PASSĂ, PRĂSENT, FUTUR⊠OUI, MAIS DANS QUEL ORDRE âŠ
« Le présent est la seule réalité, le passé un souvenir, le futur une espérance. »
On nous a appris Ă voir le temps comme une ligne. FlĂšche tĂȘtue qui pointe vers lâavant, sans jamais demander notre avis. PassĂ© derriĂšre, futur devant, prĂ©sent coincĂ© entre les deux comme un Ă©quilibriste pressĂ©. Mais ce nâest pas ainsi que nous habitons rĂ©ellement le temps.
Lâordre du calendrier rassure. Il donne lâillusion que la vie se construit brique sur brique, que nous sommes les architectes patients dâun Ă©difice dont nous connaissons le plan. Pourtant, chacun sait que le passĂ© change. Un mĂȘme souvenir, revisitĂ© dix ans plus tard, nâĂ©claire plus du tout la mĂȘme personne. Ce qui fut vĂ©cu demeure, mais ce que nous en faisons se mĂ©tamorphose sans cesse.
Le corps, lui, traverse le temps autrement. Il ne marche pas, il respire. Le prĂ©sent nâest pas une Ă©tape, câest le seul terrain rĂ©el. Câest ici que le passĂ© resurgit sous forme de sensation, de rĂ©action, de muscle qui se tend avant que la pensĂ©e ait nommĂ© le danger. Câest ici que le futur se profile, non comme projet raisonnĂ©, mais comme envie, comme angoisse, comme Ă©lan vers ce qui manque encore.
Dans cet ordre du vivant, le prĂ©sent prĂ©cĂšde tout. Le passĂ© nâest pas derriĂšre, il est en nous, mĂ©moire qui colore le maintenant. Le futur nâest pas devant, il est tendance, direction que notre regard dessine dans le vide.
Il existe pourtant une troisiĂšme voie. Celle oĂč le futur Ă©claire le passĂ©. Nous projetons ce que nous voulons devenir, et soudain notre histoire personnelle se rĂ©organise : telle blessure devient tremplin, telle erreur devient bifurcation salvatrice. Le sens ne coule pas toujours du passĂ© vers le futur. Parfois il remonte. Câest le futur dĂ©sirĂ© qui redonne du sens Ă ce qui fut vĂ©cu.
Le temps nâest pas une file dâattente oĂč chaque moment prendrait patiemment sa place. Câest une danse oĂč les trois partenaires se font face, sâĂ©changent les mains, changent de rĂŽle sans prĂ©venir. Hier peut surgir demain. Demain peut peser sur aujourdâhui comme une certitude. Maintenant peut sâĂ©tirer jusquâĂ contenir toute une vie.
Ce qui importe nâest pas lâordre, mais la conscience que nous en avons. Ătre lĂ , pleinement, quand le passĂ© frappe Ă la porte. Ătre honnĂȘte quand le futur sĂ©duit avec ses promesses. Ne confondons jamais le temps mesurĂ© avec le temps vĂ©cu, ni nos repĂšres avec la rĂ©alitĂ©.
Le temps ne sâĂ©coule peut-ĂȘtre pas.
Câest nous qui passons.
Et chaque instant laisse en nous une empreinte, comme nous laissons la nĂŽtre dans le monde.
" PassĂ© en ombre,PrĂ©sent qui scintille,Futur sâ efface."
« Je me suis longtemps demandĂ© si le hasard existait vraiment, ou si chaque moment portait dĂ©jĂ en lui tous les autres. Aujourdâhui, je pense que le temps nâest pas une riviĂšre qui coule, mais un ocĂ©an oĂč nous flottons, et parfois, si nous sommes attentifs, nous sentons les trois courants se mĂȘler sous nos pieds. »
Regarder la vie, relier les mondes : art, science et philosophie.