DĂCLARATION DU FRONT DE GAUCHE SUR LES DĂPARTEMENTALES
Paris, le 17 décembre 2014
Les élections départementales de mars 2015 seront un test politique important.
Elles interviendront dans un contexte dâaggravation de la politique libĂ©rale conduite par le prĂ©sident de la RĂ©publique et son gouvernement, une politique au service du MEDEF dont le cours autoritaire face aux luttes populaires renforce le discrĂ©dit sans prĂ©cĂ©dent de lâexĂ©cutif.
La crise politique sâaggrave de jour en jour, la base sociale du prĂ©sident et de son premier ministre ne cesse de se rĂ©duire. Ce pouvoir est aujourdâhui minoritaire dans le cĆur de celles et ceux qui restent attachĂ©s aux valeurs de la gauche. Minoritaire dans le peuple, sans majoritĂ© absolue Ă lâAssemblĂ©e Nationale, battu au SĂ©nat, lâexĂ©cutif nâa pas la lĂ©gitimitĂ© pour appliquer une politique, contraire Ă ses engagements Ă©lectoraux, qui divise et dĂ©courage le monde du travail, les classes populaires et la jeunesse.
Cette crise politique est dĂ©sormais une crise de rĂ©gime, celle de cette monarchie prĂ©sidentielle quâest la 5Ăšme RĂ©publique.
Pour les populations dĂ©jĂ durement Ă©prouvĂ©es, les consĂ©quences sont trĂšs lourdes. Les dĂ©partements sont en effet un maillon essentiel des politiques publiques dans notre pays. Avec 72 milliards dâeuros de dĂ©penses chaque annĂ©e, ils gĂšrent notamment toutes les politiques sociales : assistantes sociales, versement des allocations de solidaritĂ© (RSA, APA, PCH, âŠ), placement et suivi des mineurs Ă©trangers, politiques en direction de lâenfance en danger, PMI, etc.
Cette situation est dâautant plus dangereuse quâelle ouvre la voie au retour dâune droite confortĂ©e dans ses choix rĂ©actionnaires ; elle permet au Front national en masquant ses vĂ©ritables objectifs, de se prĂ©senter comme une alternative.
Le Front de gauche sâoppose Ă la fois Ă la politique dâaustĂ©ritĂ© menĂ©e par le gouvernement et Ă lâoffensive de la droite et de lâextrĂȘme droite.
En dĂ©pit de multiples protestations, lâexistence mĂȘme des dĂ©partements est menacĂ©e. Manuel Valls passe en force.
Pourtant le nouveau dĂ©coupage des cantons est lâobjet de nombreux recours auprĂšs de la justice, le sort rĂ©servĂ© aux dĂ©partements en liaison avec la mise en place des mĂ©tropoles nâest pas connu et les compĂ©tences des conseillers dĂ©partementaux nâont pas encore Ă©tĂ© clarifiĂ©es.
La rĂ©forme territoriale mise en place cherche uniquement Ă rĂ©pondre aux impĂ©ratifs sans fin de compĂ©titivitĂ© des grandes entreprises, par la mise en concurrence des territoires, lâĂ©loignement des citoyennes et des citoyens de leurs Ă©lu-e-s, la mise en cause des services publics pour prĂ©parer leur externalisation et le transfert de tout ce qui est rentable pour satisfaire aux exigences financiĂšres des groupes privĂ©s. Elle rompt avec les principes rĂ©publicains dâĂ©galitĂ© et de solidaritĂ© territoriale. Le soi-disant « choc de simplification » est une recentralisation qui se fait au dĂ©triment du bien commun que constitue la dĂ©mocratie locale. Il sâagit en rĂ©alitĂ© dâun processus « dĂ©-constituant » qui mine toujours plus la souverainetĂ© populaire.
Cette rĂ©forme sâinscrit dans le cadre des politiques dâaustĂ©ritĂ© qui cherchent Ă soumettre toute lâUnion europĂ©enne aux exigences des marchĂ©s. Les collectivitĂ©s territoriales sont sommĂ©es de rĂ©duire leurs dĂ©penses et leurs effectifs, condamnĂ©es Ă voir leurs dotations drastiquement rĂ©duites alors quâelles assurent 70% de lâinvestissement public et jouent un rĂŽle indispensable en pĂ©riode de crise pour les populations.
Déjà des coupes budgétaires touchent de nombreux secteurs. Le financement des associations, les politiques culturelles et sportives sont remises en cause.
En supprimant « lâentrave Ă la concurrence » que constitue la clause de compĂ©tence gĂ©nĂ©rale des collectivitĂ©s, le gouvernement est cohĂ©rent : il sâinscrit dans le cadre de la nĂ©gociation du Grand MarchĂ© Transatlantique (TAFTA).
Il faut ouvrir une autre voie. Le FdG veut ĂȘtre un outil au service de cet objectif.
Le Front de gauche appelle Ă susciter la plus large implication citoyenne possible, bien au delĂ des partis politiques, de celles et ceux qui opposent la nĂ©cessitĂ© de politiques alternatives aux choix de ce gouvernement, quâil sâagisse de syndicalistes, de personnalitĂ©s de la vie associative ou de simples citoyen-ne-s engagĂ©-e-s.
Mobilisons-nous pour sauvegarder et promouvoir les politiques publiques de solidaritĂ© que nos Ă©lu-e-s se sont efforcĂ©-e-s de mettre en Ćuvre dans de trĂšs nombreux territoires, pour faire Ă©chec aux politiques dâaustĂ©ritĂ© et Ă la rĂ©forme territoriale.
Mobilisons-nous pour dĂ©velopper une dĂ©mocratie de proximitĂ©, ajustĂ©e aux besoins et Ă lâexpĂ©rience des citoyens.
Nous les appelons Ă ne pas traduire leur dĂ©ception par lâabstention, Ă contribuer par leur vote Ă faire Ă©merger une alternative de transformation sociale et Ă©cologique dans tout le pays, Ă faire Ă©lire de nombreuses Ă©lues et Ă©lus qui dĂ©fendront ces orientations dans les collectivitĂ©s locales en empĂȘchant la droite et lâextrĂȘme-droite de gagner la trĂšs grande majoritĂ© des dĂ©partements.
Au plan national nous entendons prendre appui sur ces Ă©lections pour mettre en mouvement une force capable de construire lâalternative nĂ©cessaire Ă gauche, en nous appuyant sur les luttes et les rĂ©sistances qui sâopposent Ă la politique suivie et que nous entendons contribuer Ă dĂ©velopper.
Rien nâest possible sans la mise en mouvement du peuple, sans la mise en mouvement des citoyennes et des citoyens qui aspirent Ă un renouveau de la politique.
Câest sur ces bases que le FdG entend impulser des candidatures citoyennes dans tout le pays.
Nous nâentendons pas le faire seuls.
Câest pourquoi nous, lâensemble des composantes du FdG, nous nous adressons Ă tous nos partenaires potentiels de la gauche et de lâĂ©cologie qui refusent la politique du gouvernement. Nous voulons construire ces candidatures avec celles et ceux dont lâengagement associatif ou syndical tĂ©moigne de la volontĂ© dâimposer une autre politique.
Ensemble nous pouvons rĂ©sister Ă lâaustĂ©ritĂ©, promouvoir la dĂ©mocratie locale et lâintervention citoyenne, contre la rĂ©forme territoriale. Nous voulons gagner des Ă©lus prĂȘts Ă agir sur ces bases pour construire de nouvelles majoritĂ©s anti-austĂ©ritĂ© dans les Conseils DĂ©partementaux.
Le FdG invite toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans cette dĂ©marche Ă construire des candidatures de large rassemblement en sâappuyant sur des assemblĂ©es citoyennes, au niveau des cantons, pour discuter et dĂ©cider dans la concertation du contenu des propositions et des candidatures. Cette dĂ©marche contribuera Ă impulser une dynamique populaire indispensable pour gagner.
Le FdG propose que lâensemble de ces candidatures soit identifiĂ© nationalement par une appellation et des propositions inscrites dans un document qui fasse rĂ©fĂ©rence. Dans chaque dĂ©partement ces candidatures se prĂ©senteront comme une alternative Ă celles des forces qui soutiennent la politique gouvernementale.
Le FdG entend contribuer à cette construction commune en proposant des actions et des mesures permettant de répondre aux urgences sociales et écologiques actuelles.
- Agir contre les politiques dâaustĂ©ritĂ© dans les dĂ©partements, contre la rĂ©duction des dotations aux collectivitĂ©s locales imposĂ©es par le gouvernement, contre les diktats de lâEurope.
- Dans lâesprit de la VIĂšme RĂ©publique Ă laquelle nous aspirons, combattre la rĂ©forme territoriale et donner plus de pouvoirs aux citoyens par une dĂ©mocratie participative de proximitĂ©. Construire une vĂ©ritable coopĂ©ration de projets entre les territoires, basĂ©e sur la solidaritĂ© et non sur la concurrence.
Nos Ă©lu-e-s respecteront des principes susceptibles de rĂ©tablir la confiance en la politique par de bonnes pratiques de gestion, la transparence des dĂ©cisions, la participation citoyenne, les compte rendus de mandat, lâexigence de probitĂ©, la lutte contre le trafic dâinfluence, et tendre vers le non cumul des mandats.
- Soutenir les mobilisations contre lâaustĂ©ritĂ©, ainsi que celles qui promeuvent un nouveau type de progrĂšs humain durable, non productiviste, respectueux de la planĂšte, tournĂ© vers la satisfaction des besoins sociaux, lâĂ©galitĂ© hommes-femmes.
- Affirmer notre solidarité avec les mouvements sociaux contre la  répression patronale ou gouvernementale et la criminalisation de ces mouvements.
DĂ©finir les grands axes dâune politique alternative Ă lâĂ©chelle des territoires :
- Réforme globale de la fiscalité locale permettant plus de justice et mettant à contribution les actifs financiers des grandes entreprises.
- Construction entre les dĂ©partements, les communes et lâĂtat, de politiques publiques de solidaritĂ© et notamment dâun vĂ©ritable service public dâaide Ă la personne dans lequel lâEtat assurerait la responsabilitĂ© du financement des allocations sociales en se basant sur la solidaritĂ© nationale.
- Mesures dâurgences pour les collectivitĂ©s qui sont asphyxiĂ©es financiĂšrement, en leur permettant lâaccĂšs Ă des crĂ©dits Ă taux bas, comparables Ă ceux que la BCE distribue aux banques (0,05 %) et en refusant le paiement des emprunts toxiques.
- Engager une transition Ă©cologique dans chaque dĂ©partement en matiĂšre de transports publics, de soutien Ă lâagriculture paysanne, de protection de la biodiversitĂ©, de gestion naturelle des massifs forestiers, de dĂ©sobĂ©issance aux rĂšgles europĂ©ennes de libre Ă©change et de privatisation des sous-sols (GMT-TAFTA)âŠ
- Nous refusons les projets qui ne rĂ©pondent pas Ă lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et sont Ă©cologiquement nuisibles et exigeons le recours au rĂ©fĂ©rendum quand un projet local est contestĂ©.