Eid al-Adha Central Mosque, Kotokuraba, Cape Coast | 01 September 2017
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Eid al-Adha Central Mosque, Kotokuraba, Cape Coast | 01 September 2017
Le fond de lâair est rouge, Chris Marker
Jean Rouch, JaguarÂ
Jean Rouch, Jaguar
Sans Soleil
Parce que Chris. Marker parle de tout, et ne choisit pas, ne hiĂ©rarchise pas, ne mĂ©prise rien. Il Ă©voque la politique, il montre des pratiques culturelles, il rĂ©flĂ©chit sur lâHistoire, il sâamuse de dĂ©tails drĂŽles et Ă©tonnants, il analyse des donnĂ©es sociologiques, il fait rĂ©fĂ©rence au sport, il nâĂ©lude pas la façon dont on ritualise la Mort, il fait Ćuvre de plasticien, il sâamuse dâanecdotes, il sâattache Ă mettre en parallĂšle des rĂ©alitĂ©s ethnographiques, il cite des faits divers, il se place dans les nobles sphĂšres de la philosophie avant de se rabaisser (selon les codes de la distinction traditionnelle) Ă frĂ©quenter les mauvais genres que sont la science-fiction ou le fantastique.
Parce que tout est intĂ©ressant pour lui, et tout peut ĂȘtre contenu dans une seule Ćuvre : le beau et le laid, la modernitĂ© et lâhistorique, le vulgaire et la poĂ©tique, les temps anciens et les mondes de demain. Et il a tellement raison que câest un plaisir stimulant et rafraĂźchissant de le voir, de lâabsorber, de lâemmagasiner devant lâĂ©cran qui la diffuse.
« La force et la lĂ©gitimitĂ© dâun documentaire rĂ©sident dans sa capacitĂ© Ă mesurer, et non Ă pas Ă rĂ©duire, la distance qui existe entre la rĂ©alitĂ© et la perception que nous pouvons en avoir [âŠ] un film documentaire est toujours la tentative dâordonnancement du rĂ©el. » (Amiel 1998 : 81 et 80)
Visages Villages
Tout en Ă©tant ancrĂ© dans des territoires, le film abolit le temps et lâespace. Du nord au sud, dâest en ouest, JR et Varda nous entraĂźnent dans leur folle ronde et nous font bien souvent passer du coq Ă lâĂąne ou plutĂŽt, comme câest le cas Ă un moment du film, dâune chĂšvre Ă une autre, puisque la chĂšvre collĂ©e par JR sur le mur de son Ă©leveuse devient un prĂ©texte pour AgnĂšs Varda de nous parler dâune chĂšvre morte quâelle avait photographiĂ©e des annĂ©es auparavant. En un saut et deux culbutes, nous voici donc passĂ©s de la campagne de Goult, dans le Vaucluse, Ă Sainte-Marguerite-sur-Mer, en Normandie.
Plaisir du vagabondage et plaisir de la digression font tout un dans ce documentaire oĂč un rĂ©cit est souvent prĂ©texte Ă en ouvrir dâautres, dans une mise en abĂźme joyeuse de la parole. Une question aussi simple et anodine que « Tu te souviens de la derniĂšre fois quâon a pris un ascenseur ? » peut dĂ©boucher sur une course poursuite des deux complices  dans les salles du musĂ©e du Louvre. Dans cet Ă©clatement joyeux et disparate, JR et AgnĂšs Varda constituent le fil conducteur du film. Ils relient un morceau Ă un autre et assurent sa continuitĂ©. Et lorsque quelquâun interroge la cinĂ©aste sur le sens de leur dĂ©marche, elle lui rĂ©pond : « Le but, câest le pouvoir de lâimagination. Câest-Ă -dire quâon se donne le droit, JR et moi, dâimaginer des choses et de demander aux gens : âEst-ce quâon peut faire notre imagination chez vous ?â Par contre notre idĂ©e, toujours, câĂ©tait dâĂȘtre avec les gens qui travaillent. Câest pour ça quâon a fait des photos de groupe. Donc, il y a en mĂȘme temps un dĂ©sir de partager avec vous et puis de faire nos petites folies. »
-Â http://leblogdocumentaire.fr/visages-villages-deux-notes-de-musique-saccordent-allegro-meme-portee/