LâĂ©tĂ© 2018 est plutĂŽt mouvementĂ©. Tout a commencĂ© le premier juin, jour oĂč Sab, Moris, Imed, Nihad, Mounir et moi avions dĂ©cidĂ© de passer lâĂ©tĂ© ensemble Ă Barcelone dans la villa du cousin de Moris. Vous vous imaginez bien que jâai difficilement acceptĂ© de passer trois mois sous le mĂȘme toit que Mounir mais je nâallais tout de mĂȘme pas faire ma difficile. Tous les papiers Ă©tant en rĂšgle, chacun ayant prĂ©parĂ© des Ă©conomies assez consĂ©quentes pour ce voyage, nous Ă©tions prĂȘts. Ăa promettait dâĂȘtre intĂ©ressant.
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"Oh putain jâarrive pas Ă croire quâon y va enfin!" murmura Sab toute excitĂ©e.Â
"Jâarrive pas Ă croire que je vais passer trois mois sous le mĂȘme toit que B" dis-je exaspĂ©rĂ©e.Â
"Ah non" dit-elle fermement "Ne commence pas dĂšs maintenant, ImĂšne. On va sâamuser câest sĂ»r! Câest Barcelone tout de mĂȘme!"
    Je repris mes esprits et souris franchement, on allait trop bien sâamuser en fin de compte.
     Le vol se passe le plus normalement du monde, le mois de Ramadan vient de se terminer donc lâĂ©tĂ© est tout Ă nous! La villa nous en bouche un coin, elle est magnifique et tellement grande. Elle a mĂȘme une piscine et une salle de jeux, on se croirait dans MTV Cribs! Il y a six chambres en tout mais deux se partagent une salle de bain, ceci dit il y a une salle de bain principale. Lâhonneur des chambres luxueuses revient aux filles et Ă Moris bien entendu. Mounir et Imed devront sâentendre sur quelle salle de bain chacun prendra. On sâinstalle tous dĂšs notre arrivĂ©e, ma chambre est Ă la droite de celle de Moris qui est au fond du couloir du haut. En face de moi est Sab et Ă sa gauche Nihad. Juste Ă ma droite, les escaliers et de lâautre cĂŽtĂ© des escaliers les chambres de Imed et Mounir dans lâordre. La salle de bain principale Ă©tant Ă gauche de la chambre de Nihad et Ă la droite de celle de Imed.Â
      Lâavion ayant attĂ©ri Ă six heures du matin, son dĂ©collage Ă©tait Ă cinq heures cinq minutes ce qui fait que nous Ă©tions Ă lâaĂ©roport depuis trois heures. Ce nâĂ©tait pas si grave en soi parce que le jeu en valait la chandelle, Barcelona tout de mĂȘme! Et puis on a eu le temps de dormir un peu pendant le vol. Les guides officiels du groupes sont Moris et moi parce que nous sommes les seuls qui avons dĂ©jĂ visitĂ© cette ville.Â
     Tout le monde dort, pour rattraper leur sommeil mais je nâen ai aucun. Je prĂ©fĂšre aller acheter de quoi faire le petit dĂ©jeuner en prenant de lâargent de la caisse commune pour la bouffe et le nĂ©cĂ©ssaire de mĂ©nage. Heureusement quâil y a une Mercadona pas loin de la villa, ça mâĂ©vitera de me perdre en bus. Je laisse tout le monde dormir et prends mon double des clefs sans oublier mon tĂ©lĂ©phone et lâargent. Je porte un short et une chemise blanche lĂ©gĂšre avec des tongs noires.Â
     Je nâai en fait plus parlĂ© Ă Mounir depuis mi-Mai 2014, câest Sab qui lui a proposĂ© de venir avec nous et on peut dire quâil nâa pas du tout Ă©tĂ© difficile Ă convaincre. Je ne lâaime plus, certes, mais chaque fois que je le vois jâai le souvenir de ce que je ressentais pour lui qui me submerge et jâai ce que Sab et moi appelons le cĆur de poule. Signifiant que mon cĆur bat tellement vite et fort quâon peut le ressentir Ă travers chaque partie de mon buste, comme une poule apeurĂ©e.Â
     JâachĂšte du Cacaolat, des croissants et des pains au chocolat ainsi que des Donuts. Le cafĂ© y passe Ă©galement ainsi que du lait et un paquet de thĂ©, je ne connais pas les goĂ»ts de tout le monde. Je prends aussi des Corn Flakes et des cacahuĂštes enrobĂ©es, les prĂ©fĂ©rĂ©es de Sab et les miennes. JâachĂšte aussi deux baguettes de pain et du beurre, confiture de fraise et de figue. Je crois que jâai tout, je retourne alors les bras chargĂ©s Ă la villa. Jâentends des voix dans la cuisine extra spacieuse.Â
âQuâest-ce quâon devrait visiter en premier?â demanda la voix endormie de Nihad.Â
"Personnellement jâveux faire du shopping" dit la voix rĂ©signĂ©e de Sab "Je nâirai nulle part sans tenue adĂ©quate!"
"Excellente idĂ©e" dis-je en posant les sacs sur le comptoir, elles mâobservent comme si jâĂ©tais un alien "Bah quoi?"
"DâoĂč tu viens avec ça?" demanda Sab.Â
"Du super-marchĂ©, jâai achetĂ© de quoi petit dĂ©jeuner et vu que je ne connais pas les goĂ»ts de tout le monde jâai pris un peu de nâimporte quoi. MaisâŠ" dis-je en sortant le paquet de cacahuĂštes enrobĂ©es "Je sais que tu adores ça!"
"Ohh putain je tâadore!" crit-elle en me sautant au cou.Â
"Au moins tu seras pas en manque!" dis-je avant dâexploser de rire.Â
"Ohh putain ton rire!" Sab dit entre deux cacahuĂštes, la deuxiĂšme des quelles lâĂ©touffa parce quâelle rit.Â
"On se calme, rigole et mange aprĂšs" ris-je.Â
"Vous ĂȘtes les plus bizarres" Nihad dit les yeux ronds.Â
"Rangez les courses plutĂŽt. TĂąches partagĂ©es, vous vous rappelez?" dis-je avec un sourire malicieux en ouvrant la boite de Donuts et la bouteille de Cacaolat.Â
"Mets-toi Ă lâaise surtout" dit Sab de façon rhĂ©torique.Â
"Câest ce que je fais, je vais ĂȘtre le chef cuisiner de cette maison pour trois mois, jây ai bien droit non?" dis-je avant de mordre dans le beignet "Putain, toujours aussi bon ce truc"
"Et qui fera la vaisselle?" demanda Nihad en rangeant le cafĂ© dans un placard.Â
"Ces chers messieurs le feront Ă tour de rĂŽle vu que Sab et moi nous occuperons du mĂ©nage et toi de⊠EuhâŠ"
"On nâa pas pensĂ© Ă ce quâelle ferait!" sâexclama soudain Sabrine.Â
"Elle nâa quâĂ ranger sans pour autant nettoyer" soupirai-je en haussant les Ă©paules.Â
"Elle est lĂ en passant" dit celle-ci en croisant les bras.Â
"Ah ouais, bonjour!" dis-je sarcastiquement.Â
"Et si jâveux pas?" dit-elle en levant le menton.Â
"Bah sdf ma puce" dis-je avant de prendre une gorgée de mon lait chocolaté.
"Bonjour Dormeur" dit Sab me faisant me retourner pour apercevoirâŠ
"Ahh Moris, bonjour. Bien dormi?" dis-je en mâessuyant le coin des lĂšvres.Â
"Comme un bĂ©bĂ©" dit-il en sâĂ©tirant.
"Sinon qui a fait les courses?" dit-il en voyant que chacune prenait dĂ©jĂ son premier repas.Â
"ImĂšne a trouvĂ© un super-marchĂ© pas loin" dit Nihad.Â
"Une Mercadona pour ĂȘtre exacte" dis-je en finissant mon cacaolat.
"Eh bah dis-donc, tâes plus dĂ©brouillarde que ce que je croyais!" dit-il impressionnĂ©.Â
"Câest lâimpression que je donne en AlgĂ©rie parce que je ne suis pas indĂ©pendante." dis-je en rinçant mon verre.Â
"Et oĂč vas-tu maintenant?" demanda Sab.Â
"Dormir en attendant que ces messieurs se rĂ©veillent, si vous sortez jâveux en ĂȘtre donc rĂ©veille-moi quand vous dĂ©ciderez." dis-je avant de mâengager dans les escaliers.Â
      Je regardais par-terre en montant, ce qui fait que je me suis cognĂ©e de plein fouet contre quelquâun en montant. Mon rĂ©flexe est de me jeter en avant pour Ă©viter de me briser la colonne vertĂ©brale en tombant vers les escaliers, et rebondir sur le sol vu que jâĂ©tais tout en haut. Je rebondis en fait sur le mec qui nâest autre que Mounir, comme par hasard.Â
"Pardon" dis-je entre mes lĂšvres en me levant et lâaidant Ă faire de mĂȘme.Â
"Câest pas grave, ça va aller?" demande-t-il avec un sourire forcĂ©.Â
"Ouais, jâai connu pire. Toi ça va?" demandai-je, parce que câest quand mĂȘme moi qui me suis Ă©tendue de tout mon long sur lui.Â
"Oui, ça va" dit-il presque froidement avant de partir.Â
     Mon cĆur bat encore la chamade, je dĂ©cide alors de prendre une douche froide. Ăa me remettra les idĂ©es en place, câest dĂ©jà ça. Je verrouille la porte de la salle de bain et me dĂ©shabille. Quâest-ce quâil sentait bon⊠Il avait lâair encore plus beau quâau lycĂ©e, ou bien câest Ă cause de ses cheveux? Ils ont vachement repoussĂ©, si bien quâil nâĂ©prouve plus le besoin de porter un couvre-chef. Je suis franchement contente pour lui, câest quelquâun de bien en fait. Je ne mâendors finalement pas, il y a la wifi dans cette villa donc je suis sur tumblr. Je compte bien changer de tĂ©lĂ©phone pendant que je suis en espagne, fini le Star maintenant jâen aurai un avec une camĂ©ra frontale. Il faudrait quand mĂȘme que je me trouve un petit boulot, pour mâhabituer Ă ĂȘtre une femme active.Â
       Vers 10:00, quelquâun toque Ă ma porte. Je me lĂšve pour ouvrir. Câest Nihad.Â
"Coucou, entre" dis-je en la laissant entrer.Â
"Câest super beau chez toi!" dit-elle.Â
"Câest super beau partout, jâremercierai Moris jamais assez pour ça" dis-je avec un grand sourire.Â
"Je viens justement te parler de lui, Sab a eu lâidĂ©e de lui prĂ©parer une petite fĂȘte pour le remercier" dit-elle.Â
"Sab est un gĂ©nie, mais pas ce soir parce que non-seulement on est tous crevĂ©s mais en plus je pense quâil sây attendra. On nâa quâĂ attendre la semaine prochaine, il croira quâon est de sales petits ingrats mais aprĂšs il aura une belle surprise!"
"Câest encore plus gĂ©nial!"
"En espĂ©rant quâil ne nous vire pas parce quâon est de sales petits ingrats" ris-je.Â
"Ouais" rit-elle "On dine quoi chef?"
"Bon on va au Wok et tout le monde choisit ce quâil veut, je sais oĂč est le plus proche." dis-je "Rassemble tout le monde, on va se balader un peu et prendre des photos"
"Bonne idĂ©e, jây vais." dit-elle en sortant de ma chambre.Â
     Je mets une mini-combi noire et des sandales blanches, un head-band qui tient mes cheveux et mes Ray-Bans. Je descends et trouve tout le monde bien pomponné.
"Alors vous voulez voir la ville ou des centres commerciaux?" demandai-je.Â
"Bah ville" dit Sab en haussant les Ă©paules.Â
"Moi aussi, jâespĂšre quâil y aura des bgs" dit Nihad.Â
"MĂȘme si les espagnols sont moches, tâas des touristes dâun peu partout faut juste savoir communiquer" dis-je avec un clin dâĆil "Donc tout le monde veut aller faire un tour en ville?"
"Oui" dit Mounir, sachant que je mâadressais Ă lui.Â
"Toi aussi Moris? Mais enfin, quâest-ce que je raconte tu la connais" dis-je en mettant la main sur mon front.
"Mais oui mais oui" rit-il.Â
"Et puis je connais un restaurant Turque oĂč y a de la chawarma halal!" mâexclamai-je soudainement "Aller on y va!"
     La journĂ©e se passa le plus normalement du monde, beaucoup de photos dâĂ©clats de rire et autres. Mais je sentais le regard de Mounir sur moi de temps Ă autres, ou alors ce nâĂ©tait que de la paranoĂŻa. Lâheure du diner approche Ă grands pas et je nous guide vers Wok Ă travers le mĂ©tro. On prend une table pour six, Sab en face de Moris, Nihad en face de Imed et moi en face de Mounir⊠Comme le hasard fait bien les choses, ces temps-ci! Au moment de me lever pour me faire griller des crevettes, je le vois en train de remplir son assiette de porc. Je vais alors vers lui.Â
"Au cas oĂč tu aurais lâintention de manger ça, câest du porc" dis-je par-dessus son Ă©paule gauche.Â
"Ah merci, ça y ressemblait pas" dit-il honnĂȘtement.
"Ă ton service" dis-je en dĂ©posant mon assiette chez le mec au grill, je pose ma main sur le bras de Mounir au retour en murmurant "Tu peux toujours essayer les escargots si tu nâaimez vraiment pas les fruits de mer"
"Super drĂŽle" dit-il sarcastiquement pendant que je remplissais une assiette de sushis.
"Enfin, chacun ses goĂ»ts mais tu vas galĂ©rer entre ta religion et tes goĂ»ts ici. Sauf si tu vas manger chez le Turque tous les jours et que jte fais de la friture de chez le Marocain tous les soirs" dis-je avant de partir.Â
Il me rejoint Ă table sans rien prendre âCâest toi qui vas cuisiner?â
"La plupart du temps, quand je suis fatiguĂ©e on viendra ici" dis-je en versant de la sauce soja dans mon assiette.Â
"Et euh⊠Tu vas cuisiner quoi?" demanda-t-il quelque peu gĂȘnĂ© sous les regards de toute la table.Â
Je les embrasse du regard avant de dire âOui?â
"Bah on discute, y a un problĂšme?" demandai-je avec un regard qui disait âje tâexpliquerai plus tardâ Ă Sab, elle le comprit et se retourna, les autres suivirent.Â
"Donc..?" dit-il pour revenir au sujet de notre conversation.Â
"Bah jâai mon rĂ©pertoire culinaire que jâespĂšre amĂ©liorer durant ces vacances⊠Et on mangera italien ou espagnol quelques soirs, histoire de varier." dis-je "Mais Paella câest avec des fruits de mer, jâen ai bien peur."
Il rit doucement âJe finirai par mây faireâÂ
"EspĂ©rons, parce que tâas pas trop le choix si tu veux Ă©viter ma bouffe!" ris-je.Â
"Bah non, pourquoi je voudrais Ă©viter ta bouffe?" demanda-t-il.Â
"Câest la conversation la plus longue quâon a en quatre ans, on pourrait croire que ça te rĂ©jouirait pas tant que ça de mâavoir comme cuisiniĂšre" murmurai-je.Â
"Le fait quâon ne se parlait pas nâa aucun lien avec ta cuisine" dit-il.Â
"Si on pouvait Ă©viter le sujet pour le moment ça mâaiderait" dis-je.Â
"Câest toi qui lâas sorti"Â
"Je sais et câĂ©tait une erreur, je vais chercher mon assiette" dis-je en me levant.Â
"Merci, essaie dâen avoir un aussi, câest un des rares soirs oĂč on dinera dehors" dis-je avant de mâengager dans le tournant vers le grill.Â
     Une fois de retour Ă la maison, jâen discute avec les filles et on en parle pendant une petite demi heure avant de dĂ©cider dâaller nager vu que la piscine est propre et tentante. Ceci dit, les garçons avaient une longueur dâavance. Je portais un bikini noir, ainsi que Sab et Nihad.Â
"Viens nager ImĂšne!" dit Imed en voyant que je ne faisais que mouiller mes pieds.Â
"Non, jâai la flemme de me refaire un brushing" dis-je en toute honnĂȘtetĂ©.Â
"Tâes vraiment chiante quand tu tây mets, on sâen fout tes cheveux sont biens bouclĂ©s!" dit Sab.Â
"Fine!" mâexclamai-je en enlevant le dĂ©shabillĂ© rose pale que je portais, exposant ainsi la cicatrice de ma brĂ»lure.Â
"Tâas quoi au ventre?" demanda Moris.Â
"OĂč ça?" demandai-je en essayant de voir par delĂ ma poirtine.Â
"Il parle de ta cicatrice" dit Nihad.Â
"Ah ça" dis-je "Accident de travail" ajoutai-je avec un clin dâĆil.Â
"Tâes pompiĂšre?" demanda Imed en pouffant de rire.Â
Je lui lançai un regard qui voulait tout dire avant de dire âCâest ça, fous-toi de ma gueuleâ
"Non, pardon" dit-il toujours en riant.Â
Je soupire en posant le dĂ©shabillĂ© sur un transat âFait chierâ chuchotai-je presque inaudible, mais Mounir mâentendit.Â
"Ăa se voit Ă peine" dit-il de la mĂȘme façon mĂ©ritant un faible sourire de ma part.Â
"Merci" lui dis-je avant dâajouter "Tu veux bien me rejoindre Ă la cuisine sâil te plait?"
"Jâaurais quelque chose Ă te dire"Â
      Tout le monde Ă©tant occupĂ©, notre absence ne fut pas remarquĂ©e. Je mâassis sur un des tabourets du comptoir avec lui debout en face de moi. Mon cĆur bat toujours la chamade quand nous sommes seuls.Â
"VoilĂ euhâŠ" commençai-je "Je voulais tâannoncer une chose et tâen demander une autre, je commence par quoi?"
"La demande" dit-il en croisant les bras anxieux.Â
"Est-ce quâon pourrait redevenir comme avant?"Â
"Euh⊠En fait câest queâŠ"
"Ce qui me mĂšne Ă mon annonce" dis-je "En rĂ©alitĂ© je ne tâaime plus comme Ă lâĂ©poque, je tiens toujours Ă toi câest vrai, mais je ne suis plus ce quâon appelle âamoureuseâ de toiâŠ"
"Bah je pense que câest faisable, dans ces conditions." dit-il avec un sourire.Â
     Je lui rends avant de mâappuyer sur le comptoir pour descendre du tabouret mais il me retient, mon regard croise le sien et je comprends ce quâil veut. Il veut quâon soit exactement comme avant, je dois avouer que je ne mâattendais pas Ă ce quâil le veuille aussi rapidement. Il pose sa main sur ma joue et mâembrasse tendrement⊠Comme ses baisers mâont manquĂ©! Je mâen dĂ©lecte comme de ma friandise prĂ©fĂ©rĂ©e, profitant de chaque millimĂštre de ses lĂšvres contre les miennes. Mes mains se baladent sur son torse bien foutu pendant le baiser alors que les siennes sont soit au creux de mon dos, soit Ă caresser ma joue. Jâai peur de recommencer Ă Ă©prouver des sentiments pour lui, je voudrais bien lui en parler mais je sais quâil voudra tout arrĂȘter Ă nouveau. Il met fin au baiser avec un sourire sincĂšre.Â
"Tes lĂšvres mâavaient manquĂ©" murmura-t-il laissant son souffle rĂ©chauffer mes lĂšvres humides qui forment Ă prĂ©sent un sourire.Â
"Les tiennes aussi" dis-je avant de le smacker et partir vers la piscine.Â
"Quâest-ce que vous foutiez?" Sab demanda dâoĂč elle Ă©tait assise sur les genoux de Imed.Â
"On parlait" dis-je le visage ayant une expression assez terne.Â
    Je sais dĂ©jĂ ce qui va se passer, mais je mâabstiens de le dire Ă qui que ce soit. Pas mĂȘme Ă moi, je sais que je vais recommencer Ă Ă©prouver des sentiments pour lui, je sais quâil est beau et pourra avoir une fille dans son lit quand il voudra, je sais que ça me fera plus que mal mais que je devrai faire comme si de rien nâĂ©tait⊠Et câest exactement ce qui se passe durant le premier mois.Â
      Premier Juillet, je me rĂ©veille dans mon lit que jâai appris Ă aimer. Il est cinq heures, je prends une douche et fais mon brushing avant dâaller prĂ©parer le petit dĂ©jeuner. Mounir avait amenĂ© une fille de boite hier soir, et câest pas le genre Ă fermer sa gueule pendant un orgasme. Je rĂ©chauffe le cafĂ© de Sab qui va se rĂ©veiller dâun moment Ă lâautre, je me fais du thĂ© vert pour changer du cacaolat. Je porte mes sous-vĂȘtements et une grande et assez longue chemise blanche quand je sens de grandes mains chaudes se poser sur mes hanches, le parfum me dit que câest Mounir. Je ne le regarde mĂȘme pas.Â
"OĂč est passĂ©e ta conquĂȘte?" demandai-je.Â
"Elle est rentrée chez elle juste aprÚs" dit-il en fronçant les sourcils "Pourquoi?"
"Juste comme ça" dis-je en me dĂ©gageant de ses mains pour prendre mon tĂ©lĂ©phone sur le comptoir.Â
"Quâest-ce que tu as?" demanda-t-il.Â
"Rien, pourquoi?" dis-je feignant lâinnocence.Â
"Car tâes froide avec moi" dit-il en me regardant droit dans les yeux, je sens les miens se mouiller alors je me retourne.Â
"Câest juste une impression, jâai des jours avec et des jours sans" dis-je avec ma voix qui devenait de plus en plus grave Ă chacun de mes mots.
"Hey tâes sĂ»re que ça va?" demanda-t-il avec inquiĂ©tude en posant ses mains sur mes Ă©paules.Â
     Le contacte de ses mains me fait perdre le contrĂŽle et je me mets Ă pleurer, il me fait me retourner et me prend dans ses bras ce qui me fait encore plus pleurer.Â
"Shht ça va aller" murmura-t-il "Je suis là , tu sais que tu peux tout me dire⊠Je serai toujours là pour toi"
"Laisse-moi sâil te plait" sanglotai-je avant de me dĂ©gager de son Ă©treinte pour de bon.
     Je pars dans ma chambre et mây enferme pour aller pleurer dans mon oreiller pour la eniĂšme fois cet Ă©tĂ©, et Ă chaque fois pour la mĂȘme raison. Jâentends toquer mais je mâen fous, jâai encore des larmes Ă verser et je le ferai tranquilement avant dâouvrir ma porte Ă qui que ce soit. Jâentends les voix de tout le monde mâappeler Ă tour de rĂŽle. Une heure plus tard, je ne perçois plus aucun bruit dans la villa. Je me dis alors quâils sont tous sortis et que je peux me balader dans la maison, les yeux rouges, sans complexes.Â
    Je me suis amĂšrement trompĂ©e car Sab mâattendait silencieusement dans le living-room.Â
âDeux solutions: tu lui avoues tes sentiments et tu fais avec ou alors vous arrĂȘtez ce petit jeu qui va finir par tâacheverâ dit-elle fermement.
"Facile Ă dire, toi tu peux faire ce que tu veux avec un mec sans dĂ©velopper de sentiments, moi Ă chaque putain de fois je me retrouve Ă souffrir pour un connard, lui compris, mais le mauvais cĂŽtĂ© câest quâavec moi il est gentil comme tout et il croit toujours bien faire. Mais chaque fois quâil parle Ă une autre fille câest comme si on enfonçait un fer chauffĂ© Ă blanc dans ma gorge Ă plusieurs reprises⊠Je nây arriverai jamais, je nâarriverai ni Ă lui avouer mes sentiments encore ni Ă cesser de tenir ce genre de relation quâon a⊠Jâai besoin de lui Ă moi et pas autrement⊠Ăa a lâair Ă©goĂŻste comme ça mais lâamour en lui-mĂȘme est Ă©goĂŻste." dis-je le visage inondĂ© de larmes.Â