Ăcumeurs #33 et #34 : François et Jean-Marie
Je termine aujourdâhui ma sĂ©rie âLes Ăcumeursâ. Sur le modĂšle de mes groupes prĂ©fĂ©rĂ©s, jâai dĂ©cidĂ© de me sĂ©parer. Pour me reformer dans une dizaine dâannĂ©es, avec pour objectif de jouer en tĂȘte dâaffiche Ă Rock en Seine. Si possible le samedi soir.Â
Jean-Marie mâa dit un jour : â Tu devrais interroger mon frĂšre, câest un vĂ©ritable Ă©cumeurâ. Et si je les interrogeais tous les deux ? Je nâavais jamais rencontrĂ© de fratrie jusquâici. âAh non, moi les concerts, je dĂ©teste çaâ. Jean-Marie venait de m'offrir lâangle de lâinterview : âLâun Ă©cume, lâautre pasâÂ
Jean-Marie : Nos parents sont tous les deux profs. Ils nous ont plus orientĂ©s vers les livres que vers les disques. La musique, on nâen Ă©coutait quâen voiture.
François : Câest tardivement que jâai eu lâoccasion dâaller fouiller parmi leur collection de vinyles : Brassens, Brel, Piaf, Montand, Mouloudji mais aussi la bande originale de Saturday Night Fever ou âBorn To Be Aliveâ... Je me souviens quâils avaient aussi le 45 tours original de âMichelleâ des Beatles, avec les crĂ©dits en français au dos.
Une de mes grandes frustrations, câest de ne jamais pu avoir toucher la guitare de mon pĂšre, un Fender quâil sâĂ©tait faite prĂȘter. Il possĂ©dait aussi une vieille classique achetĂ©e pendant sa jeunesse, qu'il ne voulait dĂ©jĂ pas que je touche, et que jâai fini par rĂ©cupĂ©rer Ă son dĂ©cĂšs. Elle Ă©tait malheureusement inutilisable.
JM : Jâai eu une rĂ©vĂ©lation tardive pour la musique, autour de dix-huit ans. Jâai fait mon Ă©ducation essentiellement par le biais de la presse : câest grĂące Ă elle que je suis remontĂ© aux sources de la musique que jâĂ©coutais et jâai dĂ©couvert les fondamentaux comme The Queen Is Dead, Closer... Par exemple avec une liste qu'avaient dressĂ©s les lecteurs des Inrocks, en 1999, de vingt-cinq classiques Ă possĂ©der absolument. Je passais mon temps Ă graver des Cd.Â
F : Jâai trois ans de diffĂ©rence par rapport Ă Jean-Marie. Je dois reconnaĂźtre quâadolescent, jâai traversĂ© une pĂ©riode eurodance (rires). Les premiers groupes qui mâont marquĂ©, ce sont ceux que jâai connus en faisant des Ă©changes : Jeff Buckley, Grant Lee Buffalo, Radiohead, Noir DĂ©sir, U2. Le tout premier disque que j'ai vraiment achetĂ© avec mon argent, c'Ă©tait Americana de Offspring
JM : Jâai eu accĂšs Ă internet Ă lâĂąge de 18 ans. Napster, Audiogalaxy, Soulseek... Ăa a changĂ© ma vie. Quand jâai commencĂ© Ă bosser, je vivais encore chez mes parents. Je nâavais aucun complexe Ă passer la plus grande partie de mon argent de poche en achat de disques. Le tĂ©lĂ©chargement illĂ©gal a vraiment stimulĂ© chez moi lâachat de disques, lĂ oĂč aujourd'hui j'en achĂšte un peu moins avec le streaming payant, et essentiellement des vinyles.
F : Je dois beaucoup Ă Jean-Marie : Pulp, Pavement... A partir du moment oĂč jâai eu internet, jâai beaucoup traĂźnĂ© sur les forums : la Lenoir Liste, Sound of Violence... Jâavais 15 ans en 2000. Je me suis pris le deuxiĂšme album de White Stripes en plein dans la figure. Câest un groupe qui demeure trĂšs important pour moi car il mâa ouvert Ă©normĂ©ment de portes : du blues du delta aux Rolling Stones, en passant par Led Zeppelin... Câest aussi un groupe qui correspond Ă la pĂ©riode oĂč jâai commencĂ© Ă apprendre la guitare. Je tĂ©lĂ©chargeais des partitions, jâai rapidement Ă©tĂ© capable de jouer leurs morceaux.Â
JM : Notre oncle a aussi eu un rĂŽle dans mon Ă©ducation musicale puisquâil a jouĂ© un rĂŽle de passeur entre sa gĂ©nĂ©ration et la mienne. Je ne serai peut-ĂȘtre pas le mĂȘme fan de musique sâil ne mâavait pas prĂȘtĂ© un jour son exemplaire de London Calling.Â
Jean-Marie, tu as publiĂ© il y a deux ans au Mot et le Reste un ouvrage consacrĂ© au rock indĂ©pendant britannique, Indie Pop 1979-1997. Comment expliques-tu ta passion pour cette scĂšne ?Â
JM : Je suis inapte techniquement parlant Ă jouer de la musique. La virtuositĂ© ne mâa jamais bouleversĂ©, ce qui explique sans doute que je me sois spontanĂ©ment tournĂ© vers la scĂšne indĂ©pendante. Jâai beaucoup lu Les Inrockuptibles entre 1999 et 2004, câĂ©tait une pĂ©riode faste pour le rock anglais : The Libertines, The Coral... LâaprĂšs-brit pop.Â
F : JâĂ©tais trop jeune pour que la brit pop me parle. JM avait achetĂ© le troisiĂšme album dâOasis, mais ça nâavait pas Ă©veillĂ© de vocation chez moi. Paradoxalement, je suis devenu trĂšs fan de Supergrass par la suite, alors que le groupe Ă©tait sur sa fin.Â
JM : Ma seule concession Ă la virtuositĂ©, câest Radiohead - parce que ce nâest jamais tape Ă lâoeil. Câest un groupe pour lequel je me suis vraiment passionnĂ© avec la sortie de Kid A,mĂȘme si je m'en suis Ă©loignĂ© depuis une petite dizaine d'annĂ©es
Quels sont les premiers concerts Ă vous avoir marquĂ©s ?Â
François : Le tout premier, ça a Ă©tĂ© Noir DĂ©sir, fin 2002, Ă la sortie de ce qui allait devenir leur dernier album. Jây Ă©tais allĂ© avec des camarades de lycĂ©e. Jâavais vraiment fait du prosĂ©lytisme pour quâon soit nombreux. Et pendant le premier pogo sur âTostakyâ, jâai cru que jâallais mourir (rires). Noir DĂ©sir, câest un groupe qui restera associĂ© Ă ma sortie de lâadolescence. Il rĂ©sume bien lâĂ©tat dâesprit dans lequel jâĂ©tais. Câest peut-ĂȘtre le premier groupe pour lequel je me suis pris de passion au point dâĂ©changer des bootlegs. Jâavais celui du concert auquel jâavais assistĂ© Ă Rennes, un double CD-R (rires)Â
Jean-Marie : Mon premier concert, câĂ©tait un festival. LâĂ©dition 2001 des Vieilles Charrues. Ben Harper, Manu Chao, Les TĂȘtes Raides et bien sĂ»r Noir DĂ©sir. Un cru alter-mondialiste (rires). Jâen garde plus le souvenir dâune expĂ©rience sociale que musicale : dormir au camping, vivre au milieu de 70.000 personnes...Â
Jean-Marie, Ă quel Ă©poque as-tu commencĂ© Ă Ă©crire sur la musique ?Â
Jean-Marie : En 2005, jâĂ©tais dans la mĂȘme promotion que Vincent Glad Ă lâĂcole de journalisme de Lille. On a dĂ©marrĂ© un blog Ă deux - un âmp3 blogâ comme on disait Ă lâĂ©poque - âInterprĂ©tations diversesâ. On essayait de dĂ©nicher de nouveaux groupes indĂ©. Je sortais de Sciences-Po Rennes et jâavais dĂ©jĂ publiĂ© quelques chroniques dans des canards Ă©tudiants, comme celle de Sad Songs for Dirty Lovers de The National, que j'avais dĂ©couvert grĂące Ă une chronique parue dans Chronicâart. Mais je nâai jamais eu la vocation de devenir un journaliste musical. Je savais que la condition de journaliste Ă©tait dĂ©jĂ prĂ©caire, alors journaliste musical⊠Et j'aime Ă©crire sur plusieurs sujets Ă la fois ou sur plusieurs sujets en mĂȘme temps, et pas seulement sur la musique. Aujourdâhui, jâai parfois lâoccasion dâĂ©crire sur la musique dans le cadre de mon activitĂ© salariĂ©e Ă Slate.fr, câest dĂ©jĂ une chance. Jâessaie de trouver des angles qui peuvent intĂ©resser les lecteurs de Slate.fr, comme quand jâai rencontrĂ©, juste avant la prĂ©sidentielle amĂ©ricaine, Kurt Wagner de Lambchop, dont lâĂ©pouse est prĂ©sidente du parti dĂ©mocrate dans le Tennessee.
François : Jean-Marie mâavait pistonnĂ© Ă Ouest-France. Jâai Ă©crit pendant six ans dans les pages âsportsâ, tout en continuant en parallĂšle mes Ă©tudes dâinformatique. Jâai vĂ©cu un peu plus de six mois Ă MontrĂ©al, et jâavais lâintention dây retourner bosser, mais le plan est tombĂ© Ă lâeau. Aujourdâhui, je collabore Ă Slate.fr et Ă La BlogothĂšque. Mais jâai du mal Ă dĂ©gager du temps pour Ă©crire. Je prĂ©pare beaucoup. Jâai du peaufiner mon interview de Joanna Newsom pendant trois semaines, tout ça pour au final passer quinze minutes avec elle (rires).Â
Vos premiers concerts ensemble ?Â
Jean-Marie : Franz Ferdinand Ă lâUbu, Ă Rennes, avec The Fiery Furnaces en premiĂšre partie. The Coral, avec The Zutons en premiĂšre partie.Â
François : Supergrass et R.E.M. aux Vieilles Charrues. La Route du rock en 2004, avec cet inoubliable concert de Blonde Redhead sous la pluie.Â
François, si ce nâest pas par le biais de ton frĂšre, comment as-tu attrapĂ© le virus des concerts ?Â
François : Quand jâĂ©tais Ă Rennes, mon meilleur ami Ă©tait un dingue de concerts. On se motivait mutuellement pour sortir. A force de traĂźner Ă lâUbu, on sâst retrouvĂ© dans dâinterminables discussions dâaprĂšs-concert avec Jean-Louis Brossard des Transmusicales. Câest lui qui nous inoculĂ© le virus. Peu aprĂšs, je me suis retrouvĂ© Ă faire du bĂ©nĂ©volat pour les Trans.Â
Jean-Marie : Jâadore aller Ă des concerts, mais je suis difficile capable comme François d'en voir trois par semaine. Lâaspect social est pour moi aussi important que lâaspect musical : contrairement Ă François, je serai incapable dây aller seul. Et je dois reconnaĂźtre que lâexpĂ©rience ne mâa jamais laissĂ© sur un sentiment de plĂ©nitude comparable Ă celui que mâapporte lâĂ©coute du disque Ă domicile. Je suis vraiment admiratif du travail que les musiciens peuvent effectuer en studio. Et je ne crois pas ĂȘtre jamais sorti dâun concert en me disant que câĂ©tait encore mieux sur le disque.
Jâai aussi un cĂŽtĂ© mauvais coucheur : je dĂ©teste les spectateurs qui tapent dans leurs mains. Les rappels me gonflent... Et je suis trĂšs cinĂ©ma. Jâaccorde une importance primordiale Ă lâexpĂ©rience du films en salle, le noir, le silence... Je suis sorti par exemple les jambes coupĂ©es du dernier Miyasaki, Le vent se lĂšve. Un concert ne mâavait jamais fait ça. Jâai aussi du mal avec les grosses salles. La proximitĂ©, câest primordial. La durĂ©e du concert, ça peut vite devenir un problĂšme aussi. Je dĂ©teste les groupes qui font durer. Au delĂ dâune heure vingt, câest un supplice. Cinquante minutes, câest largement suffisant. Je dĂ©teste les festivals aussi, tu sens le set rĂ©pĂ©tĂ© et resservi Ă lâidentique tous les soirs. Â
François : Jâadore le live. Jâaime bien regarder le matĂ©riel, les mains des musiciens... Jâai tellement vu The National que je peux dire quel morceau le groupe va interprĂ©ter rien quâaux guitares que les musiciens choisissent. Câest Ă MontrĂ©al que jâai pris lâhabitude de sortir seul, vu que je ne connaissais personne quand je suis arrivĂ©. Les deux derniers concerts que jâavais vu avant de quitter Paris, câĂ©tait les Fleet Foxes et M.Ward. Le premier artiste que jâai vu Ă MontrĂ©al Ă©tait... M.Ward. Et le dernier, les Fleet Foxes. Avec au milieu des expĂ©riences trĂšs fortes, comme celle dâassister au dĂ©clin de Vic Chesnutt en premiĂšre partie de Jonathan Richman, quelques mois avant sa disparition. Il nâĂ©tait pas dans un bon jour, le public nâĂ©tait pas rĂ©ceptif... Jâen garde un souvenir trĂšs Ă©prouvant. Comme celui du concert de Daniel Johnston au Bataclan, ou celui de Sixto Rodriguez Ă la Cigale.Â
JM : Jâai un vrai problĂšme avec les reformations. Jâai toujours Ă©tĂ© déçu par des groupes dont je vĂ©nĂ©rais les disques.Â
F : Avec une exception : le concert de reformation des Breeders à la Cigale. Je garde aussi un bon souvenir du concert de Pavement au Zenith  - le soir de mes 25 ans, avec The National en premiÚre partie - ou de celui de Slowdive à la Route du Rock.
JM : Les reformations, quand il nây a pas de nouveau disque derriĂšre, ça tourne Ă vide. Jâai eu la chance de voir les Go-Betweens Ă Tourcoing, Ă la sortie dâun nouvel album. Ils Ă©taient trĂšs dignes parce que lâalbum Ă©tait aussi trĂšs bon.Â
Des concerts qui manquent Ă votre palmarĂšs ?Â
Jean-Marie : Je regrette d'avoir ratĂ© Leonard Cohen, Songs : Ohia et Elliott Smith.  Â
François : Gravenhurst. Swans, alors quâils ont souvent jouĂ© Ă Paris ces derniĂšres annĂ©es.
Jean-Marie : Jâai le chic pour rater des groupes qui ne sont absolument pas rares, comme Wire. Jâai aussi voulu voir R.E.M. dans un autre cadre quâun festival.Â
François : Jâai vu tous les groupes dans lesquels a jouĂ© Jack White sauf The White Stripes. Jâai ratĂ© David Bowie, Nirvana et Jeff Buckley : jâĂ©tais trop jeune Ă lâĂ©poque.Â
Jean-Marie : Jâavais achetĂ© une place pour Brian Wilson mais je nâai pas pu assister au concert. Ensuite, je nâai pas de fantasme particulier. Les groupes actuels, jâai toujours moyen de les voir. Et les groupes sur le retour, jâen ai vu pas mal, mais je ne suis jamais sorti du concert en ayant lâimpression dâavoir assistĂ© Ă un moment historique.Â
Mis Ă part les concerts, des divergences entre vous ?Â
Jean-Marie : Mon amour de la pop italienne suscite beaucoup dâincomprĂ©hension autour de moi. Dans le mĂȘme registre, jâai aussi Ă©crit une fois un papier sur Slate.fr pour dĂ©fendre Duran Duran...
François : Joanna Newsom ?Â
JM : Jây suis revenu, ça va mieux. Par contre, par rapport Ă François, je ne suis vraiment pas fan de blues. Ce nâest pas mon truc. Sur la nouvelle vague française, il peut nous arriver de diverger. Par contre, on adore tous les deux Alain Souchon.Â
F : Jâai un plus gros faible que Jean-Marie pour Polnareff et Balavoine. Jâai aussi un amour profond pour Tiersen. Par contre Slate.fr nous avait proposĂ© de couvrir les neuf concerts dâadieu de Fauve et j'ai baissĂ© les bras au bout du premier (rires).Â
Des concerts que vous regrettez dâavoir vu ?Â
JM : Comme je sĂ©lectionne Ă©normĂ©ment, je nâai pas souvent de mauvaise surprise. The Stoneroses Ă la Cigale, câĂ©tait dĂ©cevant, mais en grande partie Ă cause du public.Â
F : Jâaurai prĂ©fĂ©rĂ© voir Vic Chesnutt dans un bon soir.Â
JM : Pete Doherty Ă la Cigale. Non seulement le concert nâĂ©tait pas bon, mais le comĂ©dien de stand up en premiĂšre partie Ă©tait totalement incongru. Stars Ă la FlĂšche dâOr. Jâavais dĂ©testĂ© ce concert.
Vous ĂȘtes vous influencĂ©s lâun lâautre ?Â
JM : JâĂ©coute trop de choses, et pourtant, chaque fin dâannĂ©e, il y a toujours cinquante disques que je regrette de ne pas avoir pris le temps dâĂ©couter. JâĂ©coute trop vite pour essayer de rattraper cette boulimie de disques en retard. Si mes goĂ»ts se sont amĂ©ricanisĂ©s, ce nâest pas Ă cause de mon frĂšre : câest simplement parce quâĂ un moment, les groupes amĂ©ricains mâont semblĂ© meilleurs. La littĂ©rature amĂ©ricaine mâa sorti de mon anglophilie. (A François) Câest par contre toi qui mâa fait dĂ©couvrir Courtney Barnett.
F : PlutĂŽt quâinfluencer ses goĂ»ts, câest plutĂŽt Ă aller voir des concerts que je lâinciterai. Je tiens un Google Agenda avec les concerts Ă venir. Ăa remonte Ă lâĂ©poque oĂč je vivais en colocation et oĂč on me demandait ce quâil fallait aller voir. Jâai souvent achetĂ© des places de concert pour des copains et jâai Ă©tĂ© parfois amenĂ© Ă en revendre - sur Twitter, jâai la rĂ©putation dâĂȘtre un revendeur de places (rires). Lâachat de places de concert reste Ă ce jour ma principale source de dĂ©penses.Â
Quelle est ta frĂ©quence de sorties ?Â
François : En moyenne, de deux Ă trois fois par semaine. Parfois plus. Il mâest arrivĂ© de monter jusquâĂ quinze concerts en dix-neuf jours.
Vos salles de prĂ©dilection ?Â
Jean-Marie : La CafĂ© de la Danse. LâEspace B. La Maroquinerie.Â
F : Ma grande taille pose problĂšme. Quand je me colle Ă la scĂšne, je me fais crier dessus.
JM : Jâaime bien dĂ©couvrir des salles dans lesquelles je nâai jamais mis les pieds. Je nâĂ©tais jamais allĂ© au New Morning avant le concert de Julia Holter.
F : Je ne suis jamais au Flow ni aux trois Baudets. Ce sont les seules parisiennes que je ne connais pas.
JM : Une salle peut ĂȘtre aussi liĂ©e Ă un souvenir en particulier, comme celui de Sufjan Stevens Ă lâOlympia.Â
Des salles que vous détestez ?
JM : La Grande Halle de la Villette, Le Zenith.
F : Le Pop Up du Label, le son est horrible et la scĂšne est trop basse. Je mây sens physiquement mal.Â
François, nâeprouves-tu jamais une lassitude Ă force dâaller au concert aussi souvent ?Â
F : Non, lâoffre est telle que jâĂ©prouve Ă chaque fois lâexcitation de sortir. Ensuite, la lassitude se situe plus au niveau des groupes que jâai trop vus. Comme Hot Chip par exemple. Jâaurai dĂ» mâarrĂȘter aprĂšs leur prestation au Pitchfork Festival, dont je garde un grand souvenir. The National est devenu trop gros. Je les ai vus cinq fois sur la derniĂšre tournĂ©e. Et que ce soit Ă Point FMR que comme sur une immense scĂšne, câest Ă chaque fois le mĂȘme set et les mĂȘmes gimmicks. Leurs albums sont moins intĂ©ressants, alors rĂ©ciproquement leurs concerts sont moins intĂ©ressants. Mais câest aussi ma faute : je les ai trop vus.
Quels sont ceux que tu as vu le plus souvent ?Â
F : Mis Ă part The National ? Arcade Fire, Fleet Foxes, Kevin Morby, Angel Olsen. Mais Angel Olsen, je pourrais tout lui pardonner. Je lâai vue dans un petit bar Ă Nashville, on devait ĂȘtre une centaine, je suis devenu fan Ă la vie Ă la mort ce soir lĂ . Mes amis ont organisĂ© une cagnotte Ă lâoccasion de mes 30 ans pour que jâaille voir Bon Iver Ă Eaux Claires, sur ses terres. Lâambiance de ce festival est tellement conviviale que les artistes donnent lâimpression dâĂȘtre en vacances - mĂȘme Sufjan Stevens y participe, lui qui boudait les festivals. Jâai eu lâoccasion de revoir Bon Iver depuis mais la magie sâĂ©tait Ă©vanouie.Â
Des concerts qui vous ont marquĂ© de maniĂšre indĂ©lĂ©bile ?Â
F : Le deuxiĂšme concert de The National auquel jâai assistĂ©, Ă lâUbu, Ă Rennes. Le premier, câĂ©tait Ă la Route du rock, quelques mois avant. Un autre grand moment .Â
JM : Of Montreal Ă La Cigale, Ă la sortie de False Priest. The Walkmen Ă la Route du Rock. Ils fermaient le festival et ils tout donnĂ© ce soir-lĂ .Â
F : J'ai aussi adoré ce concert, mais en tant que fan invétéré du groupe, j'ai préféré leur dernier passage à la Maroquinerie, surtout que je savais qu'ils étaient sur la fin, c'était vraiment intense.
JM : The Go-Betweens Ă Tourcoing, et pas uniquement parce quâils nâont pas fait de rappel (rires).Â
F : Arcade Fire et Radiohead Ă Nimes. Bon Iver Ă Eaux Claires.Â
JM: Wu Lyf Ă San Francisco, pour la primeur et la nouveautĂ©. The Coral Ă Glasgow.Â
F : Of Montreal Ă lâUbu. Je ne les vois quâune seule fois par album pour ne pas mâen lasser.Â
JM : On a rédigé un long article avec François sur la derniÚre tournée en France de The Apartments. Leur concert à la Gaßté Lyrique était trÚs beau.
F : Supergrass Ă la Cigale en 2006, leur concert dâadieu, lors duquel ils ont jouĂ© quatre morceaux par album - et six pour le dernier - , dans lâordre antechronologique.Â
Vous conservez vos billets ?Â
F : Pour toute la pĂ©riode oĂč jâĂ©tais Ă Rennes et Ă MontrĂ©al, jâai tenu un fichier Excel des concerts que je voyais. Sinon je garde tous les billets dans une boite Ă chaussures, mĂȘme les Digitick. Je retombe parfois sur des contre-marques de concerts auxquels je ne me souviens absolument pas ĂȘtre allĂ©.Â
Comment consommez-vous la musique aujourdâhui ?Â
Jean-Marie : Sur vinyle chez moi, sur Spotify Ă l'extĂ©rieur... et aussi parfois chez moi. Je me constitue une Ă©norme playlist dâalbums que jâai envie dâĂ©couter et je range Ă part ceux qui me plaisent pour me faire une playlist annuelle. Je lis encore un peu la presse musicale, et j'utilise pas mal Twitter ou le blog culturel Largehearted Boy pour me tenir au courant des sorties ou des morceaux que les groupes mettent en tĂ©lĂ©chargement.
François : Je suis les recommandations dâamis sur Twitter. JâĂ©coute des vinyles Ă domicile. Je dois avoir laissĂ© 400 CD Ă Rennes. Sinon Spotify, Soundclound, les playlists des copains, le Muzikistan...Â
Jean-Marie : JâĂ©coute lâĂ©mission de Michka Assayas.
François :... et je traĂźne encore parfois sur le forum de Sound of Violence.Â
Photos : Benoit âGenoaâ Grimalt.