On s'était pas rencontrés comme dans ces films à la con, nous c'était en cours, on s'était retrouvés dans la même classe. Elle attirait pas vraiment les regards sur elle mais c'était pas une des filles qui n'a aucun ami et qui se la jouait mystérieuse pour avoir un peu d'attention. Elle avait quelques potes au lycée, pas de quoi en faire une fille populaire mais elle savait s'entourer pour connaître à peu près tout le monde et avoir toujours ce qu'il lui fallait. Au début de l'année c'était une personne tout ce qu'il y a de plus normale, elle arrivait en souriant et parlait de tout et de rien, c'était pas de ces élèves qui vont en cours parce qu'ils y sont obligés, non elle aimait ça, boire le savoir. Elle aimait tout connaître, apprendre, elle avait pas peur d'essayer même en maths et pourtant c'était pas la joie. Elle abandonnait pas, même si elle nous disait à chaque fin de cours « enfin », même si avant un test elle te balançait toujours la même phrase « de toute manière au point où j'en suis » au fond ça se voyait que ça la faisait chier de rater, elle était née pour la grandeur.
Puis est venu les premières vacances et là tout a changé.
C'était plus comme avant tu vois, elle était plus pareille. Elle s'était mise à fumer on la trouvait plus le matin sans ce bâton de tabac dans la bouche. T'aurais vu ses cernes, c'était des valises, j'avais lu dans son cahier de maths qu'au lieu de dormir la nuit elle regardait les étoiles et elle faisait des plans pour partir réinventer le monde et toucher la lune. Ouais parce qu'elle participait de moins en moins, elle s'était comme éteinte. Je crois qu'à l'intérieur d'elle y'avait un espèce de combat entre ce qu'elle était et ce qu'elle devenait. Un jour elle était tout sourire, putain mais elle était magnifique gars ! Son sourire c'était une merveille quand il était vrai, quand elle prenait un fou rire grâce à sa pote ou à cause de ce qu'elle foutait dans ses poumons, elle semblait s'évader, quitter cet univers pour être acceptée parmi les dieux mythologiques.
Merde j'avais oublié ! Elle était pas croyante cette meuf, quand elle apprit qu'un de nos amis l'était elle lui avait balancé à la gueule « y'a que les cons qui croient. » et c'était ça le truc extraordinaire chez elle, toute sa foi elle la mettait dans l'humain et dans l'art, pourtant elle restait toujours très vague quand on lui parlait de ces sujets-là.
Et le jour d'après elle n'avait même pas pris la peine de se démaquiller.
Mais depuis l'hiver ça s'est empiré, elle venait de moins en moins en cours et elle ne mettait plus son parfum qui nous donnait pour seule envie de la suivre, désormais c'était le tabac froid à plein nez qu'elle dégageait.
Je me souviendrai toujours de ce jour où elle est arrivée dans un état lamentable, comme si c'était pas son corps, je crois que c'était le plus gros bad qu'elle est fait, enfin le plus gros bad que j'ai pu voir d'elle. Je l'avais chopée dans ce couloir et je lui avais dit de sourire, alors elle m'a répondue qu'elle souriait tout le temps, comme un con je lui ai demandée pourquoi il était plus comme avant, et je te jure qu'à cet instant quand elle m'a regardé droit dans les yeux avait un truc qui avait de différent, un appel à l'aide, un hurlement silencieux qu'entendrai un sourd, elle aurait pu redonner la vue à un aveugle avec son regard, je te jure la seule chose qu'elle a fait c'est de sourire en me montrant toutes ses dents et de partir pour ne revenir que la semaine suivante.
La semaine d'après elle s'est ramenée avec une longue bleue, on aurait dit une princesse tout le monde l'a regardait, ça me rendait fou, et le lendemain elle avait rappliqué presque en pyjama, comme si elle venait de sortir du lit et qu'on l'avait foutue là sans la prévenir.
Elle était en avance ce jour là assise devant le portail en train de fumer son putain de paquet. Elle était seule, ce qui voulait dire qu'elle pourrait me parler simplement, c'était le moment rêvé, je voulais parler de tout et de rien qu'importe, juste profiter de sa présence alors comme le plus grand des bouffons je lui ai sortie « La vie est mystérieuse. ». je crois que le plus frustrant après c'est qu'elle ne m'a même pas regardé, elle a juste déclaré « c'est l'époque où nous vivons qui l'est, la vie n'est pas mystérieuse simplement trop bruyante et compliquée, c'est une cacophonie que personne ne veut écouter. », ensuite elle a choppé son éternel sac à dos dégueulasse, qu'elle emportait dans ses soirées à la con qui craignent, tu sais ? Ces soirées où t'as n'importe quoi circulent et n'importe qui qui débarquent, pour le mettre sur ce qu’elle appelle sa veste mais qui ressemblait plus à un cahouet de marin breton et elle est partie, elle s'est de nouveau tirée, pour rentrer dans la voiture d'un type un peu plus vieux à l'allure de connard, et moi je suis resté là comme un débile, parce que c'est le cas j'en étais un, j'avais tout foiré avec elle encore une fois.
Aujourd'hui je sais même pas où elle est.
cette fille était un océan en pleine tempête qui s'était noyée dans son écume des jours heureux.