Des mots reviennent trop souvent et Ă©crasent de leur poids mes intentions. Tout. Ă‚me. Mille. Toujours ce besoin de toucher la profondeur de l’infini, d’épouser ce qui n’a pas de limite. Et puis il y a l’amour, inconditionnel. Celui que je donne et celui que je reçois. Ça se mĂ©lange et se confond. Comme un spectre qui traverserait rĂ©gulièrement mes entrailles. Une douce sonate qui impulse une vitalitĂ© spontanĂ©e. Energie bouillonnante, sans cesse insatisfaite. C’est ainsi que dĂ©file ma vie. FrĂ©missante de rĂŞves. RĂ©pĂ©ter cette recherche en vain, ressasser cet amour sans fin. Plonger dans la totalitĂ© sans l’atteindre ni mĂŞme l’effleurer. Fermer les yeux pour tout immobiliser. Mais tout s’en va, imperceptiblement. Sans rien brusquer, la vie fuit, comme un tuyau esquintĂ©, un vase d’airain rongĂ© par le temps.Â
Amoureuse de l’hiver qui attaque les joues, y dessine quelques petits points rouges pâles. Entichée du printemps qui me transmet sa sève fraîche. Apaisée par l’automne qui ralentit mon coeur, en apaise les morsures. Repoussée par l’été qui brûle démesurément.
Partir. Pas forcément très loin. Côtoyer d’autres mur, rencontrer une autre nature. Marcher et prendre le temps, de lire, d’écrire, de contempler. C’est parfois comme si tout l’univers m’appelait et qu’il me fallait faire un effort insurmontable pour le rejoindre. Se défaire des impératifs, de la présence des autres, de leurs paroles pour être, solitairement. Scruter chaque parcelle de la vie. Aimer jusqu’au dernier rayon du soleil. Demain est si incertain maintenant que tout menace de s’effondrer, la vie est sur le fil.
J’ai Ă©crit de puis, mais trop peu encore. J’oublier que cela m’est nĂ©cessaire. Je le repousse sans cesse pour rĂ©pondre Ă des obligations plus sĂ©rieuses. Mais je reste Ă cĂ´tĂ© de moi, je prends la poussière Ă force de ne pas crĂ©er. Aujourd’hui, il fait le temps qui me plaĂ®t le plus : la pluie tombe par intermittence et le brouillard voile l’horizon. Tout est blanc ou vert. Les grenouilles et les oiseaux s’en donnent Ă coeur joie. Assise sur la terrasse, je rĂŞve d’ailleurs. Je rĂŞve d’un immense maison peuplĂ©e de tous mes amis. Nous y planterions des milliers d’arbres fruitiers, d’herbes, de lĂ©gumes. Une sorte de jardin d’Eden mais sur terre. Un jardin que l’on aime, admire et soigne. Une verdure que l’on Ă©coute et qui nous entoure et nous rend absolument libre. L’air doux et humide vient respirer sur mes joues. Les oiseaux sont comme des dizaines de grelots ailĂ©s. Ils se pourchassent, discutent et s’aiment. Tout est rythmĂ© par leur chant et la vie est adoucie par l’odeur de l’arbre humide.Â