Nous sommes fiers de vous présenter notre film ! Après 7 mois de voyage, 8 To de vidéos et des heures de montage, vous pouvez maintenant revivre notre aventure au chaud depuis votre canapé préféré.
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Nous sommes fiers de vous présenter notre film ! Après 7 mois de voyage, 8 To de vidéos et des heures de montage, vous pouvez maintenant revivre notre aventure au chaud depuis votre canapé préféré.
2 semaines de musique au Brésil pour finir le voyage
Brésil - Epilogue
Imaginez un pays où chaque soir peut être un soir de fête si vous connaissez le bon endroit. Un pays où les gens aiment chanter et danser. Où la température est idéale pour se promener au soleil et jouer dans les vagues tout l’après-midi. Où nourriture et boisson sont à des prix dérisoires et abondent à chaque coin de rue. Serait-ce le pays rêvé de tout brassband ?
Avant de rentrer en France, retrouver familles et amis et manger la tant fantasmée nourriture française (baguette, fromages, chocolat et sushis) nous faisons un dernier arrêt au Brésil. Ici, le programme est simple : jouer dans la rue et dans des bars, le plus possible, visiter un peu, et profiter de ces derniers moments tous ensemble. Abel, David et Yann nous rejoignent peu à peu, ajoutant 2 trombones et 1 trompette à notre formation, pour encore plus de plaisir.
Plutôt que de pondre un énième pavé, laissez moi vous raconter ce dernier pays en images
Dès notre arrivée à São Paulo, nous jouons dans la rue
Excursion de 2 jours à Ilhabela, non loin de São Paulo. Ici certains hésitent à se jeter à l’eau dans les cascades d’un parc (spoiler : finalement non, il y avait trop de moustiques)
Retour à la ville pour jouer, ici dans le centre historique
Le soir, l’avenue Paulista est très fréquentée, parfait pour jouer quelques morceaux
Premier concert à Rio dans un bar caché au fond d’une petite ruelle du quartier de Lapa, en ébullition comme tous les soirs de fin de semaine
Début de manche à Copacabana, des gens ramènent leur chaise de plage pour profiter de la musique
En arrière-plan : la plage et le célèbre Pão de Açúcar perdu dans la brume
On n’oublie pas de distribuer des cartes de visite à tout le monde
Nous jouons près de l’Aqueduto da Carioca (qu’on devine derrière le public) à Lapa, l’endroit parfait pour faire la fête le week-end
Nous, un danseur, des passants arrêtés par la musique et (derrière) les innombrables stands de sandwichs, hot-dogs et caipirinhas
En fin d’après-midi on monte au Pão de Açúcar pour voir le soleil se coucher sur la ville
Tous les lundis soirs à Pedra do Sal, un groupe de samba fait danser la foule qui se réunit en cercle autour des musiciens
Nous avons eu la chance de jouer quelques morceaux dans ce lieu emblématique
Programme de la journée : grasse mat’, manche à Copacabana et baignade/sieste sur la plage
Les mardis soirs, c’est ici que ça se passe. Cette rue à Ipanema, devant le bar Canastra est bondée ce soir-là. On en profite pour jouer pour la foule jusqu’à ce que le voisinage et la pluie mettent fin à la soirée
Retour à Lapa au Nanam Bar, où une scène a été installée dans une rue. Plusieurs autres groupes jouent également ce soir, l’occasion de finir la soirée en jam
Le lendemain, réveil difficile pour certains mais nous parvenons quand même à monter jusqu’au sommet du Corcovado - à pieds, et parfois à 4 pattes selon le relief - où le Christ Rédempteur veille sur la ville
Jeudi soir. Le quartier de Baixo Gavea est l’endroit où sortir ce soir là. On en profite pour jouer entre 2 stands de caipirinhas
Nous sommes invités au Pre-Honk! festival, une soirée brassband où nous jouons avec la Fanfarra Black Club. Encore une fois, ça part en jam à la fin de notre set et jusqu’à tard dans la nuit
Enfin, notre dernier concert au Brésil. 24h après ce moment, nous atterrissons à Orly en France.
Après 7 mois nous rentrons en France, c’est la fin du voyage et la fin de notre projet. Nous reprenons chacun notre vie, nos études, et ici nos chemins se séparent puisque certains repartent directement à l’autre bout du monde pour étudier à l’étranger. Qu’est ce qu’il restera de cette aventure ? La réponse dépend de chacun, mais je suis sûre qu’il restera quelque chose, des bons souvenirs, des mauvais, une vision nouvelle sur les choses, une envie de repartir, une haine fraîche pour le reggaeton, des liens uniques entre nous, peut être le rêve de recommencer.
Merci d’avoir suivi nos péripéties via ce blog, on espère avoir été une bonne source de divertissement, à défaut d’être une source régulière d’informations. Je dis que le projet est fini pour l’effet dramatique, mais en réalité, il nous reste encore beaucoup à partager avec vous ! Nous travaillons sur notre album, nos clips, nos vidéos et films du voyage, et espérons pouvoir vous montrer tout ça bientôt...
Emilie
Voyage - Pérou - 30 juin au 15 juillet
Après avoir vécu un mois et demi au Pérou, nous n’avons toujours pas découvert sa plus emblématique montagne : le Machu Picchu ! Heureusement, il n’est pas encore trop tard. Maintenant que les ateliers sont terminés, le spectacle fait, les morceaux enregistrés, et le cœur des péruvien(ne)s conquis par notre musique et les sourires des musiciens, il est temps de partir pour une petite visite de ce pays à la culture riche, aux paysages somptueux et à la nourriture divine.
Samedi 30 juin
Nous arrivons à l’aéroport, pour une fois chargés comme des voyageurs normaux, ayant laissé tous nos instruments à Lima. Nous nous apprêtons à entrer dans la zone d’embarquement, quand nous sommes interpelés au détour d’un couloir par la plus belle surprise qu’on nous ait jamais faite : les enfants avec qui nous avons fait des ateliers pendant 6 semaines à Kantaya sont là, bien rangés comme pour une photo de classe, tenant une jolie pancarte tous ensemble. Menés par une Jessica toujours pleine d’énergie, ils nous disent merci en chœur, puis on profite d’un moment chaleureux avec eux pour leur faire nos adieux. Nous sommes tous très émus, pris au dépourvu, et chacun dit au revoir du mieux qu’il peut aux enfants qu’il a connu.
Après un casse-croûte à diverses chaînes de fast food pour se remettre de ces émotions, nous découvrons le cadeau laissé par les enfants : un recueil de petits dessins et mots adressés à chacun. Enfin, nous embarquons et l’avion s’envole pour la première destination de notre voyage de 2 semaines : Cusco.
Une fois arrivés dans la capitale des Incas, nous partons en quête de l’auberge réservée via internet dans laquelle nous dormirons les prochains jours. Le nom de l’auberge en fait sourire plus d’un, puisqu’il reprend un célèbre dicton anglais, qui dans notre jargon signifie « quelque chose d’improvisé, fait sans réfléchir aux conséquences ». Les taxis nous emmènent jusqu’à l’adresse indiquée, mais la fameuse auberge est introuvable. Après plusieurs minutes de recherche et de vérification de l’adresse, nous apercevons un grand portail en tôle, à côté duquel un petit bout de papier est accroché à même le mur de brique, au nom de l’auberge. Nous pouvons enfin découvrir notre lieu de vie, qui s’avère être un hôtel fraichement ouvert voire même en cours de construction, aux conditions spartiates mais avec une vue imprenable sur la vallée et un gérant accueillant et anglophone. Il ne nous en faut pas plus, on s’installe et on s’endort rapidement après un premier dîner dans la ville.
Les températures ici ne sont pas aussi clémentes qu’à Lima, nous sommes beaucoup plus haut à 3400m. Heureusement les rayons du soleil viennent vite nous réchauffer, et nous partons nous balader dans la ville. Cusco est une jolie ville, où le centre historique et touristique grouille de petites rues pavées et places paisibles où coulent des fontaines. Le tout est baigné de lumière du soleil, chose que nous ne sommes que trop contents de voir après la grisaille de Lima. Chacun se promène librement dans la ville, certains en profiteront pour regarder les matchs de huitième de la coupe du monde dans divers cafés, restaurants et petits stands du marché, d’autres assisteront à plusieurs parades sur la Plaza Mayor.
Il est presque possible de suivre le match en se baladant dans la rue puisque de nombreux commerces ont une télé qui le diffuse en direct
Le lendemain nous partons pour un tour en van dans la vallée sacrée, direction Ollantaytambo. Le trajet est long mais le paysage qui défile derrière les vitres est un vrai spectacle et le van nous emmène à plusieurs endroits qui valent le détour. On se balade sur de titanesques terrasses carrées à Chincheron, puis on découvre le site de Moray avec d’étranges étages circulaires comme des cultures en terrasse qui servaient aux incas à expérimenter la culture de différentes plantes. Après une descente vertigineuse dans une vallée étroite, le van nous amène à la salinas de Maras : une mine de sel à ciel ouvert, avec des bassins qui recueillent l’eau chargée de sel qui sort de la montagne. On vous le confirme, l’eau est bien salée.
Terrasses à Chincheron
Moray
Salinas de Maras et eau saturée en sel
Après ce dernier arrêt, le van nous amène à Ollantaytambo, petit village au pied des ruines de la forteresse du même nom. Nous visitons cette forteresse perchée à flanc de montagne, qui fût le siège de combats entre incas et espagnols. La vue sur la vallée est tout aussi impressionnante que les talents de bâtisseurs et l’acharnement de ceux qui sont allés mettre ces tas de pierre au sommet de cette montagne.
A Ollantaytambo, le soleil met du temps à arriver le matin. Les montagnes voisines sont tellement hautes qu’elles gardent le village dans une ombre glacée pendant tout le début de la matinée. Enfin, nous profitons des premiers rayons du soleil, puis nous partons en bus direction Hydroelectrica, endroit qui sert de point de départ vers Aguas Calientes, ville d’où partent les visites au Machu Picchu. Les routes sont vertigineuses mais le paysage est splendide et on arrive finalement sans problème à destination. De là on part à pied en longeant la voie ferrée, comme beaucoup d’autres voyageurs. Pas pressés par le temps, nous marchons tranquillement entre la voie ferrée et un ruisseau et arrivons à la tombée de la nuit au village, après un peu plus de 2h de marche pour ceux qui n’ont pas eu la bonne idée de piquer une tête dans le ruisseau pour combattre la chaleur. Après avoir réglé quelques derniers préparatifs pour la visite du lendemain, nous nous couchons tôt car le réveil a été fixé à 3h30, pour pouvoir aller prendre les premiers bus en direction du Machu Picchu.
Au sommet d’une montagne, on aperçoit des ruines. Serait-ce le Machu Picchu ?
C’est seulement arrivés à l’arrêt de bus que nous découvrons que nous sommes loin d’être les seuls à avoir eu cette idée. La queue pour monter dans les premiers bus atteint une longueur digne de Space Mountain un jour de vacances scolaires. On s’y insère et on attend que les premiers bus arrivent. Heureusement, la compagnie de bus a prévu le coup et dès l’heure d’ouverture on voit arriver d’un coup assez de bus pour embarquer une bonne partie de la file vers la montagne. Le bus fonce dans la nuit et nous dépose à l’entrée du site, où encore une fois il faut faire la queue pour présenter nos billets et entrer. Une partie du groupe est montée à pieds, en partant à la même heure que nous et arrive au même moment avec 500m de dénivelé dans les jambes. Enfin, tout le monde entre et après quelques instants de marche on se trouve face à une vue inoubliable : les ruines accrochées à la montagne sont encore dans la pénombre et totalement désertes. Nous profitons de ces instants magiques où le site est encore peu peuplé pour nous balader dans ces ruelles désertes.
Après un tour rapide, nous nous retrouvons tous au pied de la « Montaña Machu Picchu ». Le sommet de cette montagne surplombe les ruines à 3050m d’altitude, et nous avons décidé de la gravir pour profiter de la vue, d’autant plus que l’ascension est décrite comme aisée par le guide d’Edmond. Nous commençons à monter parmi les premiers, à l’ouverture de cette partie du site. Nous nous rendons vite compte que cette balade consiste à peu près uniquement en une série infinie de marches (500m de dénivelé en fait), avec toujours une vue de plus en plus belle et vertigineuse. Le soleil se lève peu à peu et nous sommes bientôt accablés par la chaleur en plus de la fatigue. Malgré ça, on double peu à peu la plupart des groupes devant nous, et finissons l’ascension dans les premiers : parfait pour prendre des photos sans être gênés et profiter de la vue incroyable du sommet.
On doit descendre rapidement car il nous reste peu de temps pour visiter le Machu Picchu, puisqu’il faut ensuite retourner à Hydroelectrica, comme la veille, pour attraper un bus. Après avoir descendu en courant toutes ces marches, nous nous affalons un moment sur les grandes terrasses d’herbe où broutent les camélidés.
Un guide anglophone est trouvé et nous le suivons à travers les ruines, essayant de mieux comprendre l’histoire du lieu et de sa découverte. Le soleil tape et nos postérieurs cherchent la moindre surface plane pour s'y poser quelques instants. Mais la journée est loin d'être finie. A la fin de la visite, il est midi, nous devons maintenant nous dépêcher de retourner jusqu'à Hydroelectrica où notre bus partira au plus tard à 15h. Certains dévalent la montagne à pieds et les autres reprennent le bus jusqu'à Aguas Calientes. De là tout le monde se met à marcher les quelques 11km qui les séparent de l'unique moyen de rentrer à Ollantaytambo ce soir. Selon les équipes, le départ de cette marche forcée se fait à un peu plus de 2h, 2h, ou même 1h45 de l'heure fatidique de départ du bus. C'est donc avec une bonne journée de marche dans les pattes et pour beaucoup sans déjeuner que nous nous mettons à marcher plus vite que jamais, sur le chemin de fer caillouteux.
A Hydroelectrica, un des bus de la compagnie qui nous transporte est déjà parti, ne reste plus qu’un petit van qui attend les derniers retardataires du groupe. Le chauffeur nous menace de partir sans les derniers, nous avons déjà dépassé l’heure fatidique de 15h et il devient difficile de trouver des excuses pour retarder le départ. On voit heureusement surgir tout le monde peu à peu, dans différents états d’épuisement mais vivants. Le bus peut enfin partir, et il semble bien déterminé à rattraper son retard par la vitesse, puisqu’on arrive à destination après 3h au lieu de 5h pour le même trajet à l’aller. On bénéficie même d’une pause goûter où chacun se gave d’un nombre variable de sandwichs/hamburgers pour compenser le jeûne de cette dure journée.
Le lendemain, nous rentrons à Cusco avec quelques visites sur le chemin. On monte à Pisac, en van, puisqu'un bon nombre de personnes ont perdu l'usage extensif de leurs jambes. Nous visitons ces ruines, impressionnantes par leur position le long d’une crête de montagne qui surplombe la vallée. Ensuite on descend à pieds vers le village de Pisac, en croisant encore plusieurs vestiges sur notre chemin. Quand nous arrivons au village, nous déjeunons puis reprenons le van. On s’arrête aux bains rituels de Tambomachay puis à la forteresse de Pukapukara. Au crépuscule, nous faisons un dernier arrêt à Qenqo, où le coucher de soleil sur Cusco nous offre une vue paisible, parfaite pour conclure cette excursion.
La vue sur la vallée depuis les ruines de Pisac
Descente vers le village
Les bains rituels de Tambomachay
Retour à Cusco
De retour à notre auberge, on retrouve le proprio qui a profité de notre absence pour mener quelques travaux de construction dans le jardin. Pour fêter son tout nouveau four à pizza au milieu du salon et sa buanderie en dur, il nous invite à partager l'apéro avec lui. Les plus courageux le suivront, tandis que les autres se contentent d'aller dîner et de se coucher aussi tôt.
La journée suivante chacun visite librement Cusco et beaucoup ne manquent pas les matchs de quart de la coupe du monde, où la France et la Belgique se qualifient pour la demi-finale. Certains goûtent un plat typique dont on avait beaucoup entendu parler mais jamais osé essayer : le cuy, aussi appelé cochon d’inde. La gastronomie du Pérou n’a pas fini de nous surprendre.
Quelques photos de Saqsaywaman, un site proche de Cusco
Après le Machu Picchu, une autre attraction touristique réputée incontournable nous attire pour cette dernière journée à Cusco. Nous partons avec un tour organisé pour la « Montaña colorada ». Le bus vient nous chercher à 3h30, prétextant un trajet très long jusqu’au début de la randonnée et la nécessité d’arriver tôt sur le site. Pourtant nous perdrons beaucoup de temps à récupérer et à attendre divers passagers dans toute la ville, puis avec une pause déjeuner de plus d’une heure à attendre dans le froid matinal. Enfin on arrive au début de la randonnée. On monte tous à pieds, malgré l'offre tentante de se mettre sur le dos d'un cheval mené par un péruvien habitué à grimper ces montagnes. Les plus rapides vont jusqu'à une vallée plus reculée où ils profitent d'une vue magnifique loin du flux principal de touristes. La montagne aux 7 couleurs est impressionnante, et nous sommes en plus montés à plus de 5000m. On redescend à l'entrée du parc pour reprendre le bus et rentrer à Cusco. On profite du déjeuner proposé par le tour pour démontrer une fois de plus nos talents pour faire disparaitre les buffets à volonté.
À peine arrivés à Cusco après une longue journée fatigante pour tous ceux qui ont fait la randonnée à la montana, on file à la station de bus, direction Puno au bord du célèbre lac Titicaca.
Nous arrivons à l'aube à Puno après une courte nuit, on s'installe à notre hôtel et la plupart se serrent dans la chambre mise à notre disposition pour une petite sieste. Edmond et moi allons directement au port à la recherche d'un bateau pour visiter les îles Ouros l'après-midi. On en profite aussi pour petit déjeuner à base de très bons sandwichs à l'œuf et au fromage. Après le déjeuner on embarque sur un petit bateau à moteur qui nous emmène en direction des fameuses îles flottantes Ouros. On traverse une zone recouverte de roseaux et on arrive à une étendue d’eau où plusieurs maisons se dressent sur de petites plateformes de roseaux. On débarque sur une des nombreuses îles où nous sommes accueillis par la famille qui y vit, qui nous explique la vie ici. Le lac aurait servi de refuge aux peuples vivant près des berges du lac au moment de la conquête hispanique. Plutôt que de vivre sur des bateaux, ils fabriquèrent ces plateformes flottantes de roseaux pour y construire leurs maisons. De nos jours, c’est apparemment un bon moyen d’échapper aux taxes que subissent les habitants plus terrestres. Des gens y vivent encore aujourd’hui, de la pêche et du tourisme. Pour se convaincre que l’île est bien flottante, on peut sentir l’île tanguer sous nos pieds lorsque des vagues font bouger la surface du lac.
Le lendemain nous partons pour l’île Taquile où nous allons passer une nuit dans une auberge tenue par une famille vivant là-bas. Le bateau nous emmène hors de la baie de Puno, au large de la péninsule de Capachica. Après plusieurs heures, nous nous dirigeons vers une île petite, à l’air sauvage avec seulement quelques habitations et champs sur ses pentes. Au port nous sommes accueillis par notre hôte, un habitant de Taquile qui nous mène vers sa maison, un peu plus haut dans les terres. On ne s’attendait pas forcément à monter autant avant le déjeuner, mais la vue une fois arrivés à l’auberge nous réconforte. En plus de ça, on nous invite à nous asseoir et on nous sert le repas : une soupe en entrée puis une truite du lac, parfaitement grillée. Après le déjeuner, la famille nous fait une démonstration des techniques de filage de la laine et de tissage, pour fabriquer leurs habits traditionnels. Ensuite nous partons pour la plage, munis de maillots et serviettes, prêts pour se baigner. Le chemin vers la plage est plus long que prévu, serpentant à flanc de colline sur le bord de mer presque jusqu’au bout de l’île. La vue est paradisiaque et nous arrivons après quelques heures à la plage. Tout le monde ne suit pas le même chemin et on se retrouve séparés à 2 plages différentes. Mais les deux groupes ont la même bonne idée de se baigner dans l’eau glacée du lac, ce qui est donc fait, non pas sans souffrance. Le soleil de la fin de journée nous réchauffe et nous sèche, puis nous rentrons, admirant en chemin le coucher de soleil sur le lac.
Le mardi 10 juillet est un jour spécial puisque aujourd’hui se joue la qualification de la France pour la finale de la coupe du monde, événement considéré comme immanquable par beaucoup dans le groupe. Il n’est donc pas question de traîner, nous devons absolument être arrivés devant un poste de télévision à 13h, heure à laquelle commence le match au Pérou. Nous partons tôt de Taquile, mais ne rentrons pas directement à Puno, préférant passer par la péninsule de Capachica, réputée comme très jolie. Edmond nous assure que le trajet depuis Llachon où le bateau nous dépose jusqu’à Capachica, où nous pourrons trouver une télé, est indiqué comme faisable en 3h par différentes sources. Une fois sur place, nous peinons à trouver le chemin qui nous permettrait de faire ce trajet aussi rapidement, et marchons donc sur la route qui longe la côte. Un groupe plus aventureux se lance sur un petit chemin de terre qui mène vers une destination inconnue mais peut être la bonne. Le reste arrête un bus qui passait par là et arrive bien en avance à Capachica, puis décide de retourner à Puno directement pour profiter du plus grand choix de bars et de télés qu’offre la ville. Même le groupe que l’on pensait perdu dans les collines de la péninsule réussit finalement à arriver à temps à Capachica et ne manque que le début du match. Le groupe de Puno s’installe tranquillement dans un chifa (restaurant asiatique à la péruvienne), puis dans un petit bar et s’exclame à chaque action, comme tout bon supporter, ce qui surprend et fait rire les employés et clients de ces lieux. Après cette victoire de la France, nous partons à la gare attendre notre bus de nuit pour Arequipa. Après plusieurs centaines de répétitions des slogans de vendeurs de tickets « Arequipa Arequipa Arequipa Arequipaaaa » et « Copacabana La Paaaaaz », c’est enfin l’heure pour nous de partir. On s’installe dans le bus et on essaye de dormir un peu, malgré les mouvements du bus et le bruit.
S’en suivent 2 journées à Arequipa, où chacun s’adonnera à diverses activités comme le vélo de descente, la visite du magnifique couvent de Santa Catalina, la sieste à l’hôtel et de nombreuses balades dans les belles rues de la ville.
Après ces journées reposantes, une grande partie du groupe part pour Huacachina, une oasis dans le désert. Au programme : buggy dans le désert, sandboard et sieste sur dune.
Les plus aventureux finissent le voyage par un arrêt à Paracas, sur la côte, pour aller voir les îles Ballestas et leur faune.
Nous repassons enfin rapidement à Lima, le temps de dire au revoir à toutes les choses et personnes inoubliables que nous avons eues la chance de connaitre ici. C’est plein de nostalgie que nous quittons cette ville dans laquelle nous avons vécu quelques semaines à peine, mais où nous avions nos repères. Après la victoire de la France à la coupe du monde, que nous avons pu fêter avec d’autres français rassemblés devant l’écran géant de l’Alliance Française, nous partons pour São Paulo au Brésil où nous écrirons l’épilogue de notre aventure.
Au revoir, ville sous les nuages, le soleil du Brésil nous attend !
Emilie
Lima, qu’est ce que c’est pour vous ?
Lors d’une interview, un journaliste m’a posé cette question : « Qu’est ce qui t’as marqué dans la vie à Lima et dont tu te souviendras toute ta vie ? ». Je me suis demandé par la suite ce qu’aurait dit à ma place chacun des autres. Je suis donc parti à la collecte des réponses et voici ce qu’il en ressort :
Miraflores et Mi Peru
Probablement la première chose qui vient à l’esprit des membres du groupe lorsqu’on leur pose la question. Nous avons pu observer ce clivage dès le premier jour où nous nous sommes rendus à Mi Peru pour rencontrer Jessica, la responsable des centres où nous donnons nos ateliers. Nous prenons le bus depuis le centre où les rues sont droites, propres et lisses, les bâtiments assez hauts, peints proprement et pleins de vitres, les parcs verts, bien entretenus et omniprésents, et nous dirigeons vers les quartiers plus en périphérie, et plus précisément Mi Peru à 40 kilomètres au nord. Là, plus rien ne ressemble à l’endroit où on est monté dans le bus deux heures plus tôt. Tellement que certains diraient qu’ils ont l’impression de changer littéralement de pays. Se dressant de manière presque aléatoire sur les collines, Mi Peru et les quartiers voisins ont en fait vu le jour lors de la migration rurale. Ils ont donc en premier lieu été construits sans aucune notion d’organisation, la maison standard constituée de quatre murs en briques et une tôle faisant office de toit.
Miraflores, le quartier touristique et verdoyant de la ville
Mi Peru, le petit quartier en banlieue où nous faisons nos ateliers
Absence de soleil à Lima
Sans exagérer le moins du monde, le ciel ici est l’un des plus horrible qu’on ait vu. En plus de cinq semaines, nous avons dû voir le soleil à Lima trois fois tout au plus. Et pour ce qui est des étoiles et de la lune, ce n’est même pas la peine d’y penser. Le premier jour, nous pensions que cela était dû à la pollution mais il semble, d’après les chiffres officiels et notre vécu, que la capitale péruvienne reste quand même bien moins polluée que Phnom Penh où on ne passait pas un jour sans voir le soleil. Ce ciel perpétuellement couvert est en fait dû au climat de Lima particulièrement humide et du fait que nous soyons au début de l’hiver.
Derrière ce dense brouillard se trouve une île à l’horizon
La bouffe
Ahhhh, rien de mieux pour connaître un pays que de profiter de sa gastronomie. Le Pérou étant connu pour être un des pays d’Amérique du sud avec une gastronomie incroyable et surtout bon marché, nous ne nous sommes pas privés d’en profiter. Diverse et aux produits exotiques, elle a su nous séduire dès les premiers jours. Nous avons certes commencé par nous ruer sur les Mc Donald’s et fast foods similaires après deux semaines chez les Chipayas, avant qu’un ami de Catalina nous conseille des restaurants locaux. Il peut s’agir de petits restaurants sobres et modestes au menu à 8 soles (2€ environ), de cebicherias ou bien de picanterias, très populaires à Arequipa. Les cebicherias ont pour spécialité, comme le nom l’indique, est le ceviche, sorte de tartare de poisson mariné au jus de citrons accompagné d’oignons frais. Un délice ! Quant aux picanterias, on y mange surtout des spécialités aréquipaines comme la chupe de camarones (soupe de crevettes), le solterito de queso (salade de fromage frais) et le rocoto relleno, piment très fort (10ème sur l’échelle de scoville) farci d’un mélange de viande et recouvert de fromage.
A Ventanilla, nous prenons aussi l’habitude d’aller à midi à un petit restaurant juste à côté de notre hôtel. Nous y profitons des délicieux ceviches et papas a la huancaina, pommes de terre recouvertes de sauce de fromage frais et d’aji amarillo (chili jaune). Pour plats, nous avons le choix parmi une carte qui change de jour en jour entre les lomos saltados (tranches de viandes sautées avec des oignons et légumes), le aji de gallina (poulet effilé avec une sauce au piment), le estofado de pollo (ragoût de poulet), le chicharron de pollo ou de pescado (friture de poulet ou de poisson) et tant d’autres. Pour les végétariens, commander les accompagnements seulement était plus que suffisant. Allant des tallarin verde (pâtes au pesto maison) au locro de zapallo (ragoût épais de potiron avec des morceaux de fromage local). Sur le chemin de retour des ateliers, nous passons par d’innombrables stands de nourriture et de jus de fruits. On s’y arrête à chaque fois sans hésitation pour un jus d’orange ou de pamplemousse et quelques churros ou une cachanga (pâte frite) nature, au sucre ou au fromage. Pour ce qui est du soir à Ventanilla, deux groupes se forment : le premier pour aller à un chifa, nom donné aux restaurants chinois, et le deuxième pour aller à une polleria, sorte de KFC populaire où, pour une poignée de soles, on pouvait avoir énorme ration de frites dont la quantité de sauces par-dessus pourrait boucher des artères juste à sa vue.
Beaucoup de ces mets nous manqueront certainement.
Le ceviche accompagné de sa patate douce et de ses grains de maïs grillés
Adel dégustant une cachanga après les ateliers
Edmond profitant du stand de jus de fruits
La jungle urbaine de Lima
« FAUCÉÉÉÉ ! FAUCÉÉÉÉ ! LA MARIIIIIINAAAAAAAAA ! » ou bien « TELÉÉÉFONO ! TELÉÉÉFONO ! AEROPUERTOOO ! TELÉÉÉFONOOOOOOO ! », gueulent ce que j’appellerais « les collecteurs de clients » (de leur vrai nom los cobradores) dans les bus et combis (minibus et vans) qui parcourent la capitale péruvienne en long, en large et en travers. Nous nous sommes vite habitués à ces mots à force de les entendre à chaque arrêt pendant les deux heures de trajet pour aller à Ventanilla. Tellement que ça en est devenu une blague entre nous. Des locaux nous dirons même que l’on perd notre accent français lorsque nous imitons presque à la perfection ces cris de cobradores. Les premiers jours, nous ne comprenions rien à ce que ces personnes criaient dans la rue depuis la porte ouverte du bus qui roule et nous ne voyions pas l’utilité d’un tel raffut car les destinations étaient toujours marquées sur les bus. Néanmoins, il semble que les péruviens s’y retrouvent à merveille dans ce qui semble être le chaos absolu pour un œil occidental.
Les péruviens ont le rythme dans le sang
Au Pérou, on a l’impression que tout le monde sait danser, allant des gens qui se mettent à danser sur notre musique lorsqu’on joue dans la rue jusqu’aux personnes qui dansent dans les clubs et boites de nuit. Bien sûr, les styles qu’on y entend sont principalement du reggaeton, de la salsa, de la bachata et quelques fois de la cumbia. Pour nous qui ne savons pas danser ces styles, c’est assez impressionnant de voir cette assurance dans les gens qui les dansent et nous sommes la plupart du temps perdus et nous nous retrouvons soit sur le banc de touche où alors à danser n’importe comment en faisant rire nos voisins de dancefloor. Les danseuses et danseurs, de leurs pas quasi-professionnels, font rougir ceux parmi nous qui prétendaient savoir danser un tant soit peu ces danses (a.k.a. moi). Par contre pour ce qui est des enfants, quelques-uns ont aussi ce talent pour danser en rythme mais n’arrivent pas forcément à le mettre en pratique dans les autres exercices de rythmes que nous faisons. Deux gamines m’ont notamment appris des petites danses basiques qui sont devenues une sorte de manière de se dire bonjour quand on arrive au centre.
Darla exécutant une danse de la victoire
Ambiance dans une boite de nuit péruvienne
Selim
Premiers pas à Lima
« Ventanilla ! Ventanilla ! »
Le vendeur de billets s’époumone depuis la porte ouverte du bus en faisant signe aux gens sur le trottoir, espérant gagner quelques passagers de plus à cet arrêt d’un district animé de la capitale. A sa grande surprise, il voit entrer à la file un nombre conséquent de jeunes chargés d’énormes sacs de forme étrange. Ces nouveaux passagers ont vite fait de conquérir toutes les places assises restantes et comblent tout espace libre de leurs bagages encombrants, rendant le passage difficile pour notre pauvre vendeur de billets. Comble du cliché, certains sortent de leur sac des baguettes de pain qu’ils commencent à manger en plein trajet. Les districts défilent derrière les vitres du bus, les passagers vont et viennent mais le groupe reste. Le bus s’éloigne des quartiers densément peuplés, longe l’aéroport et le bord de mer au loin.
Après plus d’une heure de périple, il s’engage finalement dans un paysage fait de collines de sable sur lesquelles poussent de petites maisons de bois de toutes les couleurs.
Le bus s’arrête à la municipalité de Mi Peru et les quelques passagers restants peuvent se tirer de leur sieste digestive et descendre pour continuer leur trajet. Leur instrument sur le dos, ils attaquent la montée de la colline, d’abord sur des routes pavées, puis ensuite à même le sable de l’immense dune qui forme tout un quartier. A flanc de colline, parmi les maisons ordinaires, se trouve une maison peinte en vert éclatant devant laquelle jouent quelques enfants. Cette maison, c’est une des Casitas Feliz de l’association Kantaya qui aide les enfants de ce quartier, et c’est là que nous nous rendons pour nos ateliers de musique.
Nous sommes arrivés à Lima il y a deux semaines déjà, depuis nous avons rencontré les enfants de Kantaya, organisé nos ateliers avec eux, mais aussi trouvé des solutions logistiques originales pour ne pas perdre trop de temps dans les transports, fait nos premiers concerts sur les pavés de la capitale et découvert un aperçu de la gastronomie péruvienne.
Rencontre avec Kantaya
Dès nos premiers jours ici nous avons été accueillis par Fabiola, une des fondatrices de l’association Kantaya. Après une petite présentation de l’association, nous avons pu visiter les centres à Mi Peru, guidés par Felix, un professeur de l’ONG. Là-bas nous avons rencontré Jessica, qui s’occupe de l’organisation de Kantaya sur le terrain. Avec elle nous avons décidé des jours où nous viendrons au centre et des enfants que nous y verrons à chaque fois. Etant donné l’éloignement de Mi Peru aux quartiers où nous souhaiterions habiter et faire des concerts, nous avons décidé de condenser nos créneaux d’atelier pour limiter les déplacements fastidieux. Nous faisons 2 heures d’ateliers chaque lundi, mardi et mercredi. Nous voyons les mêmes groupes d’enfants lundi et mercredi, et un groupe différent et moins nombreux le mardi. Les enfants vont du grade 1 au grade 6, soit de 5 ans à 11 ans.
La première semaine, nous avons d’abord rencontré les enfants lors d’un concert et d’un premier atelier de découverte tous ensemble. Ils débordent d’énergie et ont l’air d’apprécier la musique. Après leur avoir appris la chanson que nous avons inventée en Bolivie, « Viento Frio » (simple traduction très approximative de la chanson « Vent frais » en espagnol), certains ont ainsi continué à la chanter même après la fin de l’atelier, et nous l’ont répétée le lendemain quand nous sommes revenus.
Organisation logistique : ou comment éviter 4h de transport par jour
Avant d’arriver sur place, notre dilemme était le suivant : habiter à Ventanilla ou Mi Peru pour être proche de notre lieu d’atelier mais ne pas pouvoir aller facilement dans des quartiers animés propices aux concerts, ou habiter dans un quartier plus sympathique mais s’obliger à prendre le bus quotidiennement pendant des heures. Les quartiers de Ventanilla et Mi Peru étant réputés comme étant dangereux, et manquant d’informations, nous avons logé à Miraflores pour notre première semaine : c’est un quartier conseillé pour les visiteurs, animé, avec de nombreuses auberges de jeunesse.
Nos premiers trajets pour les ateliers nous ont confirmé les désagréments rapportés par les Brasspackers, projet FSF venu ici en 2015 : le trajet est long, voire très long le soir avec le trafic, les bus sont petits et on peut parfois se retrouver sans place assise. Plusieurs d’entre nous furent pris d’envie de découvrir davantage le quartier dans lequel nous faisons nos ateliers, pour voir quelque chose de différent des quartiers plus riches et touristiques du centre. Nous avons aussi pu voir que le quartier n’était a priori pas dangereux pour nous. Nous avons alors cherché, avec l’aide de Jessica, un endroit à Mi Peru où nous pourrions dormir. Finalement, Jessica a réussi à nous trouver des places dans le seul hôtel de la ville qui n’avait pas été reconverti en quelque chose d’autre – l’endroit n’est pas très touristique.
L’organisation est la suivante : nous vivons en début de semaine à Mi Peru, pour pouvoir aller facilement aux ateliers, puis en fin de semaine nous retournons dans une guest house dans le district de Miraflores qui nous sert de camp de base où nous déposons toutes nos affaires encombrantes. Ainsi nous n’avons à faire le trajet entre Mi Peru et Miraflores que deux fois par semaine, et sommes tranquilles le reste du temps. Astucieux.
Premiers concerts
Nous passons donc quelques jours chaque semaine à Miraflores, jours que nous pouvons consacrer à la musique avec répétitions, enregistrements pour notre album et bien sûr, concerts le soir. Après nos deux semaines de retraite dans le désert en Bolivie, nous avons tous hâte de faire de nouveau des concerts, d’autant plus que la ville semble avoir un bon potentiel pour cela, avec des quartiers très animés la nuit, de nombreux bars, boîtes et scènes un peu partout.
Le week-end dernier nous sommes allés dans le district de Barranco, voisin de Miraflores, où on trouve notamment une rue animée, bordée de bars et boîtes faisant fi de toute réglementation concernant le volume maximal de leur sono, et ce jusqu’à tard dans la nuit. En se plaçant astucieusement entre deux bars on peut presque noyer notre volume sonore dans celui des musiques des bars, nous sommes donc à l’abri de toutes plaintes de voisins, c’est l’endroit parfait pour jouer. Nous espérons aussi que notre présence et notre succès dans la rue intéressera quelques bars qui pourraient nous inviter chez eux pour que nous puissions jouer sur de vraies scènes un peu plus tard. Ainsi, nous avons joué plusieurs fois dans ce quartier, devant un public enthousiaste.
Forts de ce succès nous avons tenté de faire la même chose à Miraflores, malheureusement nous devons demander une autorisation de jouer à la municipalité, demande qui est pour le moment coincée dans les rouages de l’administration jusqu’à la semaine prochaine.
Il nous reste encore beaucoup à faire en terme de concerts ici et nous avons hâte de voir ce que Lima nous réserve !
Le début des ateliers avec les enfants de Kantaya
Cette semaine nous avons eu nos premiers ateliers avec les enfants, nous les avons répartis en plusieurs groupes entre les différents binômes d’animateurs et avons fait connaissance. Chaque atelier dure 2 heures, avec les mêmes enfants. La première heure d’atelier est similaire à ce que nous avons pu faire aux Fidjis et au Cambodge : chaque binôme suit son groupe pendant les 6 semaines, avec des ateliers qui visent à faire progresser les enfants à plus long terme. Pour la deuxième heure d’atelier, les groupes d’enfants changent de binôme d’animateur à chaque fois. Chaque binôme anime une activité un peu différente de ce que l’on fait d’habitude en atelier : danse, théâtre d’improvisation, quizz de culture musicale, initiation à la flûte à bec et composition de musique assistée par ordinateur. Ainsi, nous espérons pouvoir garder leur attention tout au long des deux heures et cela nous permet de leur proposer du contenu plus varié et plus travaillé pendant les ateliers thématiques.
Les enfants sont attachants, certains ont l’air vraiment intéressés par les ateliers, et ils nous pardonnent notre espagnol approximatif, nous aidant même à progresser en corrigeant nos erreurs.
Assez parlé, voici quelques photos des ateliers en groupes fixes et thématiques :
Certains groupes font leur atelier en plein air, sur un grand terrain proche de la casita
Apprentissage de rythmes
La fameuse Cup Song
Atelier thématique : danse ! A tour de rôle, chaque enfant invente un mouvement et tout le monde le reproduit
Atelier thématique : quizz de culture musicale. Les enfants sont par équipe et essayent de deviner les instruments et styles musicaux qu’ils entendent pour gagner des points
Atelier thématique : composition de musique assistée par ordinateur. Les enfants enregistrent des bouts de leur propre chanson et on leur montre comment on peut traiter le son et le mixer
Quelques jours à Mi Peru
Lundi dernier nous avons fait nos sacs et sommes partis pour 3 jours à Mi Peru. Après notre après-midi d’atelier, nous avons descendu la colline à la suite de Jessica qui nous a aidés à réserver un hôtel. Après une petite marche à travers les rues de Mi Peru, nous arrivons à l’hôtel Tauro, apparemment vide à part nous, ce qui nous permet d’avoir toutes les chambres d’un même étage et d’être assez tranquilles. Le confort est spartiate mais nous ne nous attardons pas dans nos chambres et sortons tout de suite pour une petite balade à Ventanilla avec Jessica, qui nous guide vers des endroits où nous pourrons peut-être jouer et des restaurants où manger. Le quartier regorge de petites échoppes, restaurants et commerces, on y trouve même un grand centre commercial avec food court. C’est parfait pour nous, nous rentrons repus à l’hôtel.
Le lendemain, Felix (prof à Kantaya) nous a gentiment emmenés pour déjeuner dans un restaurant à Mi Peru. Ainsi nous avons découvert qu’il était possible ici de manger un menu très copieux pour 8 soles, soit un peu plus de 2€. La vie ici a ses avantages !
Ceviche : poisson mariné dans du citron, ici avec oignons, patate douce et maïs grillé. Une spécialité locale délicieuse
Pour la fin de semaine nous sommes revenus à Miraflores où nous avons emménagé dans une nouvelle auberge de jeunesse, dans une rue plus calme que la première afin de pouvoir enregistrer dans une chambre. Nous espérons pouvoir rester ici, malgré quelques plaintes des voisins suite à notre première répétition dans le jardin. Le soir nous irons de nouveau à Barranco pour jouer dans la rue et profiter de l’ambiance unique du quartier. Hâte de vous en dire plus, mais ça sera pour la prochaine fois.
Hasta luego !
Emilie
Rendez-vous en terre inconnue : Globeshakers Project chez les Chipayas en Bolivie
Après une nuit passée dans le train, nous sommes enfin arrivés à Oruro, principale ville de la région, d’où nous sommes partis en van jusqu’au principal village des Chipayas. La principale difficulté fut de mettre tous les instruments ainsi que les gros sacs sur le van, mais nous avons finalement réussi. Quelques heures plus tard, après un trajet sur la route puis sur une piste, et après avoir traversé des villes et des villages de plus en plus isolés, nous sommes enfin arrivés à notre destination. En arrivant, nous sommes accueillis par Lucas, membre de l’ONG italienne ASPEm (Association solidaire pour les pays émergents), qui sera notre principal contact sur place et qui nous sera d’une très grande aide pour nous intégrer au village. Nous avons pu loger à l’hôtel du village, c’est-à-dire un ensemble de petit logement avec un bâtiment central pour les repas, le tout ayant été construit et financé par l’Union Européenne afin de favoriser le tourisme dans la communauté Chipaya. Toutefois, nous étions les seuls occupants de cet hôtel, et d’après son livre d’or, cela faisait même plusieurs mois qu’aucun touriste n’était venu.
Image 1 : Notre hôtel chez les Chipayas
Notre programme sur place devait être de faire 9 longs ateliers dans 3 écoles pendant nos 2 semaines de séjours sur place. Nous n’en ferons finalement que 7, la seconde école, situé dans le second village des Chipayas ne pouvant nous accueillir. Le premier jour, n’ayant pas d’atelier, nous en avons profité pour visiter le petit village des Chipayas, composé de sa place principale, avec une école primaire, une mairie et quelques commerces situés dans des habitations ainsi que de quelques rues en terre bordées de maisons, dont quelques-unes étaient en ruines. Malgré l’isolation apparent du village, la plupart des équipements sont d’assez bonne qualité. Par exemple, le village comportait également un gymnase ainsi qu’un collège. C’est dans ce collège que nous avons fait nos premiers ateliers.
Image 2 : La place principale du village, avec l’école primaire
Image 3 : Une rue du village aux abords de la place
Après un réveil assez-tôt le matin et un petit déjeuner très copieux (comme l’ensemble de nos repas sur place), nous nous rendons en avance au collège Urus Andino afin de planifier avec le directeur ainsi que le professeur de musique/ trompettiste / chef d’orchestre de la fanfare nos trois jours d’ateliers. Tout d’abord, comme chaque lundi, une petite cérémonie est organisée, comportant un lever du drapeau Bolivien mais aussi un temps d’expression pour les élèves, avec par exemple un sketch sur la rivalité entre Bolivie et Chili fait par quelques jeunes étudiants. A cette occasion, les élèves mettent leur tenue traditionnelle. C’est également à cette occasion que nous nous présentons, en faisant un petit concert et en nous présentant, dans un espagnol qui restait encore assez approximatif (à part Lucas, nous n’avons rencontré personne parlant le moindre mot d’anglais dans tout le village). A cette occasion, nous nous sommes rendu compte que jouer à plus de 4 000 mètres d’altitude était très difficile, peut-être même plus que ce à quoi nous nous attendions. Après cet évènement, nous avons pu faire un atelier avec une classe d’élèves, où nous avons travaillé sur le chant et le rythme, ainsi qu’une découverte des instruments. Pour cela, nous avons repris l’un des canons les plus classiques qui est enseigné : « Vent frais, vent du matin », que nous avons pour l’occasion traduit en espagnol, « Viento frío ». Cette traduction et cet atelier a été une assez franche réussite, et nous avons ainsi gardé ce canon pendant tout notre séjour en Amérique du Sud.
Image 4 : Cérémonie de lever du drapeau au collège Urus Andino
Image 5 : Un atelier au collège Urus Andino
Les deux jours suivants, nous avons pu refaire le même atelier, mais cette fois avec d’autres élèves. En effet, nous pensions que comme nous n’allions rester que deux semaines, il n’était absolument pas possible de faire une action sur la durée, il était plus logique et plus intéressant d’essayer de proposer une première initiation et une première découverte d’une musique et d’une culture différente de la leur, afin de peut-être faire en sorte que quelques élèves s’intéressent de plus près à la musique et à la possibilité de faire d’utiliser leur corps pour faire de la musique ou de l’art plus globalement. En plus de ces ateliers, nous avons pu échanger avec la fanfare de l’école, composée d’élèves jouant de la trompette, des sortes de tuba ou des percussions. Ils n’étaient donc pas habitués aux trombones ou encore moins aux saxophones, très inhabituels pour une fanfare. À la suite d’une demande du professeur de musique, autodidacte, Benjamin a également pu faire un cours de théorie musicale aux différents membres de la fanfare. Malheureusement, par manque de temps, nous n’avons pas pu organiser un évènement ou enregistrer un morceau avec cette fanfare.
Image 6 : Exercices de rythme au collège Urus Andino
L’après-midi, lorsque nous ne faisions pas d’ateliers, nous nous sommes occupées de différentes manières : comme il était difficile de jouer à une telle altitude, les notes étant changées et l’endurance n’étant pas au rendez-vous, seuls nos percussionnistes Tim et Adel ont pu être enregistrées, mais de nombreuses répétitions ont tout de même étaient effectuées. Enfin, l’activité principale de la fin de l’après-midi était un match de football contre des élèves ou des adultes, Lucas nous étant souvent d’un très grand secours. De plus, ce fut également l’occasion pour beaucoup de se reposer et de profiter d’un air ainsi que d’un ciel absolument pur, ce qui nous a permis de voir énormément d’étoiles. Les journées étaient cependant assez courtes, la température chutant drastiquement lorsque la nuit tombait, il a ainsi gelé plusieurs fois la nuit, et les températures ressentis étaient bien en-dessous de 0. Heureusement, tous ces problèmes de froid disparaissaient lors de nos repas, très copieux et servis par des hôtes extrêmement gentils. En partant, si nous étions pour la plupart de ne plus manger en entrée de chaque repas une soupe de quinoa, nous étions tous très tristes de devoir quitter ceux qui nous ont autant aidés pendant deux semaines.
Image 7 : Match de football endiablé
Image 8 : Ciel étoilé au-dessus de notre hôtel
Cependant, une petite équipe composée d’Ewan, Edmond, Selim et Valentin est allée à Oruro le mardi afin de régler plusieurs affaires importantes, comme acheter des vêtements chauds pour ceux qui en manquaient, des bouteilles d’eau potable pour tous ou des cartes SIM de téléphone pour pouvoir communiquer plus facilement. En effet, si quelques personnes avaient acheté auparavant une carte SIM, elles étaient toutes liées à un opérateur qui n’avait aucun réseau chez les Chipayas (en réalité, seul un opérateur avait un tout petit peu de réseau, mais cela était suffisant pour ce que nous souhaitions faire), et nous avions besoin d’un peu de réseau, pour contacter nos familles et surtout pour contacter l’ONG du Pérou et finaliser notre logistique pour Lima, notamment pour le logement sur place. Cette petite aventure fut assez mouvementée, et mérite donc d’être racontée. Nous nous sommes donc levés à 3 heures du matin afin de prendre un van qui allait nous emmener jusqu’à Oruro, le trajet durant environ 4 heures. En arrivant sur la place principale, nous remarquons qu’il n’y a pas un van qui attend, mais 6 ! Chacun était opéré par une entreprise différente, nous avons eu des difficultés à trouver notre van, mais nous avons finalement réussi. Il était finalement totalement rempli, chaque siège ou strapontin étant occupé par un adulte ou deux ou trois enfants, certains en tenue de ville, d’autres en tenues traditionnelle. Après un trajet dans la nuit bolivienne, nous sommes finalement arrivés très tôt le matin, aux alentours de 7 heures, à l’une des places du marché de la ville, située à quelques kilomètres du centre-ville. Comme tous les magasins étaient fermés, nous avons décidé de marcher jusqu’à la partie commerciale de la ville où nous souhaitions trouver ce que nous cherchions. Après un petit déjeuner dans un des quelques lieux ouverts à cette heure, nous avons attendu jusqu’à l’ouverture des magasins pour acheter ce que nous souhaitions : cartes SIM, chaussettes, adaptateur, bonnets, fruits, bouteilles d’eau potable etc. dans les différents magasins ou vendeurs de rue, et nous avons également pu organiser la suite de notre voyage, en réservant notre première auberge de jeunesse à Lima et en recontactant notre ONG partenaires. Ensuite, nous avons pu nous promener dans la ville, qui n’a que très peu d’éléments remarquables. La principale attraction d’Oruro est son carnaval, qui n’était pas à cette période de l’année. Après cette journée bien remplie à explorer la ville, nous avons fini par repartir vers la place où nous avait déposé le chauffeur le matin, où nous avons attendus avec d’autres Chipayas, pour la plupart avec de nombreuses affaires achetées pendant la journée, le van qui allait nous ramener jusqu’au village. Ce van était une nouvelle fois bien plein, et avec cette fois-ci beaucoup d’affaires sur le toit : en comptant les enfants, nous étions 18 pour 14 places. Et à l’endroit où l’on sortait de la route pour prendre la piste, alors qu’il nous restait une heure de route et que personne n’était descendu, 3 nouvelles personnes sont montées avec nous dans le van, restant debout ou prenant des enfants sur leurs genoux. Finalement, après ce périple, nous avons finalement pu revenir jusqu’à l’hôtel rapporter toutes nos denrées au reste du groupe.
Image 9 : La piste en terre partant du village menant à Oruro
Après nos trois jours d’ateliers avec le collège Urus Andino, nous devions partir le jeudi faire nos ateliers avec une école primaire, située dans un village différent. Cependant, nous n’avons pas pu y aller le jeudi ou le vendredi, et nous n’avons donc fait qu’un seul atelier le lundi suivant. Le jeudi, les écoles étaient fermées, et nous avons pu participer à une « fête » organisée par le village et les douanes nationales, entre autres pour sensibiliser à la contrebande et aux importations et exportations illégales. A cette occasion, nous avons notamment pu jouer devant une très grande partie du village, qui nous a chaleureusement accueillis. Comme à chaque occasion spéciale, et pour certains comme quasiment chaque jour, une grande partie des Chipayas étaient habillés dans leur tenue traditionnelle assez unique. Nous avons aussi pu nous balader dans les différents stands et rencontrer un petit plus la population Chipaya, même si la barrière de langue restait assez importante. De plus, après cette fête, nous avons fait un dernier atelier au collège avec les élèves qui le souhaitaient, et qui étaient venus nombreux alors qu’ils n’avaient pas école ce jour-là. Etant donné le nombre d’élèves, ce dernier atelier fut plus informel et centré sur des jeux de rythmes et de créativité. Enfin, nous avons profité du vendredi pour travailler au niveau musical ou sur d’autres projets, et nous avons également pu organiser un week-end avec Lucas dans le parc national de Sajama.
Image 10 : Concert sur la place principale du village Chipaya
Image 11 : Présentation d’instruments au collège Urus Andino
Ainsi, après ces deux jours, nous sommes partis samedi matin jusqu’au parc national de Sajama, situés à quelques heures de route du village. Ce parc national contient notamment le Nevado Sajama, point culminant du pays à 6542 mètres d’altitude. Nous sommes donc partis en van, mais après une trentaine de minutes de route, celui-ci s’arrête, et lorsque le chauffeur ouvre le capot, beaucoup de fumée blanche en sort. S’il n’a pas voulu l’avouer, nous avons compris qu’il avait décidé par économie d’utiliser de l’eau comme liquide de refroidissement, et comme la nuit précédente avait été particulièrement froide, cette eau avait gelé ! Finalement, après plus d’une heure d’attente, un second véhicule est venu et nous avons transféré toutes nos affaires vers celui-ci, et nous avons continué notre route vers le parc national. Le trajet fut assez long, notamment car le chauffeur ne savait pas bien plus que nous comment aller jusqu’à ce parc national, et a aussi passé plusieurs dizaines de minutes pour trouver la « station-essence » d’un village sur la route en demandant aux quelques passants croisés où elle était. Cette « station-essence » était en réalité une maison comme les autres, sans la moindre enseigne, mais son propriétaire possédait d’innombrables bidons remplis d’essence. Nous avons pu atteindre la zone du parc en début d’après-midi, et nous avons pu déposer nos affaires à notre hôtel. Nous avons donc décidé de passer le reste de la journée à nous balader dans le petit village, puis à faire une petite randonnée dans les contreforts du Nevado Sajama, d’où nous avions déjà une très belle vue sur toute la zone. Après ces efforts, nous sommes allés alors que la nuit tombait à une source thermale, l’autre particularité du parc national. Même s’il faisait nuit lorsque nous sommes arrivés, nous avons été autorisés, après négociations, à aller nous baigner dans cette source, très chaude, notamment par rapport au froid glacial qui nous attendait à l’extérieur. En rentrant, nous avons cherché où manger, avant de finalement trouver le magasin où travaillait le propriétaire, situé de l’autre côté du village par rapport à l’hôtel, et nous avons finalement réussi à manger. Le lendemain, nous sommes partis en expédition afin de grimper le début de l’escalade du Nevado Sajama. Cette randonnée fut très éprouvante, notamment à cause de l’altitude, mais a permis d’avoir une très belle vue de l’ensemble du parc. Après un second repas dans le magasin/restaurant du propriétaire de l’hôtel, nous sommes finalement repartis jusqu’au village des Chipayas, que nous avons atteint sans nouvelle péripétie.
Image 12 : Randonnée dans le parc Sajama (Nevado Sajama enneigé en fond)
Image 13 : Vue de hauteur (drone) du parc de Sajama
Après ce Week-end mouvementé, nous sommes donc allés le lundi au second village Chipaya, encore plus isolé que le premier. Par exemple, nous avons dû plusieurs fois descendre du van qui nous emmenait pour passer certains passages de la piste, car le véhicule ne pouvait pas le faire avec autant de chargement. Cet atelier fut très intéressant, même si les élèves étaient bien plus timides que ceux du collège d’Urus Andino. C’était notamment le cas des filles de l’école, qui pour certains n’ont tout simplement pas voulu participer à l’atelier proprement dit malgré nos nombreuses invitations. Tout départ, pour nous présenter, nous avons fait un petit concert avec présentation des différents instruments, avant de nous séparer en trois groupes, un avec les plus âgés et deux avec les enfants les plus jeunes, et nous avons essayé de les initier au corpo-rythme ainsi qu’au chant, notamment en canon, avec des jeux et avec la chanson « Viento frío ». Malgré quelques soucis de timidité, nous avons réussi à faire ce que nous souhaitions, et le traditionnel essai d’instruments à la fin de l’atelier fut une grande réussite, les enfants étant très heureux de pouvoir en essayer un ou deux. Nous sommes donc ensuite rentrés à notre logement, en passant cette fois-ci et en nous arrêtant à des dunes proches du village afin de prendre quelques photos et de faire quelques figures dignes des plus grands cascadeurs.
Image 14 : Atelier de rythme avec de jeunes enfants Chipayas
Forts de notre expérience du jour précédent, nous avons fait nos trois derniers ateliers avec l’école primaire située sur la place principale du village sans encombre, car nous avions réussi à assez bien définir nos objectifs ainsi que s’il était possible de faire avec des enfants de cet âge. Ainsi, pendant ces trois jours, nous avons eu des groupes d’enfants différents, que nous avons essayé de séparer par classes et/ou âges même si les groupes étaient finalement très mélangés. Nous commencions par quelques morceaux ainsi qu’une présentation des instruments, avec un échauffement collectif, avant de nous séparer en plus petits groupes afin de faire chant, rythme et jeux éducatifs. A la fin des ateliers, nous essayions de nous regrouper pour faire une activité en commun, et si possible de rejouer un morceau ou deux, avant de les laisser essayer nos instruments, partie bien sûr préférée des enfants.
Image 15 : Présentation d’instruments à des enfants Chipayas
Finalement, vendredi matin, nous avons remercié très chaleureusement nos hôtes après un dernier petit-déjeuner, nous avons rangé nos affaires et les avons entassées une nouvelle fois sur le toit du van, avant de quitter ce lieu et cette atmosphère unique, hors de l’espace et du temps, pour aller à la capitale du pays La Paz, où nous allions rester une journée avant de repartir vers le Pérou. Lucas nous a accompagné à La Paz, sa mission avec les Chipayas étant également fini et souhaitant faire son rapport à la direction de l’ONG, située également à La Paz. Après une journée entière de transport, et une petite difficulté à trouver notre hôtel, nous sommes finalement arrivés à la capitale économique du pays. Le samedi, nous avons ainsi pu rencontrer d’autres membres de l’ONG avec qui nous avons pu débriefer notre action et échanger sur notre expérience sur place. Nous avons profité du reste de la journée pour visiter cette ville entièrement en pente, le traditionnel métro souterrain étant dans cette ville remplacé par des funiculaires flambants neufs, très pratiques et très jolis mais détonnant un peu avec le reste de la ville, visiblement moins riche : par exemple, une très grande majorité des bâtiments sont en briques nues, et beaucoup semblent encore en partie en construction. Le centre-ville en lui-même est très joli, avec plusieurs belles rues et également des églises assez remarquables, datant de l’époque coloniale. Une des particularités de la ville est son célèbre « Marché aux sorcières », lieu en réalité assez touristiques vendant toutes sortes de produits ésotériques, de la poudre magique aux fœtus de lama ! Nous avons pu profiter de cette dernière soirée en Bolivie pour voir une dernière fois Lucas, qui nous a accompagné et grandement aidé pendant ces deux semaines, et que nous ne remercierons jamais assez.
Image 16 : Photo de groupe après notre dernier atelier au village Chipaya
En effet, le lendemain dimanche, il était déjà temps d’aller jusqu’à l’aéroport de La Paz, d’où nous nous sommes envolés vers l’une des dernières grandes étapes de notre voyage : Lima et le Pérou !
Valentin
Traversée du désert
6h30 du matin. Chili, désert d’Atacama, devant une guesthouse en périphérie de la petite ville de San Pedro de Atacama. Treize Globeshakers se dépêchent de sortir leurs innombrables bagages : le van vient les chercher d’une minute à l’autre. Ce n’est finalement qu’aux coups de 7h10 que le véhicule pointe le bout de son nez. Le conducteur commence à entasser d’abord les sacs puis les instruments en finissant par la hardcase de souba de deux mètres cubes. Tout ceci finit par occuper à lui tout seul quatre places et toute l’allée du van malgré le fait que l’agence ait été prévenue de l’énormité des bagages de la bande de touristes. Le conducteur, qui doit encore aller chercher trois autres personnes, ne sait plus comment faire. Il finit par passer un coup de fil, probablement pour dire d’envoyer un autre véhicule prendre le reste des gens, et le van démarre enfin direction la frontière Bolivienne.
Après une heure de trajet environ, nous arrivons à un petit hangar où nous rentrons vite pour nous abriter du froid du matin. Nous faisons la queue pour avoir le tampon de sortie du territoire chilien et c’est reparti. Quelques centaines de mètres plus loin dans le no man’s land séparant le Chili de la Bolivie et sur une route qui se transforme en piste juste après le poste de frontière, le van s’arrête au milieu de nulle part et le conducteur nous désigne une file d’européens devant une cabane en pierre surmontée du drapeau de la Bolivie : C’est le poste de frontière bolivien. Nous sommes tous réticents à l’idée de faire cette longue queue dans le froid glacial du désert, désert qui est quand même à 4500m au-dessus du niveau de la mer, mais bon, nous n’avons pas le choix si nous voulons fouler le territoire bolivien légalement. La file avance assez rapidement et en à peine 20 min nous rentrons déjà un à un dans le petit cabanon pour avoir notre tampon d’entrée. En revenant sur le parking (qui n’est que la vaste étendue de cailloux derrière le cabanon), nous disons adieu au conducteur de van qui retourne à San Pedro de Atacama et faisons la connaissance des trois chauffeurs qui nous guiderons à travers les paysages magnifiques de l’altiplano bolivien à bord de leurs Jeeps (de la marque Toyota). Le petit-déjeuner nous est servi sur une table dépliante à l’arrière des jeeps et nous faisons la connaissance des 6 brésiliens qui feront le trajet avec nous dans la troisième jeep de la flotte. Nous retrouvons aussi Nymphe, une amie flamande que nous rencontrée lors d’un de nos concerts à Valparaiso, que nous avons revue lors de nos concerts à San Pedro et qui fera la traversée de trois jours jusqu’à Uyuni avec nous. Une fois l’estomac bien rempli, nos chauffeurs escaladent leurs jeeps et on les aide à charger les bagages sur le toit. Cette quantité de bagages astronomique (facilement le double des autres jeeps que l’on voit autour de nous) amuse les conducteurs et ils voient la situation comme un défi de Tetris. Tout bien sanglé sur le toit, nous voici enfin partis pour une traversée des paysages inoubliables du désert d’Uyuni.
Premier arrêt rapide où les conducteurs nous invitent à aller payer les frais d’entrée dans le parc national qu’est la région d’Uyuni que nous nous apprêtons à traverser et nous repartons tout de suite après. En quelques minutes de route, nous voici arrivés au premier lieu fabuleux de notre périple. Il s’agit de la Laguna Verde qui, comme son nom l’indique si bien, a une eau de couleur verdâtre due à sa forte concentration en cuivre. Elle contient aussi des minéraux comme l’arsenic, ce qui rend, par sa toxicité, la lagune dépourvue de toute vie animale. L’endroit est au pied du volcan Licancabur qui culmine à 5920 mètres d’altitude et que l’on voyait déjà depuis San Pedro de Atacama. Nous profitons du paysage, prenons quelques photos et nous repartons. Rien ne sert de s’attarder dans le froid du matin et nous avons encore beaucoup de choses à voir.
Pour la prochaine étape, les jeeps nous déposent aux Termas de Polques, des sources tellement chaudes que c’est presque (je dis bien presque) insupportable d’y rester trop longtemps au risque de cuire bouilli. Certains sont un peu hésitants à l’idée de braver le froid du désert avant de rentrer dans l’eau mais finissent par se laisser convaincre et ne le regrettent pas une fois dans l’eau. D’autres sont saisis de vertiges au moment de sortir de l’eau avec la différence brusque de température mais il leur suffit de quelques minutes de repos et tout va mieux. Nous nous séchons tranquillement au soleil et nous nous rhabillons pour remonter dans les jeeps pour la suite du périple.
Au moment de s’arrêter pour le troisième lieu, je commence à me dire que ce désert est bien dense en paysages exceptionnels : nous ne mettons qu’à peine 10 minutes de route à chaque fois pour arriver à l’arrêt suivant. Nous descendons des jeeps et écoutons les explications en espagnol des conducteurs tout en admirant le paysage. Comment dire ? Cette partie du désert présente tellement de nuances de rouges étalées de manière improbables sur des dunes imposantes et innombrables petites formations rocheuses qui viennent se poser ici et là sur les dunes qu’il porte le nom de l’un des plus grands peintres surréalistes. Laurent, Adel, Ewan et Emilie s’aventurent dans le désert Salvador Dali pour voir les dunes de plus près tandis que les autres prennent des photos. Nous ne sommes encore qu’à 4750 mètres à peine que Nymphe et moi-même commençons à sentir les effets de l’altitude, alors que pourtant c’est la première fois pour tout le monde à cette altitude, sauf pour Edmond et Benjamin qui ont fait l’ascension du volcan Cerro Toco la veille. Les vertiges nous prennent et on demande au conducteur si les feuilles de coca sont bien efficaces contre le mal de l’altitude. Il nous en donne généreusement depuis sa propre réserve toujours à portée de main. Il nous explique qu’il faut à peine mâcher la pincée de feuilles puis la loger entre la joue et la gencive et la laisser infuser. Les bienfaits de la coca se font sentir en quelques minutes et nous pouvons repartir vers notre prochaine destination.
Nous nous apprêtons au pire lorsque notre chauffeur nous annonce que nous avons un bout de chemin à faire au-dessus de la barre des 5000 mètres d’altitude pour arriver à notre prochaine destination : les geysers Sol de Mañana (soleil du matin). Nous nous accrochons à nos boules de coca dans la bouche et y arrivons sont trop de complications. Ces formations géothermiques font monter des traînées de fumée qui peuvent atteindre la cinquantaine de mètres au lever du soleil, heure recommandée pour les observer (ce qui donne le nom de l’endroit) lorsque le froid du matin et le soleil donnent toute sa splendeur au phénomène. Ces fumées toxiques ne restent pas moins impressionnantes au moment où nous les visitons. Les conducteurs nous invitent à revenir aux jeeps pour reprendre la route vers l’endroit où nous allons déjeuner.
Nous nous remplissons le ventre à l’auberge où les conducteurs nous amènent et nous reprenons rapidement la route car il est déjà tard et nous avons encore beaucoup de chemin à faire. Nous arrivons très vite au dernier et surement le plus incroyable arrêt de la journée : la Laguna Colorada. Ce lieu unique est l’abri de beaucoup d’espèces protégée et une escale pour de nombreux oiseaux migrateurs. On y retrouve des flamants roses par milliers venus pour s’y reproduire. La lagune compte 25% de la population mondiale de flamants des Andes et 50% de celle d’une autre espèce de flamants roses. Son nom est assez logique vu qu’il veut dire lagune colorée et on comprend au premier coup d’œil vu que la lagune a une eau d’une couleur allant de nuances de marron au rouge intense. Cette palette de couleur vient des sédiments ainsi que de algues présents dans la lagune. Nymphe et moi restons en position latérale de sécurité chacun sur une des banquettes de la jeep à mâcher nos feuilles de coca tandis que les autres gambadent parmi les flamants roses et les lamas qui s’abreuvent au bord de la lagune.
Nous repartons environ une heure avant le coucher du soleil et le chauffeur nous annonce que nous avons environ une heure et demi de route avant d’arriver à l’auberge où nous passerons la nuit. Le temps passe assez vite dans les blagues et les rires et nous arrivons enfin à Villa del Mar, le petit village où nous allons passer la nuit qui était déjà tombée. On nous sert un bon repas chaud durant lequel un des chauffeurs viens vers nous et nous demande si ce serait possible de jouer quelques morceaux pour le staff de l’auberge et les quelques autres touristes qui y passent la nuit. Après consensus, on accepte et tout le monde sort son instrument. Enfin, tout le monde sauf Adel dont la grosse caisse contient la moitié de ses habits et prendrait une trentaine de minutes à démonter, vider et remonter. Il finit par prendre juste une cloche en se disant que ça allait passer. Les gens filment et profitent du set bien que faux à cause de l’altitude et du froid. Nous allons ensuite tous dans nos chambres nous abriter sous nos couettes et profiter d’une nuit de sommeil bien méritée.
Le lendemain matin, réveil à 7h30 pour aller prendre le petit-déjeuner et partir à 9h tapantes. On commence donc à charger la tonne de bagages à 9h20. Lionel, Nymphe et moi décidons d’aller faire le long du petit village, le tour étant difficile avec une seule rue. A une des extrémités de la rue, nous apercevons un canyon et une queue d’avion qui dépasse. Nous nous mettons à grimper sans hésitation en espérant voir la carcasse de l’engin écrasé. Avec l’inscription « FAB-221 » et quelques recherches sur internet, je comprends qu’il s’agit en fait d’un ULM des forces aériennes boliviennes mais pas plus de détails sur comment il s’est retrouvé au fond de ce canyon. Nous revenons à l’auberge pour constater que seulement un 4x4 sur deux est chargé. Nous partageons notre découverte de l’avion avec les autres qui s’empressent d’aller voir d’eux-mêmes et prenons le relais pour passer les bagages aux chauffeurs qui sont sur le toit des jeeps. 10h passées, nous prenons enfin le départ pour le deuxième jour de notre odyssée.
Une fois dans la jeep et vu les effets de l’altitude sur les non-initiés, nous demandons au conducteur si c’est possible d’acheter des feuilles de coca dans le village. Il nous dépose dans une petite épicerie et nous rentrons demander ce pour quoi nous sommes venus. Le vendeur nous dit qu’il a des sacs de 30 bolivianos (3€75) et des sacs de 10 bolivianos (1€25). Edmond et moi prenons chacun un sac de 10 en nous disant qu’on en aura pas besoin de beaucoup dans tous les cas. Nous voilà bien surpris donc quand l’épicier reviens de l’arrière-boutique avec deux sacs de la taille d’un œuf d’autruche. Nous rangeons tout ça et c’est reparti. Nous n’avons pas de temps à perdre. Il y a beaucoup de choses à voir aujourd’hui d’après le chauffeur. La jeep commence à s’aventurer dans des paysages de plus en plus rocheux et nous finissons par arriver à notre première étape de la journée : La Copa del Mundo (pas besoin de traduire celle-ci). Nulle explication de la part du conducteur n’est nécessaire : C’est un gros rocher en forme de coupe du monde. On observe l’immense caillou quelques minutes et sommes tout de suite distraits par les autres canyons autour, semblant propices à l’escalade. Alexis, Jean et Lionel, voyant les petites tours de pierres construites par les touristes déjà passés par ici, décident de se lancer dans un projet faramineux et commencent à rassembler les plus belles pierres des alentours pour dresser la plus haute construction du lieu. Pendant ce temps, nous autres prenons des photos tout en haut des rochers impressionnants et redescendons avec précautions petit à petit vers les jeeps. Les retardataires sont nos architectes en herbe qui ont du mal a quitter leur beau dolmen d’un mètre de haut.
La destination suivante est seulement quelques kilomètres plus loin dans la même région rocheuse. On s’arrête devant un énorme rocher en forme de théière. La nature est parfois très imaginative. Le conducteur nous annonce comment les vents et l’érosion ont formé cette merveille naturelle qui d’après les locaux a la forme d’un chameau. Chacun sa vision des choses j’imagine. Nous nous ruons pour escalader la théière et le rocher trois fois plus haut à côté. Nous n’avons pas vu de forme particulière dans cet amas rocheux. A vous d’en juger d’après la photo. Valentin profite du fait qu’on soit tous dispersés à différentes hauteurs du rocher pour faire une belle photo de groupe et nous redescendons en directions des jeeps. Edmond et moi offrons une tournée générale de feuille de coca car certains veulent essayer. Nous n’avons pourtant aucun problème avec l’altitude jusque-là ; nous sommes redescendus aux alentours de 4000 mètres d’altitude, de la rigolade quand on a déjà passé la barre des 5000.
Pour rester dans le même paysage canyonneux, les conducteurs nous emmènent dans un vrai labyrinthe rocheux. Un sable fin jonche le sol plat et d’immenses tours de pierre se dressent tels de gratte-ciels au milieu du désert. Ceci explique en partie le nom de l’endroit : la Ciudad de la Italia Perdida (la Cité de l’Italie Perdue). D’après le chauffeur (et d’après ce que j’ai compris de son espagnol), ce lieu porte ce nom en hommage à deux italiens qui étaient venus explorer l’endroit et qui s’y sont perdu pendant des jours avant de retrouver leur chemin vers la civilisation. Nous nous enfonçons dans la cité de pierre puis descendons des jeeps. Nous commençons à nous aventurer parmi les tours de pierre en repérant bien notre chemin, histoire de ne pas finir comme les deux italiens. On finit par se trouver quelques rochers dont les sommets sont accessibles et entamons l’escalade. Comme d’habitude, nous nous posons un petit moment en haut pour une petite séance photo et pour papoter un peu avec une vue sans pareil sur les canyons d’un côté et le désert de l’autre.
Il est presque midi et avec la matinée d’escalade, les conducteurs nous proposent une pause de 15 minutes au bord d’un point d’eau avec des lamas. Nous nous y posons et profitons de la tranquillité de l’endroit. Quelques malins tentent d’approcher les bêtes. Plusieurs stratégies sont déployées : imitation du cri de l’animal (même si personne ne sait quel bruit fait un lama), dissimulation parmi le troupeau en marchant à quatre pattes, approche en mode 1, 2, 3, soleil… Mais toutes échouent bien évidemment et nous repartons vers les jeeps avec des crampes de rires à l’estomac.
Nous passons devant l’endroit où le déjeuner est prévu mais le conducteur nous annonce que nous allons d’abord aller visiter un lieu proche qui vaut le détour. Nous arrivons sur une plaine à côté d’un canyon et les conducteurs nous disent qu’il faut marcher un peu pour arriver jusqu’au lieu en question. Nous suivons leurs pas experts d’abord sur la plaine puis ensuite au-dessus des rochers. On continue à monter jusqu’au moment où on arrive au bout du rocher. Au-delà, nous apercevons une étendue d’eau noirâtre entourée de canyons. C’est la Luguna Negra. Nous nous posons sur ce bord de rocher, admirons le paysage et redescendons car c’est pas tout ça, mais on a faim.
On nous sert un repas bien copieux à base de riz, de salades diverses et d’un pastel de pàpas, un plat à mi-chemin entre le gratin dauphinois et les lasagnes. Bien entendu, en quelques minutes toutes les assiettes sont vides. Voyant cela, les brésiliens qui font le voyage avec nous dans la troisième jeep, qui ont déjà compris qu’on ne mange pas des quantités normales pour des êtres humains, nous donnent généreusement le reste de leur déjeuner (cet à dire la moitié, à croire qu’eux non plus ne mangent pas non plus des quantités normales pour des êtres humains). Nous repartons le ventre bien rempli. Prochaine destination : el Canyon del Anaconda. Non, cet endroit ne tient pas ce nom d’un gros rocher en forme d’anaconda (ce serait improbable quand même) mais de la rivière sinueuse et verte de vase qui coule tranquillement en bas du canyon. Nous sommes tout en haut de la falaise pour observer ce paysage. Nous allons à la recherche de coins de falaise moins fréquentés des touristes pour être tranquilles.
Pour le prochain arrêt, les conducteurs ont prévu une petite pause au petit village de San Augustin. Nous y trouvons une petite épicerie où nous faisons des courses de sucreries. Certains se posent au soleil sur les bancs de la place principale quand d’autres vont visiter les alentours. Déjà 30 minutes sont passées dans le village et nous devons repartir en direction de notre dernière étape de la journée : une voie ferrée parfaitement rectiligne en plein milieux de nulle part. Cette voie ferrée marque le début de la région désertique du salar d’Uyuni (qui est le programme de la troisième et dernière journée). Ces rails qui semblent s’étendre jusqu’à l’infini disparaissent à l’horizon dans un mirage impressionnant. Nous décidons de mettre à l’épreuve notre sens de l’équilibre et allons essayer de marcher droit sur les rails. Les meilleurs arrivent à enchaîner trois pas avant de poser pied à terre. Nous prenons des photos à la perspective hallucinante et revenons vers les jeeps.
Sur les coups de 16h, on arrive déjà devant un petit bâtiment en périphérie d’un village au milieu de nulle part. Les conducteurs nous expliquent que nous passerons la nuit ici et nous nous empressons donc de prendre chacun un lit dans un des dortoirs pour éviter de se retrouver dans la chambre conjugale que les deux derniers arrivés se partageront. Comme il est encore assez tôt, nous partons à l’exploration des environs. A moins de 200 mètres à l’est, nous tombons sur un endroit assez particulier. Nous voyons des monticules de pierres dressés en dômes. En s’approchant, nous nous apercevons qu’il s’agit en fait du cimetière du village. Les dômes sont en fait des tombeaux dans lesquels un trou laisse apercevoir les ossements du défunt. Le sang glacé, nous continuons notre route vers une zone de canyons qui a l’air idéale pour profiter du coucher du soleil. Émilie règle l’appareil photo, lance un timelapse du coucher du soleil et se joint aux autres posés à rigoler et à lire le livre d’espagnol de Jean sur le sable qui devient de plus en plus froid. Tellement froid que n’avons plus la patience d’attendre la fin du timelapse et refaisons le chemin inverse vers l’auberge dès que le soleil passe derrière la ligne d’horizon montagneuse. Une fois à l’abri du vent froid de l’altiplano, nous profitons d’un bon maté (boisson d’Amérique du sud à base d’infusion de feuilles) de coca et d’une douche chaude pour la modique somme de 10 bolivianos (1€25) pour certains. On nous sert ensuite un repas généreux et même une bouteille de vin par table. A la fin du repas, un des conducteurs vient nous voir et nous demande si ce serait possible de jouer quelques morceaux. Nous acceptons et sortons les instruments. Comme la veille, les gens sortent leurs smartphones et filment tout le set pour garder une trace des déhanchés endiablés des musiciens. Malheureusement, le set ne peut pas durer longtemps car les musiciens commencent déjà à suffoquer à cause de la poussière qui s’élève du sol fait entièrement de sel. Nous rangeons les instruments dans leurs étuis et sortons dehors pour trouver un ciel comme on en a jamais vu auparavant. Des centaines d’étoiles éclairent la voute céleste avec au milieu une Voie Lactée éclatante.
Le lendemain matin, les réveils sonnent à 4h30. Nous faisons rapidement nos sacs et les chargeons sur les jeeps. Il faut partir vite pour ne pas rater le lever du soleil sur le salar d’Uyuni. Nous continuons la nuit dans les voitures et arrivons vers 6h du matin à l’entrée du Salar. Les jeeps roulent sur une route au beau milieu de ce qui semble être un lac immense. C’est en réalité juste une couche d’eau de quelques centimètres au-dessus de la mer de sel que sont les alentours. Ce miroir d’eau salée reflète parfaitement les montagnes à l’horizon donnant ainsi un paysage de lever de soleil qu’on ne voit qu’une fois dans une vie.
Nous prenons la route (enfin la piste de sel) ensuite vers notre prochaine destination où nous attend le petit-déjeuner. Pour y arriver, les deux jeeps roulent l’une à côté de l’autre pendant une heure sans sembler avancer tant le paysage est plat et uniformément blanc dans cette mer de sel de plus de 10000 kilomètres carrés.
Nous arrivons ensuite à l’Île Incahuasi (oui une ile au milieu du désert). Cette colline de corail est en fait une ile uniquement pendant les quelques jours de l’année où le salar et recouvert d’eau (comme à l’endroit du lever du soleil). Ça peut paraitre absurde de dire que cette île est formée de corail alors qu’elle se trouve à 4000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Mais tout s’explique quand on apprend que le salar est en fait une partie de mer qui s’est retrouvée coincée par la formation de montagnes autour et dont l’eau s’est évaporée en laissant tout ce sel. Cette île est surtout connue pour sa multitude de cactus imposants pouvant aller jusqu’à 4 mètres de haut, avec une taille record de 12 mètres pour le plus haut cactus de l’île. Nous escaladons le chemin aménagé de la colline pour arriver au sommet où nous observons l’immensité du salar et le sel qui s’étend à perte de vue à l’horizon. On se dit même qu’avec un peu d’imagination, on peut très facilement imaginer l’eau qui à dû se trouver à un moment sur ces terres. Après une demi-heure passée à flâner et prendre des photos, nous redescendons pour le petit-déjeuner qui nous attend sur le parking.
Au moment du départ, nous partageons aux conducteurs que nous aimerions nous arrêter une petite heure au milieu du salar à un endroit peu fréquenté des touristes. Le but de cette pause est de faire des photos défiant la perspective et trompant la logique mais aussi de profiter de ce cadre unique pour tourner un clip pour un de nos morceaux. Ils acceptent volontiers et nous emmènent à un endroit tout à fait comme on l’imaginait. Quelle que soit la direction dans laquelle on regarde, il y a du sel jusqu’à l’horizon. Nous nous empressons de décharger la jeep qui emmène les instruments et nous mettons en position pour filmer. Les brésiliens restent nous regarder un petit moment et finissent par partir au bout de 30 minutes du même morceau joué en boucle et filmé de tous les côtés. Voilà déjà presque une heure que nous nous sommes arrêtés et le tournage arrive à son terme. Nous ne rangeons néanmoins pas les instruments tout de suite. Il est d’usage au salar d’Uyuni de faire des photos qui jouent avec la perspective et le fait qu’il n’y ait aucun point de repère dans le paysage (vous comprendrez ce que je veux dire avec cette photo :
Nous repartons donc, toutes cartes mémoires remplies et batteries vidées, vers ce qui reste de l’aventure. Nous voyons une petite construction à l’endroit où les conducteurs nous arrêtent. C’est le plus vieil hôtel de sel du salar. Maintenant, il n’a plus d’hôtel que le nom, car il n’est plus en service mais sert plutôt de checkpoint touristique où on peut acheter des souvenirs. A côté de l’hôtel, un petit espace est réservé aux drapeaux que les touristes plantent là. Il y en a des énormes et on ne manque pas d’apercevoir le drapeau breton bien entendu, présent à toute occasion. A quelques mètres, une petite construction de sel se dresse en l’honneur du Dakar qui passe chaque année par le salar d’Uyuni depuis 2014.
Nous revoici de nouveau dans les jeeps. A l’approche de Colchani, nous passons devant les mines de sel de cette région de salar. Il n’y a là que des monticules de sel gratté et rassemblé pour ensuite être ramené aux raffineries de Colchani pour être traité. Nous décidons de ne pas s’y arrêter et continuons notre route. On arrive enfin à Uyuni, point final de notre périple. Nos guides nous amènent tout de suite au restaurant prévu pour le déjeuner car ils savent maintenant que nous ne prenons pas le sujet de la nourriture à la légère. On nous y sert un repas bien nourrissant et, alors qu’on pensait le tour est fini, les conducteurs nous invitent à remonter dans les jeeps et nous annoncent que nous avons encore un lieu à visiter. Nous ressortons de la ville et nous retrouvons de nouveau en milieux désertique. On arrive très vite donc à l’ultime stop du voyage : le Cimetière de Trains d’Uyuni. On y trouve des carcasses de locomotives de la fin du XIX siècle. Abandonnés là, ces trains appartiennent au patrimoine de la ville et attirent les touristes aussi bien que les taggueurs. Nous y flânons une bonne demi-heure et grimpons les véhicules en nous prenons pour des gangsters du Far West en plein braquage.
On nous amène ensuite en ville, juste à côté de la gare ferroviaire car nous prenons le train pour Oruro le soir même. Nous partons à la recherche de cartes sim, de wifi et de bon café pour faire passer la fin de l’après-midi. Nous disons aussi au revoir à Nymphe qui prend le bus pour Potosi, la prochaine destination de son voyage qui s’organise au jour le jour. Mais ce n’est qu’un au revoir, car nous la reverrons à Lima lorsqu’elle y passera. La nuit tombée, nous “gîtanisons” dans la gare jusqu’à minuit passé, heure où nous embarquons vers deux semaines parmi les Chipayas.
A la prochaine pour de nouvelles aventures,
Selim
Voyage - Santiago & Valparaiso - 23 au 29 avril
23 avril, 15h50 - Aéroport de Santiago
Nous faisons nos premiers pas sur le continent sud-américain, vivant un drôle de voyage temporel qui nous amène seulement 4 heures après notre décollage de Suva, vers midi le même jour. Un peu confus mais reposés d'avoir dormi pendant les vols, nous sortons du terminal pour retrouver Catalina, qui nous accueille dans sa ville. Nous chargeons nos bagages - plus légers que les fois précédentes puisqu'un sac est parti vivre sa vie lors de notre escale en Nouvelle-Zélande - et roulons vers la capitale chilienne, dans laquelle nous passerons quelques jours.
Nos affaires s'entassent sous l'escalier de la maison de Catalina et nous repartons rapidement en direction du centre-ville : un plan d'attaque a été défini depuis les Fidjis, nous aurons un concert tous les soirs, en commençant immédiatement. Ce premier concert a été l'occasion de retrouver des amis chiliens de Centrale, ce qui illumina la soirée et nous permit en plus de découvrir un aspect de la street food chilienne : les churrasco, lomito et autres hot-dogs completo, d'incroyables sandwichs avec de la viande, de l'avocat et de la tomate ou du fromage - de quoi satisfaire les besoins en gras de notre groupe d'affamés. Cette journée qui dure déjà depuis 34 heures - à quelques siestes près - ne demande qu'à s'achever par une bonne nuit de sommeil, ce qui nous est accordé grâce aux lits, matelas, canapés et tapis de chez Catalina, qui nous loge avec beaucoup d'hospitalité.
Le lendemain nous retrouvons Rodrigo, un ami qui habite Santiago mais aussi tromboniste à la Band'a Joe, qui va nous mener vers les meilleurs endroits de la ville où jouer pour les passants. Instruments sur le dos, nous parcourons les rues jusqu'à arriver à la Plaza de Armas, bordée de rues piétonnes commerçantes à l'air idéales pour nous. Ravis, nous déplions notre bannière et montons les instruments, quand deux carabineros qui passaient par là nous invitent gentiment à ne pas en faire plus, au risque d'une amende. Ils nous conseillent d'aller dans un autre quartier de la ville où nous pourrons jouer plus tranquillement. Un peu déçus, nous profitons quand même d'être dans le centre-ville pour s'équiper de cartes sims et déjeuner - encore une fois à base de viande grasse et d'avocat. C'est l'occasion pour tous les non hispanophones de se rendre compte de l'erreur stratégique qu'ils ont fait, sachant que pas un commerçant n'a l'air de vouloir parler autre chose qu'espagnol, et ce, dans la capitale du Chili. Cela fait, nous marchons vers notre terre promise de la musique de rue, avec un petit arrêt touristique au parc Cerro Santa Lucia, qui offre une jolie vue sur la ville.
Enfin nous trouvons un endroit, certes pas idéal, mais où ni voisins, ni commerçants, ni carabiniers vêtus de vert n'y trouvent quelque chose à redire. Quelques morceaux sont joués, attirant l'intérêt des passants et presque assez de pesos pour faire un cadeau à la maman de Catalina en remerciement de son accueil chaleureux.
Mais le soleil ne va pas tarder à se coucher derrière les montagnes qui entourent la ville, nous devons donc nous hâter vers le concert du soir : un bar conseillé par Rodrigo, un peu excentré mais à l'air plutôt enthousiaste quant à notre venue. Après deux bus et une petite sieste, nous arrivons dans un quartier à l'air résidentiel, dans lequel nous trouvons le Robert Nesta Bar. Nous sommes accueillis par une décoration atypique et travaillée à base de recup, de tentures et de coussins et par des gens souriants et anglophones qui travaillent ici. Nous sommes gâtés de bière artisanale et de pizzas maisons, pendant que le bar se remplit et que d'autres musiciens jouent sur la scène. Enfin, c'est à nous, nos morceaux s'enchainent et semblent plaire, le dance floor se remplit, les story instagram pleuvent et on pardonne même l'espagnol mêlé d'anglais de notre speaker encore peu accoutumé à ce difficile exercice. Ce set doit malheureusement se terminer quand les gérants du bar annoncent la fermeture. En tant que musiciens nous pouvons rester un peu et discutons avec les gérants de l'histoire du bar, à la base salle de répétition pour un groupe de musique, transformé par le groupe d'amis qui le gère de nos jours en un lieu de musique, de fête et de bonne bière. L'heure tourne, les plus fatigués ou enrhumés par le changement de climat soudain commencent à trouver les canapés bien confortables et le bar va fermer pour de bon. Chacun est donc mis dans un uber par les plus lucides à cette heure et ramené tant bien que mal dans son lit, où il pourra ronfler en paix.
Le lendemain, un nouveau plan de bataille nous attend : nous avons décidé de préparer le dîner du soir chez Catalina, pour remercier sa mère de son hospitalité. Nous ferons un plat qui nous semble à la fois à peu près français et facile à préparer : des crêpes.
Le plan d'attaque est le suivant :
Une première équipe de courageux lève tôt se tire dès l'aurore de son lit et se rend à un supermarché pour réunir tous les ingrédients nécessaires. Une fois revenus de cette première quête ils commencent la préparation des crêpes, d'abord avec la pâte puis en cuisant les crêpes.
Une deuxième équipe prend ensuite le relais en continuant à cuire la pâte puis, à l'approche du repas, garnit les crêpes salées d'un oeuf, de jambon et d'oignons caramélisés.
Ce plan se réalisera à merveille et même mieux que prévu grâce à la main un peu lourde de l'équipe du matin sur la quantité de pâte à crêpes nécessaire. Chacun pût se régaler de crêpes salées et sucrées accompagnées de pisco sour, un cocktail contenant notamment du pisco et du blanc d'œuf, une spécialité chilienne.
Cette journée fut aussi l'occasion pour certains de visiter la ville lors d'un tour à pieds dans le centre-ville avec quelques explications sur l'histoire du pays.
Plaza de Armas
La Moneda, siège de la présidence du Chili
Le lendemain, nous partons pour Valparaíso, à 1h de bus de Santiago. La ville est située sur la côte, réputée pour ses constructions colorées à flanc de colline, son port, et son ambiance propice à l'art et à la musique. Dans cette aventure nous sommes accompagnés par Rodrigo, qui se révèlera être un atout certain pour trouver tout type de bons plans, en plus d'apporter son sourire et sa bonne humeur.
Dès notre arrivée, nous nous dirigeons avec tous nos instruments en direction du port. Sur le chemin nous sommes arrêtés à un coin de rue par une offre à laquelle plusieurs d’entre nous cèdent : le kilo de fraises à 1000 pesos (soit 1,30€).
Le paradis
A partir de ce moment il faut imaginer le reste du trajet avec quelques personnes piochant en continu des fraises dans une réserve infinie, avec les doigts rouges et collants et l’estomac rempli des délicieux fruits jusqu’à ne plus pouvoir en manger. Au port nous trouvons un bateau de plaisance qui accepte de prendre notre groupe et sa quantité absurde de bagages pour un petit tour en mer guidé. Nous admirons la ville depuis la mer, avec ses nombreuses collines recouvertes d'habitations, naviguant entre les porte-containers et bateaux de la flotte chilienne, et croisons quelques mammifères marins qui se dorent au soleil.
Après cette jolie balade nous avons retrouvé la terre ferme pour goûter de fameux empenadas (pâte brisée ou feuilletée, fourrée de fromage fondu, ou viande et oignons et divers légumes), avant de partir en quête d'un endroit où jouer dans la rue. Ici, le problème est tout autre qu'à Santiago, personne ne nous empêche de jouer, si ce n'est d'autres groupes de musique déjà installés dans les meilleurs spots de la ville. Après avoir erré quelques temps entre places occupées par des guitaristes-chanteurs dignes du parvis de l'Opéra et carrefours ambiancés par des groupes locaux, nous avons fini par trouver un lieu et un créneau disponible pour jouer. Les gens s'attroupent autour de notre coin de la Plaza Anibal Pinto, un chien des rues vient s'allonger sur notre tenture pour être aux premières loges.
Après quelques morceaux sous le soleil, nous reprenons toutes nos affaires, direction l'hostel où nous dormirons. On s'y installe rapidement puis partons, plus légers, pour une visite guidée de la ville. Deux versions sont proposées : une première avec une guide française qui propose une visite culturelle et historique, une deuxième en suivant Rodrigo dans une balade sur les collines de la ville en apprenant l'espagnol. Les deux groupes ont pu découvrir la beauté du quartier de cerro Alegre, recouvert de fresques et d'art, et donnant une jolie vue sur le port.
Le deuxième groupe décide de finir sa visite en goûtant une spécialité locale : le terremoto, boisson à base de vin et de glace, entre autres ingrédients. Le bar El Gato En La Ventana semble être l'endroit idéal, d'autant plus que - comme son nom l'indique - il serait la demeure de quelques chats, ce qui est un atout majeur. Après un voyage dans un des fameux ascenceurs pour descendre d’une colline (un genre de funiculaire très raide qui permet de se rendre sans effort sur une colline), le groupe arrive devant le bar pour le trouver fermé malheureusement. Un employé venu préparer l'ouverture du bar est interpellé par Rodrigo qui mène finement la conversation jusqu'à obtenir une proposition de concert dans ce bar, le soir même. Satisfait, le groupe part célébrer cette bonne nouvelle avec d'énormes Chorillanas, encore une spécialité exceptionnelle à base de frites, œufs, viande et gras.
Quelques heures plus tard, tout le monde se retrouve au bar en avance, puis il est décidé de commencer par jouer dans la rue car elle est très animée le soir. Nous rassemblons encore une fois passants et chiens des rues, avec ces derniers qui accompagnent nos morceaux de leurs aboiements.
Nous retournons ensuite au bar où nous devons jouer plus tard et écoutons le groupe qui passe avant nous, découvrant des sonorités nouvelles mais que nous retrouverons souvent dans les mois prochains. À notre tour de monter sur scène, nous ne sommes pas rassurés car la salle n'est pas très remplie et les gens sont tous assis à une table, ce qui n'est pas idéal pour danser. Bonnes surprises : la scène est large et l'acoustique de la salle est très bonne. La qualité musicale s'en ressent, chacun prenant beaucoup de plaisir à jouer, et cela semble plaire au public qui écoute attentivement et applaudit chaque morceau. La fatigue nous rattrape et nous rentrons nous coucher, après avoir décidé de rester un jour et un soir de plus dans cette ville pour mieux en profiter.
La journée du lendemain nous permet de visiter encore la ville, un peu plus tranquillement. On se promène dans les hauteurs de la ville, certains vont jusqu'à la Sebastina, maison de Pablo Neruda profiter de la vue imprenable puis descendent vers un musée d'art en plein air, tandis que d'autres profitent du beau temps au parc du centre culturel Ex Carcel.
Le soir nous jouons au bar El Viaje après quelques morceaux dans la rue pour attirer les passants. La tactique - normalement sans faille - échoue en partie quand le public est attiré en chemin par un autre brassband qui joue un peu plus bas dans la même rue. Le bar se remplit au fil des chansons et la soirée prend une bonne tournure. Après le concert nous sortons devant le bar et profitons des chants d'un groupe de plusieurs personnes qui font un chœur dont la beauté nous fait rester dans le froid, debouts sur les pavés. Certains, frappés de fatigue rentrent se coucher tandis que d'autres font durer la soirée dans les rues toujours animées du centre ville.
Nous repartons pour Santiago le lendemain matin, pour notre dernière journée avant le départ en avion pour San Pedro de Atacama, au nord du pays. Une fois dans la capitale, plusieurs groupes se forment. Une majorité rentre chez Catalina pour se reposer, certains vont en quête d'accessoires de saxophones divers, ou profitent de la journée pour revoir des amis en stage de césure à Santiago. Le sac vagabond égaré lors du dernier vol retrouva son chemin jusqu'à son propriétaire, juste à temps pour notre départ. Le soir, nous rentrons tous chez Catalina pour une dernière soirée avec barbecue et le fameux piscola (cocktail pisco et coca).
Après quelques heures de sommeil tout le monde est tiré de son lit de force et nous allons à l'aéroport avec presque toutes nos affaires - quelques sous vêtements sortis d'une lessive furent légués à la maman de Catalina. Tout le monde embarque sans gros problème mais parfois dans un état proche du sommeil, certains se réveilleront vraiment seulement dans quelques heures, à l'aéroport de Calama, pour de nouvelles aventures que nous vous raconterons dans un prochain article
Emilie
Ateliers à Suva Primary School - Petites histoires
8h16 (UTC+12), Suva.
Le salon de notre maison commune est en ébullition : certains engouffrent une ultime bouchée de tartine au beurre de cacahouètes, d’autres attrapent divers objets incongrus (ecocups, enceinte bluetooth, flutes, petites balles, feuilles et stylo, ou tubes de PVC coupés), le reste est déjà devant la porte, prêts à partir, lançant quelques encouragements aux retardataires. Enfin, après avoir hélé quelques taxis (très courants aux Fidjis et abordables quand on s’y serre à 4 ou 5) et affronté le léger trafic du matin, nous nous retrouvons pile à l’heure devant la porte de la Suva Primary School. Dès notre entrée dans la cour, une nuée de filles en robe colorée et de garçons en chemise et short gris se presse autour de chaque binôme. « What are we doing today? Did you bring the drums? Are we going to play cowboy??”. Les groupes s’installent dans leur espace (salle de classe ou coin de cour délimité par un tapis), les retardataires arrivent en courant et en rigolant, l’atelier va commencer !
A Suva Primary School, nous étions organisés en 6 binômes de 2 animateurs qui s’occupaient chacun de 2 groupes d’une dizaine d’enfants des classes de Year 2, Year 3 et Year 4 (7 à 10 ans). Un premier atelier avait lieu à 8h30 avec un premier groupe, puis un deuxième à 9h30 avec le second groupe. Bien que nous avions tous des objectifs communs chaque semaine pour les enfants (apprentissage de rythmes, de chansons, construction d’instruments puis spectacle), les binômes gardaient une grande liberté dans la préparation et la réalisation de leurs ateliers. Les groupes d’enfants étaient également tous très différents, allant de la classe modèle à la plus difficile à tenir. Pour donner une idée de ce que chaque groupe a pu vivre, interrogeons donc chaque binôme pour voir ce qu’ils ont à nous raconter…
Adel et Benjamin
- Un atelier que votre groupe a adoré ?
Ils ont adoré le jour où on leur a fait une petite initiation à la flûte à bec ! On avait amené des flûtes, avec pour but de leur apprendre à jouer un petit truc simple comme « Frère Jacques ».
On commence l’atelier en leur montrant comment boucher les trous de la flûte les uns après les autres pour faire une gamme. Ils sont tout excités, mais ont presque tous le même problème : leurs mains et leurs doigts sont petits, ce qui fait qu’ils n’arrivent pas toujours à faire les bonnes notes. Ça allait pour la première main, puis ensuite quand il fallait mettre la deuxième, ils enlevaient la première. En plus de ça, ils ne comprenaient pas vraiment pourquoi ils ne faisaient pas les bonnes notes, n’ayant jamais fait de musique avant. On essaye de leur expliquer comme on peut, mais difficile de surpasser leur problème de taille et de dextérité.
Beaucoup d’application malgré la difficulté
Ils pensaient que c'était facile au début, mais ils se sont vite rendu compte sue c'était plus dur que prévu. Seule une fille a réussi à jouer Frère Jacques à la fin de cet atelier. Mais malgré ces difficultés, on a été surpris par leur détermination et par le fait qu'ils en redemandaient à la fin ! Du coup on a ramené les flûtes le lendemain et on leur a fait travailler la même chose : à la fin ils réussissaient tous à boucher correctement les premiers trous, et à faire des notes correctes. Tous les enfants arrivaient à faire les premières notes de « Frère Jacques » donc on leur a fait jouer le début tous ensemble. Malheureusement on n’a pas continué les séances d'après car on est passé à la construction d’instruments, ce qui les a aussi bien emballés.
Leur jeu préféré : « fisherman » !
Le jeu est super simple, d’ailleurs on ne comprenait pas forcément pourquoi ils l’adoraient autant, mais en tout cas à chaque fois qu’on demandait quel jeu ils voulaient faire en fin d’atelier, c’était celui-là qu’ils réclamaient. Même au moment de la sonnerie, ils voulaient encore continuer à jouer, autant de fois que possible.
Le « fisherman » c’est un « poisson-pêcheur », le classique jeu de colo où un groupe de « pêcheurs » choisit un nombre et forme une ronde en levant les bras, puis les autres enfants (les « poissons ») doivent passer à l’intérieur de la ronde pendant que les pêcheurs comptent. Quand le nombre choisi est atteint, le filet est fermé (les pêcheurs baissent les bras) et tous les poissons à l’intérieur sont attrapés et doivent rejoindre l’équipe des pêcheurs.
Alexis et Tony
Alexis et Tony avaient deux groupes d’enfants très différents : le premier était un groupe de filles toutes gentilles et douées, le deuxième était un peu plus difficile.
- Vous aviez un groupe un peu difficile, quel est le pire coup qu’ils vont ont fait ?
Un jour, un des enfants – un des moins attentifs – s’est mis à se jeter par terre. Mais littéralement se jeter comme un sac. Ou alors tomber comme abattu par un mal horrible, mais sans aucune raison. En voyant cette nouvelle activité passionnante, tous les autres se sont mis à l’imiter en rigolant, alors qu’on les regardait, ébahis. Une variante consistait à se jeter aux pieds de l'autre pour lancer un mini duel qui finissait en pleurs des deux opposants. Impossible de les raisonner, c’était l’horreur de les calmer. Heureusement, ils se sont lassés et on a pu retrouver un peu de normalité à l’atelier suivant.
- Un moment drôle avec eux ?
Un vendredi matin, juste avant Pâques, il y avait un genre de fête à l’école alors les enfants étaient tous bien habillés ou déguisés. Un de nos enfants est arrivé en atelier tout fier de son costume : il était déguisé en ange, avec d’énormes ailes garnies de plumes. Malheureusement, cela a donné de bonnes idées à ses amis qui se sont amusés à le plumer petit à petit.
Une autre histoire : lors d’un des premiers ateliers, nous avons proposé aux enfants de jouer aux chaises musicales pour finir l’atelier. C’est quelque chose que nous faisions souvent au Cambodge et qui marchait toujours bien. Le jeu est simple : les enfants marchent autour de chaises (il y a une chaise de moins que le nombre d’enfants) pendant que l’un de nous joue de son instrument. Quand il arrête les enfants doivent s’asseoir sur une chaise, celui qui n’a pas de chaise a perdu et est éliminé, puis le jeu continue avec les autres en enlevant encore une chaise. Nous ne connaissions pas encore bien ce groupe et ne pouvions nous douter de ce qui allait arriver. Les enfants, fans du jeu et voulant gagner à tout prix, finissaient par se pousser les uns les autres pour avoir une chaise. Forcément, un enfant un peu bousculé s’est mis à pleurer. Un des autres, le plus frêle du groupe, a dit en nous regardant d’un air sérieux : « si on continue ce jeu, on va tous mourir ». Attendris, nous avons quand même continué un peu le jeu – sans conséquence sur la santé de nos petits monstres.
Un exemple d’atelier de chaise musical (Edmond et Valentin)
- Et votre autre groupe, comment ça se passaient ?
Nous avions aussi un groupe constitué principalement de filles. Ces enfants étaient super enthousiastes et plutôt doués. Par exemple ils ont adoré la cup song (rythme fait en tapant sur des écocups, inspiré de la célèbre chanson) ! On a passé un atelier à leur apprendre, puis aux ateliers suivants, on les voyait s’amuser à reproduire le motif avec tout en n’importe quoi. N’ayant pas d’écocup sous la main, ils utilisaient ce qu’ils avaient qui y ressemblait : trousse, bouteille d’eau vide. On les soupçonne même de s’être entraînés chez eux car on les voyait progresser entre deux ateliers.
La cup song : un atelier adoré par tous les groupes (ici les enfants du groupe Emilie et Tim)
- Une anecdote rigolote ?
A la fin des ateliers on leur demandait ce qu'ils voulaient faire comme jeu, en choisissant parmi les jeux qu’on leur avait déjà appris. Un jour, pour changer, nous avons demandé aux enfants de proposer eux-mêmes un jeu. Une fille s’est portée volontaire et a donc expliqué à tout le monde son " jeu" : elle a mis les enfants par groupe, chaque groupe ayant une couleur et étant soigneusement noté au tableau. Les groupes se répartissent dans la pièce et elle explique : il faut choisir puis chanter une chanson ce qui permet de gagner un point ou pas. La distribution des points par la petite chef du jeu suit le critère assez arbitraire de « je trouve ça bien ou pas bien ». Une souris verte chantée par Alexis et moi se vit ainsi attribuer 1 point, après hésitation. Nous étions étonnés de voir que les autres enfants ne remettaient pas du tout en cause cette notation arbitraire, même s’ils ne recevaient pas de point, et étaient même plutôt enthousiastes. Malheureusement ce jeu absurde mais mignon dût être interrompu avant sa fin : il était l'heure de commencer notre deuxième atelier, de retrouver nos enfants terribles.
Ewan et Laurent
Ewan, Laurent et leurs deux groupes en même temps
- Un moment qui vous a surpris ?
Tout semblait indiquer que ce matin allait être un atelier comme les autres. Un dernier détail restait à régler pour trouver un petit moyen ludique, bref et simple de concentrer le groupe et commencer l'atelier.
Une idée nous vint alors, ce petit jeu stupide, un peu casse-tête à expliquer mais très rapide à comprendre par induction une fois le jeu lancé. Le jeu est simple : on se compte. Les règles : chacun ne parle qu'une seule fois, dit un nombre, le groupe ne se concerte pas (donc ne parle pas en dehors du compte) ; si deux personnes parlent en même temps, annonce un chiffre en même temps : c'est perdu (le dénombrement étant raté) ! Le but : arriver le plus loin possible dans le compte.
En théorie, deux minutes et c'était bon !
Nous expliquons les règles, montrons un exemple simple et les enfants visiblement très enthousiastes semblent avoir compris les règles. Je lance alors le jeu par un simple "Top!" en claquant des mains... Et les enfants répondent instantanément d'un cri en chœur : "Un!".
Presque oui..! On réexplique les règles, on relance, même résultat.
Ewan : OK. Presque. Prêt..? TOP!
Toute la classe d'une même voix : UN !
Cette fois-ci le bonheur est complet, certains se lèvent et courent partout, sautent de joies devant nos yeux incrédules. Après une minute d'euphorie, interruption du jeu et explication :
Ewan : Alors, si vous remarquez qu'en faisant exactement la même chose 20 fois d'affilée ça ne marche pas, ça peut peut-être éventuellement dire que ce n'est pas la bonne technique !
La classe en chœur : OK !
Laurent : Bon, alors on va faire un dernier essai et cette fois-ci tentez de ne pas répondre tous "UN !" immédiatement et simultanément ! N'oubliez pas que l'objectif est d'arriver jusqu'à 8 puisque vous êtes 8.
Ewan : Donc, par exemple si je dis Top..
La classe en chœur, sautant de joie : "UN !", et courant ensuite partout dans la salle.
Laurent : Mais non mais c'était un exemple..!
Ewan : OK.. Donc, écoutez juste ; ne parlez pas ; on va vous montrer un exemple avec Laurent.. Donc si je dis "Top"!..
Les enfants répondent à l'unisson d'un même cri de joie et certains se lèvent même pour courir dans la classe en levant les bas au ciel d'un air vainqueur, convaincus d'avoir percé les secrets d'un jeu complexe.
Après quelques efforts et des techniques secrètes d'explication, nous parvenons à ramener le silence dans la classe et à leur faire comprendre que Laurent va commencer seul le compte suite au "Top", pour débloquer la situation et les faire monter plus loin dans le compte :
Ewan : Top !
Laurent : 1 !
La classe entière, immédiatement, simultanément, parlant comme un seul enfant fou de joie : 2 !
Quelques minutes passent encore, avant que nous finissions par interrompre le jeu en leur disant qu'ils ont malheureusement perdu, ce qui a l'air de les décevoir, sans qu'ils ne comprennent davantage la raison de leur échec.
Par un quelconque miracle, le groupe plus jeune de l'atelier suivant arriva quant à lui très rapidement jusqu'à 8 (sur 12).
Jean et Lionel
- Quel était le point fort de votre groupe ?
Nos enfants étaient de très bons chanteurs ! Ils étaient capables de très bien chanter et pouvaient même inventer d’autres voix sur les chansons qu’on leur proposait. On s’en est rendu compte dès le début des ateliers quand on leur a fait chanter le célèbre « O when the saints », qu’ils connaissaient déjà en plus et qu’ils chantaient très bien. On en a profité pour leur apprendre plein de chansons. On leur a fait chanter Frère Jacques, une chanson de Pirates des Caraïbes, le classique « Le Lion est mort ce soir », « Ohio » de Justice que nous avons ensuite fait avec les autres groupes au spectacle, et enfin « Friends » qu’un des groupes a chanté au spectacle à la fin de sa scène.
Echauffement de la voix : important avant de chanter
On leur a aussi appris la célèbre chanson pour enfants en français : « Les petits poissons ». Et là c’est une autre histoire marquante de nos ateliers : on ne pouvait pas du tout s’attendre à la réaction que les enfants ont eue. Quand on a commencé à chanter pour leur montrer le morceau, toutes les filles de la classe se sont mises à ne plus bouger, en ayant l’air toutes tristes. On leur a parlé et on leur a demandé ce qui n’allait pas, mais elles ne voulaient pas répondre, on ne pouvait rien faire. Bon, au final on leur a quand même fait chanter la chanson pour le spectacle, et ça allait mieux, la tristesse inexpliquée était passée. On n’a jamais su ce qui a provoqué ça, ça restera un mystère.
- Un atelier que vous avez bien aimé ?
Le premier jour avec eux, on a présenté l’atelier comme un jeu télévisé pour le rendre plus amusant : nous les animateurs on était les présentateurs, et les enfants étaient les participants au jeu. On a utilisé ce cadre pour d’abord se présenter, puisqu'on ne se connaissait pas encore, puis pour leur faire deviner le nom des différents instruments (présentés la veille), et enfin pour leur faire apprendre des petits rythmes et les faire chanter pour gagner des points dans le “jeu”. Tout le long, on restait dans la peau de notre personnage et un des groupes a vraiment adoré et a bien joué le jeu !
Pour plusieurs de nos ateliers on faisait une histoire qui servait de fil conducteur à l’atelier : ça motivait à fond les enfants et ça servait de transition entre les différentes activités qu’on leur faisait faire. On leur a fait vivre une aventure de pirates avec carte au trésor, puis une quête épique dans un château avec épées et dragons.
Edmond et Valentin
- Une activité avec votre groupe qui n’a pas marchée comme prévu ?
Un matin en atelier nous avons décidé de jouer au jeu du guide aveugle pour commencer sur une note ludique. Ce choix, apparemment anodin, a vite été amèrement regretté.
Le contexte du jeu est le suivant : la salle de classe est divisée en 3 zones, chaque zone étant associée à une note jouée au saxophone. Ensuite, il y a deux étapes :
Première manche : les enfants sont à la file et doivent se rendre un par un à la zone qu’ils pensent être la bonne, suite à la note jouée
Deuxième manche : les enfants sont par paire, un des enfants est « l’aveugle », il a les yeux bandés et son ami doit le guider vers la bonne zone (selon les mêmes règles que précédemment)
Cela parait simple, non ? Détrompez-vous…
On commence par un tour d'essai où on leur a montré les zones et les notes, ils étaient en file et devaient se rendre à la zone qui leur semblait correcte. Chaque enfant allait effectivement à un coin de la salle, mais aucun n'allait au bon. Même après avoir vu un camarade se tromper, ils reproduisaient la même erreur en allant à la même zone – que nous avions déjà indiquée comme étant une erreur. Voulant les empêcher de choisir une zone au hasard ou de se laisser influencer par le choix des autres, on a essayé une nouvelle fois en faisant un décompte de 5 secondes, au bout duquel ils devaient se trouver dans la zone qu’ils pensaient être la bonne. En fait ça a empiré les choses : à partir du début du décompte ils se mettaient à courir frénétiquement entre les zones, jusqu'à finalement perdre puisqu'ils se retrouvaient dans une zone aléatoire, voire même hors de toute zone...
Désespérés, mais souhaitant quand même enchaîner sur la deuxième partie du jeu – un peu plus difficile mais aussi plus ludique – nous avons donc continué, mis les enfants par paire et bandé les yeux de l’un des deux. Au début on essayait de voir s'ils allaient au bon endroit – sait-on jamais. Ce n'était pas le cas. Pour faciliter la tâche on a décidé d'indiquer au guide l'endroit correct avant qu'il ne mène son ami, pour qu’il n’ait plus qu’à indiquer la direction à prendre. Aucun groupe n’a réussi. Certains binômes avaient des problèmes au niveau de la façon de faire du guide : un guide pensait que dire « avance » sans plus de détails à son ami suffirait, un autre s’amusait à envoyer son ami dans le mur plutôt que de le guider vers le bon endroit. Un autre binôme avait un problème autrement intéressant : l'aveugle allait à gauche quand le guide lui disait d'aller à droite et inversement. L’enfant connaissait bien sa droite et sa gauche – on a vérifié – pourtant une fois les yeux bandés ça devenait impossible pour lui de s’orienter…
Ce jeu qui avait super bien fonctionné en vingt minutes au Cambodge s'est étiré de la manière dramatique décrite ci-dessus sur l'ensemble de l'atelier d'une heure. Autant dire que nous n’avons jamais réessayé et sommes vite passés à autre chose pour la suite.
Emilie et Tim
- A quel moment les enfants vous ont fait bien rire ?
Les enfants de nos groupes étaient un peu timides au début, mais ont vite appris à nous connaitre et ils ont fini par être assez proches de nous, s’autorisant même quelques petites taquineries…
Un jour je menai un atelier sous la forme d’une histoire (plusieurs exercices et jeux, reliés ensemble par un fil conducteur sous la forme d’un récit d’aventure). Nous imaginions être de braves aventuriers, près à partir pour une journée d’exploration dans la jungle, voire même à la recherche d’un trésor perdu. Je commence l’histoire : « Nous sommes tranquillement chez nous, un matin, et nous nous réveillons ! Nous nous levons de notre lit et nous étirons ! Aaaaaah ça fait du bien ! ». Une petite à côté de moi m’interromps : « Ah mais c’est pour ça qu’aujourd’hui tu portes un pyjama ? » dit-elle en pointant mon pantalon, un des deux seuls pantalons que je possède pour 6 mois, que je portais jusque là sans honte en de nombreuses circonstances. Je bafouille une réponse vaguement affirmative et enchaîne sur la suite, mi-amusée et mi-vexée.
Mais je ne suis pas la seule à avoir été victime de leurs clashs involontaires et adorables.. Pendant un autre atelier, Tim expliquait à tout le groupe de nos Year 4 comment faire un corpo-rythme. Tous les enfants avaient l’air d’écouter attentivement, sauf un petit groupe de 3 filles, pourtant super sages d’habitude. Là elles sont en train de se chuchoter à l’oreille et de glousser en jetant des coups d’œil furtifs Tim. Je leur demande ce qu’il se passe et leur dit de se concentrer, mais elles refusent de m’expliquer. L’atelier continue normalement, puis à la fin, les 3 filles vont voir Tim et l’une d’elle fait office de porte-parole : « Tu ressembles à Justin Bieber avec ta coupe de cheveux », dit-elle avant de rire en se cachant le visage dans les mains – mouvement classique d’enfant fidjien timide. Devant l’air confus et vexé de Tim, elle précise quand même que c’est une bonne chose d’après elle car Justin Bieber est très mignon.
On peut voir ici le pantalon en question ainsi que la coupe de cheveux “Justin Bieber”
Nos ateliers à Suva Primary School, ce sont toutes ces anecdotes, tous ces petits moments drôles, mignons, désespérants, frustrants ou satisfaisants, mais aussi plein d’autres plus banals de temps passé ensemble avec les enfants à les voir progresser, rire, s’amuser, se lâcher.
Nous garderons tous des souvenirs forts de ce - relativement - court passage dans le quotidien de ces enfants. Nous partons demain en direction de la Bolivie, plus précisément vers le Salar de Uyuni, où nous rencontrerons de nouvelles personnes, de nouveaux enfants, sans doute bien différents des enfants Fidjiens. Nous ne doutons pas que cela sera tout aussi riche en découvertes, en surprises et en moments rigolos : on vous racontera !
Emilie
Jacques Nadi : Au revoir les Fidji
Pour aller à la ville touristique de Nadi, au Nord-Ouest de l’île, nous avons pris depuis Suva un bus local empruntant la route côtière, qui est qualifiée d’« autoroute », alors que cette voie correspondrait plutôt à une départementale. Après 5 heures de trajet d’une conduite sportive du chauffeur, nous sommes enfin arrivés à la gare routière de Nadi, puis nous avons enfin réussi à atteindre notre hôtel.
Le lendemain matin, nous sommes séparés en deux groupes, pour faire 2 croisières différentes, la première faisant le tour de nombreuses îles sans s’y arrêter, la seconde plus courte et s’arrêtant sur une île particulière.
Pour la première croisière, nous avons pris un taxi depuis notre hôtel jusqu’à l’embarcadère. Nous avions une marge assez confortable avant le départ de la croisière, mais cette marge a fondu très rapidement à cause d’un accident qui s’est produit sur la route. Nous sommes donc arrivés seulement quelques minutes avant le départ, mais nous avons pu tout de même acheter nos billets et monter dans le bateau. Le navire servant aussi de navette avec différentes îles, il était plein au début mais il s’est progressivement vidé au fur et à mesure de la journée. Nous avons ainsi pu voir de nombreuses îles très différentes les unes des autres : les plus proches étaient des simples îlots, avec du sable, 3 palmiers et un hôtel, mais plus on s’éloignait de Nadi et plus certaines îles apparaissaient comme immense et sauvage. A chaque île ou presque, le processus était le même : un petit bateau nous attendait, quelques personnes montaient et beaucoup descendaient, puis nous allions à l’île suivante.
Après notre déjeuner, servi sur le bateau, nous avons fait demi-tour, pour refaire une grande partie des îles que nous avions déjà parcourus, afin de récupérer une partie des passagers qui étaient descendus pendant la matinée. Cette journée nous aura permis de voir de nombreux paysages exceptionnels, même si nous n’aurons pas pu nous balader sur l’une des îles. En arrivant, un bus nous attendait et déposait les différents passagers jusqu’à leur hôtel, où nous avons pu rejoindre le reste du groupe.
Après un petit déjeuner sommaire à base de fruits et gâteaux du supermarché du coin, nous sommes partis en direction du port de plaisance de Nadi, après avoir durement négocié quelques taxis à un prix décent dans cette ville de tourisme de luxe. Une fois arrivés sur place il est un peu tard et les croisières ne vont pas tarder à partir, pas de temps à perdre. Nous nous renseignons aux différents guichets, tentant de négocier une croisière d'une journée à un prix qui nous permettrait si possible de manger dans les jours qui suivent. Une des compagnies finit par nous convaincre avec un argument de taille : le repas du midi est un buffet à volonté.
Nous embarquons alors sur un petit bateau qui ne tarde pas à démarrer et nous emmène au large, vers une île inconnue. Sur le chemin nous voyons plusieurs îles de différentes tailles. Sur les plus grandes, des hôtels ou des installations de plage, sur les plus petites seulement du sable dépassant de l'eau sur quelques dizaines de mètres carrés.
Nous nous dirigeons enfin vers une île en particulier : elle est assez petite, bordée de sable blanc et d'eaux turquoises. On débarque, puis on part rapidement pour une sortie snorkelling. Avec masque et palmes, nous sommes déposés par bateau au niveau d'un récif de corail, habitat naturel de nombreux poissons. Nous plongeons dans ces eaux translucides et sommes accueillis par un spectacle incroyable : des poissons de toutes les couleurs se fraient entre les coraux et les nageurs. Nous rentrons ensuite sur notre petite île à l'air de carte postale : c'est l'heure de rentabiliser cette croisière en mangeant des quantités inhumaines de nourriture au buffet. Cette noble entreprise ne réussit pas à tout le monde, et certains peinent à finir leur quatrième assiette.
Heureusement, le programme de l'après-midi est propice à la digestion : sieste pour rattraper des nuits de sommeil courtes, baignade, tour de l'île à pieds sur terre et dans l'eau (l'ile n'est vraiment pas très grande). Le tout avec des remix reggae de chansons connues dans les oreilles bien sûr - ça ne serait pas les Fidjis sans ça.
Enfin, nous prenons le bateau et regagnons l'ile principale de Viti Levu, où nous rentrons à notre auberge pour retrouver les autres devant un beau coucher de soleil sur la mer.
Nous avons tous pu nous retrouver le soir, et jouer au bord de la plage, malgré le peu d’envie du personnel de l’hôtel, qui nous a malheureusement interdit de rejouer après un premier set très sympathique, avec un public assez motivé et de plus en plus nombreux.
Le lendemain, pendant que certains sont restés à l‘hôtel, les autres ont décidés d’aller visiter un parc national à côté de Nadi. L’excursion pour le parc national commence par un trajet en pick-up couvert, trajet dans le froid et un temps assez maussade avec beaucoup de vent, mais heureusement, ce trajet aura valu la peine. En arrivant au parc national, nous avons le choix entre deux cascades et nous décidons donc de visiter les deux au cours de la journée. La première des deux était située assez haut, et le chemin n’était pas facile mais très bien indiqué, d’où nous avons pu avoir une très belle vue et nous avons pu faire une belle randonnée.
Ensuite, nous avons décidé de continuer et d’aller visiter la seconde cascade. Le chemin semblait plus plat mais pourtant le temps indiqué était plus long. En réalité, il n’y avait plus aucun chemin qui restait et qui menait à la cascade, et nous avons donc dû traverser la forêt vierge pour y arriver et exulter. En arrivant, nous nous sommes rendu compte qu’il n’y avait littéralement aucun chemin qui menait à la cascade, au mieux des anciennes pistes d’animaux. Nous avons donc pris un autre trajet pour reparti, et cette fois-ci nous avons donc crapahuté au milieu d’un autre pan de la forêt puis des hautes herbes qui entouraient la forêt. Nous sommes donc finalement repartis bien plus tard que prévu du parc National, mais nous avions cependant pu atteindre tous nos objectifs. Le soir venu, nous avons retrouvé le reste du groupe pour jouer une nouvelle fois à côté de notre hôtel, avant de repartir pour Suva.
Après un petit déjeuner assez copieux pour certains, il était temps de repartir pour Suva. Malgré le nombre de personne à la station de bus, et le manque d’envie des employés des compagnies de bus de transporter des instruments assez massifs, nous avons réussi à prendre un bus pour la capitale. A ce moment-là, nous nous sommes séparés de nouveau en 2 groupe, le premier restant à Suva afin de ranger la maison et faire certains impératifs, le reste partant en week-end dans une zone très reculé des Fidji, le village de Namosi.
NDLR : La partie suivante ne comporte pas de photos car il n’y avait aucune prise électrique dans ledit village, et il était donc impossible d’allumer l’appareil photo. Toute la rédaction s’excuse pour le désagrément causé.
Le périple pour Namosi commence le dernier vendredi aux Iles Fidji. A peine arrivés à Suva après trois jours à Nadi, une équipe formée de Jean, Tim, Tony, Adel, Laurent, Edmond et Selim prend le bus direction la gare routière où un rendez-vous est planifié avec Charlotte, Marie et Étienne, collègues de l’Alliance Française, et Dany, le contact du village de Namosi chargé de nous y emmener. Haletant car ayant couru pour ne pas arriver trop en retard au rendez-vous, l’équipe découvre que la règle du Fiji Time de fait pas défaut. En effet, Dany annonce que le camion sensé transporter les touristes au village est coincé dans le bouchons de la capitale et devrait arriver bientôt. Plus d’une heure d’attente après, le camion (oui un camion, avec des petites banquettes installées dans l’espace pour marchandises) arrive enfin. Le groupe de touristes ainsi qu’une dizaine de locaux du village et des kilos de ravitaillement embarque pour plus de trois heures de route montagneuse vers le village de Namosi.
Dès les premiers mètres, le chauffeur du camion mets la musique à fond. Qu’à cela ne tienne, Jean, cédant à la demande des passagers, sort son saxophone et commence à improviser un air sur les musiques passées. Moins de 10km après le départ, le camion s’arrête quelques minutes dans la ville de Lami où Dany explique que c’est ici que les villageois font quelques courses avant de rentrer au village et conseille de faire un tour dans les boutiques. Quelques babioles et sucreries achetées plus tard, le groupe repart dans un autre camion avec seulement Dany et deux autres hommes du village. Quelques kilomètres plus loin, le camion prend à droite et s’engage dans un chemin pentu et caillouteux. Charlotte et Marie, qui étaient déjà allées à Namosi auparavant explique qu’il reste bien deux heures de route sur ce chemin. Pour passer donc le temps, Jean ressort son saxophone et est cette fois accompagné de Tim avec sa petite cymbale et Marie avec son tambourin galicie.
Le camion s’arrête enfin sur le bas-côté et tout le monde suit Charlotte et Marie pour finir le bout de chemin à faire à pied. Le groupe arrive au bord d’une rivière au lit de cailloux qu’il faut traverser (alors qu’il fait nuit noire) pour arriver au village. Tant bien que mal, tout le monde réussi à traverser sans perdre d’affaires dans la rivière. Arrivés au village, Dany désigne les huttes réservées au groupe et chacun y dépose ses affaires avant de se diriger vers la grande hutte qui fait office de salle à manger où un diner royal à base de kassava et de feuilles de dalo (appellation fidjienne du tarot) est servi.
Après une nuit bien reposante, le petit-déjeuner plus que satisfaisant est servi dans la même hutte que la veille au soir et une équipe s’organise pour une matinée de trek avec Dany au sein de la jungle environnante avec comme objectif de magnifique cascades. C’est finalement Edmond, Laurent, Tim, Tony et Jean qui y vont, laissant Adel, Selim, Charlotte, Marie et Étienne au village. Ces derniers finiront par improviser eux même un petit trek en suivant des sentiers tracés entre les bambous. En revenant, ils piquent une tête dans la rivière traversée la veille et font la connaissance de quelques enfants du village. Ne voyant toujours pas revenir le groupe parti avec Dany, ils décident de rentrer et profiter du déjeuner aussi copieux que les repas précédents et font une sieste jusqu’à l’arrivée des randonneurs. Une fois rentrés et repus, une partie de volley s’organise pour tout le monde sauf Selim qui fait la sieste et Edmond qui part voir le guérisseur du village à propos de sa blessure au tibia suite à une petite chute dans la cascade. Ce dernier lui applique de l’huile de coco en appuyant très fort et lui assure que tout ira bien. Après le volley, Dany propose une activité plutôt inédite pour profiter des dernières lueurs du jour : la construction d’un radeau. Les bouts de bambou ramenés de la randonnée sont coupés et attachés ensemble pour confectionner l’insubmersible « HMS No Come Back ». Le courant de la rivière étant particulièrement rapide, personne ne revu plus jamais l’embarcation après son inauguration.
L’heure du repas arrive et tout le monde se dirige vers la hutte principale pour déguster les délicieux mets fidjiens. Par la suite, le groupe se dirige vers le centre du village pour moudre le kava, une plante typique du Pacifique dont les racines séchées et moulues se consomment en infusion autour d’un rituel très important pour les fidjiens. Un cercle se forme autour de l’énorme pilon et chacun à son tour donne une dizaine de coups dans les racines pour les transformer en poudre. Le manque d’expérience (ou de muscles diront certains) fait en sorte que les coups de nos musiciens sont beaucoup moins efficaces et impressionnant que ceux de Dany. Une fois le kava moulu, le groupe retourne à la hutte principale et la cérémonie de kava peut commencer. Un chef et un porte-parole de cérémonie sont désignés et le chef reçoit le premier bol de kava. Il tape une fois dans ses mains, dit « Bula », prend le bol, le fini d’une traite et tape trois fois dans ses mains. Toute l’assemblée frappe trois fois aussi et une autre personne reçoit le bol et fait de même que le chef. Une fois que tout le monde est servi, des discussions sont entreprises dans tous les sens jusqu’au moment où le porte-parole annonce « Taki Taki », ce qui signifie qu’une autre tournée doit être entamée. Entre deux tournées de Kava, Dany attrape une guitare et commence à gratter des rythmes accompagnés par les chants fidjiens des femmes du village présentes à la cérémonie et de Jean au saxophone. Nos touristes décident de partager aussi leurs chants et même leurs danses et montrent La Chapeloise – danse que nous apprenons aux enfants durant les ateliers – aux fidjiens et tout le monde se met à danser en cercle. Peu après minuit, lorsque les estomacs sont aussi plein de kava que le ciel d’étoiles, nos touristes ont la bonne idée de finir cette soirée sur une danse très connue : la Macarena. Jean a toujours son saxophone à la main, Tim attrape une guitare à l’envers afin de taper sur la caisse de résonnance et c’est parti pour la danse, avec les fidjiens qui suivent tant bien que mal.
Le lendemain, le réveil est dur pour ceux qui se sont couchés en dernier la veille. Le petit déjeuné est à peine entamé tellement tout le monde est encore plein de kava et tout le monde traverse la rivière pour se diriger vers la route où passe le bus qui ramène à Suva.
Pendant ce temps-là, le reste de l’équipe a profité de ces quelques jours pour ranger notre maison, ainsi que pour vaquer à ses occupations, entre enregistrements, visite et balades dans Suva. Lorsque le groupe fut enfin au complet, il était déjà temps de partir, et après une âpre négociation avec la propriétaire de la maison dans laquelle nous vivions, qui voulait garder une partie de notre caution, nous avons finalement pu partir et atteindre l’aéroport, d’où le reste de notre aventure nous attends !
Emilie, Selim et Valentin
Cyclone, spectacles et ateliers
Cyclone (n.m) : Masse atmosphérique animée d'un mouvement de rotation dans le sens des aiguilles d'une montre dans l'hémisphère Sud), accompagnée de vents forts, d'une baisse barométrique et de précipitations.
Spectacle (n.m) : Ensemble de ce qui se présente au regard, à l'attention, et qui est capable d'éveiller un sentiment
Atelier (n.m) : Groupe de travail constitué autour d'une activité, d'un thème, etc., en particulier dans le domaine de l'enseignement, d'un congrès scientifique, etc.
Ces 3 mots, auxquels on pourrait peut être ajouter week end, requins et poulailler (pour la rime), peuvent à eux seuls résumer notre semaine au Fidji, et peuvent vous préparer à la lecture de ce qui va suivre.
La fin de notre action au Fidji approchait déjà, et nous étions prêt à entamer notre dernière semaine d’ateliers afin de les conclure par un spectacle avec les enfants qui devait être fait le vendredi après-midi. Cependant, un imprévu est venu complètement modifier nos plans : le cyclone Kenny. En effet, ce cyclone devait passer proche des côtes Fidjiennes le lundi 16, et par conséquent, toutes les écoles étaient fermées lundi et mardi. Nous nous sommes donc préparés et avons acheté des conserves et fait des réserves d’eau pour plusieurs jours. Kenny s’est cependant fait attendre, et n’est finalement arrivé que dans la journée de mardi. Nous n’avons pas réellement ressenti les actions du cyclone, qui de notre point de vue ressemblait uniquement à une grosse tempête. Cependant, il a causé de nombreuses coupures de courant et inondations à travers le pays, ce qui a par exemple annulé le week-end que nous avions prévu de passer dans un village au Nord-Est de l’île, ce village étant malheureusement inondé.
Mercredi, une nouvelle surprise nous attendait : la Suva Primary School était bien ouverte, mais seuls quelques élèves étaient présents, et nous n’avons donc pas pu faire d’ateliers. Même s’il ne nous restait plus que 2 ateliers avant le spectacle, nous avons quand même décidé de le faire, afin de donner aux enfants un sentiment d’accomplissement et pour marquer la fin des ateliers. Pour créer ce spectacle, nous nous sommes inspirés d’un évènement qui est arrivé à un membre du groupe, la disparition (temporaire) du saxophone d’Edmond. Alors qu’en réalité il l’avait oublié dans un taxi avant de le retrouver quelques jours plus tard, dans notre histoire, qui se passait dans un monde sous-marin, ce saxophone était volé par des requins, et Edmond était aidé par différents animaux marins : espadons, tortues, dauphins … Qui étaient joué par les enfants. Chaque groupe d’élève, parfois avec un autre groupe, avait donc sa petite scène à jouer afin de constituer l’ensemble de l’histoire. L’ensemble devait se terminer par une scène commune avec tous les enfants, où ils devaient chanter la chanson Ohio, du groupe Justice, pendant que nous la jouions. Nous avons donc passé les ateliers du jeudi et du vendredi matin à préparer au mieux ce spectacle, qui a été fait le vendredi en début d’après-midi devant toute l’école. S’il n’était pas parfait, nous étions cependant de ce que les enfants ont pu apprendre et montrer à leurs camarades de classe, alors qu’ils n’avaient que 2 jours pour le faire. Nous avions ensuite fait nos adieux aux enfants et à l’école, et nous espérions qu’ils retiendraient quelque chose de nous, peut-être en apprenant à jouer de leur instrument « low-tech » que chaque enfant avait construit et gardé avec lui.
Parallèlement à notre action à SPS, nous avons également pu faire un atelier à la Suva Grammar School, un des principaux lycées de la ville, où nous avons pu présenter nos instruments mais aussi travailler le chant et le rythme avec les étudiants en musique de l’école. A côté de cela, nous avons rencontré un groupe local, les Rako Pacefica. Nous avons ainsi pu participer à leur show du vendredi soir, où nous avons pu jouer quelques morceaux et nous avons aussi pu faire une collaboration sur un morceau de notre répertoire, Tio Macaco. Cette rencontre nous a été très enrichissante, d’un point de vue musical avec la découverte d’instruments et de styles de musiques auxquels nous n’étions pas habitués, mais aussi sur le plan humain. Nous avons également pu profiter de l’ensemble de leur spectacle, comprenant chant, danse traditionnels et morceaux d’instruments locaux, principalement des percussions.
Comme dit précédemment, le week-end que nous avions prévu à l’origine a été annulé, mais fort heureusement, nous avons réussi à organiser un autre séjour à la place. Certains sont restés à notre maison de Suva, et ont pu mieux découvrir la ville et les alentours, et notamment le mont Korobaba, le plus haut point en bordure de Suva. Pour les autres, nous avons passé le week-end sur une toute petite île à une vingtaine de kilomètres de la capitale, uniquement habitée par une famille d’occidentaux ayant acheté l’île, et comportant uniquement 3 bungalows et une maison comme installations humaines. Outre l’abondance de noix de coco, quelques cochons et poules étaient élevés, ces dernières étant en liberté et essayant de nous manger notre nourriture dès que c’était possible. Nous avons ainsi pu traverser l’île de part en part, et nous avons également pu explorer les abords de l’île avec masque et tuba, découvrant de nombreux poissons mais également pour certains serpents, murènes, raies ou même un petit requin ! Malheureusement, à cause du cyclone récent et plus généralement des nombreuses choses jetées par l’homme, de nombreuses bouteilles en plastique ou autres déchets étaient échoués sur les plages ou dans les mangroves de l’île, la rendant moins paradisiaque que ce qu’on aurait pu imaginer. Mais l’accueil très chaleureux de nos hôtes nous a permis de vivre un excellent week-end, très dépaysant malgré la courte distance nous séparant de Suva et de la civilisation. Pour compléter ce week-end, nous avons eu l’occasion pour certains lundi matin de faire une plongée un peu particulière : nous nous sommes retrouvés au milieu des requins. Protégés par plusieurs accompagnateurs, munis de protections pour les bras et de bâtons pour repousser les requins s’ils approchaient de trop près, nous avons plongé dans une réserve marine, et, cachés derrière un petit muret, nous pouvions voir des dizaines de requins mais aussi de très nombreux poissons, tous rassemblés en cet endroit car les accompagnateurs de la plongée leur offraient de la nourriture.
Lundi après-midi, nous avons pu effectuer en partenariat avec l’Alliance Française dans leurs locaux un atelier de constructions d’instruments « low-tech » : trashbone - trombone construit à partir de tuyaux de PVC et de bouchons de PVC, guitare à une corde et piano à doigt. Répartis en trois groupes, un par instrument, pendant les deux heures d’ateliers, les enfants ont pu apprendre à construire et construire avec l’un d’entre nous un, deux ou trois instruments, et ont ensuite pu le ramener chez eux. Enfin, mardi matin, nous avons pu enregistrer un nouveau morceau, composé par Jean pour l’occasion, avec la chorale de l’école MIS où nous étions déjà intervenus plusieurs fois. Les enfants étaient répartis en trois groupes d’âges différents et chantaient chacun une partie, aidés par leurs professeurs ainsi que Jean et Lionel, pendant que nous jouions le morceau. Nous avons ainsi répété plusieurs fois ce morceau avant de l’enregistrer.
Ainsi, avec cette action avec la chorale de l’école MIS, nous avons terminé notre projet pédagogique aux îles Fidji. Nous avons ensuite pu passer la semaine à un peu plus découvrir l’île de Viti Levu, et cela vous sera raconté dans notre prochain article.
Valentin
Voyage - Taveuni - 30 mars au 1e avril
Cher lecteur, sache qu’au moment d’écrire ces lignes, plusieurs semaines se sont écoulées depuis notre aventure vers Taveuni et que le texte suivant demande un certain travail de mémoire. Pardonne donc mes imprécisions.
Alors que le soleil brillait quotidiennement depuis deux semaines sur les Fidji et les Globeshakers, nous décidâmes pour Pâques de sortir pour la deuxième fois de Suva : nous choisîmes l’île de Taveuni, la « Garden Island », troisième plus grosse île des Fidji mais peuplée par seulement 9000 habitants. Cette île est réputée pour sa végétation luxuriante et ses paysage sublimes.
Mais une telle destination se mérite : cette île n’est desservie depuis l’île principale que par une unique compagnie de ferry, qui n’envoie que 2 à 3 bateaux par semaine, et chaque trajet ne prend pas moins de 18 heures. Atteindre Taveuni requiert donc une certaine patience. Mais ni ça, ni les dangers à braver ne nous effrayaient : nous avions appris qu’un cyclone se dirigeait en ce week-end de fin de carême sur une partie des Fidji, et qu’il y avait entre 5 et 20% de chance qu’il aille sur Taveuni en fonction des estimations et nous avions abandonné l’idée de profiter du soleil et nous étions résolus à subir la pluie. Mais comme l’a dit le pilote d’un certain vol Rio-Paris, «on va pas se laisser emmerder par un cumulo-nimbus ».
Ainsi donc, après nos ateliers du jeudi matin, nous rentrâmes à la maison. On y déjeuna, fit nos sacs et se mit en route pour le ferry. A l’achat des billets, il avait été précisé que le bateau quitterait le port à 6h mais qu’il fallait y être 2 heures en avance. Fidèles à nous-mêmes, nous arrivâmes au port à 5h et montèrent sur le bateau. Celui-ci fut en réalité une bonne surprise : il était très spacieux, les sièges étaient larges et avaient de la place pour les jambes, le bateau disposait de ponts extérieurs et de prises. Chaque membre du groupe avait préparé sa réserve de nourriture pour survivre à ce long trajet : certains avaient acheté des miches de pains de mie, du beurre de cacahuète et des cookies, d’autres des sandwiches, du pain au fromage et des gâteaux.
On s’installa sur le bateau et on attendit patiemment 18h. Mais il existe aux Fidji une expression qui est un peu le « Hakuna Matata » local : « Fiji time ». Ces mots signifient que tu vivras ta vie sans te soucier de l’heure ou des horaires et que tu aviseras plus tard. Comme le disent eux-mêmes les Fidjiens : « enjoy the day, be where you have to be not too late, but you know, Fiji time » . Le Fiji time est bien évidemment applicable à à peu près tout et n’importe quoi. Ainsi donc, alors que l’on attend dans ce bateau, nous prenons conscience de toute l’ampleur du Fiji time et réalisons avec tristesse que nous qui nous pensions déjà des champions du retard avec le quart d’heure centralien (consiste à s’autoriser une marge de 15 minutes de retard pour tout événement lié à Centrale) n’étions que de piètres concurrents des Fidjiens. 19h57, le bateau vrombit et se met en marche : c’est le grand départ pour Taveuni.
Le trajet est assez agréable, le bateau étant suffisamment spacieux pour nous permettre de nous dégourdir les jambes régulièrement. Vers 22h, les Globeshakers observent un phénomène intéressant : ils s’aperçoivent que personne ne dort sur les sièges, tout le monde se couche par terre. Là encore, désillusion : là où les Globeshakers pensaient être expert dans l’art de ce qu’ils appellent « gitaniser » (faire fi des règles habituelles concernant le sommeil, dormir dans les allées de bus ou adossés à leurs instruments sur une place publique, dormir entassés les uns sur les autres dans des espaces contigus, manger et dormir où bon leur semble), entraînés par des années passées à la fanfare de Centrale et par plusieurs voyages à travers l’Europe, ils se rendent compte que chez les Fijiens, ceci est naturel. Les membres du groupe se réveillent petit à petit le lendemain matin, après une nuit qui s’est avérée reposante car dormir par terre ne recèle plus aucun secret : après avoir passé deux mois au Cambodge à dormir par terre, ils savent dormir par terre sur le côté sans endommager leurs côtes. Quelques curieux sortent pour observer la mer et les îles Vanua Levu et Taveuni que l’on peut apercevoir des deux côtés du bateaux. Ils peuvent aussi admirer le spectacle des poissons volants, ces petits poissons qui sautent hors de l’eau par banc et parcours plusieurs mètres en battant des nageoires semblables à des ailes.
13h, une voix annonce dans le bateau que nous sommes arrivés à Taveuni et que nous sommes invités à débarquer. Nous rassemblons nos affaires et descendons sur la jetée, un petit ponton de béton, suffisamment large pour à peine deux voitures, seul port de l’île. Un taxi nous attend pour nous emmener à notre hôtel, le Maravu Lodge. L’idée de prendre un bus pour se rendre à l’hôtel avait été examinée, mais seul 3 bus par jour traversent l’île, et bien qu’elle ne mesure que 40 km de long par 10 de large, ils mettent entre 4 et 5 heure à aller d’un bout à l’autre. Cette possibilité avait donc été abandonnée. Après 25 minutes de taxi, nous arrivons à l’hôtel, certainement le plus beau que nous avions eu jusqu’ici. Mais en descendant du taxi, nous nous étonnons : nous avions traversé le plus gros village de l’île, mais nous ne l’avions pas remarqué. Le village que nous avions traversé était constitué de quelques maisons en bois et d’une poignée de bâtiments en béton. Mais revenons-en à l’hôtel En effet, de manière générale, il n’y a pas de tourisme de masse aux Fidji, seulement du tourisme de luxe des australiens et des néo-zélandais voisins. Donc même lorsque les Globeshakers réservèrent l’hôtel le moins cher de l’île et le seul se présentant comme une auberge de jeunesse, l’hôtel restait au-dessus de ce que les Globeshakers avaient fréquenté jusque-là. Le Maravu était un ensemble de bungalow, disséminés dans un parc de cocotiers, entourant la case principale, la réception-restaurant. Dans cet établissement, nous occupons une chambre dortoir d’une dizaine de lits et une chambre double. Il est bientôt 15h et après avoir défaits nos bagages, nous nous rendons à la réception pour découvrir ce qu’il y a à faire sur cette île. Un membre du staff nous propose la visite d’un village traditionnel Fidjien et nous nous disons qu’il s’agit d’une bonne opportunité. A 15h30, 9 d’entre nous rentre dans un mini-van, direction le village. On s’arrête sur le chemin dans un petit magasin pour acheter du Kava, une racine en poudre servant à préparer la boisson traditionnelle Fidjienne. Après 20 minutes, la voiture sort de la route se gare devant une maison et nous descendons. Le village est constitué d’une petite dizaine de maison en bois colorées. Notre guide, nous dirige vers la maison centrale, celle du chef du village. Nous rencontrons le chef, un large homme assis sur un banc sous un porche devant une table. Notre guide nous explique que la coutume veut qu’en arrivant sur les terres du chef, on aille se présenter devant lui, puis qu’on partage le Kava. Notre guide nous assied autour de la table et sort une bassine d’eau. Il verse la racine en poudre dans un petit sac de toile, met le sac en toile dans la bassine et verse de l’eau sur le sac. Notre guide nous explique la manière traditionnelle de boire du kava : on remplit une petite coupelle en bois que l’on fait tourner entre les buveurs. La première coupelle est toujours offerte au chef. En recevant la coupelle, le buveur doit taper une fois dans ses mains et dire « Bula ». Il doit ensuite vider la coupelle puis la rendre et taper trois fois dans ses mains. La coupelle change ensuite de buveur. Notre guide prononce quelques phrases en fidjien, offre une coupelle au chef puis nous demande qui veut boire en premier. A chaque personne, il demande quelle quantité il veut boire, nous jetant des petits « ooh easy tiger boy » quand nous lui demandons de remplir complètement la coupelle. La boisson est terreuse et laisse la langue anesthésiée.
Après avoir vidé trois petits sacs de Kava en poudre, le chef du village appelle un villageois qui nous guidera à travers le village. Nous traversons le village et voyons l’église, une petite bâtisse en bois entouré par des murs en béton. Le guide nous explique que la première église en bois était trop petite pour la communauté grandissante et que les villageois ont décidés d’en construire un plus grande, mais qu’elle n’est pas terminée. Nous voyons ensuite le générateur d’électricité du village, qui permet d’alimenter les maisons pendant 4 heures tous les soirs. On voit aussi les plantations, quelques arbres fruitiers exotiques permettant d’avoir toujours quelques fruits à portée de main. On voit enfin un four traditionnel, un cratère dans le sol recouvert de pierres. A la fin de la visite, nous retournons devant la maison du chef et finissons le Kava avec lui, avant de remonter dans le taxi et de rentrer vers l’hôtel. Au retour, nous nous arrêtons au magasin pour acheter un peu plus de Kava et faire quelques courses de nourriture, histoire d’avoir quelque chose à grignoter sous la main. Nous passons le reste de la soirée à l’hôtel, dînons au resto de l’hôtel, découragés de sortir par la pluie. Juste avant de s’asseoir à la table de l’hôtel, nous voyons Tim arriver avec une noix de coco à la main et une paille plantée dans la noix de coco. Le dialogue entre Jean et lui fut le suivant :
« énorme. Tu l’as acheté où ? »
« (avec le sourire) Je l’ai trouvé par terre »
« Nan mais sérieux tu l’as acheté où ? »
« Je l’ai vraiment trouvé par terre. Y’en a plein partout par terre et on peut demander au staff de les ouvrir »
Nous courrons donc chercher une noix de coco et demandons au staff de l’ouvrir. Un fidjien de taille normale, c’est à dire mesurant 2m et pesant 150 kg, avec des avants bras de la taille d’un tronc d’arbre, nous montre le pieux en métal au fond du jardin sur lequel il plante la coco d’un coup sec, puis à l’aide de l’entaille qu’il vient de faire et de ses bras, arrache la coquille filandreuse. Il ne lui reste plus qu’à faire un trou dans la coquille rigide et à planter une paille dedans. Cette opération lui aura pris une minute au total, alors qu’elle ne nous prendra pas moins de 25 minutes lorsque nous essayerons de la refaire par nous-mêmes plus tard dans la soirée. Ceci deviendra notre sport du weekend : ouvrir les noix de coco le plus rapidement possible. Alors que nous finissons de diner, 4 fidjiens prennent place sur le sol derrière la table, sortent des guitares, une grande bassine, des sachets de kava et une coupelle. Après le repas, nous les rejoignons, ainsi que deux autres touristes pour boire du Kava et chanter. A la fin de la soirée, les fidjiens rangent les guitares et nous partons nous coucher.
Le lendemain, réveil matinal pour un départ vers le parc national de Bouma, réputé pour ses chutes d’eau impressionnantes. La réceptionniste de l’hôtel nous indique qu’un bus passe entre 9h45 et 10h en bas de l’hôtel et peut nous y emmener. Fidèles à nous-même, nous descendons en bas de l’hôtel à 9h54 et attendons le bus. Après 20 minutes d’attente, nous sommes persuadés d’avoir loupé le bus et décidons de commander un taxi, mais fidèle au Fiji time, le bus se montre. Nous grimpons dedans et prenons place dans ce bus qui n’a pas de fenêtres. Ce que je veux dire par là, ce n’est pas que le bus est une boite close, mais que comme la plupart des bus aux Fidji, il n’y a simplement pas de fenêtre, juste une bâche en plastique à rabattre en cas de pluie, bâche qui nous servira d’ailleurs car le bus se fit saucer 5 minutes après que nous sommes montés dedans.
Le bus traverse des ponts constitués de quelques planches de bois et emprunte des routes qui ne méritent même pas ce nom au vu de leur état. Le bus nous dépose un peu après 11h devant une cabane en nous disant qu’il repartira de cet endroit à 14h et qu’il s’agit du seul bus pour repartir.
Nous rentrons dans la cabane où nous rencontrons une dame qui semble être la gérante du parc. Après avoir payé les frais d’entrée du parc, la « gérante » nous indique les chemins qui nous conduiront aux célèbres chutes d’eau de la Garden Island, et nous fait quelques recommandations sur les chemins à éviter, que nous ignorerons bien sûr, sachant pertinemment que cette dame n’a à faire qu’à des touristes sans aucun gout pour l’aventure. Ainsi, nous nous élançons sur le chemin bien entretenu, un peu semblable à un jardin, avec des fleurs exotiques de part et d’autre. Un membre du groupe aura d’ailleurs la phrase suivante : « malgré le ciel gris, j’ai l’impression d’être sur le chemin du paradis », affirmation avec laquelle beaucoup de Globeshakers seront d’accords, et qui embêtera profondément l’un des membres, car la chanson « Knocking on heaven’s door », jouée la veille par les fidjiens, lui restera en tête toute l’après-midi.
Il ne faut qu’une petite dizaine de minute pour atteindre la première cascade, une chute d’eau de 24m se déversant dans un immense bassin. Cette impressionnante cascade est la plus grande du parc, mais le bassin étant déjà occupé par quelques fidjiens, nos aventuriers décident de poursuivre leur chemin et de repasser se baigner plus tard et de continuer vers la seconde cascade du parc. Après quelques minutes d’une ascension décrite comme raide mais qui ne posait aucun problème aux Globeshakers après les épreuves qu’ils avaient pu traverser au cours de leur voyage, ils atteignirent une cabane offrant un magnifique point de vue sur le parc et la mer. C’est là que l’audace des marcheurs eu raison de leur prudence : pour atteindre la seconde cascade, il existait deux chemins. D’après la gérante, l’un était fermé car il fallait traverser une rivière en crue à cause des fortes pluies récentes, mais 4 de nos aventuriers avaient décidé de braver les flots pour bénéficier d’un chemin que personne d’autre n’emprunterait. Le groupe se sépara donc. La première équipe, celle des prudents finit par atteindre la seconde cascade et décida de s’y baigner en attendant la deuxième équipe, celle des fous. Après un petit moment, les prudents, ne voyant par arriver leurs compères, se demandèrent si ceux-ci s’étaient noyés, auquel cas il serait facile de récupérer leurs corps puisque leurs corps seraient envoyés par la rivière jusqu’à la première cascade ou les prudents pourraient les ramasser en rentrant. Mais les fous répondirent bien vite aux interrogations en se montrant quelques minutes plus tard, forts d’un bilan d’une seule petite chute sans gravité, et profitèrent de la baignade.
Une fois sorti de l’eau, les Globeshakers se mirent en route vers la dernière cascade, marchant sur le chemin boueux et glissant traversant la jungle épaisse. Dans cette luxuriante forêt, nous avons eu tout le loisir d’observer de surprenantes variétés de lézards, crabes, oiseaux, et autres animaux étrangers à nos contrées européennes.
En arrivant à la troisième et dernière cascade de ce parc, le groupe se fit surprendre par une forte pluie, conséquence du cyclone Josie qui passait près des Fidji. Une seule solution se présenta aux marcheurs : pour éviter la pluie, il fallait se baigner. Bien que cette cascade ait été nettement plus petite que les précédentes, elle offrait plus de rebords pour sauter et plonger et permettait de passer en dessous pour s’offrir un massage gratuit et un bain à remous.
Nous sortons de l’eau sur les coups de 14h, conscients que nous avons loupé le seul moyen de rentrer à l’hôtel, mais résolus à profiter du reste de la journée, quitte à improviser plus tard. Nous nous remettons en chemin vers l’entrée du parc. Arrivés à la deuxième cascade, tout le monde décide d’emprunter le chemin sûr, sauf un pauvre fou qui avait déjà emprunté le chemin sûr à l’aller et décide de prendre des risques. Le chemin s’avère bien facile et traverser la rivière en crue ne pose aucun problème puisque des rochers émergent tout de même et qu’une corde est tendue entre les deux côtés de la rivière. Nous nous retrouvons tous à la cabane point de vue pour y déjeuner, c’est-à-dire manger des tartines de beurre de cacahuète et des carottes pour les rares à avoir décidé de se nourrir correctement ce week-end-là. Après le repas, nous nous baignons dans la première cascade, faisons toute sortes de sauts depuis un promontoire rocheux et passons un bon moment.
Nous décidons de partir et arrivons à la cabane d’entrée du parc vers 16h, où la gérante s’étonne de nous voir. Il n’est apparemment pas commun que des touristes passent aussi longtemps dans le parc, et nous sommes arrivés in extremis car elle s’apprêtait à partir. Sans personne pour nous aider à rentrer, nous aurions été fins. Mais la sympathique gérante nous appelle un taxi, enfin un mini van et un taxi. Ceux-ci se montrent 45 minutes après et nous montons dedans. 4 petits malins du groupe ont sauté en premier sur le taxi qui était un pick up, tous fiers de pouvoir monter à l’arrière et de profiter d’une bonne ballade tandis que leurs camarades étaient entassés dans un van, mais le Karma les punis bien vite en déclenchant une bonne pluie sur leurs têtes, les trempant jusqu’aux os et les obligeant à rentrer dans le pick-up. En arrivant à l’hôtel vers 18h, les aventuriers, fatigués par cette longue journée, décidèrent de repousser leurs limites pour se rendre à l’épicerie, située à 15 minutes à pieds, puis se reposèrent, mangèrent une pizza à l’hôtel et s’endormirent. La dernière journée sur Taveuni s’annonçait toute aussi pleine d’aventure que les premières : 9 Globeshakers avaient décidé d’aller plonger, Taveuni étant réputé comme le plus beau spot de plongée des Fidji, offrant des coraux spectaculaire. Le site sélectionné était le « rainbow reef », littéralement le récif arc-en-ciel, un des points prisés de Taveuni Un van vint chercher nos plongeurs et les emmena jusqu’à une cabane au milieu de l’île dans laquelle était entassé du matériel de plongée. Là-bas, nous rencontrâmes les autres plongeurs de la journée : un charmant couple de britannique ainsi qu’un certain Richard, un américain à l’accent texan fortement marqué qui faisait fréquemment des blagues auxquelles peu de gens riaient, soit parce que l’humour n’était pas le nôtre, soit parce que l’accent rendait la blague incompréhensible. Nous nous équipâmes, puis notre guide nous conduit vers une minuscule barge, une sorte de bac en aluminium avec un moteur 8 chevaux. 5 d’entre nous montèrent sur la barge qui nous emmena laborieusement vers un plus gros bateau, situé quelques dizaines de mètres plus au large. La barge revint chercher les autres, qui durent subir ce court trajet rendu long par la houle. Après une vingtaine de minutes, le bateau s’arrêta et le maître plongeur nous montra la carte de ce bout de récif que nous allions explorer, appelé la « fish factory » (l’usine à poisson) et l’itinéraire que nous allions emprunter. Cette plongée a été extrêmement agréable, car une fois descendu à 14m de profondeur, plus besoin de nager : il suffisait de se laisser porter par le courant et de profiter de la vue. Je tenterai bien de décrire dans un texte long et fastidieux l’extraordinaire spectacle coloré auquel nous avons assisté, mais si cher lecteur tu as lu jusqu’ici, tu as déjà supporté un texte long et fastidieux. Il serait de plus difficile de décrire la variété de poissons et de coraux que nous avons rencontré. S’il est une chose à retenir, c’est que ce ballet de poissons éclatants et bariolés nageant dans des récifs coralliens éclatants au travers desquels nous flottions pendant 45 minutes était simplement magnifique. A la fin de la plongée, une fois remontés sur le bateau, celui-ci nous emmena dans une baie de l’ile de Vanua Levu, la deuxième plus grande île des Fidji, qui fait juste face à Taveuni pour y profiter de quelques jus et gâteaux en attendant le temps règlementaire (il est en effet impossible de plonger deux fois de suite trop rapidement où de rester en profondeur trop longtemps). Nous avons donc attendu une heure avant que le bateau ne se dirige vers le site de la seconde plongée. Après une demi-heure de bateau, le conducteur s’arrête mais réalise qu’il est juste au bord d’une tempête, à la frontière de la pluie. Il dirige donc son bateau vers un autre site, un second récif tout aussi beau que le premier, dans lequel nous plongerons 45 minutes. La plongée est encore une fois une expérience exceptionnelle, nous permettant d’admirer des bancs de poissons vifs, se déplaçant dans l’océan en couloirs longs de dizaines de mètres. En remontant à la surface, nous réalisons avec tristesse que nous allons encore une fois être sous l’eau, mais à la différence des fonds marins qui étaient à une température assez agréable, la pluie qui nous fouettait le visage était quant à elle bien froide. Et le vent n’arrangeait rien. Le retour vers la cabane fut bien long, le bateau étant ralenti et secoué par la houle. Alors que certains souffraient du mal de mer, d’autres se perchaient à l’avant du bateau, chantant des chansons de pirates apprises pour les ateliers tout en se faisant fréquemment arroser par les vagues. Une fois arrivés au point d’attache du bateau, nous devons refaire le trajet dans la barge, qui s’avère encore plus difficile qu’à l’aller, mais une fois à terre, les souffrants se sentent mieux. Le mini-van nous ramène à l’hôtel vers 15h30 où nous passons le reste de la journée à ne rien faire, fatigués par cette aventure sous-marine.
Pour revivre cette petite expédition plongée et le reste du week-end, voici une petite vidéo :
La soirée se déroule sans accrocs, et notre principale activité reste l’amélioration de notre technique d’ouverture de noix de cocos, que nous arrivons à descendre à 3min30 par noix de coco, record détenu par Selim, qui avait entrepris de ramener quelques noix à Suva et d’en casser d’autre pour se faire des bols à Kava. Un détail reste à régler pour cette soirée : la manière de se rendre au port le lendemain matin, pour attraper le bateau à 8h. Comme il passe seulement 3 bus par jour avec un respect des horaires… fidjien…, il fallait prendre un taxi. La teneur de la conversation avec la réception de l’hôtel était la suivante :
« Bonjour, nous souhaitons prendre un taxi pour aller au port demain matin »
« c’est 12$ par personne, soit 156$ »
« Ah oui ? mais le trajet pour aller au parc national n’a couté que 100$ »
« Oui, c’est normal, un van pour 10 coute 60$ et un taxi pour 4 coute 36$ »
« donc on peut utiliser ces mêmes véhicule pour aller au port ? »
« Oui »
« donc 96$ au total ? »
« non, 12/personne »
« mais pourquoi ? Nous sommes 13, nous rentrons dans 14 places qui coutent 96$ »
« Ah oui c’est vrai. Bon et bien 96 alors. Mais normalement c’est 12$/personne »
Après cette dure négociation, nous nous couchâmes tous peu à peu.
Le lendemain, le réveil fut matinal : nous primes un van à 6h45 pour aller au port. Le ferry, supposé être au port à 7h30, fut bien évidemment fidèle au Fiji Time : il arriva au port à 9h30, et quitta Taveuni à 11h20 au lieu de 10h. Cher lecteur qui a suivi notre aventure jusqu’ici, est-il bien utile de te détailler le trajet de retour ? Le trajet fut bien semblable à celui de l’aller, que dire de plus ? Un de nos membres se fit agresser par une souris clandestine alors qu’il dormait par terre et se réveilla en sursaut, nous dinâmes de boites de conserve achetées à l’épicerie et de noix de coco pour certains, nous avons eu la chance de naviguer par temps clair et nous avons pu observer une nuit assez belle : la pleine lune à bâbord, les étoiles sans pollution à tribord et tandis que nous laissions derrière nous Josie le cyclone, nous pouvions voir au loin derrière le bateau une tempête qui secouait Taveuni, les éclairs zébrant le ciel. Le trajet fut un peu plus long qu’à l’aller, durant près de 20 heures : le mardi matin, le ferry nous déposa à 6h sur la jetée de Suva, 2 heures avant la reprise de nos ateliers avec les petits monstres de l’école Suva Primary School.
Edmond
Faire ses courses, une quête épique et haletante
« Les piles, c’est rangé à côté des tupperwares et des ampoules ou dans le coin des fournitures scolaires ? ». Imaginez-vous, un samedi après-midi, au milieu du Auchan, sourcils froncés face à une liste de course interminable, essayant de deviner où peuvent bien se cacher les objets gribouillés sur le post-it dans ce gigantesque temple de la consommation. Le pas pressé, vous faisant bousculer par un quidam agacé, manquant de percuter le caddie d’une dame déambulant de manière lunatique entre les rayons noirs de monde, vous tournez en rond. Faisant des allers-retours d’un bout à l’autre de la grande surface, votre trajectoire non optimisée tient plus du mouvement brownien que la boucle bien lisse que vous imaginiez faire en entrant. Mais voilà, vous trouvez enfin le pot de cornichon, vous permettant de rayer la dernière ligne de la liste. Ce n’est pas peu fier, mais exténué, que vous vous dirigez vers votre coffre de voiture, le panier plein des courses de la semaine après avoir fait la queue à la caisse pendant une demi-heure. Et là, comme un uppercut à l’estomac, le souvenir vous frappe de plein fouet. Le regard hagard, vous réalisez que vous devez y retourner : vous avez oublié l’essentiel, le papier toilette.
Après cette introduction haute en couleur, vous vous demandez sûrement que diable vais-je bien pouvoir vous conter dans cet article. Aujourd’hui mesdames et messieurs, nous nous retrouvons pour parler emplettes. Notre magasin s’appelle « toute la ville de Suva » et diverses boutiques plus ou moins cachées font office de rayons. Notre mission : acheter de quoi construire 150 instruments de musiques.
Pour rabaisser vos haussements de sourcils interrogateurs qui plissent la peau de vos jolis visages, laissez-moi d’abord vous dépeindre un peu le décor. Comme vous pouvez le savoir, nous avons décidé d’implanter des ateliers de construction d’instruments à partir de matériaux de récupération au sein de nos ateliers d’éveil musical. Le but initial était de faire en sorte que les enfants puissent construire leur propre instrument, et qu’ils puissent, à terme, le faire sans notre aide. Ce but a légèrement changé aux Fidjis suite à l’expérience que l’on a eu au Cambodge et vu que nous travaillons avec 150 enfants dans une école, sur leur temps scolaire. En effet, construire un instrument en partant de rien peut prendre du temps et nécessite souvent l’utilisation d’outils qui n’ont pas forcément leur place dans une classe de primaire (scie à métaux, perceuse…). Ainsi, à l’instar d’un meuble Ikea, nous voulons plutôt faire en sorte que chaque instrument puisse être assemblé sans utilisation d’outils « lourds » par un enfant et en moins de 2h. Pour gagner du temps, les différentes parties de chaque instrument devrons donc déjà été usinées par nos soins avant l’atelier de construction (et non face aux enfants, ce que nous faisions au Cambodge).
Tout cela est bien joli sur le papier, mais cette semaine fut le temps de la prise de conscience : il faut trouver et préparer de quoi faire 150 instruments, un par enfant. Au vu du volume, plus que faire de la récupération, des achats vont être nécessaires. Nous voulons construire 50 kalimbas (piano à doigts), 50 monostrings (guitare à une corde) et 50 trashbones (trombone à coulisse fait avec des tubes en PVC).
Les instruments que nous allons fabriquer (photos non contractuelles)
Retroussons donc nos manches, soufflons un bon coup, c’est parti !
Nous appuyons sur le bouton « play » du jeu « Fabrication d’instruments ».
Objet de la première quête : « trouver les matériaux nécessaires »
Les détails de la quête sont donnés par un vieux sage prénommé Jean. Il nous annonce, d’une voix chevrotante :
« Oh là voyageurs ! Bien loin de votre contrée vous êtes ! Noble est votre quête, mais semée d’embûches elle sera ! Voici, pour vous aider, une liste détaillée des reliques que vous allez devoir trouver. Cependant, je me dois de vous mettre en garde : jeune je ne suis plus vraiment...ma mémoire me joue des tours maintenant, cela vous arrivera aussi peut être un jour vous savez. Il se peut donc que la liste soit incomplète, mais je ne sais plus ce que j’ai bien pu oublier d’y ajouter. Tic, tac, l’horloge tourne, et vous n’avez que quelques jours pour trouver ces reliques… Je ne sais pas vraiment où elles se trouvent, mais je suis sûr qu’en chemin vous croiserez des gens de bons conseils !»
C’est donc sans indication précise de direction que nous nous élançons dans notre quête. Afin de couvrir plus de superficie, nous nous scindons en deux. A l’issue de la première après-midi de recherche, la première équipe réussie à trouver quelques outils et matériaux de base (scies, perceuse, pinces, cutter, clous, vis) et tomba sur un commerçant qui leur donna l’indice suivant :
« Si vous voulez mettre toutes les chances de votre côté, revenez aux aurores pour trouver bois et PVC ».
La deuxième équipe trouva quant à elle du fil de pêche dans une supérette.
La deuxième demi-journée de quête se déroula sur une autre zone de la carte, en centre-ville. Cependant, un malin sorcier décida de mettre des bâtons dans les roues de notre fine équipe : il fit pleuvoir des trombes d’eau sur nos courageux voyageurs et fit en sorte que l’aventure débute à 17h, heure de fermeture des magasins de la cité. Errant de boutique en boutique, rencontrant portes closes et portiques sur le point de fermer, ils réussirent tout de même à réunir deux indices :
Toute boutique tenue par des chinois vend des rouleaux de fil de fer
Les scotchs colorés ne se trouvent pas dans les magasins de déguisement mais dans les librairies
Pour contrer le mauvais sort, Edmond acheta un artéfact magique lui octroyant quelques points de chance en bonus (mais lui faisant perdre quelques points de charisme). Grâce à cet achat, une boutique tenue par des chinois fut trouvée, du fil de fer acheté, ainsi que 500 épingles à cheveux. Malheureusement, toutes les librairies étaient déjà fermées.
Edmond et son artéfact magique
L’urgence commençait à faire trépigner nos voyageurs : ils devaient avoir fini les ateliers de construction avant la fin de la première semaine d’Avril. Or, le mardi 3 au matin, aucun signe de tubes en PVC ni de planche en bois à l’horizon. Retroussant leurs manches, ils décidèrent de ne pas se laisser abattre et partirent de nouveau en expédition.
En retournant dans un endroit pourtant déjà visité, ils réussirent à débloquer l’accès à une zone de la carte jusque-là inexplorée : un boutiquier leur indiqua le lieu précis du passage à emprunter pour finaliser leur quête. La fin du calvaire semblait se profiler, les tubes en PVC et les planches étaient achetés…seulement voilà, toute bonne histoire contient son lot de rebondissement, et il semblerait que je vous narre ici une très bonne histoire.
L’équipe partie faire les courses ce jour-là avait en effet été un peu trop confiante en ses capacités physiques. A 4 personnes dont une mal en point car malade, ils s’imaginaient ainsi porter sur plus d’un kilomètre et sous un soleil de plomb 14 planches de bois longues de plusieurs mètres et 10 tubes de PVC encore plus longs. Emplis de bonne volonté, ils essayèrent, mais au bout de quelques mètres, la réalité les rattrapa et ils décidèrent d’héler un taxi pour rentrer. Seulement imaginez-vous bien la scène : aucun taxi sain d’esprit n’accepterait pareil équipage dans sa voiture. Ainsi, après plusieurs tentatives de négociation avec des chauffeurs peu enthousiastes, il fallut se rendre à l’évidence : ils étaient coincés à 30 mètres du magasin, déjà en nage par le peu de chemin parcouru.
Nous nous trouvons donc maintenant à CE moment du récit. Mais si, vous savez, celui où les héros, après avoir traversés de terribles péripéties se retrouvent finalement dos au mur, seuls face à une épreuve insurmontable qui sonnera le glas de leur quête. C’est aussi le moment où, en tant que narrateur, j’invoque un Deus ex machina de derrière les fagots :
Un miracle survint au son pétaradant d’un moteur de pickup. Un fidjien bienveillant arrêta son véhicule à notre hauteur et nous proposa gracieusement de nous ramener près de chez nous, chargés de notre matériel.
Un aperçu de la quantité de matériel ramené, avec nos équipes en plein travail
Ainsi, tous les objets de la liste de course achetés, la construction pouvait commencer. Le lecteur attentif me retorquera que « la liste de course était incomplète », et il aura cent fois raison. Ce fait nous obligea d’ailleurs à effectuer moult allers-retours afin de compléter le catalogue d’achats au fur et à mesure que l’absence d’un objet se faisait sentir, mais je passe sur ces péripéties par peur de vous perdre en énumérant la liste hétéroclite de nos oublis. Faisons donc comme si nous avions tout ce qu’il nous fallait à disposition et entamons la narration de la construction !
Celle-ci se déroula majoritairement le mardi après-midi. Nous avions alors organisé une chaîne de travail dans le jardin de notre demeure, chaque personne étant préposée à une seule tâche répétitive dont il a dû s’acquitter jusqu’à épuisement de matériel ou renoncement. Il a fallu clouer 50 clous et visser 50 vis pour les 50 monostrings. Scier 10 bouts de planches en bois avec une scie à métaux, casser les deux scies à disposition, acheter une scie à bois et découper les 40 bouts de planches restants pour les kalimbas. Scier 50 bouts de tiges de métal, percer 50 fois 7 trous à la perceuse, couper 50 fois 7 bouts de fils de fer, scier 100 bouts de tubes en PVC de la bonne longueur pour les trashbones, et enfin, la tâche qui a mobilisé le plus de main d’œuvre : déplier 500 épingles à cheveux.
Bravo Edmond, plus que 499
Une fois ce retour en stage opérateur fini, la nuit avait eu le temps de jeter son voile sur notre maison, mais les ateliers « construction » étaient devenus possible. Ainsi, dès Jeudi, la quête initiale a pu porter ses fruits : les groupes d’animateurs ont pu commencer à faire réaliser l’assemblage par leurs enfants, pour leur plus grand plaisir.
Voilà donc le récit épique de ces courses chaotiques. J’espère qu’il a su vous tenir en haleine jusqu’au bout ! Sur ce, je vais vous laisser, une ratatouille m’attend.
Votre conteur dévoué,
Adel
Bula ! Bienvenue aux Fidjis
« Bula ! Bula ! »
Cette salutation chaleureuse – que nous entendons alors pour la première fois mais pas pour la dernière, loin de là – nous est lancée par les employés de l’aéroport de Nadi, alors que nous posons nos pieds dans ce pays nouveau, mystérieux et parfois même qualifié de « improbables » par certains membres du groupe ou amis.
Dès notre sortie du terminal, chargés de tous nos bagages et instruments, nous sommes accueillis par une chaleur et une humidité écrasante, mais aussi par un paysage totalement différent du Cambodge, avec un ciel d’un bleu éclatant et une végétation fournie aux couleurs vives. Nous ne traînons pas là puisque ce n’est qu’une escale avant le dernier avion qui nous amènera à Suva. Nous nous dirigeons vers le terminal des vols domestiques qui a un air mignon de petite gare de bus de ville de province. Nous ne tardons pas à être appelés pour notre vol : notre petit avion est presque garé devant une porte du terminal, il nous suffit de marcher jusqu’à l’escalier et monter.
L’avion le plus petit et le mieux décoré qu’on ait pris jusque là
On peut voir nos bagages se faire mettre en soute, l’occasion d’observer un employé fidjien soulever la hardcase contenant le soubassophone à une main – alors qu’on s’y met à deux pour faire la même chose. Ayant déjà vu des joueurs de rugby fidjiens réaliser des performances impressionnantes au tournoi de rugby à 7 de Centrale, on aurait pu penser que seuls les rugbymen avaient une telle carrure, mais on s’est vite rendu compte au cours de nos premiers jours ici que le gabarit des fidjiens était en moyenne plutôt imposant. Cela ne les empêche pas d’avoir un air incroyablement accueillant, souvent souriant ou nous saluant sur notre passage, parfois même nous demandant d’un air curieux d’où on vient et si l’on se plait dans leur pays.
A notre sortie de l’avion à Suva nous sommes accueillis par Thomas, directeur de l’Alliance Française de Suva. Nous sommes en contact avec lui depuis quelques semaines et il nous a aidé à organiser nos ateliers avec les écoles locales, qu’il connait bien puisque l’Alliance Française œuvre pour l’enseignement du français ici. Après quelques péripéties logistiques et problèmes de communication avec la propriétaire, nous réussissons finalement à emménager dans la maison que nous avons loué pour toute la durée du séjour. Quelques courses et un peu de ménage plus tard, et nous sommes tous confortablement installés dans ce nouveau chez-nous, assez spacieux même pour pouvoir répéter et faire des réunions tranquillement.
On profite même d’un balcon avec de superbes levers de soleil
La première semaine ici nous permet de prendre nos marques, de lancer les premières bonnes habitudes comme une séance de sport quotidienne, suivie par une bonne partie du groupe, ou encore d’organiser la manière de cuisiner et de se nourrir tous ensemble. C’est aussi le moment de dire au revoir à Catalina qui repart au Chili pour continuer ses études – mais nous aurons l'occasion de la recroiser avant la fin du voyage, notamment lors de notre passage au Chili.
Guidés par Thomas, nous faisons nos premiers ateliers aux Fidjis : des rencontres avec des enfants d’une école maternelle et collège, puis ceux d’une crèche. Ces interventions seront seulement ponctuelles, notre but a donc été d’émerveiller les enfants le plus possible avec nos instruments, parfois totalement inconnus pour eux. On peut dire que ça a marché, quand Ewan leur montre la note la plus grave possible sur son baryton, ou quand Tony sort le soubassophone de sa housse, et que le son des instruments est presque noyé par une nuée de cris étonnés et de rires. Nous leur avons aussi montré la construction d’un morceau en ajoutant progressivement toutes les voix d’instruments les unes aux autres.
Petite démonstration des différentes voix de Pastime Paradise (reprise de Stevie Wonder)
Enfin, le clou du spectacle, nous leur avons fait essayer les instruments ! Souffler dans une embouchure ou dans un bec de saxophone, taper sur quelque chose qui fait du bruit : ils étaient surexcités, ravis, et certains avaient même l’air naturellement plutôt doués.
Lors de notre premier week-end ici, nous sommes sortis au centre-ville de Suva pour voir le marché : immense espace couvert sur deux étages où l’on trouve tous les légumes et fruits locaux, des épices, des petites choses à manger et à boire.
Certains ont fait une petite excursion au parc Colo i Suva, tout près de la ville, pour y admirer la végétation luxuriante et se baigner dans des piscines naturelles formées par les ruisseaux et cascades qui coulent au cœur de la forêt. D’autres ont préféré la plage avec une sortie à Pacific Harbour, où on trouve des plages contrairement à Suva.
Mardi nous avons enfin eu l’autorisation du ministère de l’éducation pour faire nos ateliers dans des écoles – après quelques déboires administratifs que Thomas nous a aidé à surpasser – et nous avons donc pu rencontrer pour la première fois les enfants de la Suva Primary School où nous ferons nos ateliers quotidiens au cours des prochaines semaines.
Nous avons hâte de nous lancer dans le corps des ateliers avec les enfants – qui ont l’air très enthousiastes et avec un sens du rythme naturel – et aussi d’en découvrir plus sur ce pays dont nous ne connaissions rien. Nous rencontrerons aussi très bientôt d’autres enfants soutenus par Fenc Fiji avec qui nous ferons plusieurs interventions. On vous en dit plus dans les semaines qui viennent !
Emilie