Je traîne sur les réseaux sociaux. Soudain, je tombe sur le profil d'une personne que je fréquentais lorsque j'étais au lycée. Une élève véritablement brillante. Avec sa sœur jumelle, elle était première partout. Physique, mathématique, langues, sport. D'après ces derniers statuts, elle a presque un Master de droit, est partie vivre au Japon et à réaliser quelques uns de ses rêves.
Pour ma part, j'étais un élève plus que moyen et décidément mauvais en sciences. A la fin de la terminale, j'ai trouvé une superbe filière qui visait à remettre à niveau des élèves moyens afin qu'ils puissent ensuite faire des prépas. J'étais ravis : j'avais postulé et décroché un entretiens.
Après l'entretiens, j'ai dit à ma professeur principale qu'ils m'avaient dit que potentiellement, j'avais ma place dans cet endroit. Il n'y avait pas beaucoup de place, mais j'avais peut-être une place. Rien que ce peut-être était une lueur d'espoir non négligeable et j'étais vraiment heureux de ce petit quelque chose.
Dès que je lui ai parlé de ce peut-être, cette professeur s'est emportée en disant que c'était complètement idiot de croire qu'ils me prendraient moi, alors même que l'élève dont j'ai parlé plus tôt travaillait bien plus que moi et était tellement plus que moi et que ce n'était pas certain qu'elle obtienne les vœux qu'elle a prononcée.
Ces reproches n'ont pas duré très longtemps, mais elle l'a fait de façon tellement véhémente et ce devant toute la classe, que je n'avais envie que d'une chose : m'enfuir de la classe et ne jamais revenir.
Mes rêves d'ascension sociale n'ont pas duré très longtemps.
Après ça, j'ai été sur liste d'attente, plutôt bien placé d'ailleurs mais finalement, je n'ai pas attendu qu'ils m'acceptent (ou non). J'ai simplement refusé le vœux, parce que je n'avais plus d'espoir.
Ce soir j'y repense parce que, bon, j'ai fait des études quand même, pas fameuse, pas prestigieuse non plus, mais j'en ai fait. Mention Bien, Bac+4. Pas mauvais, pas bon pour autant.
Plus sérieusement, je sais que ces diplômes ne valent rien et ne servent à rien. Je sais que j'ai été favorisé par mes professeurs dans cette filière. Sans doute parce que l'exigence n'est pas terrible, peut-être aussi parce que je leur ai fait de la peine. Quoi qu'il en soit, aujourd'hui j'essaie de trouver un moyen de gagner de l'argent. Je ne sais pas comment. Tout ce que je sais, c'est que je ne peux pas me contenter de 1500.
Tout ça pour dire que je viens de me rendre compte que je souffre encore de cette inégalité que l'on m'a fait ressentir il y a 5 ans.
Elle n'avait pas le droit de me parler de cette façon. Elle n'avait pas le droit de briser mes maigres rêves, même naïf. Avec le recul, je sens bien que j'ai été abandonné. Que personne ne m'a donné ma chance. Que personne ne m'a aidé. Chacun a vu à quel point j'étais perdu, mais personne, personne ne s'est interrogé. Ils m'ont simplement laissé faire. Complètement désœuvré, en se disant que je n'en valais pas la peine. Que je n'étais pas un bon cheval de bataille et que je ne méritais pas leur attention.
Aujourd'hui, ça me révolte !
J'ai passé tellement de temps seul à lutter contre la dépression et les pensées suicidaires, à tenter les t.s sans succès. A penser que j'étais le problème constamment. A vouloir m'en sortir mais à ne pas savoir comment faire. A avoir une famille dysfonctionnelle. Je n'avais même pas d'endroit où je me sentais chez moi. Constamment rejeté, rabaissé ou utilisé.
Je ressens tellement de colère parce que je sais que j'étais capable de mieux mais les professeurs, tous autant qu'ils sont, m'ont regardé du coin de l'œil me noyer sans même protester.
J'ai toujours été seul, du début à la fin de ma scolarité. Je sais que j'étais capable de mieux. Mais la violence a toujours été partout.
Et maintenant, je cherche désespérément un plan pour sortir de ce gouffre social qui m'empêche de trouver d'autres possibilités.
Pardon pour les fautes d'orthographes.