Règlement de comptes à OK Cora
En menaçant de licencier une caissière suspectée d’avoir empoché un coupon de réduction de 1 € laissé par un client, la direction d’un supermarché mosellan de la chaîne de distribution de Cora s’est retrouvée prise au piège d’une implacable crise réputationnelle.
 Rappel des faitsÂ
Le 24 septembre dernier, une caissière du magasin Cora, a récupéré sur son tapis de caisse un ticket oublié par un client. Au dos : une réduction pour un sandwich acheté - un offert valable dans un fast-food local. «J'ai pensé à mon fils de huit ans, j'ai détaché le coupon », a raconté la caissière sur les ondes de France Inter. La direction du magasin Cora décide d’entamer une procédure de licenciement contre la caissière. La caissière, par ailleurs représentante du personnel CGT, se retrouve ainsi accusée de vol, et en procédure de licenciement.
La médiatisation du conflit et le mouvement de solidarité
Le 26 octobre Le Républicain Lorrain sort l’information, relayée sur le site de L’Express.fr.
Dès la publication sur le site de l’Express.fr les internautes se mobilisent sur Twitter et Facebook pour faire état de leur indignation. Les internautes appellent avec virulence au boycott des magasins Cora. La mobilisation des internautes est massive puisqu’on retrouve des milliers de messages de soutien à la salariée sur internet. Dans la journée du 26 octobre le hashtag #Cora est en tête des trendy topics sur Twitter.
Les politiques réagissent aussi à l’information. Ainsi, pour Aurélie Fillipetti, député de Mosselle, cette affaire est « une mascarade honteuse ». Dans un communiqué elle déclare « je ne suis pas dupe quant au but poursuivi par la direction, à savoir se débarrasser d'une syndicaliste ».
 Réaction inadaptée du magasin : la censure de Cora
 Les posts de la page Facebook de Cora sont supprimés un à un. Dans un premier temps, le magasin a essayé d’étouffer l’affaire. Lorsque Cora essaie de limiter brutalement la diffusion de l’information gênante, celle-ci se disperse encore plus vite que ce n’aurait été le cas dans des circonstances normales, c’est ce que les communicants appellent l’effet « Streisand ». En 2003, la chanteuse américaine avait poursuivi un photographe en justice en raison d’un cliché aérien que ce dernier avait pris de la villa de l’artiste. Au lieu d’entraîner le retrait de la photo, l’action avait attisé la curiosité des internautes.
 Facebook et Twitter font plier la direction nationale de Cora
Cora réagit tardivement et annonce à  21 h sur sa page Facebook l'annulation de la procédure à l'encontre de son employée.
    La contre-attaque ratée de Cora
Le 1er novembre pour redorer son image le magasin publie une vidéo qui met en scène des employés modèles. Cette nouvelle opération est un échec.
Cette vidéo était censée montrer l'enseigne sous un jour nouveau. Plusieurs personnes à l'image y décrivent de façon exagérée leur «bonheur» de travailler pour le groupe, certains depuis 32 ans. «Cora, c'est ma vie», dit l'une d'entre elles.
Sur Youtube, Cora affirme que cette vidéo a été tournée par les collaborateurs eux-mêmes «suite à la polémique sur le magasin de Mondelange». Cette grossière opération de com’ pour tenter de refaire surface n’a pas convaincu les internautes qui  se déchaînent sur la page Facebook de l’enseigne «Comment osez vous prendre les internautes pour des cons ?», «Quelle propagande à deux centimes !», «votre démarche est grossière, imbécile et vraiment pitoyable», «votre contre-attaque est d'une médiocrité incroyable. Je pense que vous auriez du faire profil bas et attendre que les choses se tassent.» Suite à la réaction des internautes la vidéo a été retirée de Youtube et est désormais indisponible.
 Pour ne pas avoir compris la logique des médias sociaux, l’entreprise Cora a mis en danger sa réputation. Cet exemple nous montre bien que les entreprises ne pourront plus faire l’impasse d’entrer dans une conversation véritable avec leurs différents publics. Si l’enseigne avait opté pour une démarche plus conversationnelle (quitte à faire valoir les positions qui l’avaient amenée à lancer une procédure envers sa caissière), elle aurait très probablement limité la casse médiatique.











