L’attente l’oubli
Mardi 21 avril 2020
Les jours passent et s’entassent, et devant nous des semaines qui arrivent en grappes... On ne peut pas dire que le confinement soit un calvaire jusqu’à présent, loin de là, mais le retour à la vie sociale est pour le moins espéré. Pourtant son attente, n’est pas une attente inquiète, lourde de menace, cette attente qui semble n’avoir que la catastrophe pour finalité, celle du Désert des Tartares, celle d’Un balcon en forêt, voire d’une bonne partie d’Il était une fois dans l’ouest, attente grosse d’angoisse, qui, tout en constituant une sorte de suspension temporelle, de parenthèse dans la fuite des jours, ne peut s’achever que sur la violence et la destruction ; ce n’est pas non plus cette attente existentielle d’En attendant Godot, qui ne débouche sur aucun autre événement que la découverte de sa propre insignifiance, quoique... Cette attente est paradoxalement calme, assez confiante, ou tout du moins paisible. C’est plutôt l’attente du tableau d’E. Hopper, People in the sun : nous sommes tournés vers la droite, vers l’avenir que nous regardons en face, mi-fascinés par ce “soleil noir de la mélancolie”, mi-apaisés par la chaleur des retrouvailles qui s’annoncent. Nous attendons immobilisés, mais comme sur une ligne de départ, tendus vers l’échéance qu’on ne peut encore qualifier de prochaine, les yeux dans la lumière, l’ombre des jours engloutis s’allongeant derrière nous. Mais on peut aussi refuser de croire à une délivrance si hypothétique, replonger dans nos lectures, ne pas regarder la ligne d’horizon, encombrée de sombres obstacles encore, s’arc-bouter sur sa position et ne pas se laisser aller à l’abandon général. Hopper a su saisir la quintessence de cette attente vigilante, de ce lâcher-prise qui n’est pas abdication, mais plutôt préparation à affronter un moment décisif : celui d’une nouvelle étape de notre existence, mais peut-être aussi la dernière... “ultima necat”. Ces “gens au soleil” profitent visiblement du bien être que procure leur situation oisive et confortable, mais la lumière du soleil couchant donne à leur position une raideur qu’on n’ose interpréter comme cadavérique... L’attente ne porte-t-elle pas en elle-même l’idée de sa fin, de la fin, l’attente n’est-elle pas une douce tension vers le néant ? Cette période de confinement nous aura peut-être appris à supporter l’attente, à accepter l’idée de notre finitude.

















