Sol-rivalité
Ces derniers temps la parole des femmes se libère (#breaking news) et c'est à la fois génial et terrible que cela soit rendu possible par un tel contexte.
Oui, beaucoup d'hommes sont bourreaux. Oui, beaucoup de femmes sont victimes. Et malheureusement beaucoup de gens partisans des idées préconçues prennent ces femmes qui osent prendre la parole pour des féministes enragées seins à l'air prêtes à brandir leur sabre japonais pour trancher tout ce qui s'apparenterait de près ou de loin à un phallus (faut l'avouer, ça ferait un super scénar).
Mais, ce qu'on ne dit peut-être pas assez c'est que, il s'agit d'une lutte générale et non d'une guerre femmes VS hommes car parfois, les femmes entre elles sont d'une violence telle qu'on se demande qui est victime et qui est bourreau. Ce n'est que maintenant que je suis entourée de gens bienveillants que je m'en rends compte mais, au delà des clichés générés par “la société”, certains traumatismes viennent des femmes qui nous entourent, et ce aux moments les plus cruciaux de notre existence, à commencer par l'enfance, pré-adolescence, adolescence… Que ce soit des femmes de notre famille, des amies, des professeures, des professionnelles de la santé, des inconnues… Nombreuses sont les femmes que je connais qui m'ont avouée avoir également reçu des paroles ou des comportements moraux violents d'autres femmes qui les ont jugées, maltraitées, pointées du doigt.
Moi, j'ai construit ma vie sexuelle dans la honte, dans l'idée que j'étais différente des autres et “anormale” car, selon mes proches féminines, j'ai eu très tôt une libido “développée”. Je pense que dans la découverte de leur propre sexualité, il leur fallait pointer quelqu'un du doigt, quelqu'un qui faisait tout plus tôt que tout le monde, celle qu'on pourra communément appeler “cochonne” ou “nympho” dans les périodes les plus cruelles, juste pour rire. Je n'ai jamais eu peur de parler de cul, cela faisait de moi la “libérée”, alors que si on y pense c'était juste une façon naturelle d'exprimer un désir, un besoin physique, une envie. Jonglant entre ce personnage de “nympho” qui me collait à la peau et de jeune femme qui se cache, ma vie sexuelle s'est organisée autour des autres : autour de ceux ET CELLES qui me faisaient comprendre que ça ne se “faisait pas”, “ça ne se disait pas”, ou “ça ne se pensait pas”. Alors que j'avais pourtant une vie sexuelle épanouie, j'ai accumulé beaucoup de choses dans mon jardin secret et ce, pas seulement par envie mais également par peur d'être jugée par mes plus “proches” amies. Alors que tout compte fait, si on y pense, qui ça regarde à part moi ?
A la pharmacienne qui vous toise lorsque vous demandez la pilule du lendemain parce que dans sa tête vous n'êtes qu'une pauvre petite inconsciente (alors que c'est juste parce que la capote de votre mec a craqué), à la gynéco qui vous engueule car vous avez des questions sur les moyens de contraception, à la médecin qui vous fait la morale parce que vous avez arrêté la pilule car vous n'êtes pas en couple et ne souhaitez plus prendre d'hormones et vous dit d'un ton moralisateur “la capote c'est bien joli mais ça fait pas tout”, à l’“amie” qui vous juge parce que vous prenez un verre avec un match tinder en vous disant devant tout votre groupe “bah pourquoi vous allez prendre un verre avant, tu veux juste baiser non ?”… A toutes ces femmes, malveillantes, maladroites, ou peut-être juste malheureuses, j'apprends à peine à vous ignorer, à tourner le dos à vos jugements, à vous plaindre de la froideur dont vous pouvez faire preuve.
Entre solidarité et rivalité la gente féminine se perd dans ses luttes et se retourne parfois de l’intérieur. Comme si par un réflexe auto-protecteur les femmes se retournent vers le sexe dit faible, auquel elles appartiennent pourtant, car ne savent pas contrecarrer celui dit fort par opposition. J’ai appris dans la vie que la véritable faiblesse n’était pas celle de la victime mais bien celle du bourreau qui a besoin d’harceler pour se sentir vivre. Alors, existons pour ce qu’on nous sommes et laissons aux bourreaux l’exclusivité de se comporter en faibles.














