Bal tragique Ă Mogador : 1 mort (de honte)
On comptait sur lâadaptation française du Bal des Vampires pour effacer le triste souvenir du Dracula de Kamel Ouali. Mais non. Nous avons dĂ©sormais deux taches de sang sur le drap, dĂ©jĂ bien sale, de la production française Ă gros budget.
Ce mardi soir, enfoncĂ© dans mon siĂšge au Mogador, je subis pendant 2 heures les assauts rĂ©pĂ©tĂ©s d'une partition hors sujet. L'interprĂ©tation a Ă©tĂ© confiĂ©e Ă une gentille troupe sans relief, qu'on eĂ»t pu dire issue d'une saison d'une tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ©. 3615 aimez moi j'existe. Vox power pour la gĂ©nĂ©ration Ă Jennifer. Hormis Abronsius et Rebecca, tout le monde a droit Ă sa note vibrĂ©e, tenue point dâorgue, qui soulĂšve l'Ă©moi gĂ©nĂ©ral. Mais nâallons pas croire que les chanteurs et danseurs sont seuls fautifs!
Le musical créé en 1997 est une rĂ©ussite sur le plan technique et scĂ©nographique (encore heureux, d'ailleurs). On savait dĂ©jĂ , sans mĂȘme qu'ils cherchent Ă le cacher, que c'est dans le marketing et le systĂšme de billetterie que rĂ©sident principalement les talents de Stage. Mais Ă part le miteux « la Belle et la BĂȘte » de lâan dernier, on avait surtout passĂ© de trĂšs bons moments Ă Mogador.
La mise en scÚne remplit le contrat, sans plus. CÎté partition et interprétation, c'est une vraie catastrophe.
Le rythme gĂ©nĂ©ral et la courbe Ă©motionnelle ne connaissent aucun repos. C'est Ă fond, tutti, tout le temps. J'Ă©mets mĂȘme l'hypothĂšse que les chanteurs sont payĂ©s Ă la performsturbation. Je cherche le fautif, donc, enragĂ© de constater que la barre soit placĂ©e aussi bas.
Peut ĂȘtre du cĂŽtĂ© des lieutenants à qui a Ă©tĂ© confiĂ© le coaching vocal, incapables d'ouvrir leur horizon esthĂ©tique au delĂ de Saint Pagny en son Ă©den TF1. Ăa gueule, ça hurle. Du cĂŽtĂ© du public, qui applaudi depuis des annĂ©es la fonte progressive de la diversitĂ© musicale? Du cĂŽtĂ© de Stage Entertainment, qui a choisi de suivre le public et de contraindre Polanski? Ou bien, pire, de Polanski lui mĂȘme, qui a laissĂ© faire ça!
J'aurais tellement aimĂ© ĂȘtre surpris, ressentir le transport vĂ©cu le long du film, et me dire Ă quel point les dialogues sont dingues. J'aurais aimĂ© applaudir une partition audacieuse et originale! Mais pas de risques : elle est presque totalement reprise et/ou recyclĂ©e. Quel petit malin ce Steinman, il nâallait pas jeter ses partoches.Â
DâaprĂšs moi, Polanski est coupable de non assistance Ă Ćuvre en danger.
Je suis sorti Ă©nervÄ et motivĂ© de ce spectacle. ĂnervĂ© de constater une nouvelle fois que la crĂ©ation Ă budget se convainc qu'elle doit employer des recettes sans sucre et sans sel. MotivĂ© parce qu'il y aura toujours un vide Ă remplir.
Mais bon je suis quand mĂȘme déçu.














