19 ans passés à penser que j’en aurai jamais 20,
l’regard perdu dans les fentesÂ
d’mes volets fermés sur ma fenêtre,
 sur le monde, à la longue,Â
des années volées de ma vie,Â
 dans ma chambre d’adolescente,Â
 j’y ai écrit mes rêves, mes envies,Â
mes vieux voulaient qu’je descende,Â
 dégueulasser les murs, à y trainer ma carcasseÂ
 Sur le balcon d’ma cellule, ma prison est un palace,Â
 mes songes macéraient dans l’mensonge,
 froid comme l’éther,Â
 j’ai gratté la peinture dorée
 et diable, ce n’était qu’du fer
 Et cette fois j’ai fait fort
 Seconde décennie : j’ai choppé une crasseÂ
D’la salive, du sang et d’la morve,Â
 tête de déterré, je reviens d’la morgue
 Le corps congestionné par la nostalgie-parasite
 J’suis l’antagoniste de mon d’shojo favori,Â
Assez vieille pour regretter, pas assez pour saisir
 Quel sens a tout ça? Quel sens a vieillir?Â
 J’alimente mon feu avec mes tubes de flamazine,Â
comme si ça ne m’avait pas suffi d’brûler mes veuchÂ
mouchoir, glaire tout craché,
 c’était toutes les peines que j’cachais,Â
vouloir plaire, sperme dans la trachée,
 j’me hais mais Dieu m’aime,Â
 grandir m’a appris qu’ça suffisait,Â
 Plaies noyées sous solutions salines,
 pilules, aspirines pour empêcher qu’le cerveau s’abîme,Â
 fascinée dans les gradins du temps,
J’irai m’faire soigner chez les gardiens du temple,Â
enfin, persuadée d’avoir percé les secrets de la tristesse saine!Â
Inch'Allah mes réussites j’les compterai par centaine!Â
Paraît que Dieu est avec les patients,Â
 J’suis dans la salle, j’attends
 Ils disent que j’fais ça en vain,Â
 Ils entendent pas l’appelÂ
déversé dans les veines,Â
 Ne fais pas la sourde oreille,Â
 Toi faut que tu t’le rappelles :
 dehors c’est dur, dedans c’est pire,
que dehors c’est cru, qu’dedans c’est cuit
 Qu’il n’y a pas d’issue, qu’t’es coincée iciÂ
J’veux plus finir à 3h du mat,Â
 à cogiter comme si j’avais d’ja fait l’tour de la map,Â
l’oeil crevé, la langue râpeuse,Â
De comprendre que j’suis la coupable,Â
 le serpent et l’oiseau!
perdue dans les dédales de son être,Â
mes larmes ont accueilli l’soleil,Â
 et comme Icare au sommet,Â
j’ai fondu dans l’sommeil,
 Sinistrée du temps, à jamais endurante,Â
J’avais fait naufrage dans une mer de ciment,
 le coeur en panade, encombrés les sinus
 j’ai quitté la dar, des doigts au chauffeur de bus,
 j’suis partie en balade, moi qui habitait plus loin qu’le terminus.