Franz von Stuck (1863-1928, German) ~ The Evening Star, before 1912
[Source: artvee.com]

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Franz von Stuck (1863-1928, German) ~ The Evening Star, before 1912
[Source: artvee.com]
on dirait que mon système nerveux a été développé par un poète français sous substances…
et que tes propres yeux apprennent à te surveiller comme le ferait un ennemi.
les gens qui m’ont aimé n’ont jamais vraiment réussi à retourner à leur ancienne vie.
dans cet immeuble, les ascenseurs descendent plus bas que les immeubles.
j’ai déménagé. j’ai dormi parmi de nouveaux visages, regardé des inconnus prononcer mon prénom pour la première fois. certains sont devenus familiers en quelques nuits, d’autres n’ont même pas réussi à laisser une trace dans ma mémoire. j’ai vendu mes livres. j’ai regardé les étagères se vider lentement. pourtant lautréamont est resté. valérie valère aussi. les pages fiévreuses de rimbaud, la délicatesse nerveuse de cocteau.
maintenant, il y a une bougie qui fond lentement sur mon bureau. dans quelques minutes, je fermerai les yeux avec un vœu qui ne ressemble à rien.
allez, fais un vœu.
"what do you do for a living?" Oh I am a professional hopeless romantic and I read books and cry in my free time.
melissa disparaît et réapparaît
parfois c’est comme ça.
Quelque chose a déserté la vie
Je ne nage plus en plein délire
Les herbes hautes ont quitté les champs
Je ne sais plus ce que je dis
je ne suis que l’erreur rétrospective d’une douleur qui n’a pas encore eu lieu, disais-tu.
lyon. minuit douze.
entrer chez abel n’est jamais entrer quelque part. quand j’ai fermé la porte l’air de la chambre a changé de place avant moi, sur le mur le visage de munch était suspendu devant nous, un visage qui ne criait pas, un visage qui savait garder sa voix à l’intérieur. je l’appelle d’abord autrement en moi, bérit, puis je dis encore abel doucement, comme si son prénom devait rester dans la pièce. sur la table se trouvaient les lettres que je lui avais laissées, je les ai reconnues à leurs plis, un écrit conservé ne reste jamais neutre, il continue de regarder. près de la fenêtre le paquet de cigarettes était ouvert, elle m’en a tendu une, pendant que le feu prenait nos ombres ont grandi sans apprendre à se toucher. sur l’étagère il y avait bonjour tristesse, le livre que je lui avais offert, la couverture assouplie, les coins repliés vers l’intérieur, cette forme spéciale que prennent les livres portés longtemps, les livres aussi finissent par comprendre où ils vivent. sa manière de marcher dans la chambre déplaçait les distances. à ce moment-là un après-midi de notre enfance m’est revenu, on jouait à pierre-feuille-ciseaux sans parler, je ne me souviens pas de ce que j’avais choisi, je sais seulement que j’avais perdu, certaines défaites commencent très tôt. le visage de munch attendait toujours, nous aussi. ma main a touché le livre sur l’étagère, j’ai compté en moi, pierre, feuille, ciseaux,
“mel, tu crois qu’on peut vivre à l’intérieur de quelqu’un ?”,
j’ai perdu.
si j’osais murmurer son prénom, son écho me creuserait une tombe.
puis la nuit tombe. quelqu’un vient jusqu’au bout de mon lit. nous ne parlons pas. nous nous regardons seulement. ses yeux sont des yeux de renard, lointains, mais tournés vers moi depuis l’intérieur. dans ces yeux, je suis là. et je comprends que je n’en sortirai plus.
mes obsessions du moment,
parler hébreu avec abel entre nous, répéter des versets dans ma tête en marchant, marcher dans le seizième en pensant à valérie valère, rentrer plus tôt que prévu, rester plus longtemps que nécessaire, apprendre des mots anciens pour une seule personne, respirer plus lentement au niveau du cœur, penser plus lentement au niveau du cœur, penser à mon enfance en rentrant le soir et l’hôpital bichat.
dans quelle partie du corps enterre-t-on les noms qui dérèglent la respiration dès qu’on les prononce?