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″Il comprit que les associations renforcent l’homme, mettent en relief les dons de chacun et donnent une joie qu’on éprouve rarement à vivre pour son propre compte : celle de constater qu’il existe nombre de braves gens, honnêtes et capables, tout à fait dignes de confiance.“
Italo Calvino, Le Baron Perché
CANAL SAINT-MARTIN, FÉVRIER 2016
20130720
patiperro en el salar de uyuni
22.01.2015 10h30
22.01.2015 10h30
RENCONTRE AVEC YONA FRIEDMAN
[Yona Friedman nous a reçu chez lui mes amis et moi. Il s'excuse de ne pas avoir assez de chaises mais dit qu'il n'est pas inquiet, qu'il sait que nous nous adapterons, et qu'il a de plus reçu un jour une vingtaine d'étudiants dans son appartement. Yona Friedman entend avec difficultés, mais s'exprime à merveille, nous nous asseyons par terre, tout ouïe.]
«J'ai donc toujours eu une attitude différente de l'architecture classique. Comme étudiants en architecture vous le savez on enseigne l'architecture, c'est pour l’éternité, un objet qui dure, on regarde la petite maison de banlieue comme les pyramides. Moi je suis intéressé par l'improvisation.
L'architecture peut être improvisée, j'ai appelé cela au début, l'architecture mobile, parce que c'était facile à traduire dans les autres langues. Une grande partie des objets que nous utilisons sont mobiles, vous le voyez maintenant, avec les chaises on a improvisé un espace. Mais pour que l'architecture soit utilisable, deux choses sont nécessaires : qui fait l'improvisation? Et la deuxième chose, qu'elle est la technique qui intervient? car on n'improvise pas en béton. Donc j'ai cherché les dites techniques qui permettent la même mobilité qu'un meuble. J'ai proposé à l'époque la ville spatiale. Il y a une structure fixe, mais tout dedans est improvisable, s'en est parfois devenu comique, par exemple, pour le concours du centre Pompidou, je n'ai pas prévu de façade, parce qu’il n'y a pas une façade. J'avais plein de façades, mais pas une, et vingt dispositions des locaux, et pas une. Les commissaires d'exposition refont le bâtiment à chaque fois. Ça a été la première étape.
Ensuite, j'ai essayé ce principe dans d'autres endroits. Surtout quand j'ai travaillé dans les pays dits en voie de développement, en Inde, vous le savez, je peux parler avec les indiens bourgeois, je ne peux parler avec les indiens ouvriers, c'est impossible. Mais je peux m'exprimer avec des dessins, avec des croquis, avec des maquettes… J'ai vu ça encore plus fort, en Chine, je devais m'expliquer avec le dessin. Mais jusqu'à la gare! je cherchais la gare, alors j'ai arrêté des gens dans la rue, j'ai dessiné un petit train et ils m'ont montré. Ça marche! Mais il y a des choses qui sont pratiquement indessinables. J'ai eu dans les dernières années beaucoup de constructions de structures de ce type là. [il nous montre quelques photos et montre du doigt des maquettes qui nous entourent]
Alors, en apprenant de mon expérience indienne, je ne présente pas un projet, mais des instructions sur comment le réaliser, et c'est une très grande différence, parce que j'envoie une page A4 où est expliqué comment l'objet est fait. Et les gens le font très bien. Je devais faire l'année passée quelque chose à Moscou, mais maintenant avec mon âge, je ne voyage plus. Donc j'ai envoyer des dessins mais j'ai aussi essayé autre chose, j'ai conçu les maquettes avec une caméra. Donc la vidéo expliquait exactement comment c'est fait. [il se lève pour nous apporte d'autres documents] Ce printemps, je dois avoir une grande exposition à Shanghai. Donc, les structures sont de ce genre là, c'est un dessin d'explication, mais ce n'est pas un dessin technique. Vous ne pouvez pas faire faire, vous pouvez faire dans la réalité. Ça veut dire, cette page, ça suffit, les gens savent comment construire, et ils improvisent. C'est des choses très simples, je ne peux donner d'autres explications. Les gens le font, utilisent leurs mains, le font sur place directement. Donc on ne passe pas par la maquette, un peu pour la visualisation, mais par l'instruction, avant de faire sur le site, en grandeur nature.
En Inde, nous avons utilisé le bambou, les gens, qui l'utilisent tout le temps, n'ont pas besoin d'un architecte pour leur dire comment faire. Mais je dois expliquer, quel est pour cette construction le premier pas, quel est le deuxième pas. Donc si vous voulez, comme une recette de cuisine. Une recette de cuisine c'est compris par chaque ménagère, et ça marche! [il tourne les pages et nous montre] Cette construction en Italie, ça a été improvisé sur place, là c'est à Lyon, et il n'y a jamais eu de dessin technique. Eux même le font tout seuls avec seulement quelques indications. J'ai beaucoup d'autres exemples, et pour Shanghai, ils recevront le même genre d'indications et il le feront, comme ils ont fait à Moscou, au Brésil, comme ils veulent faire au Venezuela et cætera. Je crois qu'à chaque fois toute les données et les résultats changent.
Aujourd'hui dans l'architecture bien souvent, ils font de la sculpture médiocre, mais la sculpture médiocre n'est pas nécessairement de la bonne architecture. [sans transition] Je connais bien Gerhy, et je lui ai dis «pourquoi vous ne le faites pas sur place? Pourquoi faire une manière compliquée, et après ça les techniciens doivent recopier ces formes à l'ordinateur. Ces formes, vous les faites sur place.»
On est déformés par l'école d'architecture. L'école d'architecture pense en papier, alors le papier et très utile évidemment mais on doit penser l'objet final, et l'objet final c'est dans un site, avec les éléments réels. Vous voyez, la grande majorité des bâtiments en France ont étés conçus par des maçons. Et souvent sans dessin, seulement par les savoirs-faire.
J'essaye, quand je fais ce genre technique, j'essaye de bien regarder ce qu'il se fait. Ça a été une grande faute de Le Corbusier, qui disait que si quelque chose ressemble, c'est un plagiat. C'est ridicule, je pense au contraire que le plagiat est bien, qui a eu le brevet pour le style gothique ? Ça a été plagié, recopié, et c'est devenu un style, ce n'est pas un individu qui l'a inventé. Ça veut dire que l'architecture ne devrait pas être pensée pour l’éternité, et pas par un individu. Le style, pas dans le sens classique, est une technique, le gothique c'est une technique, comme le space-frame est une technique. Il n'y a pas un tel un tel.
J'ai fait une expérience une fois avec des étudiants, à l'école spéciale. Ils ont construit eux même, l'école à commandé le matériel, ils ont tout fait à la main, et tout à été improvisé. On a là deux extrémités, en Inde l'ouvrier analphabète, qui est un formidable technicien, et l'étudiant, qui lui n'est pas un technicien, mais qui n'est pas analphabète. [Il se lève, et s'approche d'une grande maquette en fil de fer.]
Ce principe là est un space-frame, il a été fait peut être une vingtaine de fois dans le monde, les gens le font et l'utilisent à leur manière. Et surtout c'est très bon marché, c'est pour cette raison qu'on en a fait, ça n'implique pas de grande dépense. Il y a une, très grande qui a coûté moins de mille euros, c'est une somme ridicule ! En Inde, j'ai construit un bâtiment pour 2$/m², j'ai reçu pour ça des prix, le prix de l'habitat, des Nations Unies, un prix de design du Japon… ça a intéressé. Parce que l'argument, n'a pas été la forme, ça n'a pas été l'objet, mais plutôt comment faire l'objet, et combien ça coûte. C'est décisif.
Bien, je vous montrerai ça après. Je dois faire en Belgique maintenant avec cette même technique une sorte de tour pas très lourde c’est d’abord les maquettes pour expliquer aux gens comment la faire et savoir quoi attendre de cette structure. Ils le feront très bien, ils viennent lundi, on travaille comme ça, ils prennent en photo les maquettes avec les explications. Ils feront quelque chose qui sera très diffèrent de cette maquette…
L’architecture a toujours utilisé les boites de souliers, vous avez des milliers de boites à souliers dehors, c’est bien d’avoir des boites à souliers prêtes, par exemple un container. Vous pouvez les faire tout simplement accumulés mais au lieu d'imiter une composition de l’architecture classique ça peut être accumulés n’importe comment, ça veut dire que vous pouvez amasser des boites n’importe comment. Il y a des quantités de maquettes ici. [il se lève pour nous en montrer une] Donc ce sont de simples boites qui rayonnent autours d'un pilier. C’est plus fort qu’un lampadaire, une sorte d’échelle spirale autour de laquelle on accroche les conteneurs. Je ne sais pas, en Inde ou en Chine les gens le font il y a les bâtiments classiques, ils accrochent les boites en façades et ça change complètement. Ils le font d’une manière artisanale et ça tient très bien, des bâtiments qui ont environ trente ans d’âge mais vous ne reconnaissez plus parce qu'ils ont ces loggias.
La position de certains collègues est que «l’usager ne sait pas faire la conception», ce n’est pas vrai et je l’ai démontré. J’ai construit un bâtiment complément conçu par l’usager, un lycée. Ça a été le résultat c’était l’atmosphère après mai 1968, donc le ministère a accepté que le bâtiment soit conçu par l’usager et ils m’ont confié le projet. Ils m’ont demandé premièrement de respecter les limites budgétaires ce qui est normal. Et deuxièmement que ça soit transformable parce que si les enseignants et les parents d’élèves conçoivent le bâtiment dans une certaine époque, quinze ans après ce n’est pas les même personnes ce n’est pas les mêmes élèves.
L’objet existe depuis maintenant quarante ans, ça a été fait, refait et changé. Moi-même je ne reconnais plus le projet parce qu'ils ont rajouté des choses, et enlevé d'autres car depuis le début le plan a été conçu pour être modifiable ce qui a mon avis est important. En plus ce n’est même pas moderne car l’architecture a commencé comme ça.[on lui montre «Architecture without architects» qui fait partie des quelques livres amenés pour le faire réagir] Oui, vous le voyez, l'architecture n’a pas commencé avec le monumental.
Il y a de grands problèmes de financement, le financier ne veut pas d’un plan qui change, il préfère l’immobilité car cela représente sa sécurité. Mais ça ne concerne pas les projets dont je parle car ils ne demandent pas d’hypothèque. Pour les bidonvilles c’est la même chose, il n’y a pas de financement, ce sont les gens qui financent avec leur travail, les matériaux… Les terrains n’ont pas de propriétaire, ce qui est très important, voyez la plupart des bidonvilles, pas tous mais en Amérique du sud, en Asie, sont sur des terrains interdits à la construction, des terrains inondables par exemple, parce que partout ailleurs on les chasse. On les laisse construire sur des terrains inutiles et qui ne subissent pas encore les spéculations immobilières.[le téléphone sonne et l'interrompt]
Alors qu’est-ce qu'il s’est passé à Jakarta ? Les maisons des bidonvilles ont été retapées par les bidonvillois, puis revendues à la bourgeoisie. C’est difficile de dire quelque chose sur cela, l’architecte ne peut pas faire grand chose avec ça. Les processus sociaux sont très compliqués, ça ne suit pas le même schéma, dans chaque endroit c’est diffèrent.
En Inde quand je suis aller dans les années soixante-dix, les gens dormaient devant leurs maisons, le climat le justifie complètement, dans les pays arabes, au Yémen par exemple, les gens dormaient sur le toit. Le bâtiment était juste pour la représentation, un endroit où on gardait les choses de valeurs, partout, le concept de la société change énormément.
Je vous donne un exemple, le lieu de travail sont des immeubles de bureaux, pourquoi? Les gens peuvent travailler chez eux par l’ordinateur, c’est la même chose. On m’a posé des questions pour l’architecture des universités, j’ai répondu que l’université n’est pas importante mais que c’est les logements des étudiants le plus important parce que avec l’ordinateur il peut avoir ses cours chez lui. C’est absurde qu’on construise des bâtiments très coûteux d’utilisations, pas nécessaires, au-lieu de construire des résidences pour habiter.
Avant, le phénomène était de se déconnecter, c’était l’époque sanitaire, jusqu’à la fin du XIX siècle, la ville était un rempart, elle était la sécurité. L’électricité est disponible par l’intermédiaire des piles, le gaz est acheté à la station-service, donc tous ces réseaux d’alimentation compliqués et difficiles à maintenir ne sont pas nécessaires. Aujourd’hui, dans mon quartier c’est une guerre de tranchée car ils essaient de changer les conduits, cependant ce n’est pas nécessaire car le maintien est coûteux et ça gaspille de l’énergie.
C’est la même chose avec l’eau. Nous avons des conduits d’eau qui sont très importants mais au lieu d’avoir un système central avec une énorme quantité d’eau dans ce système on peut avoir un usage local et adapté de l’eau. Prenons l’exemple de la Jordanie où j’ai été envoyé par les Nations Unies sur une demande des pays arabes pour conseiller sur la question du logement. On m’a montré un nouveau quartier et j’ai automatiquement demandé :
-Vous avez de l’eau?
-On n’a pas d’eau. Elle arrive chaque matin par le camion.
-Mais vous avez de la pluie?
-Beaucoup.
-Alors pourquoi vous ne la collectez pas? C’est toujours utile, c’est garanti, dans tous les anciens villages, on collectait l’eau de pluie ainsi on ne gaspillait pas.
Chez nous, d’une part beaucoup boivent de l’eau en bouteille et d’autre part l’eau potable est utilisée pour l’hygiène et le nettoyage. En ce qui concerne l’utilisation de l’eau pour l’hygiène, elle est à l’origine d’un gaspillage alors que l’eau de pluie collectée peut servir pour l’hygiène.
La même chose pour les égouts. Autrefois les toilettes se trouvaient dans un petit cabanon à l’extérieur. Dans la maison de ma belle-famille, les toilettes se trouvaient dans une petite cabane dans la cour. Ça a été une réalité d’autrefois qui est également applicable aujourd’hui en respectant une certaine hygiène.
Ce qui est important, c’est que l’architecture ce n’est pas le bâtiment, mais la manière et le style de vie. Par exemple, en Algérie ou en Indonésie, ils ont fait des nouvelles constructions. Les gens se plaignaient complètement logiquement en disant «Où est-ce que je mets les chèvres?». Les chèvres sont importantes, les poules sont importantes, surtout au niveau des bidonvilles car c’est un revenu pas monnayé, pas monnayable mais en nature. Dans tous les bidonvilles, le jardin potager est important, avec son espace pour trois poules. De mon point de vue, l’habitat ce n’est pas le logement, c’est d’abord la nourriture et ensuite l’abri. Pas dans l’autre sens, ceci est complètement oublié dans nos villes. Les gens travaillent pour l’argent, font des travaux inutiles pour l’argent alors que l’argent ne vaut rien théoriquement. C’est intéressant de voir que le premier pays où est ré-intervenue l’importance de la nourriture sont les États-Unis où les gens ont commencé à cultiver leurs végétaux à cause de la méfiance qu’ils avaient envers le marché. C’est un ensemble complexe, économique, écologique, de santé…
La ville aujourd’hui ne doit pas être concentrée dans un endroit. Nous sommes habitués à ça, mais il y a des gens qui essaient de se réfugier de la concentration. Quand on a commencé à parler du Grand Paris, j’ai fait une contre-proposition que j’ai appelé «méthode pour l’Europe» en disant qu’un travailleur normal voyage une heure par jour pour aller sur son lieu de travail à Paris depuis la banlieue. Ce qui fait un voyage de deux heures par jour pour se déplacer dans le centre de Paris, tandis qu’en deux heures vous pouvez arriver de Londres ou en une heure vous pouvez arriver de Bruxelles. Alors ma contre-proposition a été de regarder l’ensemble des grandes et des moyennes villes d’Europe liées par le TGV et considérer que le TGV c’est le métro et que les villes sont des quartiers. J’ai parodié la chose en disant «est-ce que Paris est une banlieue de Bruxelles ou Londres est une banlieue de Paris?». C’est la situation, le monde change et en même temps le monde est très conservateur. Le changement ne peut pas être brutal.Je trouve que ces questions sont particulièrement importantes pour l’enseignement de l’architecture. Il ne devrait pas seulement s’agir d’enseigner un artisanat mais également de faire comprendre une situation générale.
A propos, l’enseignement de l’architecture c’est aussi la mise en situation. Les étudiants essayent de concevoir des systèmes de fabrication mais sans expériences de chantier, c'est incomplet. Il y a de merveilleux systèmes de fabrication mais je demandais à l’étudiant «Où est-ce que l’ouvrier met sa main?». Vous comprenez, ça n’a l’air de rien, quelque chose peut être merveilleux mais comment? Quelqu’un qui travaille dans un chantier sait que le premier problème est de savoir où déposer les matériaux. Il adopte une stratégie pour déposer les matériaux de manière à être utilisés pour le travail, pour cela vous devez avoir de l’expérience. Je crois que l’enseignement de l’architecture doit moins être resserré sur l’artisanat, et donner de l’expérience de chantier car c’est sur le chantier que vous apprenez à construire avec des briques, utiliser le bois, travailler avec le métal… Il y a la théorie, ça veut dire que je peux décrire comment le faire. Mais c’est nécessaire que les gens sur place aient une expérience de chantier. Il faut comprendre la place nécessaire qu’on doit laisser pour construire module par module. C’est l’expérience de chantier, qui est difficile à expliquer car dans chaque endroit c’est différent, la seule chose c’est l’expérience. C’est pour ça que je pense que c’est à la fois conservateur et à la fois révolutionnaire. Conservateur pour l’importance du chantier et révolutionnaire pour savoir qui prend les décisions, qui valide le changement.
Quand c’est l’usager qui prend une décision c’est très différent que lorsque c’est un professionnel délégué. On peut dire que pour n’importe quel métier la même chose. Par exemple avec le médecin, le patient n’arrive pas à décrire les symptômes et expliquer au médecin de quoi il souffre. Le patient ou l’habitant est la personne centrale et non pas le technicien. Le technicien peut être utile, j’espère qu’il l’est. [Il se lève et part chercher un livre] Vous voyez, ce sont les techniques que j’ai utilisé en Inde, ce livre explique ces techniques avec des photos et aussi des dessins d’architectes dans lesquels celui-ci se satisfait. L’ensemble n’est pas lié à des politiques, parce que par exemple, la République Islamique d’Iran, l’a traduit. Ils sont d’accord avec la faisabilité technique. Ce n’est pas lié à l’idéologie des politiques mais c’est beaucoup plus lié à une réalité. Il y a des gens avec un certain niveau de scolarité, avec une certaine intelligence, un certain savoir-faire, c’est adapté à tous. Le niveau de savoir-faire peut varier en fonction du pays, de la région et de l’époque. Ce que j’essaye de faire, c’est de libérer l’architecture pour que cette faisabilité soit possible. Mais lorsque cela n’est pas possible, je ne pense pas que je dois proposer telle ou telle technique, les gens le feront bien, ils choisiront. Mais le principe c’est que ce n’est pas le dessin qui décide tout, mais le savoir-faire en improvisant sur place.
La plupart des choses sont improvisées, cela veut aussi dire que le projet ne suit pas telle ou telle information compliquée.
Je considère les bidonvilles comme un laboratoire d’architecture. Par exemple actuellement on parle beaucoup des camps de Roms. Mais mon dieu c’est un sacré laboratoire ! D’un côté je suis d’accord pour que ces lieux doivent être réglementé sur le plan sanitaire, mais de l’autre je pense qu’il faut y laisser l’improvisation, les habitants ne demandent pas mieux. Vous voyez j’essaye de parler vraiment de l’attache de l’être humain et non pas de telle ou telle technique.
Si vous voulez je peux prendre l’ordinateur et vous montrer mes réalisations, mais en vérité c’est beaucoup moins important que le processus même d’habiter.
[Yona Friedman nous montre ses maquettes] Toutes ces maquettes me permettent d’expliquer aux gens comment on fait du projet a partir de choses terriblement simples. Libérées de la géométrie classique et de la théorie. J’admets que la géométrie classique est formidable, mais elle ne permet pas de faire de l'unique.
En ce qui concerne l’improvisation, les gens ne feront pas le calcul exact de «racine», mais se poseront plus la question comment ça se fait? La semaine prochaine je reçois des gens de Shanghai pour préparer une exposition, et bien je vais juste prendre le matériel et on le fera ici ensemble, pour qu’ils puisse le faire là bas.
A Shanghai j’ai déjà eu une bonne expérience avec des étudiants qui improvisaient. Alors j’espère que cette fois le résultat sera encore mieux, surtout que cette fois-ci on a un espace assez généreux de 1000m², avec une cheminée de 160m de haut.
Avec ces certaines techniques, je prévois pour certains endroits l’implantation de grue. La bonne disposition des grues permet une manipulation bien au delà de la force humaine. C’est le principe Open-door qui nous permettait de soulever et de mettre en place la construction en cinq minutes. Une petite grue mobile n’est pas très lourde mais est nécessaire. 150 kilo ce n’est pas beaucoup, mais ce n’est pas évident à soulever pour les humains, il y a donc toujours dans l’improvisation des considérations pratiques.
Si on prend d’autres exemples, il faut noter que les techniques varient. L’utilisation de la terre, de l’argile ou les techniques qui utilisent des éléments végétaux ont tendance à varier selon les régions et les coutumes.
En milieu urbain c'est différent. [Friedman se lève pour chercher un livre], vous voyez cet exemple en Allemagne peut se définir comme la ville spatiale classique, mais la même technique utilisée ici peut être utilisée librement autre part. Le contexte urbain a tendance à changer. Pour le moment le contexte urbain est souvent déterminé par des politiques immobilières. Il y a dans beaucoup d’endroit dans le monde des traditions anciennes où le terrain est collectif. Dans ce cas ce n’est pas lié à une idéologie politique mais c’est plus un résultat proche de celui de l’agriculture. C’est quelque chose qui à longtemps marché mais qui a maintenant tendance à changer. L’agriculture est devenu une industrie qui produit ses problèmes. Par exemple jusqu’au XIXème siècle, le paysan français achetait juste du sel comme produit industriel, car il fabriquait du tissu, construisait des maisons, produisait de la nourriture… Il participait très peu à l’économie urbaine. Une «globalisation nationale», c’est à dire que les paysans achetaient très peu dans la ville, de nos jours on pourrait parler de «civilisation paysanne modernisé». Cette autarcie devient possible actuellement, avec notamment les nouvelles technologies sophistiquées.
Voyez vous, les premiers ordinateurs personnels de Steve Job, n’était juste qu’un bricolage. On pouvait bricoler des objets de hautes technologies. Tout ces objets dans le marché sont aujourd'hui fait avec l’obsolescence programmée. L’industrie en profite : Si on ne vend pas assez de voiture par an par exemple et bien on envisage beaucoup de chômage, c’est dommage car c’est faux! L’industrie n’est pas intéressée pour créer de l’emploi mais simplement créer de l’argent. Si la voiture est réparable et sa garantie de vie est de disons 20-30ans, cela ne générerait pas de chômage mais plutôt la création de nouveaux emplois, de nouveaux métiers. Dans le garage, le réparateur deviendrait à nouveau un acteur important. Je ne comprend pas comment on peut dire de nos jours qu’un appareil photo, où un ordinateur ne peut pas être réparé. Mon dieu je travaillais avec des ordinateurs dans les années 70, qui avaient été bricolés. Mais cette notion de bricolage doit devenir politique. C’est assez complexe à définir mais la «réparabilité de l’objet» dynamise l’emploi, l’environnement, l’écologie et stabilise l’économie. Le système classique de l’architecture est très difficile à réparer, c’est très coûteux et puis ce n’est pas facile à mettre en place et en général ce n’est pas très bien réussi, car l’architecture n’est pas assez prévue pour les réparations. Pour changer le plan de mon appartement c’est possible mais c’est très coûteux et difficile. Je reviens donc toujours sur ce même système qui consiste à figer un tout pour le modifier. La biologie dit d’ailleurs la même chose.
Les plus grands génies du monde sont des enfants de un an à deux ans, ils découvrent tout! L’enfant découvre le monde, la langue, la science, les nombres… C’est incroyable! Même Einstein n’aurait pas été capable d’en découvrir autant en un an sur le monde, mais chaque enfant le fait.
Et c’est pourquoi je le dis, il y a un partout certain niveau de savoir-faire. Et c’est le vrai outil, c’est la vraie technique. Ce sont des faits, vous le savez. Voilà ce que je peux vous dire. Si vous avez des questions, vous pouvez m’écrire, j’ai l’habitude de répondre aux lettres parce que je connais la difficulté, dans les conférences aussi c’est fou, les gens ne peuvent pas venir me poser des questions. Donc vous m’écrivez, je réponds.
Je ne connais pas le Chili mais je connais l’Argentine, je connais le Brésil, je connais assez bien la Bolivie, le Venezuela. Je connais un peu l’Amérique du Sud et quand j’ai été la première fois en Bolivie il n’y avait pas de bâtiments à La Paz, c’était des cabanes un peu partout sur les pentes. Vous savez, La Paz a 1000 mètres de dénivellation, il y avait la ville espagnole à un certain étage et la vie réelle de la ville espagnole jusqu’en haut, à l’aéroport.
Je crois que le grand Paris est une erreur, ce n’est pas nécessaire, c’est chercher à gonfler la ville mais la question est d’avoir le bon réseau de circulation. Vous connaissez la Hollande? Il n’y a pas d’énormes villes. Il y a de très bonnes relations ferroviaires et pour les bicyclettes. Ça marche mieux et ça veut dire que la Hollande n’a pas une grande ville, mais la grande ville c’est la Hollande. La Belgique n’a pas de grande ville, la grande ville c’est la Belgique. La Suisse n’a pas de grande ville, la grande ville c’est la Suisse. Le réseau de chemin de fer est le réseau de métro. C’est la réponse aujourd’hui avec les avantages de société.
Paris est composée de villages sociaux, maintenant je sors plus difficilement mais j’avais pour habitude quand je sortais de rencontrer des gens dans la rue qui me disaient bonjour. Ils me connaissaient, on était un village. J’avais un chien, les gens ont connu mon chien ! Je crois que c’est la bonne situation, ce gonflage est mauvais.
Au lieu du grand Paris, il devrait y avoir un TGV de 50 minutes de Paris à Vendôme. C’est beaucoup plus intéressant. Les gens qui habitent à Vendôme commenceraient à avoir de l’intérêt pour la grande ville. Il faudrait que les gens utilisent le système de TGV comme un métro. Ça ne vaut pas la peine de Paris aller habiter à Bruxelles ou l’inverse sauf si on a des raisons personnelles. C’est plus simple d’habiter là où on habite et utiliser le TGV. L’acte politique devrait être de baisser les tarifs du TGV. Ça veut dire inventer inventer une carte orange pour le système TGV. Il y a une réponse à tout. Voilà.
Vous voyez, on parle de l’architecture tout le temps. L’architecture entre dans les autres domaines, ces autres domaines ne sont pas séparables. L’architecte n’est pas le technicien d’un côté et le bâtiment d’un autre côté. Il doit savoir les techniques, ce n’est pas ce que je dis. C’est tout un programme !
[il prend l'ouvrage de Bernard Rudofsky que l'on a posé plus tôt sur sa table] Vous savez, Rudofsky a été un bon ami. Je crois qu’actuellement l’architecte peut être utile, il peut être vu comme l’artiste de l’espace, de la matière vide. L’architecte n’est pas le technicien, n’est pas le planificateur, mais il peut avoir un conseil d’artiste, je crois.
Vous voyez ? L’improvisation : il y avait 4 chaises et tout le monde s’assoit par terre. Quand vous allez en Asie ou dans d’autres civilisations, on dit « asseyez-vous » mais il n’y a pas de chaises, il y a juste un plancher ! Et c’est normal ! Moi je suis pour la chaise parce que depuis mon accident ce n’est pas facile de m’assoir par terre. Vous l’imaginez : avec la fracture que j’ai eu ! Mais elle s’est réparée.
[Qu’est-ce que vous lisez en ce moment ?]
Un tas de choses. Je lis beaucoup de livres très anciens, c’est assez intéressant. Par exemple dans les livres chinois qui ont 3 000 ans, il y a des concepts et des principes expliqués avec de toutes petites images, et tout est clair. Sur une page, il y a un enfant qui est en train de se noyer dans un fleuve. La première passante essaie de le sauver : ce n’est pas une idéologie, aider son prochain c’est l’instinct animal. En Inde lorsqu’il y avait des énormes moussons avec beaucoup d’inondations les chiens sauvaient les chiots. C’est dans les propriétés de notre espèce ! Ce n’est pas idéologique politique, c’est complètement animal.
[Si on vous dis le mot identité?]
C’est moi !»
(...)
valparaiso
casa calle lautaro rosas, valparaiso
los cerros de valparaiso
20141511
projet bertrand / île st denis _ cité pagel
"monsieur brun"
20141003
projet bertrand / île st denis, st ouen, clichy.
grabado valparaiso
gracias manojo
201311 valencienne
20140624 CUIDO MI VALPO
primera intevencion participativa en la plaza anibal pinto en valparaiso
fotos : un lugar cualquiera
valparaiso _ intervencion minimal
valparaiso sin el almendral
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TESA
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