Réflexions d'un mec trans après 10 ans de testo
10 conseils aux personnes trans en début de parcours et à mon moi d'il y a dix ans.
via @isuggestforcemasc sur tumblr
Ça y est, je passe la barre des dix ans de THS (traitement hormonal de substitution), c’est-à-dire d’injections de testostérone, et donc dix ans de transition médicale. Mes débuts dans la transition ont été flous, j’ai noté aucune date, j’étais bien trop dépressif pour ça. Je n’ai qu’un vague souvenir et je sais donc que cette année, quelque part entre le printemps et l’été, je passe la barre des dix ans de testo. Et ça fait, je crois, environ treize ans maintenant que j’ai commencé à transitionner. Pour marquer le coup, j’ai eu envie d’écrire un article avec 10 conseils liés à la transition : un peu comme une lettre à mon moi d’il y a dix ans, et qui s’adresse plus largement aux personnes trans en début de parcours. Je pense qu’ils s’appliquent à beaucoup de personnes trans, mais j’ai quand même illustré l’article par des blagues 100% mec trans (déso pas déso). Et ça sera forcément axé sur mon point de vue de mec trans blanc bientôt trentenaire qui vit dans une grande ville, qui a fait une transition médicale et administrative et pas mal d’auto-support trans.
1) Patience !
Oui, ton corps va changer : il faut juste attendre. Oui, tu trouveras comment te sapper, comment gérer tes relations, tes papiers. Oui, les galères administratives auront une fin et oui, t’arriveras mieux à te défendre de la maltraitance avec le temps. Oui, tu changeras et tout sera plus simple. Patience. Ça arrive, pour toi aussi. Je sais que c’est rageant à entendre quand on est en plein dedans, qu’on en chie au quotidien, qu’on a qu’une hâte : voir enfin les effets des hormones, pouvoir enfin faire cette opé, enfin avancer, être perçu correctement au quotidien… Mais y’a pas à dire, pour l’impatience et la détresse du début de transition, le seul remède c’est le temps. Désolé !
“Je me souviens quand j’avais la même tête que toi”. Via @bbatjoke sur tumblr
2) Arrête d’abaisser tes standards !
Sérieux, j’ai vu tellement de personnes trans dans des relations irrespectueuses parce qu’elles ne pensent pas mériter mieux. T’aimer n’est pas « complexe », ne pas te manquer de respect ou ne pas te traiter comme un chien non plus : c’est même très simple, en fait. Au passage, ne pas prendre des hormones ou ne pas faire une opé parce que ça rendrait ton partenaire trop malheureux, c’est un cadeau pour personne. Toutes les personnes que j’ai rencontrées qui avaient retardé leur transition pour leur partenaire l’ont amèrement regretté. À commencer par Lou Sullivan, militant FTM homosexuel et co-fondateur des archives GLBT de San Francisco, en parlant de relations pas ouf, on en trouve des tartines dans ses journaux :
Extrait des journaux de Lou Sullivan, 1986. Dans We Both Laughed In Pleasure.
Lou a fini par déménager de l’appart’ à Page Street où il vivait avec son amant T…Enfin ! Extrait des journaux de Lou Sullivan, 1986. Dans We Both Laughed In Pleasure.
Sérieux, c’est insupportable de voir des gens talentueux, intelligents, bogosses s’abaisser à des relations qui les rendent si malheureux !
Être toléré·e, c’est pas l’objectif. Tu mérites d’être choyé·e, aimé·e, célébré·e, d’avoir des liens de camaraderie, d’amitié et d’amour solides, et de voir ton travail respecté dans tes projets. Tu n’as pas à te contenter de moins ! Tu n’as pas à te battre ou à argumenter pour qu’on te respecte. Tu mérites ta place où qu’elle soit, comme tout le monde, et certainement pas de grappiller des pauvres miettes d’acceptation. Si on te renvoie que c’est déjà une fleur de tolérer ta présence et que t’es « ingrat·e » d’exiger ta place à la table, next.
Parfois, quand on m’a manqué de respect, ma meilleure arme a été de quitter la pièce. Prendre ses clics et ses claques et se casser, sans esclandre, sans se lancer dans des diatribes sur pourquoi il faudrait nous respecter, ça fait un bien fou. Et d’expérience, ça peut être bien plus efficace qu’un long discours. Pour ne citer qu’un exemple, lors d’un cours à la fac en plein milieu de semestre où la prof m’a pour la première fois deadname devant la classe en faisant l’appel, alors que jusqu’ici ça avait toujours été le bon prénom. Ça m’a outé à toute la promo. J’ai simplement rassemblé mes affaires et je suis parti. Ça a été très efficace auprès de la prof et de l’administration par la suite (je n’en suis bien sûr pas resté là, enfin !) et ça m’a bien moins coûté que d’argumenter à chaud. Bref, je suis contre la fuite et le ghosting en général, je privilégie la communication : mais il faut qu’elle soit égalitaire, et s’assurer qu’on n’est pas en train de se faire violence pour rien face à un public de toute façon hostile. On fait ça beaucoup trop. Le trauma porn, ça va deux minutes.
“Quitte à ce qu’ils te trouvent dégueu, sois dégueu” via @freakinggeekazoid sur tumblr
3) Stop à l’auto-sabotage !
L’auto-sabotage, c’est le sport national des trans.
Et ce, à toutes les étapes de vie et de transition. Ne pas faire ton changement d’état civil (t’as la flemme et puis t’es non-binaire en vrai dans le fond, si si je te jure), ne pas prendre rendez-vous chez le chirurgien (t’as trop de trucs à faire), oublier de prendre tes hormones, procrastiner ton déménagement (ton appart’ est moisi , ma belle) ou de changer de boulot, ne pas répondre aux textos de ce flirt (parce que « si je lui dis, iel voudra pas de moi de toute façon alors à quoi bon »), oh tiens ça fait mille ans que tu dois faire les démarches pour avoir ce psy gratos et t’as oublié, oh tiens t’as toujours pas pris rendez-vous chez le médecin pour renouveler ton ordonnance… mais aussi, laisser les addictions prendre le dessus, ghoster tes potes, t’isoler et broyer du noir, prendre des décisions impulsives pas ouf, et j’en passe. Tu vois de quoi je parle ? Je capte chéri·e : t’as des tonnes de trucs à gérer, je sais bien. Souvent, les choses qui nous rendraient heureux·ses finissent elles aussi par passer à la trappe au profit des shoots de dopamine et de la récompense immédiate.
Je parle depuis une position de privilège (je vis confortablement, sur le plan matériel et émotionnel), mais tant pis je me lance dans cette hot take. Se priver d’une opération par peur de ne plus plaire aux hétéros ou aux fétichistes, c’est de l’auto-sabotage. Trouver des raisons farfelues pour continuer à garder une présentation de genre qui ne te plaît pas, c’est de l’auto-sabotage. Alors attention, je te dis pas de faire ton coming-out à ta famille transphobe chez qui tu crèches sans avoir d’alternative, ou de changer de présentation de genre du jour au lendemain au boulot en mode « vis ta viie, niik les avis » (célèbre conseil skyblog). Évidemment, il faut un minimum d’instinct de survie et de stratégie, préparer un plan pour que ça se passe au mieux pour toi, y aller pas à pas et penser à tes besoins primaires avant tout. Je parle pas de ça, là. Je parle de te trouver des excuses pendant des années pour stagner dans une situation chiante, pas pratique ou qui te rend malheureux·se, sans jamais que ça change.
Il y a une autre forme d’auto-sabotage : l’isolement. Attention, l’isolement, c’est un problème de santé publique majeur chez les personnes trans, qui est organisé par le système pour nous broyer. L’isolement n’est pas de notre fait, on en est victime : que ça soit bien clair. Mais ce que je veux dire c’est qu’à force de micro-agressions, on perçoit le monde comme hostile et on finit par s’en exclure soi-même complètement. Ne pas rejoindre ce club de sport, ne pas chercher l’amour, ne pas aller parler à ces gens qui ont l’air sympa et qui pourraient être des potes, ne pas aller à ce concert, à cette lecture, à cette AG… par fatigue ou par peur des (micro)agressions transphobes, ça a un lourd impact sur ta vie. Il faut à tout prix réfléchir à des stratégies (collectives) pour sortir de ça.
Trouver des prétextes pour ne pas faire ce qui te rend heureux·se, c’est à toi que ça portera préjudice. Raconte-toi les histoires que tu veux, c’est ta vie qui en est impactée. On a tous nos stratégies d’adaptations plus ou moins saines, je te fais pas la morale. Juste, capter quand tu t’auto-sabotes pour essayer de freiner le truc, ça peut sincèrement te faire du bien.
“Chaque difficulté que tu traverses, quelqu’un·e l’a déjà surmontée. Arrête de chercher des excuses, cherche plutôt dans l’histoire.” via @batmasc sur tumblr
4) Tu n’es pas seul·e…
J’ai déjà parlé d’isolement, je sais comme on se sent seul·e en transitionnant. On peut perdre des proches, des relations qui nous tenaient à cœur, beaucoup de changements ont lieu dans notre vie et on est souvent seul·e à les traverser. On se sent aussi seul·e au milieu des cis dans la vie quotidienne. Mais il ne faut pas céder à cette impression : tu n’es jamais seul·e. Même en ayant l’impression d’être la seule personne à avoir ton parcours, je te le garantis : tu n’es pas seul·e. Même dans ces moments où t’as l’impression que t’as personne, aucune épaule sur laquelle pleurer, personne pour te prendre dans les bras : je te le garantis, tu n’es pas seul·e. Et tu ne le seras jamais.
Mets-toi en contact avec des assos et collectifs trans près de chez toi, avec des communautés en ligne, tu verras. Y’a plein d’évènements organisés pour sociabiliser et se donner de la force. Ne reste pas seul·e dans ton coin quand ça va pas, essaie de créer du lien de camaraderie, en ligne, en physique.
5) ...mais la communauté ne réglera pas tous tes problèmes.
Évidemment, le monde est tellement violent avec nous, on attend de nos pairs de réparer nos blessures causées par cette société de merde. Mais on est tous des humain·e·s un peu cabossé·e·s par la vie, et surtout nos traumatismes font que faire groupe ou créer du lien s’avère difficile. On est tous plus ou moins à vif.
J’ai vu tellement de désillusions, de déceptions, de gens tomber de très très haut (moi y compris). Alors, n’attends pas de la communauté qu’elle règle tous tes problèmes : tu risques d’être déçu·e. Je te conseille de lire les textes de Kai Cheng Thom là-dessus, comme « Pourquoi les communautés queer se déchirent entre elles ? » .
6) Tu vas gagner en souplesse, tu verras.
Ce que le temps offre réellement, c’est de prendre du recul.
Entre personnes trans, on n’a pas tous les mêmes vécus de genre ni les mêmes parcours, ni les mêmes avis. Il faut l’accepter. Dans le meilleur des cas, nos différences permettent à des discussions riches et à des belles nuances d’exister, dans le pire des cas ça demande de s’organiser contre les récupérations fascistes et/ou néo-libérales de nos luttes. C’est comme ça.
Alors avec les cis… ! Des choses que je ne supportais pas venant d’elleux par le passé, aujourd’hui je m’en accommode : des façons de parler, du vocabulaire maladroit ou daté. Et puis, si ces années de transition m’ont appris un truc, c’est que tout le monde — toutes générations, toux milieux, toutes origines, toutes cultures confondues — a déjà été en lien d’une manière ou d’une autre avec une personne trans. Tout le monde a une histoire d’une personne non-conforme de genre dans sa famille, dans son quartier, dans son village. Et c’est vraiment beau d’écouter, de voir nos existences manifestes en discutant avec des gens, ça va contre les efforts de nous effacer de l’histoire officielle, de nous invisibiliser et nous cantonne à une « dérive néo-libérale » (y compris chez les marxistes). D’expérience, les ancien·ne·s et les moins « à la page » ont étonnamment été les plus à-même de me comprendre sans que j’aie besoin de m’expliquer.
Avec le temps, on finit par lire entre les lignes : les personnes qui s’affichent comme alliées ne le sont pas forcément. Parfois, un hétéro random avec un langage de charretier qui n’y connaît rien sera bien plus allié qu’une personne qui a tout intérêt à être perçu·e comme allié·e à un moment T (ou à qui ça flatte l’égo). Maintenant, je me méfie des cis allié·e·s dans leur discours : j’ai récemment manqué de perdre mon emploi entre autres à cause d’allié·e·s qui se revendiquent trans-friendly (je reste vague volontairement). En me discriminant en bonne et due forme, l’alliée autoproclamée m’a dit : « c’est pas moi qui vous discrimine là, c’est systémique ». Maid qu’on lui fasse une standing ovation ! Je préfère largement un mec hétéro bourré qui défend « les pédés et les travelos » car « ils ont bien le droit de faire ce qu’ils veulent, merde » en fin de soirée dans un bar, à un joli sourire d’allié·e pendant qu’iel me discrimine et que je risque de perdre mon emploi, par exemple. Bref, un acte trans-friendly vaut mieux que mille mots trans-friendly. En avançant dans mon parcours, j’apprends à voir les actes avant les mots et à rester sur mes gardes.
“Le plus haut degré de rébellion ? Rester en vie alors qu’ils te veulent mort.e” via @freakinggeekazoid sur tumblr
7) Ne néglige pas ton corps !
Déjà, bordel, fais-les toutes ces analyses dont t’as besoin, prends soin de ta santé sexuelle, prends soin de ta santé mentale, prends soin de toi avec tes addictions. Et aussi, je vais faire mon gymbro : faire du sport, c’est important en fait ! Les discriminations subies depuis l’enfance m’avaient, comme beaucoup de personnes trans, tenu à l’écart du sport. C’est à environ 25 ans que j’ai découvert que je kiffais ça, et à quel point ça me faisait du bien ! Je me sens mieux, je me sens plus capable, ça m’apporte beaucoup.
La société dans laquelle on vit est déjà bien trop désincarnée, en tant que personnes trans pour nous c’est pire que tout. Je te le dis, ton corps est précieux : vois comme te mouvoir peut te faire du bien, vois comme transpirer peut faire du bien, te toucher, te sentir, te prendre dans les bras, bouger, t’immobiliser, te faire jouir, chanter, scander des slogans en manif, sentir les vibrations des basses près des enceintes, mettre des boules quiès, savourer le silence, écouter les oiseaux, toucher les pierres et leur parler, traverser des beaux ou sordides paysages, sourire et parler aux inconnu.e.s, s’allonger sur l’asphalte la nuit dans les rues désertes, escalader une rambarde, marcher des heures, sauter, être sobre, te défoncer, te taper des barres, pleurer à chaudes larmes… Vois comme ton corps te permet d’expérimenter le monde, vois comme ton corps peut te donner des hormones kiffantes ! Vois comme il te permet de te connecter à toi-même et aux autres. C’est précieux. Car oui, ton corps est ton allié. Apprendre à le reconnaître, à t’ancrer, à être présent·e dans ton corps en tant que personne trans, c’est particulièrement précieux. Apprendre à faire de son corps ton ami, c’est aussi apprendre à suivre ton instinct, à écouter tes tripes plutôt que de chercher à tout intellectualiser.
“Rejoins-nous dans la fosse. Respirer, danser et vivre. On t’accueillera dans cette masse de chair et de mouvement.” via @girls-to-men sur tumblr.
8) La transition, ça a une fin.
Je vois régulièrement des métaphores bancales sur la transition, grosso modo comme quoi elle ne se finirait jamais. Avec ça, les intellos du gender ne se rendent pas compte du message extrêmement démotivant qu’ils envoient à celleux en début de parcours : « ah, donc, je vais en chier comme ça pour toujours ?! » Non, bichette ! N’écoute pas leur branlette intellectuelle !
L’écrasante majorité de personnes trans sera d’accord sur ce point : les débuts de transition, c’est le plus difficile. On en a tou·te·s incroyablement chié. Naviguer le monde alors que son regard sur nous est en train de changer, vivre dans un entre-deux pas toujours souhaité, les galères administratives, l’impact sur la vie quotidienne, la santé mentale, les relations, vivre plein de premières fois, devoir ajuster sa présentation de genre qui fluctue en permanence sans qu’on le veuille… C’est épuisant. Je pense moi aussi que le travail de genre qu’on fait pendant nos transitions, ça mérite un salaire (comme mis en mot notamment par Harry Josephine Giles).
Je sais que ça semble durer éternellement, je sais ton impatience et ton impression que ça n’avance pas, que la vie sera toujours comme ça. Mais je t’assure, la transition a bel et bien une fin. Un jour, tu te rendras compte que ça fait super longtemps que t’as pas dû gérer une galère comme t’en vivais tous les jours, que tu vis ta vie sans y penser. Bien sûr, ça n’empêche pas les galères ponctuelles, les moments de solitude ou la transphobie, mais ça n’a vraiment plus rien à voir. Même si tu as l’impression que ça ne s’arrêtera jamais, que ça traîne depuis des années… Un jour, tout ça sera derrière toi. Je te jure, il y a une vie après où c’est plus simple.
“À quoi bon lutter ? Transitionner te donnera la sensation de rentrer chez toi, de te réveiller” via @boybecoming sur tumblr
Et dans la même veine, je sais comme tu as envie de visibiliser ta transition sur les réseaux sociaux, ou dans cette émission, cette interview car la journaliste qui t’a contacté est super gentille, ou ce projet photo : NE LE FAIS PAS. Tu trouves qu’il n’y a pas de représentation de personnes trans qui ont fini leur transition ? À ton avis, pourquoi si on a réussi à te contacter toi et à te proposer ces opportunités, on n’aurait pas réussi à contacter des personnes trans post-transition ? Nan vraiment, ton toi du futur aura le seum d’avoir des images d’ellui pré-transition qui circulent. Je viens du futur pour te parler à sa place, par ce texte : toustes celleux que j’ai rencontré qui l’ont fait ont regretté. Un jour, tu auras envie que cette période de ta vie soit intime, à partager avec celleux que tu choisis : et crois-moi, ça sera ni avec ton employeur, ni tes collègues, ni tes voisin·e·s !
9) Transitionner ne réglera pas tous tes problèmes
Le mal-être pré-transition, il est hardcore. Pour beaucoup , la transition apporte tant de réponses qu’on croit que c’est la réponse à tout. Ce n’est pas le cas. Certains problèmes qu’on a avec les autres ou avec soi-même, de mauvaise estime de soi, ou autres bails de santé mentale… ne se règlent pas en transitionnant. Parfois, il y a d’autres chantiers à mener que la transition. Mais transitionner permet d’affronter ces chantiers avec bien plus d’outils et de stabilité.
Et puis, y’a plein de problèmes qu’on range dans la case « trans » qui sont en fait des problèmes partagés par plein de monde. Par exemple, avoir un corps qui ne correspond ni aux normes ni aux critères de beauté : oui, il y a des cis qui complexent sur leur apparence comme nous, et bien plus qu’on ne le pense : je suis souvent atterré des standards auxquels se tiennent les personnes trans. On semble oublier que la majorité des gens ne ressemblent pas aux canons de beauté. Regarde les gens sur la plage, à la piscine, au sauna, observe la diversité des corps ! Et encore, ce sont ceux qui ont passé la barrière (visible ou invisible) du handicap, de la religion, de la classe, de l’âge, de la santé mentale, des complexes… qui font que plein de corps hors-normes sont absents. Penser que “si t’avais pas été trans” t’aurais aimé ton corps, que ta vie serait simple et parfaite et t’aurais aucun complexe : c’est juste faux, ma biche. Ta dysmorpho te fait perdre de vue les vrai corps des gens, qui pour beaucoup ont des complexes similaires aux nôtres (en privé). Pareil, le rapport qu’on a à l’espace public, à la drague, au fétichisme, aux administrations, au corps médical, et j’en passe, sont en fait des problèmes auxquels plein de gens sont confrontés. On parle souvent de convergence des luttes en théorie, mais en pratique c’est intéressant de voir et de comprendre qu’on est plein à souffrir solo dans notre coin des mêmes systèmes d’oppression et la manière dont ça se manifeste dans notre vie privée, jusqu’à dans notre psyché.
10) Et enfin, ne mets pas les « vieux » trans sur un piédestal.
Tu me lis là, à t’écrire des conseils et à faire l’ancien comme si j’avais toutes les réponses. Mais en fait, on est exactement les mêmes, il y a juste du temps qui est passé de mon côté. On a parfois les mêmes doutes, souvent on n’a pas de réponse à donner. J’ai rencontré certains camarades (dédicace à Raph et K. <3) en début de transition, et pour moi c’était dingue de voir des mecs trans qui avaient plusieurs années de transition derrière eux, et qui passaient complètement. C’était la première fois que j’en rencontrais. C’est con, mais ça a marqué mon parcours : ça m’a permis de me projeter. Nos chemins se sont recroisés des années plus tard, et on est devenus camarades et même potes. Tout ça pour dire, j’ai été des deux côtés : j’ai été celui qu’on idolâtre car j’avais des années de transition derrière moi, et ça m’a beaucoup gêné. Mais j’ai aussi été celui qui arrive à se projeter grâce à des personnes trans post-transition qui organisaient et géraient des groupes de parole pour, entre autres, les personnes comme moi, et j’en suis reconnaissant. Maintenant, je vois bien que ce qui nous séparait, c’était simplement les années.
Bref, prends ces conseils comme ceux d’un grand-frère en pleine crise d’ado : tu vois bien qu’il fume trop de joints, qu’il est un peu con, qu’il tâtonne lui aussi, mais tu peux compter sur lui pour t’aider à te défendre si tu te fais emmerder.
J’ai encore des tonnes de trucs à dire pour vanter les mérites de la transition et raconter ma life, mais c’est déjà bien assez long alors je m’arrête là.
Peace.
“moi, après qu’une sorcière m’ait tranformé en homme (c’est moi la sorcière et l’homme aussi c’est moi)” via @rebecoming sur tumblr
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