Les chroniques de Brighton #1
A cette pĂ©riode l'annĂ©e derniĂšre j'Ă©tais en Angleterre. Cette pensĂ©e me fait couler ma petite larme intĂ©rieure. Je suis dans le bus et je ne vois pas l'extĂ©rieur, brumeux et pluvieux. La chaleur de mon souffle se colle Ă la vitre, et soudain, tout me revient. Je me revois Ă Brighton le premier jour dans le taxi qui m'emmĂšne depuis Londres. On roule Ă gauche, les panneaux sont diffĂ©rents et j'ai ce sentiment de fuite qui me colle Ă la peau. Comme si j'avais fais un truc de carrĂ©ment fou alors que j'ai juste traversĂ© la manche. Je visualise mes vĂȘtements, mon stress avant de franchir la grille de la rĂ©sidence, le crachin anglais et la verdure des alentours. Une jeune anglaise qui travaille pour l'Ă©cole vient m'accueillir et me prĂ©sente deux garçons qui grillent leur clopes sur le parvis du batiment. A ce moment lĂ je n'aurais jamais pu me douter ce que je pouvais potentiellement vivre avec eux pas. Allais-t-ils devenir mes amis ? Mais au fait, de quelle nationalitĂ© sont-ils ? Je ne savais RIEN de RIEN. Instinctivement je lĂąche un petit âhiâ et on se fait la bise. Puis l'anglaise me prĂ©sente âMikeâ qui est suisse et âAndrea â l'italien. Mike et moi Ă©changeons quelques mots en français avant d'etre coupĂ©s par un âEnglish only please !â. Je dĂ©couvre alors la rĂ©sidence d'un style parfaitement anglais et on me dis que tout le monde est Ă Londres. Je m'allonge sur mon lit et fait un constat de ma chambre. Ăvidemment il y a plein d'affaires de filles: des cosmĂ©tiques, des chaussures, des carnets. Je me risque Ă ouvrir une armoire et je dĂ©couvre des vĂȘtements, un style et j'essaie d'imaginer quel genre de fille pourrait porter ça. Bizarrement la premiĂšre chose que je me dis est: sĂ»rement pas une française.
A vrai dire je suis stressĂ©e de rencontrer ma colocataire de chambre. Je m'allonge sur mon lit et il doit se passer au moins une demi-heure avant que je ne remarque une pile de carton en face de moi avec des inscriptions asiatiques. TOUCHĂ. Bon alors elle est soit japonaise, soit chinoise, soit corĂ©enne soit vietnamienne, soit⊠Zzzzz.
Je dors une petite heure et me rĂ©veille en sursaut. Je dĂ©cide d'aller voir ce qu'il se passe dans la rĂ©sidence. Et rien. J'appelle David au Ătats Unis. J'essaie de ranger mes affaires mais je suis tellement curieuse de voir Brighton que j'enfile mon kway et par sous la pluie. Je vais jusqu'Ă la mer sous une sorte de tempĂȘte, je suis trompĂ©e jusqu'aux os mais la manche me paraĂźt si belle, je vois le Brighton pier, je suis heureuse j'ai l'impression d'ĂȘtre sauvage.
Dans la soirée les autres rentrent. Je fais la connaissance d'une espagnole, une suisse, une brésilienne, un français. Mais pas de ma colocataire.
Je dors mais seulement sur une oreille, prĂȘte Ă ĂȘtre rĂ©veillĂ©e Ă tout moment par son entrĂ©e, mais rien.
Je me prĂ©pare pour ma journĂ©e d'intĂ©gration, triste, solitaire. Je bois un thĂ© et j'ouvre la porte quand je vois, assise sur les marche une fille fumant une cigarette. Je me souviens que j'ai directement compris que c'Ă©tait elle : âhi ! Iâm your new roommate, I was looking for you yesterday !! â et elle a rĂ©pondu un truc du genre :
âooohhh so nice to meet you, Iâm Ellyn !â
ââŠ. Heu mee too ?!â