ESSAI SUR LE LIVRE DE DANAH BOYD, ITâS COMPLICATED: THE SOCIAL LIVES NETWORKED TEENS
LâĂ©volution continue jour aprĂšs jour. Les jeunes dâhier nâont pas le mĂȘme rapport avec la technologie.  Les moyens de communication ont changĂ©s : certaines personnes ont suivi le mouvement, dâautres sont restĂ©s avec des prĂ©jugĂ©s, des craintes et des idĂ©aux renforcĂ©s.  Ce livre a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par Danah Boyd, une chercheuse amĂ©ricaine, qui a observĂ© et questionnĂ© plusieurs jeunes et adultes de toutes les classes sociales et de toutes les ethnies.  Le but ultime Ă©tait de donner la possibilitĂ© aux jeunes; adultes; et parents de donner leur version de lâimpact du web et de faire taire les prĂ©jugĂ©s entourant les ados et Internet et de faire ressortir les rĂ©elles causes et consĂ©quences des mĂ©dias sociaux.
Internet est maintenant perçu comme une extension de soi-mĂȘme.  Comme si les gens voulaient projeter leur plaisir dâune activitĂ© ou dâun commentaire dans le futur, par des photos et vidĂ©os quâils mettent sur les rĂ©seaux sociaux, pour se souvenir et pour attirer lâattention des autres.  Bien Ă©videmment, le groupe plus souvent associĂ© Ă Internet est celui des jeunes.  NĂ©s avec la technologie, ceux-ci ont un plus grand intĂ©rĂȘt et plus de facilitĂ© que le groupe des adultes.  Ce qui amĂšne chez certains parents Ă se mĂ©fier de ce que leurs enfants font sur Internet, tandis que pour dâautre, câest une dĂ©couverte.  Certains ont peur de perdre le contrĂŽle de leurs ados, dâautre voient la technologie comme une maniĂšre dâĂȘtre sur le mĂȘme diapason que leurs enfants.  Il est sans dire que la situation aux Ătats-Unis est particuliĂšre.  En effet, plusieurs conflits de religions, dâinĂ©galitĂ©s ethniques et dâargent font en sorte que certains quartiers sont Ă Ă©viter.  Il est souvent plus sĂ©curitaire de se rencontrer virtuellement, par lâentremise de My Space ou Facebook, que de se voir en personne. Ce qui a menĂ© une rĂ©organisation de lâespace public et le web nâest plus juste un outil de rĂ©fĂ©rence, mais aussi une place ou on  peut relaxer et socialiser.
NĂ©anmoins, ces conflits sociĂ©taux poussent les jeunes Ă dĂ©velopper une autonomie.  En effet, «les jeunes sont plus responsables que ce que les adultes pensent»[1].  Les ados ont une vision dâensemble du web et lâĂ©gocentricitĂ© de leur Ăąge qui font en sorte quâils imaginent en permanence qui sont les individus qui ont accĂšs Ă leur profil.  Alors, ils ont conscience de ce quâils affichent et ils ont mĂȘme trouvĂ© un moyen dâencoder leurs messages.  Le but Ă©tant que seulement les amis proches soient capables de dĂ©coder et dâentrer dans leur intimitĂ©.  Le web est aussi une possibilitĂ© de se forger une deuxiĂšme identitĂ© et de dĂ©velopper des aptitudes sociales. Â
Pour les parents plus craintifs, les nombreuses heures que leurs jeunes peuvent passer sur  Internet peut ĂȘtre perçu comme une perte de temps et ĂȘtre identifiĂ© comme une addiction Ă la technologie.  Pourtant, plusieurs chercheurs ont affirmĂ©s que la dite «addiction au web nâest pas plus grave que celle associĂ©e au sport ou aux voitures».  Les spĂ©cialistes font clairement la distinction entre une passion, une addiction et une habitude de vie. Internet est plutĂŽt dĂ©crit comme une nouvelle maniĂšre de trouver sa place dans sa sociĂ©tĂ© en dĂ©cidant le degrĂ© de confidentialitĂ© et de privĂ© qui nous convient.  Certaines personnes sont intenses dans la vie et ce caractĂšre va nĂ©cessairement se reflĂ©ter dans le virtuel, mais ce sont des exceptions.
Sinon, les jeunes ont su dĂ©velopper leur confidentialitĂ© et leur vie privĂ©e quâils considĂšrent eux-mĂȘmes comme limite Ă ne pas franchir.  Que ce soit de se parler au tĂ©lĂ©phone, de se texter ou de commencer une conversation dans une boĂźte de dialogue privĂ©e, lorsquâils en sentent le besoins.  Il en reste nĂ©anmoins que les jeunes nâont pas la mĂȘme mĂ©fiance que les adultes et que, parfois, certains aspects de leur vie privĂ©e se retrouve accessible au public. Â
Ces informations perdues dans la sphĂšre publique peuvent mener Ă un problĂšme qui existe depuis toujours : lâintimidation.  Par une nouvelle forme cette fois-ci quâest la cyber-intimidation.  Il y a beaucoup de façon dâinterprĂ©ter les informations sur le web, car on construit notre contexte.  En se connectant sur Internet, on peut savoir comment les gens vont communiquer, mais on ne peut pas savoir ce que les autres vont faire avec lâinformation. Aujourdâhui, ce qui se passe Ă lâĂ©cole ou dans la rue peut facilement et mĂȘme inĂ©vitablement se retrouver sur le web. Par contre, il faut mentionner que les informations sont encore aussi visibles quâavant, mais amplifiĂ©es, cherchĂ©es et partagĂ©es. Â
Un autre changement dont fait mention Boyd est la cyberprĂ©dation.  En effet, câest un nouvel enjeu venu avec la montĂ©e du web, mais qui existe depuis trĂšs longtemps.  Les parents ont trouvĂ© un  moyen de protĂ©ger leurs enfants de des prĂ©dateurs, soit dâempĂȘcher leurs enfants de sortir, mais ils ont maintenant Ă faire face aux prĂ©dateurs virtuels.  Plus difficile Ă contrĂŽler, ce qui augmente le degrĂ© de crainte.  Pourtant, il est prouvĂ© quâil nây a pas plus de victime sur le web quâen personne. Les victimes sont plus souvent agressĂ©es par quelquâun et dans un lieu quâelles connaissent[1]. Lâinconnu du web est plus facile Ă blĂąmer pour les adultes.  Mais la clĂ© est dâenseigner la façon de se comporter avec cette nouvelle technologie, qui existe et qui Ă©voluera encore.
Bref, cet ouvrage dĂ©peint un portrait optimiste des adolescents et leur rapport avec la technologie.  Il existe plusieurs causes : conflits sociĂ©taux; horaire chargĂ©e, et de nombreux enjeux : cyber-intimidation; cyberprĂ©dation, Ă lâutilisation du web.  Par contre, lâautonomie et la responsabilitĂ© des jeunes combinĂ©es avec la mĂ©fiance, Ă lâaccompagnement et Ă lâapprentissage des adultes semblent une bonne maniĂšre de continuer Ă Ă©voluer dans notre sociĂ©tĂ© plus digitale que jamais.
Il faut nĂ©anmoins dire que la situation des canadiens versus celle des amĂ©ricains est trĂšs diffĂ©rentes. Au Canada, et plus prĂ©cisĂ©ment Ă Gatineau-Ottawa, on entend moins parler de violence et de conflits ethniques qui nous empĂȘcheraient de circuler dans la rue, comme dĂ©peint dans le livre.  Les actes criminels sont majoritairement des vols et des entrĂ©es par infraction.  De plus, une baisse du taux de violence a Ă©tĂ© enregistrĂ©e depuis les vingt derniĂšres annĂ©es[1].  Contrairement aux Ătats-Unis, oĂč une baisse de criminalitĂ© a aussi Ă©tĂ© enregistrĂ©e, mais les statistiques rapportent plus souvent des meurtres et des homicides versus des infractions mineures[2].
De plus, il y a clairement une dramatisation des mĂ©dias en ce qui concerne la technologie et les adolescents. Les journaux; radio; et nouvelles parlent  beaucoup en nĂ©gatif du web[3].  Les mĂ©dias de sortir des statistiques pĂ©joratives sur lâutilisation des mĂ©dias sociaux.  Ălisabeth Baton-Herve, une chercheuse indĂ©pendante et confĂ©renciĂšre, parle dâune «banalisation et de dramatisation dĂ» au cinĂ©ma et Ă la tĂ©lĂ©vision»[4], oĂč on fait peur aux jeunes en leur disant de ne pas regarder quand la solution est justement de regarder et dâaccompagner son enfant dans lâapprentissage des enjeux de sociĂ©tĂ©.
Plusieurs logiciels sont disponibles pour les adultes qui voudraient se renseigner sur les sites frĂ©quentĂ©s par leurs enfants, mais des sondages ont dĂ©montrĂ©s que les parents  ont plus tendance Ă faire confiance aux jeunes, et plus particuliĂšrement aux filles[5].  MĂȘme les parents qui croient protĂ©ger leurs enfants par la surveillance sont souvent bernĂ©s par la haute connaissance en matiĂšre de technologie des jeunes.  Dans mon cas, il nây a jamais eu une surveillance dite extrĂȘme par rapport aux rĂ©seaux sociaux comme dĂ©crit dans le livre par certains parents. Â
Une autre situation dĂ©crite dans cet ouvrage me laisse perplexe.  Plusieurs Ă©tudiants avec qui Boyd a discutĂ©, ont affirmĂ©s quâils nâavaient pas le temps de se voir Ă raison de tĂąche colossale de lâĂ©tude et des devoirs. MĂȘme si plusieurs recherches dĂ©montrent que la charge de travail attribuĂ©e aux adolescents est en hausse[6], pour ma part, mon horaire en tant quâĂ©tudiante Ă lâUniversitĂ©, nâest pas aussi chargĂ© que celle dâĂ©tudiant dĂ©crite dans le livre.  Il est mĂȘme prouvĂ© quâavoir des activitĂ©s parascolaires est bĂ©nĂ©fique pour les adolescents.  Mon expĂ©rience avec Internet se dĂ©roule plus par choix et mĂȘme par paresse.  En effet, se dĂ©placer en personne pour connaĂźtre les derniĂšres nouvelles ou «chatter»?  Le choix est facile.  Utiliser la bibliothĂšque ou surfer sur le Net?  Mon utilisation des rĂ©seaux sociaux est Ă des fins dâoutil de rĂ©fĂ©rences, de socialisation et mĂȘme de relaxation.  On est dans une Ăšre de valorisation dâintelligence collective, utilisons-la.
Je dois dire que le sujet mâinterpelait bien avant de commencer Ă lire le livre. En tant que jeunes, jâai trouvĂ© certains commentaires de parents, envers les jeunes en gĂ©nĂ©ral, trĂšs offensant, ce qui me faisait rĂ©flĂ©chir (parfois Ă haute voix), sur ma situation et ma vision des choses.  Jâavais tendance Ă prendre position, soit pour lâopinion des jeunes et contre celle des adultes.  Jâavoue que ce livre a changĂ© ma vision des jeunes. Avant, jâavais tendance Ă juger ceux-ci comme des irresponsables, tout en me dissociant dâeux. Jâai absolument apprĂ©ciĂ© lire sur ce sujet et jâai bien aimĂ© la maniĂšre dont le livre est Ă©crit. Câest intĂ©ressant dâavoir lâopinion de plusieurs personnes : jeunes et adultes, de plusieurs classes sociales et ethnies diffĂ©rentes.  En lisant, on sent vraiment que lâauteure a Ă©tudiĂ©e en profondeur son sujet avant de lâexploiter. Â
Par contre, ayant dĂ©jĂ lu sur le sujet, jâai souvent vu venir les idĂ©es, les exemples et les commentaires de lâauteure. Cette anticipation a donnĂ© lieu Ă une rigueur de ma part pour ne pas commencer Ă lire entre les lignes, donc Ă interprĂ©ter ou Ă tout simplement omettre de lire certains passages.  Bien que jâaie aimĂ© le livre, jâai trouvĂ© quâil y avait beaucoup dâextraits qui auraient pu ĂȘtre compressĂ©s pour que le livre soit moins long.  Il faut dire que câest un dĂ©fi personnel pour une francophone de lire un livre de cet ampleur  et jusquâĂ la fin, en anglais.  Mais, tout de mĂȘme, un ouvrage que je recommanderais Ă tous.
Comprendre le comportement des jeunes sur Internet pour les protéger, étude sociologique, portail nationnal : éduscol, consulté le 9 novembre 2015, (en ligne) http://eduscol.education.fr/numerique/actualites/veille-education-numerique/archives/2010/comprendre-le-comportement-des-enfants-et-adolescents-sur-internet-pour-les-proteger-des-dangers
Ătats-Unis : baisse de la criminalitĂ©, 14 000 meurtres en 2013, article, La presse.ca, consultĂ© le 8 novembre 2015, (en ligne) http://www.lapresse.ca/international/etats-unis/201411/10/01-4817619-etats-unis-baisse-de-la-criminalite-14-000-meurtres-en-2013.php
Ătude: lâusage dâInternet par les adolescents, article, Tomas CoĂ«ffe, blog du modĂ©rateur, consultĂ© le 11 novembre 2015, (en ligne) http://www.blogdumoderateur.com/etude-adolescents-internet/
Guide de lâinformation Ă lâattention des victimes dâagression sexuelle, guide, Agence de santĂ© et services sociaux, p.14, consultĂ© le 7 novembre 2015, (en ligne) http://www.scf.gouv.qc.ca/fileadmin/publications/Violence/guide-agressions-sexuelles2008-fr.pdf
Itâs complicated, The Social Lives of Networked Teens, Danah Boyd, livre numĂ©rique, Yale University Press, 2014, consultĂ© le 22 octobre 2015, (en ligne) http://www.danah.org/books/ItsComplicated.pdf
Jeunes, medias et numĂ©rique : entre dramatisation et dramatisation,  article, Ălisabeth Baton-Herve, consultĂ© le 10 novembre 2015, (en ligne) http://elisabethbatonherve.com/2013/10/14/jeunes-medias-et-numerique-entre-dramatisation-et-banalisation/
Le taux de criminalité au Canada est bien en baisse, documentation, Statistique Canada, consulté le 8 novembre 2015, (en ligne) http://www.statcan.gc.ca/pub/11-630-x/11-630-x2015001-fra.htm
Quinze ans et dĂ©jĂ au travail, avis dâarchive, Conseil de la famille, Gouvernement Canada, consultĂ© le 11 novembre 2015, (en ligne) https://www.mfa.gouv.qc.ca/fr/publication/Documents/cfe_archive_avis-15ans-au-travail-fr.pdf
via Virgin Radio Lebanon (Facebook.com)
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