Oppressions, personnes concernées & allié·e·s
Avant tout, voici un point sur les oppressions. Les oppresseurs s’inventent des problèmes, alors qu’iels ont des privilèges, donc remettons les choses à plat. Oppression systémique : C’est, dans notre société, l’ensemble des discriminations que subissent une partie de la population, ce qui renforce les inégalités. Certains groupes ont donc moins accès à la santé, à l’emploi, au logement, etc., contrairement aux privilégiés. Exemple : une personne blanche n’est pas opprimée vis-à-vis de sa couleur de peau par le système, puisque le système a été créé pour elle. On ne lui refusera pas un emploi parce que blanche. Néanmoins, elle peut être discriminée si elle appartient à une autre minorité : les personnes enceintes se font refuser des emplois parce que grossesse en cours ou prévue - l’employeur n’a pas à vous poser la question, les personnes enceintes sont protégées par la loi. Il faut toujours prendre en compte que peu importe l’oppression concernée, une personne de couleur (visible), sera confrontée à la double oppression. Bonus : une discrimination commence par un stéréotype, qui mène aux préjugés, qui eux-mêmes mènent aux discriminations. Il faut donc arrêter de nourrir les stéréotypes et de juger les gens selon un mauvais critère. Article intéressant à lire. Listing des oppressions (complétez si j’oublie) : Âgisme, antisémitisme, autismophobie, classisme, enbyphobie, grossophobie, islamophobie, LGBTQIA+phobie, misogynie, psychophobie, racisme, sexisme, transphobie, validisme Listing des oppressions inexistantes, mais inventées et utilisées comme argument par les personnes privilégiées (et/ou les personnes opprimées pas déconstruites et ayant des biais) : Cisphobie, hétérophobie, minçophobie, misandrie, racisme anti-blanc, sexisme inversé (il y en a d’autres ?) Les dominant·e·s, personnes correspondant aux normes sociales, ne peuvent être opprimées. Les oppressions, comme l’hétérophobie, la misandrie, le racisme anti-blanc, etc., ne peuvent donc exister. Qui sont les personnes concernées ? Je m’attarde sur ce terme que l’on retrouve beaucoup et qui est souvent incompris. Ce que l’on appelle les personnes concernées, ce sont celles touchées par une problématique, une cause, et qui maîtrisent plus ou moins le sujet (plus ou moins, parce que nous ne maîtriserons jamais assez le sujet, trop de choses à défaire/analyser). Par exemple, une femme est forcément touchée par le sexisme et la misogynie, mais peut ne pas voir le problème*. La raison est simple : nous grandissons dans un monde misogyne, raciste, transphobe, etc. Les remarques et violences sont tellement banalisées qu’il est impossible de voir le souci sans défaire nos acquis sociaux. *Les dominant·e·s prennent comme caution les personnes pas encore déconstruites sur les problématiques qui les touchent pour justifier leur misogynie, LGBTQIA+phobie, racisme, etc. Nous sommes habitué·e·s à recevoir de la violence, qui prennent plusieurs formes (pas forcément physique) et nous participons à cela. Je prends l’exemple de ce qui est considéré comme anodin : les blagues. Celles-ci, sous couvert d’humour (non) participent au sexisme ordinaire, racisme ordinaire, à la LGBT+phobie, au validisme, etc. Quand on ne se rend pas compte du problème, ça passe, on en rigole même ! Et quand on commence à comprendre, ça pique très très fort, parce qu’il y a ce moment où l’on se dit “Mais c’est de moi dont on se moque ici.” Oui. :/ Et nous n’avons pas à subir ça. A partir du moment où une blague peut blesser autrui, il ne s’agit en aucun cas d’une blague, ni d’humour. Lorsque ça touche les personnes opprimées, il s’agit d’une participation à un système oppresseur. Et remarquez que l’humour qui fait rire (ah ah), c’est toujours pour taper sur les personnes opprimées. J’ai essayé une fois de faire de l’humour misandre et ça n’a pas plu aux dominants. Ils savent rire uniquement lorsque ça ne les concerne pas. :) Ce qui prouve mon point : les blagues qui blessent autrui ne sont pas des blagues. La mention “problématique” Il est impossible de se dire non problématique. C'est un manque d’humilité et c’est surtout faux. Nous le sommes tous·tes. Il faudrait plus d’une vie pour déconstruire tous les sujets et c’est beaucoup d’énergie. Il faut au moins déconstruire les bases et acquérir une phrase importante : quand je ne suis pas concernée, je me tais et j’écoute les personnes qui le sont. Si une personne concernée dit que vous êtes problématique, au lieu de vous sentir offusqué·e, corrigez-vous et renseignez-vous sur le sujet, notamment en cherchant des ressources sur Internet. Si vous demandez à une personne concernée, que celle-ci ne vous répond pas, inutile de râler en mode “gngn, j’essaie de comprendre, et on ne me répond pas, c’est iel lae méchant·e”. NON. Au quotidien, nous répondons aux questions, au quotidien, nous faisons face à des micro-agressions et donc, le quotidien est assez usant. Nous n’avons pas forcément l’énergie de vous répondre et de toute façon, nous ne vous devons rien. Ne nous demandez pas non plus des explications dans le calme. Le tone policing, ça va deux minutes. Mrs Roots en parle très bien. Et arrêtez également de nous dire que l’on décribilise la cause. Calmes, en colère, nous sommes tous·tes légitimes. Allié·e·s A la base, je devais uniquement parler de ça. :’) Mais il fallait parler des points précédents pour en arriver ici. Récemment, j’ai eu la “chance” (non) d’avoir un échange avec un homme qui se disait féministe, ce qui m’agace toujours. Quelqu’un de pas concerné en tant que personne opprimée, mais en tant qu’oppresseur. Et qui souhaite prendre sa place quand même, parce que se disant “respectueux des femmes”, “concerné par ce qui nous arrive”. Faisons le point sur nos alliés. Qu’est-ce qu’un·e allié·e ? C’est une personne non-concernée par une cause, une problématique, qui soutient, relaye la parole des personnes concernées, ou prend la relève si c’est nécessaire, lorsque la personne touchée par la problématique en a besoin, le demande, n’en peut plus. Vous ne pouvez pas vous dire allié·e d’une cause, si c’est pour ensuite défendre les gens qui posent problème, peu importe la raison. “Oui mais iel est harcelé·e”. Non. Si vous commencez à défendre les gens problématiques pour ça, c'est peut-être parce que vous n’avez pas tout à fait compris la gravité de ce que nous subissons et que vos biais misogynes, LGBT+phobes, etc, apparaissent. J’y ai beaucoup réfléchi, et je considère qu’une personne non-concernée n’a pas à se présenter comme étant un·e allié·e, mais plutôt à dire qu’iel essaie d’être un·e bon·ne allié·e. Dire “je suis allié·e”, pour moi, c’est un manque d’humilité, ça fait trop confiant et perso, ça me met mal à l’aise, parce que beaucoup de personnes se disant allié·e·s ont été… que déception. Les hommes cis dans la lutte féministe • Être un allié des féministes, c'est ne pas s'autoproclamer féministe. C’est juste non. C’est malaisant. Déjà que les H cis prennent énormément de place, si en plus ils en prennent dans notre lutte… Alors non, il n’est pas question de se mettre, en tant qu’oppresseur, sur le même niveau que les personnes opprimées. • C’est avoir de l'humilité. Quand vous intervenez auprès de vos potes pour les recadrer, ne venez pas vous en vanter pour avoir fait une bonne action. Ca ne devrait pas être exceptionnel, ça devrait être normal. Et si vous faites ça uniquement pour faire du bien à votre égo et obtenir nos félicitations, c’est que vous n’avez rien compris. • Ne pas prendre la parole comme si vous étiez concernés, mais relayer la nôtre, nous donner de la visibilité, plutôt que nous invisibiliser. Beaucoup de mecs jouent sur l’ambiguïté. Un exemple qui me vient en tête : Claire Underwood, sur Twitter, qui compte énormément d’abonné·e·s. J’ai été de celleux et j’étais convaincue qu’il s’agissait d’une femme, mais non. Non non. Un vrai allié mettrait dans sa bio qu’il s’agit d’un homme, mais il préfère jouer sur l’ambiguïté. • C'est reconnaître ses privilèges et ne pas s'exclure du problème, lorsqu'on participe à ce dernier. Ne pas dire “mais pas tous les hommes #NotAllMen”, “je ne suis pas de ceux-là”. Tant que le système patriarcal sera d’actualité, tant que les femmes seront discriminé·es, tué·es pour ce qu’iels sont, vous participerez au problème, même indirectement. • Ne pas pointer du doigt les violeurs, agresseurs, et défendre vos potes lorsque ces derniers sont accusés, ou même vos idôles. Encore moins dire “mais il s’est excusé, on peut lui pardonner” : scoop, ce n’est pas à vous de dire s’il doit être pardonné ou non. • Ne pas rire aux blagues sexistes, misogynes, recadrer les potes qui le font, les éduquer. Et tant pis si ça vous fait une mauvaise réputation, on s'en fiche. C’est votre rôle d’allié·e que de nous soutenir. • C'est savoir rester à sa place. Ne pas humilier les personnes opprimé·e·s. Nous avons également besoin de nous déconstruire pour nous défaire de nos acquis. Nous n'en sommes pas tous·tes au même stade. Vous pouvez donc être plus déconstruits que des personnes opprimées, mais ça ne vous donne aucun droit de les recadrer. C’est violent. Ici, il y a encore le côté “je suis un homme et je vais t’apprendre ce que tu dois apprendre”. NON. Les hommes ne doivent donc jamais reprendre une femme, mais laisser les femmes le faire si iels jugent ça nécessaire ou si iels en ont la force. Il y a bien plus de bienveillance et pas de rapport de domination. • C'est se remettre en question, écouter les concerné·e·s. Ne pas s'offusquer quand iels ne répondent pas aux interrogations : nous ne vous devons rien, pas même de la pédagogie. • Ne pas utiliser sa santé pour étouffer notre parole, nous obliger à nous taire. Exemple : je suis anxieux, dépressif, ne sois pas méchant·e avec moi. Et nous, vous ne pensez pas que les violences jouent sur notre santé ? • C'est ne pas faire la police du ton : en colère, calme, nous sommes légitimes et crédibles. • C'est prendre le temps de s'informer, faire ce travail par soi-même. De nombreuses ressources sont disponibles et répondront aux questions qui reviennent très souvent. Il n’est pas utile d'exiger auprès de nous des réponses, donc. D'ailleurs, notre silence ne vous donnera jamais raison, alors le “Qui ne dit rien consent”, c’est NON. Revoyez vos bases sur le consentement. Si le terme allié et la place que vous devez avoir ne vous convient pas, c'est la preuve que vous recherchez une mise en avant de votre personne et que votre démarche de lutter auprès de nous n'est pas sincère. Je rappelle aussi que le A de LGBTQIA+ n’est pas pour “Allié·e”, mais pour ASEXUEL·LE. Merci de ne pas nous invisibiliser, nous existons.












