Quand ma famille m’a proposé une longue randonnée, j’étais fou de joie et piaffait d’impatience avant le départ. Ils l’appellent “chemin de Compostelle”, ça ne me dit rien, mais je leur fais une totale confiance. Le plus important est de nous retrouver ensemble, en pleine nature. Bon, il a fallu prendre la voiture d’abord, ça m’a paru long. La récompense est à la hauteur de l’attente, surtout le premier jour. Je courais partout comme un fou, passant de l’avant du groupe où mes parents marchaient en tête à l’arrière vers mes frères, sœurs, oncle, tantes et cousins, je sautais dans les champs de blé, marchais au milieu des flaques d’eau. Bref, c’était le bonheur.
Je ne savais pas que nous allions dormir sur place. C’est chouette de passer une nuit Ă la belle Ă©toile, tous ensemble autour d’un feu. Toutefois, je dors mal en dehors de chez moi. Il y a beaucoup de bruit dans la forĂŞt, la nuit. Des sons inconnus, inquiĂ©tants, des animaux, sans doute. Le lendemain, la fatigue de la veille se faisait ressentir et le repos avait Ă©tĂ© trop court et fragmentĂ©. Si j’avais su, j’aurais mieux doser mon effort la veille.Â
En repartant, la joie d’une nouvelle balade, aux paysages différents, me fit oublier la fatigue. Le décor était plus montagneux, il y avait des ruisseaux d’eau pure pour nous rafraîchir. Nous avons même eu l’occasion de goûter le fromage et le saucisson d’un producteur local, c'était délicieux. Le fermier, isolé de toute civilisation, dans sa bergerie. Il ne voyait passer que quelques rares promeneurs et le quad qui venait chaque semaine prendre livraison de ses produits.
ArrivĂ©s au sommet, nouveau bivouac, mais le vent Ă©tait fort et nous empĂŞchait de nous reposer. Des hurlements de loups toute la nuit durant me terrorisèrent. J’avais beau ĂŞtre entourĂ© de mes proches, la situation n’était pas pour me rassurer. C’est plus fort que moi, il faut toujours que je m’inquiète pour chacun,Â
Le lendemain, la descente fut plus fatigante encore que la montée. Les petits cailloux du chemin nous faisaient glisser et tout le monde avait mal aux pieds. Sur ce, il se mit à pleuvoir, ce qui rendit le trajet plus périlleux encore. J’étais le seul à ne pas avoir amené mon poncho. Trempé jusqu’aux os, trois jours de suite. Le fait d’avoir fait une étape dans une auberge n’a pas suffit à ma récupération.
Mes maîtres ignoraient qu’un chien peut produire des efforts intenses, mais qu’il a besoin de repos et de calme prolongé pour récupérer. Ce n’est pas de leur faute, ils n’ont pas su se mettre à ma place, sentir que j’étais sans cesse aux aguets pour les protéger. D’ailleurs, qui sait se mettre à la place d’un autre pour jauger de son effort et du repos dont il a besoin ? Parfois on n'y parvient pas pour soi-même ! Soyons donc attentifs aux autres. Je leur pardonne de ne l'avoir pas été assez avec moi. Ils m’ont offert une belle vie, pleine d’amour.
Le lendemain, je suis mort sur le chemin