On a eu droit à une superbe année cinéma, chargée de grosses sorties que tout le monde a vu (comme M3GAN, The Batman, Don’t Worry Darling), mais aussi de plus petits films qui ont fait beaucoup de bruit (Everything Everywhere All at Once, Drive my Car, Aftersun).
À cause de la pandémie, 2022 a récolté beaucoup de films qui devaient sortir bien avant, amenant le compteur à 13,937 films. IMDB compte 12,586 films pour 2021, 10,536 pour 2020 et 12,561 pour 2019. Pour ma part, j’ai pu enfin retourner voir tous les films que je voulais sur grand écran, totalisant plus de 75 films, dont plus de la moitié que j’ai vu en salles.
J’en profite pour vous rappeler d’encourager les films plus petits qui vous intéressent en allant les voir en salle, surtout lors de leur premier week-end de diffusion. Pour ce qui est des nouveaux venus, on a le Cinéma Public qui offre une programmation riche et diversifiée dans un local sympathique de la Casa d’Italia, tout près du métro Jean-Talon. À Québec, Le Circuit Beaumont vient tout juste d’ouvrir ses portes dans les locaux d’Antitube et j’ai déjà très hâte de les visiter.
Sur ce, bonne lecture et bon cinéma!
10 ★ The Banshees of Inisherin – Martin McDonagh
Scénario: Martin McDonagh
114 minutes – Irlande, Royaume-Uni, États-Unis – Disponible sur Disney+ ou en location
On commence ce palmarès avec le film qui possède l’un des meilleurs scénarios de l’année et qui, on le souhaite, rafle au moins ce prix à la prochaine édition des Oscars, le 12 mars. On peut dire que la thématique de la rupture amoureuse a été mainte et mainte fois explorée au cinéma, mais par contre beaucoup moins souvent, la rupture amicale. C’est en fait le point de départ du film: Pádraic (attachant Colin Farrell) se rend comme d’habitude chez son ami Colm (excellent Brendan Gleeson) pour le chercher afin qu’ils aient boire une pinte au pub. Il cogne à la porte, pas de réponse. Il cogne à la fenêtre, Colm est bien là, mais ne répond pas. On apprendra dans les minutes qui suivent que Colm n’a plus envie de passer du temps avec Pádraic. Colm est vieillissant et a envie de se concentrer sur sa pratique du violon et non plus à discuter de tout et rien et ce, à chaque soir. Un vrai jeu du chat et de la souris s’en suivra où Pádraic fera tout en son pouvoir pour regagner Colm. Rempli de dialogues drôles et délicieux, The Banshees of Inisherin est un touchant (et un peu tordu) film sur l’amitié entre hommes. À voir, ne serait-ce que pour Jenny ❤️.
09 ★ Bones and All – Luca Guadagnino
Scénario: David Kajganich, Camille DeAngelis
131 minutes – Italie, États-Unis – Disponible en location
Maren (Taylor Russell) n’est pas comme les autres. Elle vient d’avoir 18 ans et son père en a assez d’elle et de ses problèmes, il part en pleine nuit. Abandonnée et presque seule au monde, elle partira donc à la recherche de sa mère biologique. Ah, j’ai oublié de vous dire: elle est cannibale. De bus en bus, d’état en état, elle traversera une bonne partie des États-Unis, de la Virginie au Minnesota. Elle croisera sur le chemin d’autres comme elle: l’étrange Sully (Mark Rylance) et l’irrésistible Lee (Timothée Chalamet) dont elle tombera follement amoureuse. Pour ce nouveau film, Luca Guadagnino s’est entouré d’une nouvelle équipe de collaborateurs; photographie par Arseni Khachaturan qui capture somptueusement les paysages arides sur pellicule et montage exquis par Marco Costa, tous deux dans la trentaine. On se demande d’ailleurs pourquoi ceux-ci ne sont pas en nomination pour leur travail respectif aux Oscars, tellement ils y excellent. Le roadtrip de l’année.
08 ★ Saloum – Jean Luc Herbulot
Scénario: Jean Luc Herbulot et Pamela Diop
84 minutes – Sénégal – Disponible sur Shudder
L’an dernier, à peu près à mi-parcours pendant le «Festival du nouveau cinéma», on parlait beaucoup de The Power of the Dog, et avec raison. Mais pendant ce temps, dans le circuit plus sombre de la section Temps ø, on parlait aussi d’un tout autre type de Western – ou plutôt un Southern, comme s’amuse à le dire son réalisateur franco-congolais Jean Luc Herbulot. Lorsque trois mercenaires fuyant le coup d’État de 2003 en Guinée-Bissau en avion font un arrêt d’urgence dans l’ouest du Sénégal, ils sont loin de se douter de ce qui les attend dans la mystérieuse région du Sine-Saloum. Le long-métrage, presque entièrement autofinancé, commence comme un simple film d’action, mais bifurque et s’emmêle dans plusieurs genres cinématographiques, ne cessant de se réinventer et de nous surprendre à chaque nouveau plan. Les épatantes images de Gregory Corandi font de Saloum un festin visuel, complémentant à perfection la mise en scène stylisée rappellant à la fois la bande dessinée et les jeux vidéo. Guidés par un amour pur du cinéma, le réalisateur Jean Luc Herbulot et la scénariste Pamela Diop ont voulu faire rayonner le cinéma africain par le film de genre – sans aucune concession – et selon mon humble avis, il n’y a pas l’ombre d’un doute que le pari est réussi.
07 ★ Falcon Lake – Charlotte Le Bon
Scénario: François Choquet, Charlotte Le Bon et Bastien Vives
100 minutes – France, Canada – Disponible en VOD dès le 5 avril
Vous souvenez-vous des étés de votre enfance passés à jouer dehors, où l’on faisait tout et rien. On partait un week-end en chalet, et on y rencontrait les enfants des amis de nos parents. On s’inventait des mondes, des scénarios, des jeux, des défis, des peurs. C’est dans cet idyllique contexte que Joseph, jeune homme réservé rencontre Chloé, plus vieille et plus assurée. Malgré leur différence d’âge, ils deviendront rapidement proches, car Chloé prendra Joseph sous son aile pendant ses quelques jours, le faisant passer prématurément dans le monde des jeunes adultes. Falcon Lake est un magnifique et doux film sur le passage à la vie adulte, teinté d’une bouleversante histoire de fantôme. Il est rafraîchissant de voir un portrait si réaliste de ce cruel moment charnière, mais rempli d’autant de tendresse. On a qu’à penser à la fameuse scène se déroulant dans la salle de bain, où la honte ne se pointe même pas le bout du nez. Ce superbe premier film de Charlotte Le Bon, tourné dans les Laurentides, regorge de magnifiques images captées sur 16 mm par Kristof Brandl (connu surtout pour son travail en vidéoclip). À la manière de ces longues journées d’été, le récit se développe lentement, nous laissant le temps pour s’attacher à ses personnages et à leurs familles respectives. Les dialogues, épars, mais si réalistes qu’on peut facilement y transposer nos propres discussions de famille, nous transportent inévitablement dans un attendrissant espace de nostalgie. Même si la proposition osée de la finale n’a pas convaincu tout le monde, elle reste à mon avis l’une des plus belles scènes du film, entre tristesse et réconfort, comme la brise chaude estivale qui viendrait caresser notre joue.
Scénario: Ti West
105 minutes – États-Unis, Canada – Disponible sur Prime, sur Crave et en location
À en voir le résumé, X est un classique film d’horreur pour adolescents: en 1979, un groupe de jeunes cinéastes et acteurs se rendent dans un chalet isolé au coeur du Texas rural pour y filmer un film porno. Reprenant les codes typiques associés à ce genre de cinéma, mais en les renversant pour nous surprendre, Ti West réussi à faire un film qui se démarque du lot. Sans surprise, les propriétaires de la cabane sont un couple de personnes âgées suspects et menaçants, mais au fil du récit, on finit par s’attacher à eux. Le couple qui vieillit, la relation au corps et la sexualité des aînés sont des thèmes explorés dans X et on se surprend à être ému par un film qui, dans la scène précédente, n’avait pas peur de verser dans l’hémoglobine. À voir, pour toutes ses raisons et pour la magistrale performance de Mia Goth dans le(s) rôle(s) principal(aux). Pour ceux que ça intéresse, le prequel Pearl (que je n’ai toujours pas vu) est aussi disponible en location, et la suite, MaXXXine sortira en salles plus tard cette année.
05 ★ عنکبوت مقدس (Holy Spider) – Ali Abbasi
Scénario: Ali Abbasi, Afshin Kamran Bahrami et Jonas Wagner
116 minutes – Danemark, Allemagne, France, Suède, Jordanie, Italie – Disponible en VOD dès le 23 février
Ville de Mashhad, Iran. Un tueur en série, Saeed (troublant Mehdi Bajestani) est en quête de «nettoyer» la ville de ses prostituées depuis 6 mois. L’enquête ne bouge pas, la police n’a aucun indice. La journaliste Arezoo Rahimi (inoubliable Zar Amir Ebrahimi) débarque de Téhéran pour y faire sa propre enquête. Vous l’aurez deviné, ce film n’est pas pour tout le monde. C’est un film brutal qui met en pleine face ce que d’autres voudraient bien taire. Inspiré d’un fait réel, Ali Abbasi frappe fort avec ce film-choc. Il écorche sans épargner ni son gouvernement, ni la police pour leur horrible inaction, nous faisant évidemment comprendre que ces sordides meurtres font peut-être finalement leur affaire.
04 ★ EO – Jerzy Skolimowski
Scénario: Jerzy Skolimowski et Ewa Piaskowska
88 minutes – Pologne, Italie – Bientôt disponible en location
Cette année, Andrea Arnold nous a raconté le quotidien d’une vache laitière dans son émouvant documentaire Cow. Il y a aussi le vétéran du cinéma polonais, Jerzy Skolimowski, 84 ans, qui a décidé de nous raconter la vie d’un âne prénommé EO – en mode fiction – et librement inspirée du classique Au hasard Balthazar (1966) de Bresson. Le film est divisé en plusieurs tableaux, chacun présentant un nouveau «propriétaire» du sensible animal. Entre ceux-ci, EO profite parfois de quelques jours de liberté, avant d’être rattrapé par le cruel monde des humains. Tous différents dans la forme, ces tableaux ne sont bien sûr pas tous égaux, mais si l’un des chapitres nous plaît moins, le prochain n’est qu’à quelques lieux de là. Le film comporte aussi quelques impressionnants intermèdes oniriques, baignés d’une lumière rouge, qui donnent à l’oeuvre un caractère presque apocalyptique. Il est impossible de ne pas tomber en affection pour ce doux âne à la fourrure zébrée, surtout lors des close-up sur ses yeux d’où l’on comprend toute l’étendue de ses émotions. À la fois tendre, drôle et attristant, EO est le rappel que les animaux ne sont pas qu’une commodité.
03 ★ Memoria – Apichatpong Weerasethakul
Scénario: Apichatpong Weerasethakul
136 minutes – Colombie, Thaïlande, France, Allemagne, Mexique, Qatar, Royaume-Uni, Chine, États-Unis, Suisse – Disponible nulle part...
BANG! Quel est donc ce bruit empêchant Jessica (Tilda Swinton, toujours excellente) de dormir? D’abord, le bruit la réveille pendant la nuit. Ensuite, elle se met à l’entendre en plein jour. Elle finira donc par se rendre compte qu’elle est la seule à l’entendre. S’en suivra une suite de recherches afin de trouver l’origine de ce mystérieux bruit, passant d’un personnage mystérieux à un autre, que ce soit un ingénieur de son au prénom d’Hernán ou d’un pêcheur qui ne rêve jamais, qui se prénomme lui aussi… Hernán. Apichatpong Weerasethakul est le maître du cinéma de rêve, c’est-à-dire que ses films sont volontairement hypnotisant et parfois même endormants, mais tout cela est bien normal – voire même encouragé. Lorsqu’il filme un personnage en train de tomber endormi, et cela en temps réel, il est difficile de résister à l’état de transe. Son cinéma est donc inévitablement enveloppé d’une aura de mystère, ce qui fait que les discussions qui suivent un visionnement d’un film d’Apichatpong sont toujours des plus fascinantes et réjouissantes. Une expérience hors du commun. Bonne nuit.
Scénario: Jordan Peele
130 minutes – États-Unis, Canada, Japon – En location
Si Get Out avait bel et bien fait parti de mes films préférés de 2017, il n’en était pas le cas pour Us, sorti en 2019, que j’avais trouvé nettement moins réussi. Mes attentes étaient donc modérées, malgré que la bande-annonce avait tout pour me plaire. Le soir où je suis finalement allé voir Ben non (la traduction de l’année?), je suis sorti de la salle emballé, conquis et excité. J’étais absolument certain que je venais de voir l’un des meilleurs films de l’année. Jordan Peele livre un film de suspense en mode blockbuster et tout y est: les vedettes (Daniel Kaluuya, Keke Palmer et Steven Yeun y sont tous remarquables), le divertissement satisfaisant et grandiose (mais non pas sans intelligence), et bien sûr l’humour qui côtoie la critique sociale. Nope, c’est aussi un film grisant sur le cinéma et son histoire passée et future, c’est un pamphlet sur l’importance de la pellicule, c’est une réflexion sur la peur de l’inconnu et de l’autre, c’est une interrogation sur la place des animaux dans l’industrie du divertissement, c’est un émouvant portrait sur la famille et son patrimoine, mais c’est surtout une sacrée bonne vue.
01 ★ We’re All Going to the World’s Fair – Jane Schoenbrun
Scénario: Jane Schoenbrun
86 minutes – États-Unis – En location
Janvier 2021, Film Twitter s’enflamme. Tout le monde parle de We're All Going to the World's Fair, le tout premier long-métrage de Jane Schoenbrun qui vient d’être projeté à Sundance. Je découvre l’affiche du film. Elle est magnifique, glauque et mystérieuse. Il ne m’en fallait pas plus pour vouloir le voir à tout prix, mais il fallu attendre jusqu’en avril 2022 pour qu’il soit projeté sur grand écran à Montréal (eh oui, j’ai loupé les projections à Fantasia). Casey est solitaire, elle ne parle à son père qu’à travers sa porte de chambre, enfermée au grenier. Elle a peu d’ami.e.s et la plupart sont des amis virtuels. Elle tombe sur un jeu-défi d’horreur en ligne qui demande de se filmer en récitant 3 fois «We're All Going to the World's Fair» (qui se souvient de «Bloody Mary»?) et de se piquer le doigt pour étendre un peu de sang sur son écran d’ordinateur. Semblerait-il qu’on se serait plus la même personne après avoir réalisé le défi, et donc Casey, décide de documenter son expérience, sa transition. Plusieurs ont comparé l’expérience de Casey (qui aborde un prénom plutôt non genré) à quelqu’un qui serait pleine dysphorie de genre. Cette lentille nous porte à voir le film d’une toute autre manière et le rend plus émouvant qu’on ne pourrait le croire et rarement a-t-on vu un film aussi singulier et captivant qui représente parfaitement l’état d’esprit du doomscrolling ou le fait de se perdre dans les méandres de YouTube. Un talent à suivre de près.
The Northman – Robert Eggers
Au son du tambour qui imite le rythme des cœurs, est née cette épopée, sanglante et sale, vengeresse, viscérale et volcanique où un homme est prêt à tout pour venger son père. Robert Eggers nous prouve une fois de plus qu’il est l’un des réalisateurs les plus intéressants du moment en nous présentant un film d’action ambitieux et épique. Heureusement, il le fait sans renoncer à son esthétique arthouse habituelle qui nous a tant conquis dans The VVitch et The Lighthouse. Alexander Skarsgård qui se bat nu au centre d’un volcan en éruption, c’est oui!
Große Freiheit (Great Freedom) – Sebastian Meise
Une histoire d’amour douce-amère qui unit deux personnes qui ont tout pour se détester. Dans l'Allemagne d'après-guerre, Hans se retrouve en prison, car l’homosexualité est désormais criminalisée. Il en sortira plusieurs fois, mais ne voulant pas s’empêcher de vivre sa vie comme il l’entend, y retournera à maintes reprises. C’est derrière les barreaux qu’il fera la rencontre de Viktor, Leo et Oskar, et qu’il y trouvera tendresse, violence, réconfort, peine et amour.
Lux Æterna – Gaspar Noé
La maison Saint Laurent a donné carte blanche au maître du chaos Gaspar Noé pour faire un film mettant en vedette leurs pièces. Il en résulte un récit de 51 minutes, chaotique et étouffant – voire presque insoutenable – à propos du tournage d’un film de sorcières qui vire au cauchemar. Béatrice Dalle et Charlotte Gainsbourg sont évidemment brillantes et on se délecte de leurs croustillantes anecdotes de tournages racontées au tout début du film, qu’elles soient inventées ou véridiques. Attention, spectateurs photosensibles s’abstenir.
The Tragedy of Macbeth – Joel Coen
Grâce à l’une des meilleures directions artistiques (Jason T. Clark
et Christina Ann Wilson) et direction photo (Bruno Delbonnel) de l’année, Joel Coen a réussi le pari d’adapter pour la 21e fois ce classique littéraire, en nous faisant oublier les versions précédentes. Denzel Washington et Frances McDormand, respectivement en Macbeth et Lady Macbeth semblent taillés pour leur rôle et Kathryn Hunter est désormais inoubliable en tant que sorcière(s).
The Eternal Daughter – Joanna Hogg
Il fait nuit, un taxi traverse le brouillard. Un manoir se dresse à l’horizon. Tilda mère et Tilda-fille sont en compagnie de leur chien Louis. Le passé et le présent s’apprêtent à converger dans cette superbe histoire de fantômes, de deuil et de souvenirs. Spooky!
Bigbug – Jean-Pierre Jeunet
Avec amour et acharnement et Stars at Noon – Claire Denis
After Blue (Paradis Sale) – Bertrand Mandico
Emily the Criminal – John Patton Ford
The Black Phone – Scott Derrickson
Très belle journée – Patrice Laliberté
Crimes of the Future – David Cronenberg
Everything Everywhere All At Once – Dan Kwan et Daniel Scheinert
Resurrection – Andrew Semans
헤어질 결심 Heojil kyolshim (Decision to Leave) – Park Chan-wook
جاده خاکی Jaddeh Khaki (Hit the Road) – Panah Panahi
Triangle of Sadness – Ruben Östlund
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Note: Certains films datant de 2021 peuvent se retrouver dans cette liste, car ils ont bénéficié d’une sortie officielle en salles ou en ligne au Québec qu’en 2022.