Quand tu sors du placard       (old stuff)
Ăa commence a dater et je suis plus dâaccord avec tout ce qui jây ai Ă©crit.
Quand tu sors du placard, tu crĂšves de trouille, tu prends un air gĂȘnĂ©, tu prĂ©pares le truc : Maman, joyeux anniversaire, au fait je suis pas hĂ©tĂ©ro, mais je t'ai achetĂ© du gel douche de luxe histoire de faire passer la pilule. Si comme moi t'as du bol, tes parents font leur discours de parents parfaits qu'il y a longtemps qu'ils ont prĂ©parĂ© : ils t'aimeront toujours, ils te demandent comment elle s'appelle, ils font comme si de rien n'Ă©tait.
Tu émerges du placard cette fois-là , tu penses que tu en as fini, en fait à la place du placard c'est un couloir plein de portes à défoncer à l'infini :
« Au fait sĆurette, je suis pas hĂ©tĂ©ro. »
« Au fait frérot j'aime les meufs aussi. »
« Hey les gens dans la rue, arrĂȘtez d'imaginer que je veux forcĂ©ment sĂ©duire un Ă©talon. »
« Dis, pote de ma pote, pourquoi t'as l'air surpris quand je dis que je suis avec une fille? »
La société entiÚre est un immense placard, et les cis het vivent dedans : dans le déni, dans l'illusion, dans le confort de l'oppression. Tout le monde est hétéro, tout le monde est cisgenre, et pour ceux qui le sont pas, ben chacun a son opinion.
« Moi je suis tolérant », mais par contre tu sais pas ce que c'est le respect.
« Tant qu'ils font ça entre eux », arrĂȘte de pĂ©trir le cul de ta meuf du con.
Tous les jours tu enfonces des portes, et tu sens plus ton Ă©paule lĂ oĂč chaque jour tu dois la cogner contre leur normativitĂ©.
« Séduisez un homme bien mesdames »
« si tu es un vrai mec, offre des roses à ta femme ».
Fermez tous vos gueules, moi je veux des pubs qui fassent scandale :
« Des cups menstruelles assorties pour les personnes en couple, trop mignon, le cadeau de Saint Valentin idéal »,
« Le planning familial organise une distribution de digues dentaires »,
« Le tarif « 3 sinon rien », premier forfait cinéma pour vous, les trouples »,
« Achetez nos stickers pour aider Ă financer la recherche sur les causes de lâhĂ©tĂ©rosexualitĂ© »
« Hey, ce soir premiĂšre saison de cette fameuse sĂ©rie trop bien avec des personnes trans jouĂ©es par des concernĂ©.e.s et c'est mĂȘme pas le sujet principal »
Parce que oui Maman, oui Papa, coming out n°2, je suis pas votre fille, vous avez Ă©levĂ© un trans, un gamin non-binaire, un slalom entre deux vies. Là ça passe moins bien, mĂȘme s'ils veulent ĂȘtre gentils. Ils te disent « peu importe ton identitĂ© sexuelle » mais quand tu leur parles de genre ils nient. Et tout d'un coup ils te parlent de tolĂ©rance, eux aussi oublient le respect, parce que aprĂšs tous tu es un truc Ă©trange et c'est le max qu'ils peuvent faire. Ils diront rien Ă leurs amis, Ă leurs collĂšgues et aux voisins, ça sera encore une fois Ă toi de faire seul le chemin :
« Hey les sĆurs, au fait, j'avais un truc Ă vous dire, je suis pas une meuf »
« Hé petit frÚre, tu sais je suis trans . Et sinon quoi de neuf ? »
« Oui tkt on t'aimera toujours », « on te soutient », et trois semaines plus tard ça te ressort des clichĂ©s fĂ©minins. « Tu devrais ĂȘtre plus femme », « je prĂ©fĂ©rais tes cheveux longs », « tu essayerais pas une autre coiffure ? », « mais tu portes des talons hauts ? ».
Et tu reprends ton chemin, dans le corridor sans fin, dans une lutte éternelle :
Tu enfonces une porte à gauche : « Non moi c'est pas mademoiselle »
Tu enfonces une porte à droite : « Oui j'ai une copine, il faut dire « elle » »
Tu commences Ă en avoir assez dâĂȘtre planquĂ© dans ce tunnel, alors que tu Ă©tais sorti du placard pour ne plus vivre cachĂ©. Il te prend des envies de tout repeindre arc-en-ciel, bleu rose et blanc, couleurs fiertĂ©. Tu vas Ă la marche avec les autres qui vivent la mĂȘme chose que toi, tu sors les pancartes, tu hurles ta joie ; et puis lĂ arrive une porte : village associatif. Tu passes cotĂ© fille ou mec ? Choix dĂ©cisif. Pas de troisiĂšme option, fiertĂ© de mon cul, lĂ oĂč une seconde avant tu te sentais en sĂ©curitĂ© d'un seul coup tu es perdu. Parce que certains oublient le T et le B, cachent le A derriĂšre AlliĂ© et n'ont jamais su ce qu'Ă©tait le Q.
LĂ oĂč il ne devait plus y avoir de placard, il y a encore des portes, et tu fonces, tu enfonces, tu dĂ©fonces tout ça Ă bout de force.
« Non je suis pas lesbienne, je suis pan. »
« Non je suis pas une fille bon sang. »
J'ai le drapeau trans peinturluré sur le visage, mon identité en étendard, mes poignets plein de couleurs fierté pour plaider ma cause. Mais vous les loupez, vous détournez le regard, vous passez à autre chose. La police a un stand plus grand que ceux des assos.
Et il y a encore des portes que tu vois devant toi, que tu sais que tu vas devoir défoncer, ça n'en finit pas.
« Hey les gens, vous savez ce qu'est le spectre Ace ? »
« J'ai à vous parler, les gars»
Mais tout ça reste coincĂ© loin loin en dedans, parce que la force y en a plus assez. Tu n'as plus d'Ă©paule Ă opposer aux clichĂ©s, plus de tĂȘte pour filer des coups de boule pour chaque prĂ©jugĂ©. La normativitĂ© cis het pose chaque jour devant nous des portes, des cloisons, des prisons, des flics et des matons. Elle nous fait vivre dans un labyrinthe sans sortie, en nous promettant des droits « si » :
« si vous vous affichez pas trop »
« du moment que tu me dragues pas »
« si tu veux bien que je regarde »
« si tu couches avec moi »
Et chaque mĂ©genrage, chaque fois qu'on te prĂ©sume hĂ©tĂ©ro, chaque fois qu'on te dit que coucher c'est normal, que ça te passera, que tu dois voir un psy, que c'est toi qui tournes pas rond. Chaque fois tu te cognes au mur de cette rĂ©alitĂ© nocive, tu relĂšves la tĂȘte et tu te dis :
C'est plus un placard qu'il faut défoncer, c'est un foutu systÚme. Tu peux courir tant que tu veux, c'est eux qui dirigent le bled. C'est eux qui décident, c'est eux qui refusent, c'est eux qui te disent si tu peux :
Te marier, baiser qui tu veux, ĂȘtre opĂ©rĂ©, adopter un gosse ou deux. C'est eux qui dĂ©cident pour les trans, pour les pĂ©dĂ©s, pour les gouines, pour les aces, pour celles qui disent non, pour ceux qui veulent ĂȘtre libres. Ils te parlent de tolĂ©rance, tâapprennent Ă fermer ta gueule. Ils te parlent de dialogue et mettent en prison qui ils veulent.
La tolĂ©rance c'est de la merde, moi je veux du respect, qu'ils arrĂȘtent de nous emmurer vivants pour que tout soit propret. Sortir du placard, c'est une belle chose qui fout la trouille, c'est un pas vers toi-mĂȘme, c'est un choix comme un autre. Il n'y a pas de honte Ă en sortir ou Ă y rester, parce qu'on vit dans un monde de merde et que parfois c'est mieux de rester planquĂ©. De rester en sĂ©curitĂ©, loin de toute cette haine et de ces phrases de tous les jours :
« hey meuf comment ça va ?»
« hey mec tu peux la pécho là ! »
Sortir ou rester, c'est ton choix Ă toi. Fais-le sans honte, ne le fais pas pour moi. Parce que ce n'est pas Ă toi d'avoir honte de quoi que soit, c'est ceux construisent le placard qui devraient avoir les foies :
Parce qu'un beau jour, on cramera tout ça : leur foutues portes, leur cis-tÚme et leur patriarcat.