Il y a le mot. Le mot composé de lettres. Le mot qui fait sens et le mot qui se voit. Le mot qui s'entend, se sent, se ressent. Et le mot qui apparaît, émerge sur la feuille, prend forme, s'installe.
Le langage est une chose extraordinaire, il permet de faire du lien entre chacun, de s'exprimer, de façonner et perfectionner nos propos, pensées. C'est un espace d'interaction qui se développe dans toutes les directions : visuelle, écrite, sonore, gestuelle…
Les mots ont cette capacité évocatrice qui résonne en chacun de nous. Ils ne sont pas que sens. Ils sont aussi sons, musicalités, rythmes, formes (évocatrices ou visuelles), mais aussi souvenirs. Et c'est bien là que le mot se transcende et touche le merveilleux. Car un mot c'est aussi des sensations, des couleurs, des moments, des odeurs, des personnes, des sentiments… qui raisonnent en nous. Les mots se créent une histoire personnelle en chacun de nous en même temps que nous vivons, à travers ce qui nous construit. C'est parce qu'ils renvoient à une multitude de souvenirs, faits, instants qu'ils deviennent riches et précieux. Je souhaite faire entrer le spectateur dans le mot, dans ce qu'il possède de merveilleux.
Le mot réduit à une échelle minime comparée à la taille du format, se transforme en une nuée diffuse et abstraite.
(…) J'invite le spectateur à se plonger dans le format en créant la surprise, l'étonnement. Notamment en jouant sur des touches de couleurs discrètes, qui se dévoilent au fur et à mesure que l'on s'approche du format.
L'affiche peut se voir de près comme de loin, en tant que matière abstraite dans laquelle le spectateur va se perdre et chercher à réinventer, retrouver des formes qui lui sont connues. Les spectateurs les plus curieux et patients sont d'ailleurs récompensés par une surprise dissimulée dans le format.
La deuxième affiche apporte une réflexion sur le langage et ce qu'on lui trouve de merveilleux ou de non merveilleux : il est composé d'une multitude de gros mots. Car si les gros mots sont bien souvent mis au placard du beau langage,
je trouve qu'ils ont quelque chose de merveilleux dans leur variété, l'inventivité déployée pour en inventer constamment de nouveaux, et la force contenue dans la violence qu'ils expriment.
Ces gros mots sont répartis en trois catégories ayant chacune une couleur. L'orange et le bleu pour créer de la profondeur en s'additionnant, le jaune pour apporter de la luminosité. (…) A chaque endroit où les couleurs se superposent, elles s'intensifient et en créent de nouvelles : ce deuxième format est dans la sensation colorée, la perception sensible. (…) Quand le spectateur se retrouve assez proche de mon affiche pour pouvoir lire les mots, il ne s'attend donc absolument pas à rencontrer une étendue de gros mots remplissant l'affiche. Je souhaite ainsi l'inciter à questionner son point de vue sur le langage grossier, dans un format autant subversif que festif.