Car Crash Control (2018)
texte sur le travail de François Bellabas publié par Bad To The Bone #12
La géographie d’un territoire et son architecture sont autant d’indices permettant de décrypter son histoire. L.A, « Capitale du futur » selon Miles Davis, s’inscrit comme la ville automobile par excellence. Dans les années 50, les lobbys de l’automobile investissent la ville par la construction d’autoroutes et d’infrastructures afin de ne la rendre praticable qu’en voiture. Subtilisant la ville à l’homme pour l’offrir à la bagnole. Coupant le lien social des transports en commun et des commerces de proximités en poussant les habitants à s’éloigner de plus en plus de leurs lieux de travail, de commerces, de loisirs. Los Angeles est une ville de façade, seule la devanture compte. Tout est pensé de manière à se déplacer le plus vite possible d’un point A à un point B, le paysage urbain est façonné par la voiture, modifié, adapté afin de le rendre optimal à l’utilisation de l’auto, elle est au service de la consommation. Dans ces images, la voiture est la grande absente, seules restent les stigmates et les cicatrices de son passage.
Pour François Bellabas, la voiture est « moteur ». Après des études de mécanique qu’il a cherché à fuir, il intègre l’ENSP d’Arles où sa fascination pour la machine le poursuit. Sa connaissance de « la bagnole » se transforme en une étude des formes émergentes de la culture populaire. L’artiste transpose sa vision de la « vie moderne » issue de son âme de garagiste et de sa dépendance aux nouvelles technologies. Deux addictions à partir desquelles il explore les codes de notre quotidien afin d’en créer de nouveaux.
François développe un premier « corpus » d’images dédié à la voiture. Il interroge la photographie à l’ère du numérique et sillonne les circuits de stock-car où le spectacle réside dans la cascade, non dans la vitesse. L’obsession se lit dans l’attente du crash. Lorsque l’accident arrive, François shoot en rafale. Il décompose l’instant T du basculement, décortique et observe « comment » et « pourquoi » les choses vrillent. Rapidement, ces carcasses rutilantes l’amènent en dehors des circuits où apparaissent de nouveaux éléments. Son analyse des altérations dues à la voiture et à l’évolution de la photographie va devenir déterminante lors de son séjour à Los Angeles. Au départ, l’excitation et l’exaltation l’emportent. L’artiste ne cesse de photographier des « bagnoles » accidentées par la ville — cession qui va introduire des objets réparés et l’usage du gaffer dans ses recherches. Puis, très vite, il se fatigue et se lasse face à cette multitude de clichés potentiels qui se livrent à lui à chaque coin de rue. Il revient à l’essentiel dans une plus grande simplicité et sobriété. Il voit des petites choses de ci-delà, des détails un peu grotesques qui s’agglomèrent autour de l’habitat de la voiture qu’est la ville. Il repère cette métamorphose presqu’organique, la mutation urbaine et humaine. L’homme machine de Descartes, c’est la voiture organique.
A travers MOTORSTUDIES, l’artiste développe une philosophie de la voiture. Ses photographies forment un patchwork de la ville moderne afin de dessiner les contours d’une cartographie fantasmée. Son étude de la construction des villes et de leurs infrastructures, mêlée à la lecture de « L’architecture du Parking » de Simon Henley et à la découverte de la série « Thirtyfour Parking Lots » (1967) d’Ed Rusha, annonce un prochain travail axé sur les points d’ancrages de nos cités, une photographie plus statique.












