Le burkini, ce “Qui veut gagner des millions” de la politique
Il ne s’agit pas de gagner des millions d’euros en participants à la polémique sur le Burkini, ni même des millions d’électeurs – même si c’est peut-être l’objectif d’un ancien chef de l’État.
Non, le débat sur ce fameux maillot de bain australien (oui, il a été conçu dans ce dangereux pays où des kangourous-kamikazes cachent des bombes dans leur poche) est tout simplement comparable à l’émission télévisée « Qui veut gagner des millions ».
Tout le monde se souvient de cette musique solennelle, de ce face à face insoutenable, et surtout, de ces questions stupides. Si stupides que tout un chacun pouvait y participer. Par exemple : « Qu’est-ce qui gravite autour de la Terre ? »
Et puis ça durait, mais alors ça durait, ça s’étirait en longueur, on n’en voyait plus la fin. Mais comme on voulait absolument savoir si le mec ou la nana dans le poste à tube cathodique allait vraiment répondre une connerie grosse comme la Terre, on regardait. Jusqu’au moment jouissif où on exultait : « Mais regarde-moi cet imbécile, c’est pas possible d’être aussi bête, moi j’aurais bien répondu à sa place. Donne-moi le téléphone, je vais appeler Jean-Pierre sur le champ. La semaine prochaine, je suis millionnaire ! »
Avec le burkini, c’est la même chose : ce débat est si con, que tout le monde peut jouer, même celui qui choisit la réponse D. On se régale de sauter à pieds joints dedans, et on attend la prochaine ineptie avec impatience. Chacun, quelle que soit sa position, peut se parer de sa plus belle toge de tribun et d’invoquer les puissants concepts du champ lexical républicain tels que laïcité et liberté. Tout contradicteur sera couvert d’opprobre, cet imbécile.
Les indécis ont des jokers en veux-tu en voilà : appel à un ami, appel au public, ce n’est pas ce qui manque.
Et comme avec « Qui veut gagner des millions », ça dure, mais ça dure… Le Conseil d’État se prononce contre l’arrêté de Villeneuve-Loubet, et voilà-t’y pas que les maires ayant signé le même arrêté en remettent une couche, et Manuel Valls aussi. On pensait que c’était la fin, mais non, on a juste passé le palier des 1500 euros.
Ah on est loin d’un « Question pour un champion » sur les conséquences du Crédit d’impôt compétitivité (CICE). Là, il n’y a plus personne. Pourtant, on aimerait bien avoir des jokers : savoir ce qu’ils en pensent tous nos éditorialistes, tous nos « amis » Facebook, et même le maître nageur (oui parce qu’il fait chaud, on peut encore aller à la plage, avec ou sans burkini).
Alors, qu’on ne s’y trompe pas, moi aussi, j’aurais pu écrire une tribune sur le CICE. Mais non, moi aussi, qui critique ce débat, je suis toujours ce téléspectateur qui enrage la zappette à la main.
A défaut de gagner des millions, je gagnerai peut-être des followers.
Crédit photo : CC/Flickr/Bellmon1















