Voilà un jour creux en terme d’inspiration... D’habitude, quelque chose me trotte dans la tête et les doigts courent sur le clavier, sans trop d’erreurs ou de repentirs, tout vient facilement. Ce soir, je n’ai pas de sujet précis et j’ai l’impression de prendre le départ d’une course de fond dans une nuit de brouillard... Mais après tout, pourquoi pas ? Ce genre d’expérience (je veux dire la course de nuit...) est stimulante et procure la satisfaction de constater qu’on est capable de puiser dans ses ressources pour aller jusqu’au bout. Si l’acte d’écrire est véritablement un plaisir sans cesse renouvelé : le plaisir d’aller chercher les moyens pour exprimer sa pensée au plus juste, le plaisir de l’imagination qui travaille, le plaisir de coucher des mots de manière harmonieuse sur la “page”, il n’en reste pas moins qu’il faut bien centrer le discours sur un sujet, qu’il ait une trame... et lorsque, comme ce soir, l’on se sent un peu à court, il y a comme un sentiment schizophrène d’avoir envie d’écrire, mais de ne pas trouver l’angle. “Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire nous viennent aisément”... oui, c’est bien là le problème. Mais que faire lorsque les mots “viennent aisément” mais qu’on conçoit mal ce que l’on a à dire ? Le cas mérite d’être envisagé. On peut d’ailleurs s’interroger sur l’intérêt de certains ouvrages qui semblent répéter à l’infini la pensée d’un auteur. Les aficionados ne manqueront aucun de ses livres, vantant son écriture, son style, mais passant outre la carence d’originalité qui fait de chaque œuvre un apax, ne s’attachant en aucune manière à découvrir un nouvel univers,une nouvelle trame d’intrigue. Et après tout pourquoi pas ? La sociologie nous a appris à apprécier ces éternelles redites (en écrivant, j’ai, là, en tête, la jeune étudiante du film Le Magnifique, s’intéressant à la somme indigente écrite par François Merlin (l’enchanteur des gares...) pour ses études de sociologie, alors même que chaque opus reprend inlassablement le contenu des autres... film absolument génial par ailleurs), redites qui permettent de dégager des structures de pensée, des invariants, pour ne pas dire des lois dans l’organisation collective et individuelle de la conscience. Si donc, l’écriture, même répétitive, même redondante, même palilalique, a au moins cette qualité de permettre aux sciences sociales de s’exercer, ce sera sa moindre qualité certes, mais une qualité tout de même... Sauvons les meubles !