archives : « Bagdad Café » , de Percy Adlon Les lois de l'hospitalité
Couronné par le Toucan d'or au IVe Festival international de Rio, le troisième film de l'Allemand Percy Adlon sort mercredi en France. Quatre vingt onze minutes de bonheur.
Le Monde Publié le 20 avril 1988 à 00h00
C'est une belle plante, Mme Jasmin, un joli brin de Bavaroise, d'environ 120 kilos à vue de nez, une grosse dame aux gestes délicats, sidérante avec son chapeau à plumes en plein désert californien, où elle s'engueule ferme avec son mari, M. Munchgstettner, pour Dieu sait quelle raison. Il conduit comme un pied mais finit quand même par démarrer en laissant Jasmin sur le bord de la route, sa valise à roulettes au bout du bras. Le ciel se couvre, vire au sombre, au sépia, on le dirait peint à la main, un azur trafiqué, tandis qu'éclate une superbe chanson triste et que Jasmin se dirige vers un motel miteux, le " Bagdad Café ", où règne, derrière la pompe à essence, une Noire exaspérée, Brenda.
Elle est tout le contraire de Jasmin, Brenda. Mince, braillarde, survoltée et de très mauvais poil. Son paresseux de mari l'a quittée, elle aussi, et ça lui fait monter la température. Tout juste si elle n'envoie pas promener Jasmin, qui ose lui demander une chambre. Une chambre. Dans ce bled. Il y a vraiment des gens qui ne savent pas où aller. C'est louche. Et quand Brenda, en passant l'aspirateur, s'aperçoit que la valise de Jasmin est bourrée de loden et de culottes de peau tyroliennes, elle appelle le shérif, aussi sec.
C'est une belle plante, Mme Jasmin, un joli brin de Bavaroise, d'environ 120 kilos à vue de nez, une grosse dame aux gestes délicats, sidérante avec son chapeau à plumes en plein désert californien, où elle s'engueule ferme avec son mari, M. Munchgstettner, pour Dieu sait quelle raison. Il conduit comme un pied mais finit quand même par démarrer en laissant Jasmin sur le bord de la route, sa valise à roulettes au bout du bras. Le ciel se couvre, vire au sombre, au sépia, on le dirait peint à la main, un azur trafiqué, tandis qu'éclate une superbe chanson triste et que Jasmin se dirige vers un motel miteux, le " Bagdad Café ", où règne, derrière la pompe à essence, une Noire exaspérée, Brenda.
Jasmin baisse les yeux, encaisse les rebuffades, les orages. Qui lui donne cette patience sinon le désespoir de la solitude, l'envie d'être aimée, d'aimer surtout ? Elle est si désarmante que Brenda en oublie de crier, tout à coup, baisse la garde. Et les voilà copines, du jour au lendemain. Jasmin est un soleil, se fait accepter de tous, des enfants de Brenda : Phyllis, exquis petit pétard coiffé d'un walkman, et Salomo, un gamin dont l'idole, l'idée fixe, est Jean-Sébastien Bach. Un drôle de peintre, Rudi Cox (Jack Palance), la prend pour modèle, et les routiers viennent par dizaines assister aux spectacles de magie















