âPuis, un jour, les choses rentrent dans l'ordre. Ce n'est pas le mĂȘme ordre qu'avant le bazar, mais ce n'est plus le bazar. On ne sait pas quand est-ce que l'on a rangĂ©, si c'est nous, la vie, le temps, le destin, mais quelque chose change. Les tas d'ordures ont disparus, les murs redeviennent blancs. Tu ne me manques plus, mĂȘme si parfois je te parle dans ma tĂȘte comme pour assourdir ce silence. Je ne suis plus en colĂšre, je ne suis plus triste. Peut-ĂȘtre parfois, mon coeur pince un peu mais je ne crie plus. Je ne te dis pas grand chose, parce que tout simplement, je n'ai plus rien Ă te dire, mais si je ferme trĂšs fort les yeux, je peux te sentir. Parce que tu es quelque part, lĂ , Ă l'intĂ©rieur de moi, comme une petite tĂąche noire de peinture, que l'on ne peut voir Ă l'oeil nu, sur ces murs repeints en blanc. C'est une tĂąche qui signifie qu'il s'est passĂ© quelque chose. Une petite tĂąche qui est lĂ , pour nous rappeler que les choses ne peuvent jamais ĂȘtre parfaites et qu'il y a toujours eu quelque chose avant l'aprĂšs. Tu es ma petite tĂąche. Tu es la petite tĂąche noire qui malgrĂ© toutes les couches de peinture, ne sera jamais blanche. Tu es la petite tĂąche que j'aimerais peindre mais que je ne peux pas. Tout simplement parce que je n'en ai pas envie. Comme quoi, un bien pour un mal. Parfois un mal pour un bien. Je suis qui je suis car tu Ă©tais qui tu Ă©tais et tu es qui tu es car j'Ă©tais qui j'Ă©tais. Aujourd'hui, j'ai coupĂ© la page en deux. J'ai sĂ©parĂ© ce qui nous liait avec un coup de ciseau. Ensuite j'ai jetĂ© tous les petits morceaux de papier que j'avais soigneusement dĂ©chirĂ©s Ă la poubelle. Je ne sais pas qui tu es, qui tu seras demain, si un jour, le destin, le malheur nous fera nous croiser, ne serait-ce qu'une seconde. J'espĂšre que ce jour-lĂ , tu te tairas. J'espĂšre que ce jour-lĂ , je ne te reconnaĂźtrais mĂȘme pas. Tienne, Pour toujours et pour jamais.â