Saint-Hélier Monique - La Cage aux rêves
Saint-Hélier Monique - La Cage aux rêves : « Béate nous le dit: elle est, dès sa naissance, un cœur blessé » (Seylaz) malgré l’éducation religieuse et l’affection que lui porte sa belle-mère, Madre. Elle est belle, d’un milieu aisé et promise à un mariage convenable. Mais elle ne peut s’empêcher de ressentir une profonde révolte, son cœur s’emplissant de « bêtes » en pensant à sa difficulté d'apprendre à lire, à l’école, à sa maîtresse ou à ses efforts pour que l’on ne la trouve pas « insupportable à la maison, toujours à chanter, à courir, à sauter » ou encore lorsqu’elle évoque la « femme aux mouettes » et Marguerite. Elle trouve son refuge où elle peut, sous les branches d'un arbre qui lui rappelle Turenne ou même dans le bonheur d’un « paradis blanc qui sentait l’éther ». Heureusement, les Anges sont là . Ils passent parfois « indifférents et beaux » mais ils savent. Pas assez toutefois pour la femme adulte mais privée de ses jambes qui cherche à préserver ces moments de bonheur. La mort est là , une présence qui plane sur une vie, sur une femme qui conclut : « Ô Gil j’aurais voulu rester. »
C’est dire que ce roman au caractère autobiographique, est marqué de la présence de la mort et du deuil. Revisitant son enfance, Monique la décrit dans une narration à deux voix - la sienne comme narratrice et celle de Béate - marquée par l’influence de Rilke. La magie de son écriture ouvre la porte au monde des vivants, à la vie intérieur, à l’existentiel, en descriptions saisissantes, « Archipels » d'un livre construit en chapitres-îles qui ressuscitent des histoires, des bonheurs sans lendemain.
« Les branches mères au-dessus des racines font un cercle déchiqueté. On peut se coucher dans le cercle, sous les branches, entre les racines, alors, la paix de cette terre vient, se pose comme une étoffe sans pli, on glisse dans l’éternel du monde ; il n’y a plus d’heures, ni de moments, les visages deviennent lointains… Tout ce qu’ils avaient touché avec leurs doigts vieillis d’expérience, et qui s’était fané à cause de cela ; cette beauté du monde qu’ils avaient regardée avec leurs yeux âgés, et jugée avec leur parcimonieuse expérience, – tout ici, regagnait son ordre. L’étoffe du monde, plissée, froissée, toute ajustée et mesurée, qu’on donne aux enfants, elle reprenait sa forme lisse, brillante et neuve. De nouveau tout était permis. »
Berthe Heinman, née à La Chaux-de-Fonds (1895), entreprend des études de médecine arrêtées pour raison de santé puis de Lettres, avant d’épouser Ulysse Briod en 1917. De religion réformée, le couple se convertit au catholicisme, l’année d’après. Ils changent alors de prénoms et deviennent Monique et Blaise Briod. Sa rencontre et ses liens avec Rainer-Maria Rilke – qui résidait alors en Valais – font naître sa vocation d’écrivaine. De 1920 à 1923, elle reste hospitalisée à Berne, ne pouvant plus marcher. À Paris, en 1927, une nouvelle attaque est suffisamment sérieuse pour qu’elle reçoive l’extrême onction.
La Cage aux rêves, son premier roman, est publié en 1932. Elle vit dès lors alitée, malade tyrannique, dit-on, et écrit « contre et malgré la maladie » (Dubois) son œuvre majeure, les quatre tomes du Cycle des Alérac. Bois-Mort, son deuxième roman et premier de ce cycle, est accueilli avec enthousiasme mais est ensuite controversé, au point de remettre en question la poursuite des publications, pour son écriture dont on peut dire qu’elle préfigure, en un sens, le nouveau roman avant la lettre. Tombée dans l’oubli (sauf peut-être en Suisse), elle décède à Chambines (Normandie) en 1955.
L'illustration de première page (maquette Laura Barr-Wells), Entre le poirier et le prunier, le lever du soleil a été prise par Anne van de Perre.
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