An 303 du calendrier Parse. Le jeune Narsus fera une rencontre qui changera sa destinée, loin des quartiers populaires de Ecbâtana, la capitale du prestigieux royaume de Parse.
- Lève ton pinceau Narsus, demanda-t-elle puis se pencha sur la fraîche toile en laissant un rideau de cheveux clairs se déverser depuis son épaule.
- Comment la trouvez-vous mère ? s'enquit le garçon en cherchant le regard de sa mère.
- Beaucoup mieux. Cependant, il subsiste des défauts, nuança-t-elle. Tu es encore trop nerveux. Regarde, lui montra-t-elle en le réconfortant avec une bise sur la tempe. Tes traits sont encore irréguliers, mais ça va se dissiper avec de la pratique. N'oublie pas que tu as toute ta vie pour te perfectionner, le consola-t-elle.
- Mais mère ! C'est tellement frustrant ! Peut-être serais-je meilleur dans d'autres domaines ?
- Avec un tel raisonnement, tu te caches dans un manque de volonté... Bon, arrêtons pour aujourd'hui, il est bientôt l'heure de dîner.
- Bien mère.
Des serviteurs approchèrent du chevalet abandonné avec hâte par le jeune maître et sous l'air songeur de la maîtresse de maison. Son Narsus ressemblait un peu plus chaque jour à son père. La seule chose qui subsistait d'elle était ses yeux améthystes. Ce portrait grandissant du Marzbähn Teos rendait le cœur de la mère flétris. Voilà bien longtemps qu'il n'était point venu se réchauffer dans son lit. Pourtant, elle restait consciente qu'elle demeurait et resterait qu'une concubine aux yeux de son Marzbähn. Parfois, elle s'aimait imaginer, tel un beau conte juvénile, que son amant délaisserait sa piteuse femme pour elle. Hélas, elle se devait se résigner avant qu'on ne le fasse pour elle...
- Madame ? Le marzbähn Teos vous attend dans le hashti.
Après une séance de peinture ardue, le jeune garçon courra rejoindre ses amis quand un noble s'avançait au hashti avec quelques gardes de Daylam
- Hé Nars' ! Tu es enfin libéré ! S'exclama un garçon un peu plus âgé que lui.
- Oui ! On peut enfin jouer !
- Enfin, pas trop longtemps à ce que je vois... Ton père revient enfin ?
- Ne dis pas n'importe quoi Kiyam ! Ce n'est pas mon père !
- À tous les coups, ils viennent pour toi, taquina-t-il. Aller, viens !
Il se saisit du poignet de Narsus et l'entraîna dans les ruelles. L'aîné cria à Narsus de se cacher de son côté. Pris par le jeu, le garçon exécuta l'ordre en suivant l'ombre d'une maison. Quand il se retourna, il n'avait plus personne. Le calme reprit le quartier. Devrait-il retourner sur ses pas ?
Narsus quitta un instant l'ombre avant d'y retourner. Le noble et ses gardes se tenaient au bout de la rue. Pourquoi n'attendaient-ils pas à la porte ?
Il s'accroupit entre deux pots en argiles et attendit un moment en portant à ses lèvres le médaillon qui ornait son cou. Mère n'aime pas que je fasse ça... suite à cette pensée, il relâcha avec précaution la pierre et le laissa pendre sur son cou. Kiyam ne devrait pas tarder à le trouver... Enfin... Si il ne restait pas lui aussi cacher. En tout cas, il aurait entendu si son ami avait été pris. Narsus prit son courage et longea le mur jusqu'à voir la rue et se permit de soupirer. Les hommes n'étaient plus là. Il guetta encore, se replongeant entre derrière de grosses caisses quand le noble appela les serviteurs de sa mère. Ils sortaient en hâte, et firent sortir sa mère devant l'homme et ses gardes.
Narsus s'en voulut de laisser sa mère seule avec ces hommes. Elle avait besoin de lui ! Il quitta sa cachette et se dirigea vers la maison sous le soleil d'avril. La surprise prit le garçon. La maîtresse de maison affichait à ces inconnus un sourire radiant. Narsus était encore trop loin pour entendre, mais il les vit se précipiter dans la maison.
Il s'approcha de la porte. Les domestiques semblaient être tous occupés, même Sinan n’était pas visible. Pourtant, il est rare qu’il ne soit pas en train de veiller… Et si maman avait besoin de lui ? Narsus leva la main vers la poignée avant d'hésiter. Une discussion se déroulait sous la douce voix de sa mère, puis la voix suave de l'homme inconnu, puis leur rire mêlé.
L'idée que cet homme, noble ou non, soit son père lui parut absurde. Pourquoi revenir maintenant ? Était-ce vraiment lui ? Narsus n'eut pas le temps de s'esquiver quand la porte s'ouvra sur lui. Le rire de sa mère se transforma en faible cri.
- Voyons Narsus ! Interpella-t-elle. Qu'attendais-tu pour entrer ? Messire, veuillez excuser l'impudence de mon fils, s'excusa-t-elle en baissant sa tête vers le sol.
- Je suis sûr qu'il ne recommencera pas, Fizaa, assura l'homme en posant ses doigts sous le menton de sa mère et le redressa.
Le regard de cet homme sur sa mère glaça le sang du jeune Narsus et il ne put retenir un frisson quand il le vit sourire. Sa mère le lui rendit et joignit ses doigts aux siens.
- Narsus, je te présente l'honorable marzbähn Teos, ton père, présenta Fizaa en faisant avancer Narsus vers son géniteur.
Impossible ! Depuis toujours la question de son père était évitée avec soin par sa mère. Il avait jadis entendu des rumeurs sans trop les comprendre. Pourquoi les avoir laissés à l'écart depuis tout ce temps ? Sa mère et lui avaient réussi à faire leur vie sans lui !
Narsus savait qu'il ne porterait jamais une once d'amour pour cet homme. Il était le parfait opposé de sa mère. Son sourire amenait le froid alors que celui de sa mère était un rayon de Soleil. Cependant, il était impossible pour lui de nier... En défigurant du regard un peu plus cet homme, Narsus retrouvait des similitudes dans ses traits... Faites que je ne lui ressemble pas d'avantage plus tard !
Le marzbähn Teos se mit à la hauteur de son fils pour lui offrir quelque chose. Un bonbon ? Il essaie de m'attendrir là ? Loin de là... Narsus sentait la fraîcheur de l'anneau orné d'un saphir. Que devait-il en faire ? La porter ? Ses doigts étaient encore trop fin pour la porter ! Il y accorda toute son attention avant de lever ses yeux vers sa mère.
Son regard se balayait sur lui et sur le marzbähn. Narsus comprit le message. Il remercia du présent. Cependant, ce n'était pas uniquement les pensées de sa mère. Elle pâlit. Elle semblait avoir compris la raison de sa visite.
- Mère ? s'inquiéta Narsus quand elle posa ses mains sur ses épaules.
- J'ai une proposition pour toi et ta mère, annonça le père en ébouriffant les cheveux de son fils et se redressa pour regarder par la fenêtre la course folle du Soleil se terminer. Tout d'abord, je voudrais en connaître plus sur toi.
- Teos... supplia Fizaa en rapprochant Narsus à elle.
- Je veux mon héritier Fizaa ! Exigea le seigneur Teos, perdant tout le charme artificiel qu’il s’efforçait à montrer.
- Ta femme n'a pas su t'en offrir ? cracha-t-elle.
Narsus regarda le visage de sa mère. Ses yeux brillaient.
- Teos ! cria-t-elle face au silence. Tu ne peux pas le séparer de moi !
- Fizaa... amadoua Teos en s'approchant d'eux. Nous avons déjà eu cette conversation...
Narsus recula. Où compte-t-il m'emmener ? Les craintes ne fuirent pas malgré que les bras protecteurs de sa mère l'entouraient.
- Tu dois décider Teos... Emmène-le et tu ne me reverras plus jamais, annonça sa mère en tremblant.
- Mère ?
Qu'entent-elle par là ? Je ne veux pas la quitter, moi !
- Je suis désolé, mais il le faut.
Les gardes séparèrent la mère et l'enfant malgré leurs protestations et leurs larmes.
- Je ne veux pas quitter maman ! cria Narsus en se débattant de toutes ses forces.
- Le destin en a décidé autrement mon garçon... Estime-toi heureux. Tu vas connaître un grand avenir, lâcha son père et quitta la maison sous les pleurs de sa mère.
- Maman ! pleura à son tour Narsus. Je t'aime et jamais, jamais je ne pourrais t'oublier !
Peu importe ses efforts, peu importe ses pleurs, son père l'avait emmené loin de cette douce maison, de sa tendre mère...
C'était le début de sa nouvelle et brillante destinée.