She's cute but she reads Sartre once and takes psychedelics in the dark alone at night and suddenly makes transcendance of the ego and of the self her whole personality.
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@batteriefaible
She's cute but she reads Sartre once and takes psychedelics in the dark alone at night and suddenly makes transcendance of the ego and of the self her whole personality.
The world is full of ways to improve your experience of the dream
J’oublie à quel point j’aime Rouen et la Normandie de manière générale. Je trouve que c’est beau et que les gens sont toujours incroyablement gentils. Ils sont accommodants, sympas, pas prise de tête, pas hostiles, plus bienveillants de base et aiment les chiens. À chaque fois c’est un choc après Paris.
Words from Clarice Lispector in The Hour of the Star
Oh aussi, j’ai pas raconté que je suis devenue pote avec un homme de 64 ans américain qui vient d’emménager près de chez mon père lorsque je promenais ma chienne au bois et il se trouve que c’est un acteur qui a joué dans Pirates des Caraïbes, Seinfield, Friends et Startrek ! Il est grave sympa et on rigole bien en promenant nos chiens. Il me parle de sa carrière, de sa vie d’avant en Californie, de comment Hollywood a changé avec l’arrivée du streaming, des modèles économiques du cinéma américain, de Trump et de ses problèmes avec la préfecture pour son visa. Il me donne plein de conseils avec ma chienne aussi : on voit qu’il aime les animaux et qu’il les comprend. Bref je ne parle quasiment que de politique ou de transcendance ici mais il y a aussi eu plein de petites choses du quotidien comme ça qui ponctuent ma vie.
Also j’ai retrouvé cette photo de moi ado. Full appropriation culturelle mention rouge à lèvre Chanel volé à la maman de Chloé étalé à la truelle. J’avais 16 ans et je venais de me faire piercer le septum avec une fausse carte d’identité dans un shop glauque au possible de chatelet. Le soir même j’ai pris de la drogue dans l’appartement d’une fille riche mais stupide de mon lycée. J’étais en plein processus de quitter la secte dans laquelle j’ai été élevée et remettais tout mon monde en question. Ça ne se voit pas sur cette photo mais j’étais plutôt heureuse parce que déjà incroyablement bien entourée. C’est étrange aujourd’hui de dire au revoir à des vestiges de mon enfance et adolescence en délaissant, pour toujours il me semble, les lieux où elles se sont déroulées.
Aujourd’hui je déménage ma mère à Rouen. Nous vidons l’appartement dans lequel j’ai passé une bonne partie de mon adolescence, celui dans lequel mon frère a grandi. Cet appartement était notre dernier pied à terre à Montreuil. Il est voisin de la maison de Mathilde chez qui j’ai passé tant d’après-midi de mes 5 ans à mes 33 (bientôt 34 ans). C’est une page très massive qui se tourne. Je serai soulagée que ce soit terminé et de la voir bien installée dans son nouvel environnement mais je partage aussi l’étrangeté de me dire que je ne franchirai probablement plus jamais cette porte qui a été longtemps un refuge. Mixed feelings.
Et alors que je perds le sens du temps qui passe et qui me traverse, une perméabilité nouvelle au ciel, à l’herbe et aux étoiles dissout ma chair. Dans cette abstraction, tout devient incroyablement léger, comme si le réel pelait les couches inutiles qui lui confèrent la densité qui permettait de l’éprouver dans sa matérialité entière. Je ne sais plus toujours quel jour précède le nôtre et combien de mois ont passé. Je me sens seule mais d’une solitude salutaire parce que si les hommes ne semblent pas toujours comprendre ou rejoindre ces considérations qui échappent au langage, le monde lui, pulse en écho avec mon sang. Et je me sens vibrer parce que quelque part, dans l’architecture neurale qui consigne et délimite mon expérience de sujet actif et pensant, le souvenir (et c’est la qu’on comprend que le langage fait défaut parce qu’il n’est pas du tout question de mémoire mais de tout à fait autre chose que je ne saurais définir) d’appartenir au tout, d’avoir été le tout et que le tout ait été moi et nous et les autres en une seule instance palpite. Et cette sorte de défragmentation ou dissolution n’est plus une information mais quelque chose d’autre que j’éprouve naturellement. Un mode d’être renouvelé. Et parfois je suis là et je pleure d’émotion, de soulagement et de plein d’autres choses que je ne saurais même pas définir (et la définition importe peu au delà des traces que j’essaye de laisser ici dans l’espoir de relire dans le futur des morceaux de mon passé pour redécouvrir, avec un regard que j’espère neuf et plus aiguisé, le chemin que j’aurais parcouru), parce que j’ai le sentiment d’être de retour, d’être revenue à une forme de pensée (mais pas que, une forme de manière d’éprouver le dispositif peut-être) presque originelle. Et alors plus rien n’a d’importance. Je me sens si libre. Et je sais que je suis prête à mourir. Ça n’a rien à voir avec de l’envie mais plutôt une certitude de transcender la dernière frontière matérielle avant d’accéder à une expérience non pas d’une conscience étendue mais plutôt d’une nouvelle manière d’appréhender le réel au delà du dispositif. Et en attendant je savoure cette modalité d’être au monde parce que c’est tout ce qui reste : vivre. Et alors que je pensais qu’à force d’avancer des chose s’ajouteraient : des concepts, des idées, des pratiques sources d’une construction élaborée ; c’est l’opposé complet qui se produit. J’avance par soustraction : des choses se retirent et révèlent d’autres choses qui elles aussi disparaîtront et il ne s’agit plus de bâtir mais de dépouiller. Et il y a tant de joie dans tout ça. C’est difficile à retranscrire. Mais si je dois me relire j’aimerais juste noter ce sentiment dominant : la joie. La joie et la capacité à réellement compatir avec l’ensemble du vivant. Le soulagement de se reconnaître dans la rivière et les astres et la poussière sans jamais pour autant risquer de s’identifier. Bref : tant de joie.
Money to burn, Alex Schaefer
Paper Moon (ペーパームーン) / Shinshokan (新書館) / Spring 1978 issue
Rebeca Fleur La Petite Mort
Toi aussi tu as des choses que tu veux faire mais que tu t’interdit ?
Oui je m'interdis de tuer des hommes chaque jour c'est très dur mais je tiens bon
J’ai passé deux jours chez une de mes cousines que j’adore. Elle est plus âgée que moi de quelques années, récemment mariée et habite dans une maison dans un petit village, à la campagne, à une bonne heure de Paris. Ils n’ont pas d’enfants pour des raisons de santé : pour le moment il ne serait pas raisonnable pour elle d’en concevoir un mais elle espère pouvoir arrêter prochainement le traitement qui l’empêche de procréer. J’espère secrètement qu’elle se ravise, pas parce qu’elle serait une mauvaise mère (elle serait formidable) mais parce que son conjoint, qui d’apparence est un joyeux luron bon vivant, est un homme passif et insatisfait qui rejette volontiers (et de manière publique, insultante et humiliante) la charge domestique sur elle, la réduisant perpétuellement à un rôle de servante. C’est elle qui ramène le plus de thunes, elle cumule 3 activités professionnelles hautement qualifiées qui l’épuisent, paye seule le crédit de la maison, s’en occupe intégralement, fait les courses et les repas, gère l’intendance et il trouve le moyen de dire que ce n’est pas assez. Il n’a pas d’activité professionnelle pour le moment. Ne contribue à rien. Lui donne des ordres. Râle parce que ce n’est pas assez bien/vite fait. Un parasite. Je le trouve désagréable avec elle et je me demande s’il lui apporte vraiment du bonheur ou si le poids de sa solitude était si lourd qu’elle lui préfère cette servitude relative assortie de la compagnie d’un homme médiocre. Peut-être que par effet de contraste il paraît même être un bon parti. Qui sait ? Ils nous ont un peu saoulé, comme à leur habitude, sur le sujet de notre non désir d’enfant. Il a fallut leur reexpliquer, en adaptant le discours pour ne pas risquer des les vexer ou de produire un inconfort pénible, pourquoi nous préférions ne pas étendre notre famille réduite. Nous sommes confortables et à l’aise avec ce choix et connaissons le discours par cœur à force de répétition, mais ce devoir de justification comme si nous devions des comptes à d’autres qui n’auront pas à élever les hypothétiques enfants dont il est question m’agace un peu. Aussi parce que c’est généralement une discussion qui ne mène à rien : les gens sont rarement empathiques vis à vis de notre décision et ne sont pas réellement intéressés non plus. Ils ne souhaitent pas comprendre. Ils veulent juste l’occasion d’argumenter nos choix de vie comme s’il était acceptable d’en discuter trivialement, comme si notre capacité à décider par nous-mêmes était suspecte voire insuffisante du fait de ce résultat qui leur déplaît manifestement. Et à chaque fois ça me stupéfait de voir avec quel aplomb il se permet d’affirmer que nous regretterons notre décision. Et je me demande comment il réagirait si je faisait pareil : « mais t’es sûr que tu veux des gosses, pas peur de regretter c’est plutôt définitif non ? ». J’en sais rien si t’es si bien dans ta vie mêle toi de tes oignons plutôt que de faire de l’ingérence non sollicitée dans la mienne. Je trouve ça drôle qu’il soit possible de contrevenir au modèle prédominant dans la société lorsqu’il s’agit de pas mal de choses mais qu’une résistance féroce s’oppose naturellement à celui qui touche à la conception de « faire famille », surtout lorsqu’on touche à la reproduction. Je ne dis pas aux gens de ne pas faire d’enfants. Je suis très présente dans la vie et le développement de ceux de mes amies et de ma famille. J’encourage les projets de maternité et aide volontiers. J’ai organisé des babyshowers (alors que je déteste l’americanisation consumériste de notre société). Mais non il faudrait que moi aussi je fasse des enfants ou alors, à minima, que je ne sois pas aussi confortable avec mon choix de ne pas en faire. Que j’ai honte, peur de me tromper et de regretter alors qu’eux ont le droit de porter pleinement et fièrement la densité de leur choix. Je trouve ça vexant que je n’ai aucun doute de leur bonheur et leur autonomie à y contribuer mais qu’eux soient incapables d’observer la même déférence parce que la contingence de notre bonheur leur déplairait.
Il mangeait des apéricube pendant qu’il me faisait une leçon de bio datée sur mon rôle primitif de femme et le besoin naturel de me reproduire qu’il mélangeait volontiers avec des préconceptions de merde sur un soit disant « sens de la vie » (pour un mec qui a jamais ouvert un bouquin de philo) et jetais les papiers d’emballage par terre à mesure qu’il déblatérait. Elle se penchait pour ramasser chaque papier. Ce manège a duré jusqu’à ce qu’il engloutisse toute la boîte. M’enfin. S’ils sont heureux comme ça. Leur vie leurs choix.