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@moi-la-rageuse
Bon Baiser #1
Anna Karina & Jean-Paul Belmondo, 1965
J'avais été tellement blessée que la seule façon pour moi de continuer à avancer,c'était de prétendre que ça ne serait plus jamais le cas. J'avais tort.
18.02.17
Le retour
Revenir chez mes parents pour quelques jours, pour la première fois depuis que j’ai quitté la maison. Depuis début janvier, tout se passe si bien que je serais tentée de croire que tout ce qui s’est passé entre septembre et décembre n’est jamais arrivé. Oubliés les réveils en larmes, la peur au ventre la nuit, les sanglots interminables, l’anxiété dans les yeux de mes parents, les creux dans mes vêtements, les bleus sous mes yeux, le sentiment d’être douleur et rien d’autre.
J’écris ces mots et je me concentre, j’essaye de m’en persuader “oui c’était bien toi, ces émotions là t’appartiennent aussi”. Est-ce le signe que la plaie se referme? Ou est-ce que, comme les femmes après leur premier accouchement, je perds la mémoire pour mieux prendre le risque de retomber? Je ne sais pas. Parfois je voudrais m’en souvenir comme d’un avertissement, ne va plus aussi loin, ne t’oublie plus à ce point-là. Et parfois je voudrais m’en souvenir pour pouvoir croire que je me suis approprié ce moment de ma vie où j’ai eu l’impression d’être dépossédée de tout. Je crois qu’en dehors de mes parents, personne n’a compris l’ampleur du trou dans lequel j’étais tombée.
Alors je regarde ma chambre, qui a été mon refuge l’année dernière quand soudainement, je n’ai plus eu de toit à me mettre sur la tête. Refuge et prison cette année quand j’avais de nouveau un toit mais que ma tête n’en voulait pas. Je suis passée par tant d’extrêmes cette année que je ne suis plus sûre de savoir qui je suis, quelle version de moi-même l’emportera. J’espère profondément que ce sera celle qui voit la joie, qui regarde le monde avec tendresse et appétit. Pour que ma chambre ne soit plus refuge mais havre, une étape reposante sur mon parcours et non une escale imposée. Je veux d’autres rivages.
Love is drunkenness and it’s time to throw up.
Ce soir, je peux le dire. Je suis fière de moi.
#2
Enfin, il l’avait retrouvée, cette chaleur du Sud qui lui manquait tant là-bas. Comme c’était étrange d’être de retour, rien n’avait changé. La même place, la même lumière aveuglante, les mêmes visages qui se tournaient vers lui. Antoine, tu es rentré, ça alors… Oui, il était rentré, pour quelle raison, il n’en savait rien. Bien sûr, il y avait Julie, et Thomas. Ils seraient heureux de le revoir. Il allait retrouver une vie en civil, loin de l’Indochine, le temps d’une permission, il retrouverait sa vie d’ici et, s’il avait le temps, il aurait au café de la place pour écouter les gens rire et les verres tinter. Oui, s’il avait le temps, il irait au café.
#1
« Va donc voir au café. Il y a une belle blonde… »
Liliane essuyait et rangeait les verres derrière le comptoir. Voilà quelques mois qu’elle était arrivée dans le Midi, quittant sa bien-aimée Nantes où plus rien ne la retenait. Dans le sud, son frère l’attendrait et l’aiderait à trouver une place. Il était la seule famille qu’il lui restait. C’était un jour de canicule étouffante, parmi tant d’autres. Elle contemplait les rues désertes, évidées de leurs habitants, partis d’un même mouvement chercher la tiédeur de leurs chambres moites Elle n’avait jamais connu une telle chaleur et se demandait si elle s’y ferait, un jour. Il le faudrait bien.
Ce qui sauve, c'est de faire un pas, et encore un pas
(via verslebonheur)
Today you hurt me Gonna heal tomorrow And if you leave me I can do it solo
Naive New Beaters, Heal Tomorrow
Les plaies
“- Moi j’ai l’impression d’être tombée plus bas, l'année dernière je ne me suis pas laissée aller, j'ai tenu bon...
- Oui mais c'est que tu n'avais pas encore lâché, comment dire, tu cachais tes plaies au lieu de les soigner, maintenant tu les soignes mais ça fait mal et c'est un peu dégueu”
Suzon, 20.11.16
And maybe that's what makes us special and unique: our own little twisted ways to come to terms with reality
Ciment
Hier soir, j’avais envie de partir courir, de bouger, de sentir du mouvement là où tout semble figé. Tellement de colère, tellement de frustration. Les deux pieds dans du ciment qui durcit. L’impression d’être dans un No Man’s Land, en dehors des chemins. Période sans visage et sans nom, où tout se défait. Et la vase remonte.
Quand les histoires se terminent mal et qu'on les ramasse, y'a des silences et des souvenirs qui laissent des traces.
Pauline Croze, Mise à Nu
“The light is different in September—the last of the summer sun casts interesting shadows,” says Malika Favre, a London-based French artist, on her cover for this week’s Style Issue. Read more about the cover story here.