sort avec Erica (Charlize Theron) la cousine de Leo qui se trouve être la belle-fille d’un richissime entrepreneur en chemins de fer (vous suivez ?). Ce dernier promet à Leo de l’aider à reprendre une vie normale et respectable en lui offrant un job. Leo, facilement influençable, se retrouve embrigadé dans les enjeux de la corruption qui existent dans son entreprise… Forcément, tout se barre en cacahuètes, des gens crèvent et la morale de l’histoire est (roulement de tambour) : n’ayez confiance en personne et ne foutez pas la merde !
Remarque : beaucoup de vert dans ce film, comme mes poireaux !! Entre les yeux de Joaq, les intérieurs, l’ambiance, les décors, les vêtements… j’sais pas, même l’air qu’ils respirent est vert !
Critique personnelle : le film tient la route grâce aux performances de Phoenix, Caan et Burstyn. Pour le reste … Mouai. D’abord il y a Wahlberg, dans son inexpressivité permanente. C’est toujours pareil : il joue ce personnage un peu passif et maladroit, un peu bête et raide, à qui il arrive plein de merde. Allôôô, tu peux pas jouer autre chose ? Alors après je veux bien croire qu’il est supposé incarner un gringalet vulnérable qui n’arrive pas à prendre de décisions sensées (contrairement à l’énigmatique Willie qui n’a «pour seule limite que le ciel »), mais sérieusement, il bouge tellement lentement qu’on dirait qu’il marche à reculons…
Les scènes dans lesquelles on le voit sont leeennntes, et j’irai même jusqu’à dire qu’il ressemble à une patate. Une bonne grosse patate ! En général j’aime bien Charlize Theron, mais dans ce film elle m’a énervée... Tout est question de casting n’est-ce pas ? C’est comme si quelque chose clochait dans le couple Phoenix/Theron (peut-être parce que c’est MOI qui aurait dû jouer à ses côtés). Peut être aussi que ça venait de l’alchimie inexistante entre les deux ou bien de sa coupe de cheveux affreuse, son maquillage affreux, son look horrible… (Enfin, je sais que c’est censé se passer pendant les années 90, mais y a un moment … Come on !)
Conclusion: Alors là, je dois avouer qu’après avoir peser le pour et contre (…), je pense que c’est ma Tourte qui sort vainqueur de ce round ! Je ne conseille ce film qu’à celles (et ceux…?) qui ont le même besoin insatiable que moi: celui d’avoir tout ce qui peut être relatif à Joaquin sous les yeux... Sinon, n'en tenez-vous qu’à la tourte, ça suffira pour la journée !
La Tourte : 1 point ; The Yards : 0 point ; Joaquin : 1000000 points!