L’été en pente douce de TF1
L’été, les médias partent en vacances, en particulier les chaînes de TV qui ne mettent que rarement à l’antenne de nouveaux programmes. A une exception près : quand il y a une compétition sportive internationale. Cette année, du 10 juin au 21 août, les groupes TF1, M6, France Télévisions, BeInSport et Canal+ ont enchaîné l’Euro, le Tour de France et les JO de Rio. C’est donc le bon moment pour distribuer les médailles !
La diffusion des grandes compétitions sportives est en train de prendre une dimension ultra stratégique pour les grands groupes médias. Dans un paysage audiovisuel où la fragmentation des audiences s’impose, les événements phares agissent comme de véritables aimants à audience, capables de bouleverser, momentanément certes, la hiérarchie des chaînes de télévision.
Quand c’est le leader qui diffuse la compétition, il accentue son avance sur son suiveur immédiat. De plus, si la compétition est diffusée sur une chaîne payante, cela impacte à la marge la diffusion en clair et ses audiences. Mais quand c’est un des challengers qui récupère les droits de diffusion en clair, d’un coup le rapport de force s’inverse : le leader voit ses audiences rongées par les longs directs et les exploits des sportifs nationaux.
Londres, mieux que Rio
Il y a 4 ans, en 2012, lors des JO de Londres, France Télévisions avait déjà fait exploser TF1. A l’époque France 2 avait une part d’audience moyenne de l’ordre de 15% et était grimpée à 22,7% sur la première semaine de diffusion et à 22,6% la seconde semaine. Dans le même temps, TF1 avait mordu la poussière, réalisant sa pire audience historique de l’époque à 18,7% pda la première semaine des JO et 19,8% la deuxième semaine. France 3 avait aussi été de la fête en affichant deux semaines incroyables : 16,1% et 14,6 % de part d’audience.
 Il n’y avait donc pas de raison que cela en soit autrement en 2016 avec les JO de Rio, Ă la diffĂ©rence près du dĂ©calage horaire qui positionnait les grands directs et les grandes finales en soirĂ©e et au beau milieu de la nuit. France 2 n’a donc pas rĂ©itĂ©rĂ© l’exploit de Londres en dĂ©passant 20% de pda : les 2 semaines olympiques lui ont permis de rĂ©aliser 17% et 17,1% de part d’audience. Dans le mĂŞme temps, France 3 a franchi le cap des 10% avec 10,7% de pda la première semaine et 12,1% la deuxième. Et comme en 2012, M6 a encaissĂ© les coups, avec une audience hebdomadaire sous la barre des 9% (8,7 et 8,9 %).Â
TF1, toujours leader, mais avec des audiences en baisse Mais tous les yeux des observateurs médias étaient rivés sur les performances de TF1 qui a connu un début d’été difficile avec la diffusion partagée de l’Euro avec M6. Et ils n’ont pas été déçus ! Non seulement les JO de Rio reproduisent le même effet que ceux de Londres puisque TF1 réalise 17,8 % et 17,3% de part d’audience, mais surtout TF1 enchaîne 6 semaines d’audience à moins de 20%. Du jamais vu. Et même si TF1 a réussi à conserver sa position de leader chaque semaine, il y en a eu deux pour lesquelles l’écart avec France 2 a été de 0,1 et 0,2 %. Après un pareil été, la rentrée de la Une est à haut risque. Sera-t-elle capable de redresser la barre afin de reprendre une distance vitale face à sa principale concurrente ou bien va-t-elle s’installer durablement sous la barre des 20% de pda hebdomadaire ?
Un été en pente douce pour les audiences de TF1, mais sans doute pas pour la rentabilité. Une fois les droits de l’Euro digérés, TF1 n’a pas cassé sa tirelire cet été, à la différence de France Télévisions qui a déboursé entre 50 et 60 millions d’euros pour les droits auxquels il faut ajouter 10 millions d’euros de frais de production. Une dépense qui ne sera pas rentabilisée par les recettes publicitaires. En 2012, Daniel Bilalian, le directeur des Sports avait déclaré au Figaro : « Mais c'est avec de tels événements, comme le Tour de France ou le Tournoi des six nations, que l'on donne un vrai spectacle au public et que l'on peut créer de vrais carrefours d'audience, au-delà du seul public des passionnés de sport.»
 L’été 2016, été meurtrier ?
17,8% de pda en audience jour de vision, c’est la somme des audiences des programmes visionnés en live, en différé et en catchup sur un jour donné, quelle que soit la date de diffusion initiale en live des programmes rattrapés. Alors quelle est la véritable audience en direct des chaînes et de TF1 en particulier ? Si le Replay pèse plus de 1 point d’audience, alors on peut considérer que les audiences live sont entrées dans une zone de danger, en particulier pour leur valorisation publicitaire. Et c’est précisément en juillet et en août que tous les groupes médias ont redéfini leur stratégie pour la rentrée, en sachant que les décisions prises cet été pourraient les mettre en difficulté avant la fin de l’année.











